Chroniks Expresss #26

Sélection de lectures estivales…

Romans : Juste avant le bonheur (A. Ledig ; Ed. Pocket, 2014), Le vieux qui lisait des romans d’amour (L. Sepulveda ; Ed. Points, 1995), Les Yeux jaunes des crocodiles (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2008), La Valse lente des tortues (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2009), Combien de fois je t’aime (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2015à

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Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014
Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014

Julie a vingt ans. Mère célibataire, caissière, locataire d’un petit studio HLM pour lequel elle parvient difficilement à payer le loyer. Pourtant, sa vie avait bien commencé. La mention en poche pour un bac scientifique, elle rêvait de faire des études supérieures et devenir ingénieur en biologie moléculaire. Mais une soirée d’anniversaire trop arrosée, ce rapport non protégé… cette grossesse qui a conduit son père à la mettre à la porte et ne lui laissant aucune possibilité de revenir l’a amputé de la possibilité de pouvoir faire ses études supérieures. Ce qui l’aide à tenir, c’est Lulu, son petit garçon de trois ans.

Un jour pourtant, elle fait la connaissance de Paul, un ingénieur à quelques années de la retraite. Sa femme vient de le quitter. Peu habitué à s’occuper de la maison, le frigo vide lui signale tout de même qu’il doit se décider à faire les courses. Celles-ci échouent sur le tapis roulant de la caisse de Julie. Touché par cette jeune caissière qui semble profondément triste, il engage la conversation.

Deux semaines plus tard, et sans aucune arrière-pensée, il lui propose de venir passer ses vacances dans sa maison de Bretagne. Jérôme, le fils de Paul, est du voyage. Après quelques hésitations, Julie accepte. Les quelques jours qu’ils vont passer ensemble vont les changer à tout jamais.

J’ai hésité à lire cet ouvrage qu’une collègue bien intentionnée m’avait prêté. Beaucoup de simplicité dans la manière dont les choses sont posées. Peut-être un peu trop, ce qui m’a étonnée. Un échange courtois au moment de passer quelques articles en caisse, une invitation au restaurant que la jeune femme accepte, un séjour en vacances avec deux inconnus… Connaissant ma collègue, autant de légèreté dans une lecture était surprenante. J’ai pourtant hésité à poursuivre, trouvant tout cela inconsistant et peu crédible.

Pourtant, la plus d’Agnès Ledig est fluide. On la suit sans difficulté. On ne bute sur aucun mot. Pire, on s’émerveille face à cette rencontre qui nous est racontée. Tout est simple, naturel. Jamais un mot plus haut que l’autre. Absolument rien de malsain. On est face à des personnages qui se dévoilent progressivement à nous, qui apprennent à se connaître. Tous ont cette fragilité en eux qui risque de les faire chanceler mais le scénario nous montre comment, au contact les uns des autres, ils vont dépasser leurs difficultés et chasser leurs vieux démons. Julie la fille-mère, Paul qui apprend la vie de célibataire, Jérôme qui noie dans l’alcool la tristesse provoquée par son récent veuvage.

PictoOK« Juste avant le bonheur » est un roman surprenant. Surprenant car on se surprend, contre toute attente, à le quitter à regret. On s’est lové là dans le quotidien de ces trois individus appartenant à des générations différentes que la joie et la naïveté d’un petit garçon de trois ans vient réchauffer.

Une lecture-détente qui nous laisse penser que la vie n’est finalement pas si compliquée qu’elle en a l’air et ça n’est pas désagréable. Un livre qui fait du bien… un peu comme cette chanson que l’on y croise régulièrement et qui dit qu’Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire

Le site d’Agnès Ledig.

Extraits :

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion » (Juste avant le bonheur)

« – Je n’ai guéri personne.
– Non, mais tu as mis du baume sur notre vie, comme on en met sur la peau pour l’aider à cicatriser.
– Et vous en voudrez encore, du baume, une fois que ce sera guéri, pour Jérôme et toi ?
– Ça ne guérit jamais vraiment. Et quand c’est guéri, il y a d’autres plaies à soigner. C’est ça, la vie. Des coupures, des écorchures, des entorses, et des baumes. » (Juste avant le bonheur)

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995
Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995

« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour ? seule échappatoire à la barbarie des hommes ? pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. » (synopsis éditeur)

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est le premier roman de Luis Sepulveda. Ecrit en 1992, il raconte l’histoire d’un homme – Antonio José Bolivar Proaño – qui a quitté la montagne pour s’installer en pleine forêt amazonienne avec sa femme. Celle-ci est décédée de la malaria deux ans après leur arrivée dans cette nouvelle contrée dont ils ne connaissaient pas. Les Shuars, voyant la détresse de cet homme, l’initie à la chasse et à la pêche, lui apprenne à reconnaître les fruits comestibles et à utiliser les ressources naturelles qui l’aideront notamment à construire sa maison. En quelques années à peine, Antonio José Bolivar Proaño – alias « le vieux qui lisait des romans d’amour » – apprend à vivre dans son nouvel environnement et à le respecter. Une ode à la nature.

Il était condamné à rester, avec ses souvenirs pour seule compagnie. Il voulait se venger de cette région maudite, de cet enfer vert qui lui avait pris son amour et ses rêves. Il rêvait d’un grand feu qui transformerait l’Amazonie entière en brasier. Et dans son impuissance, il découvrit qu’il ne connaissait pas assez la forêt pour pouvoir vraiment la haïr.

L’auteur nous permet de faire la connaissance du personnage principal en douceur. Dans un premier temps, il l’installe en tant que personnage secondaire puis, une fois le premier contact réalisé, nous apprend que le péché mignon du vieil homme est la lecture de romans d’amour.

« – Ecoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort : je t’ai apporté deux livres.
Les yeux du vieux s’allumèrent.
– D’amour ?
Le dentiste fit signe que oui.
Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
– Ils sont tristes ? demandait le vieux.
– A pleurer.
– Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
– Comme personne ne s’est jamais aimé.
– Et qui souffrent beaucoup ?
– J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. »

PictoOKUn roman qui nous emmène là où on ne l’attendant pas. Superbe.

Extrait :

« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. » (Le Vieux qui lisait des romans d’amour)

 

Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008
Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008

D’un côté, il y a Joséphine Cortès. Jeune quadra, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’histoire du XIIème siècle, Joséphine est le portrait craché de la gentille fille, un peu gourde, toujours prête à se saigner aux quatre veines pour venir en aide à celui qui le lui demande. Elle est mariée à Antoine et mère de deux filles, Hortense et Zoé. Ils vivent dans une ambiance doucereuse, mais la routine… la routine. Rien ne vient noircir leur quotidien si ce n’est le chômage d’Antoine. Sous nos yeux médusés, leur couple vole en éclats. Seule, Joséphine doit réapprendre à vivre et faire face à l’éducation de ses deux filles. Elle angoisse, notamment parce que son petit salaire ne lui permet pas de faire face aux charges. Elle culpabilise d’avoir laissé partir son homme. Elle s’en veut de n’avoir pas vu qu’il avait une relation avec Mylène, l’esthéticienne du quartier. Antoine part refaire sa vie en Afrique… avec Mylène.

Il y a aussi Iris, la sœur de Joséphine. Mère au foyer, elle est mariée à Philippe, un richissime avocat de la place parisienne. Iris est oisive et se roule dans l’oisiveté. Faire le shopping, se tenir informée des ragots qui circulent, s’occuper d’elle encore et encore, voilà ses passe-temps favoris. Elle élève vaguement Alexandre, leur fils unique, le complice de toujours de Zoé.

Il y a encore Henriette, la mère de Joséphine et d’Iris. Henriette est une carne. Après la mort de son premier époux alors que Joséphine n’avait que 10 ans, elle se remarie avec Marcel, un riche industriel. Henriette est une femme austère, méchante, vile, matérielle. Rien ne lui plait plus que de mener son monde à la baguette. Marcel avait espéré un temps qu’elle accepterait de lui faire un enfant mais la seule chose qui a toujours intéressé Henriette, c’est qu’il la mette à l’abri du besoin. Résigné, Marcel a fini par accepter la réalité. Il accepte même les brimades, les humiliations. Avec Henriette, il se vit comme un moins que rien. Heureusement pour lui que la petite entreprise qu’il a montée il y a quarante ans lui rapporte. Il a les moyens Marcel… il a les moyens de payer les moindres caprices de sa femme. Et Heureusement qu’il a Josiane, sa secrétaire, sa Choupette, son amante. Les parties de jambes en l’air qu’ils s’octroient lui offrent une seconde jeunesse.

Il y a enfin Shirley, la voisine de palier de Joséphine qui s’avère être un important soutient pour notre héroïne. Mystérieuse Shirley qui élève seule Gary, son fils unique, et vivote en tentant de faire prospérer son petit commerce de gâteaux. Avec le temps, Shirley devient la meilleure amie de Joséphine, celle à qui Joséphine se confie, celle qui prête son épaule rassurante pour que Joséphine puisse pleurer, celle qui fait preuve d’une écoute bienveillante et toujours de bons conseils.

Et puis il y a les autres…

« Les Yeux jaunes des crocodiles » ouvre avec brio le triptyque « Joséphine Cortès » qui se poursuit avec « La Valse lente des tortues » et « Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Un récit choral où chaque personnage de cette saga familial prend la parole et devient le narrateur, le temps de quelques pages. Bien sûr, Joséphine reste le noyau central de l’histoire mais la plume de Katherine Pancol et l’aisance de l’auteure à déplier son scénario permettent au lecteur de s’attacher à tous les protagonistes. Certains tarderont à se dévoiler, comme Philippe qui semble tout d’abord accessoire au récit principal et qui prend peu à peu de la consistance et parviendra même à provoquer un revirement radical dans le train-train de cette famille atypique, où l’argent coule souvent à flots.

Le lecteur ne se prend jamais les pieds dans les fils narratifs et voit son intérêt pour le récit croître à mesure qu’il tourne les pages. On se déplace facilement d’une maison à l’autre, d’un personnage à l’autre. On ajuste en permanence notre regard sur les faits. On se place tantôt sur l’épaule de Joséphine, tantôt sur celle d’Iris, de Shirley, d’Antoine, de Marcel… sans devenir girouette.

Le récit est prenant et l’on prend plaisir à s’enfoncer dans cet univers riche en rebondissements. On s’attendrit au contact de nombreux personnages, on espère que certains casseront rapidement leur pipe, comme Henriette à qui l’on souhaite les pires tourments. Une vieille peste aigrie que cette Henriette. Le premier tome du triptyque se finit en apothéose. Certes, il aurait pu se suffire à lui-même. Certes, si je n’avais pas eu l’information qu’une suite existait, je m’en serais contentée. Mais la suite est là… « La Valse lente des tortues », et je m’y suis engouffrée sitôt « Les Yeux jaunes des crocodiles » dévoré. De l’humour, quelques jeux de mots mais surtout, une écriture fluide qui permet un réel moment de détente. A chaque fois que je reprenais ma lecture, je faisais abstraction du reste.

PictoOKPictoOKDe l’humour, de la cruauté, de la cupidité, de la modestie, du suspens, des revirements de situations, des émotions, des sentiments, des métaphores, quelques réflexions à prendre sur le sens de la vie, aucune leçon de morale… Un divertissement que j’ai réellement apprécié en cette période estivale.

La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009
La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009

« La Valse lente des tortues » est une suite haletante de ce premier tome. Katherine Pancol n’hésite pas à malmener les personnages et les embarque dans un tourbillon. Joséphine – l’héroïne principale – doit une nouvelle fois trouver son équilibre mais c’est sans compter les meurtres perpétrés dans son quartier par un tueur en série, le fait qu’elle est tiraillée entre l’amour et la raison, qu’elle cherche à se réconcilier avec sa sœur, son obstination à éloigner sa propre mère et sa détermination à protéger ses filles.

Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » est d’ores et déjà sur ma PAL.

PictoOKLecture détente d’été que je vous recommande chaudement.

 

Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015
Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015

Ce recueil de nouvelles décline les différentes variantes de l’amour. De l’amour maternel à celui de l’amant, du quotidien écrasant de routine à la relation virtuelle fantasmée, différents narrateurs prennent la parole à tour de rôle et se confient. Qu’ils dessinent les contours d’une relation naissante ou décrivent les aspérités d’une union qui s’essouffle, il s’agit toujours pour eux de trouver leur place dans ce nouvel environnement qui se profile en tentant de comprendre l’autre, de relativiser pour ne pas s’emporter ou se laisser abattre.

pictobofUn livre prometteur pourtant, je suis restée de marbre face à ces personnages de papier. Les sentiments qu’ils expriment sont pourtant touchants, les situations qu’ils rencontrent sont pourtant crédibles… mais leurs récits m’ont paru si insipides que j’ai refermé définitivement ce livre avant d’atteindre le point final.

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13 commentaires sur « Chroniks Expresss #26 »

  1. J’ai lu les deux premiers !
    Le Ledig m’a emportée même si j’ai eu un gros bémol sur la toute fin (pas sur le fond mais sur la forme)
    Et Sepulveda est magistral !!

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    1. Le Sepulveda est un bijou ! Franchement, je me suis laissée porter très rapidement. Un peu étonnée au début ; vu comment le récit démarre, je pensais que le dentiste allait être le personnage principal/narrateur. Puis changement de cap pour faire la connaissance de ce vieux qui m’a plus de suite.
      Ledig : la fin tarde un peu. On voit venir le dénouement longtemps à l’avance mais elle écrit vraiment bien. Je n’ai pas soufflé un instant durant la lecture.

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    1. Mais qu’est-ce qu’il est beau le Ledig. Je trouvais ça un peu fleur bleue en début de lecture mais… pfiou, j’ai plongé (pi j’ai lâché ma petite larme aussi, si c’est pas malheureux 😀 )

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  2. ah tiens, pour une fois, on n’est pas sur la même longueur d’onde ( à part le Sepulveda). A. Ledig je ne peux pas et Pancol ne m’a pas laissé un souvenir impérissable…

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    1. Ledig je ne connaissais pas du tout. C’est une collègue qui me l’a prêté avant de partir en vacances. Je crois que si j’avais lu ne serait-ce que les premières lignes du synopsis, je n’y serais pas allée. Mais finalement, sans attente particulière si ce n’est de découvrir un auteur dont je ne connaissais même pas le nom… après quelques hésitations (j’ai eu un bon moment où j’ai cru que j’allais reposer le livre sans le terminer)… ben j’ai accroché avec cette jeune femme. Et puis son petit bonhomme est à croquer. Bon… voilà… c’est mon côté fleur bleue qui s’est manifesté et qui a pris le dessus 😛

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  3. Il faut que je relise le Sepulveda ! A l’époque, ma libraire me l’avait offert car je ne voulait pas le prendre, ayant dépassé mon budget mensuel de livre 😉

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    1. Pancol a une écriture qui se lit vraiment sans difficulté. On déconnecte un peu les neurones et on se laisse embarquer. J’aime. Je suis dans le troisième tome et j’ai toujours ce plaisir à côtoyer les personnages. Par contre, j’ai appris la semaine dernière que sa trilogie « Muchachas » était une suite à cette trilogie « Joséphine Cortès ». Du moins, Muchachas reprend certains protagonistes. Disons que là, je suis moyennement tentée de poursuivre. C’est que si ça s’étiiiiiiire à l’infini… et bien à un moment, on frôle l’indigestion. Me semble :mrgreen:

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