Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome 1 (Riggs & Jean)

Riggs – Jean © Bayard Jeunesse – 2016
Riggs – Jean © Bayard Jeunesse – 2016

Quand j’étais petit, GrandPa Portman était le type le plus fascinant que je connaissais. Chaque fois que je le voyais, je le suppliais de me raconter ses histoires. Il avait grandi dans un orphelinat, fait la guerre, traversé des océans en bateau à vapeur et des déserts à cheval ; il s’était produit dans des cirques, était incollable sur les armes à feu, les techniques d’autodéfense et de survie en territoire hostile. Les histoires les plus longues parlaient de son enfance. Il était né en Pologne, mais à l’âge de 12 ans, il avait été envoyé dans un pensionnat du Pays de Galles, car les monstres étaient à ses trousses. C’était un endroit magique, où les enfants vivaient à l’abri des monstres, sur une île où il faisait toujours beau. Personne n’y tombait jamais malade et, bien sûr, personne ne mourait. Ils habitaient tous ensemble dans une grande maison, sur laquelle veillait un vieil oiseau très sage.

C’est sur ces mots que commence l’album. Yakob (ou Jacob ou Jake) raconte. Son grand-père vient de mourir et quelques secondes après qu’il ait rendu son dernier souffle, Yakob a vu un monstre, géant, hideux avec des tentacules qui lui sortent de la bouche. Le doute l’assaille alors : et si son grand-père lui avait toujours raconté la vérité ? Pourtant, Yakob avait fini par croire son père qui disait qu’Abe affabulait, habillait de métaphores les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale. Traumatisé par les circonstances de la mort de son grand-père, Yakob s’engage dans une thérapie. Mais cet espace de parole n’a que peu de sens pour lui. Au fil des séances, l’idée naît que pour parvenir à faire le deuil de son aïeul, Yakob doit se rendre sur l’île de Cairnholm, là même où se trouve l’orphelinat de Miss Peregrine. Il parvient à convaincre ses parents de la nécessité de ce projet. Son père décide de l’accompagner durant son séjour.

Sur place, il découvre une vieille maison délabrée. La réalité est très loin de ce que Yakob avait pu imaginer. Yakob est dépité mais la curiosité était plus forte que tout, il revient le lendemain pour rôder dans les ruines, espérant trouver la preuve que GrandPa ne lui a pas menti. Il retrouve la chambre d’Abe, quelques affaires qu’il a laissées là et un coffre qu’il parvient de forcer. Fasciné le contenu de la boîte, il n’entend pas qu’on se faufile derrière lui. Lorsqu’il se rend compte qu’on l’observe, il se retourne. Et là, il est face à des enfants, les mêmes que ceux qui étaient sur les clichés que son grand-père lui montrait lorsqu’il était enfant. Il y a là Emma la « fille étincelle », Millard l’enfant invisible, les jumeaux, Olive qui doit porter de chaussures lestées sinon elle risque de s’envoler… Très vite, Yakob sympathise et les enfants particuliers décident de le conduire à Miss Peregrine.

Après le roman de Randsom Riggs en 2011, une première adaptation BD est réalisée en 2014 (rééditée en septembre 2016) et une adaptation cinématographique voit le jour en 2016 (réalisée par Tim Burton). L’histoire se déroule dans un univers fantasy où des personnages dotés de pouvoirs surnaturels évoluent. L’intrigue est ancrée dans deux périodes distinctes mais qui interfèrent l’une sur l’autre. Le jeune héros vit dans la présent mais sitôt arrivé au Pays de Galles, il accéder à une période antérieure. Randsom Riggs imagine l’existence de passages qui permettrait de passer du présent au passé. Il entre ainsi dans ce que les personnages secondaires [les enfants particuliers] appellent une « boucle temporelle » ; celle-ci est créée par une ombrune qui a le pouvoir de manipuler le temps et de se transformer en oiseau. Les codes de ce monde parallèle sont très simples d’accès. Les ombrunes sont des êtres rares à qui on confie la responsabilité d’enfants particuliers. Elles créent des lieux pour les accueillir et veillent à ce que leur sécurité soit assurée.

C’est pourquoi des gens comme moi ont créé des lieux où les jeunes particuliers pouvaient vivre à l’abri, des sortes d’enclaves physiques et temporelles, comme celle-ci, dont je suis très fière. (…) Nous créons des boucles temporelles dans lesquelles les gens particuliers peuvent vivre indéfiniment.

En quelques pages, on connait les tenants et les aboutissants : des êtres exceptionnels existent mais leur communauté est soumise à des tensions. Certains étant assoiffés de pouvoirs, ils tentent par tous les moyens d’éradiquer leurs semblables pour obtenir davantage de force. L’ouvrage s’ouvre sur le meurtre du grand-père du personnage principal. De fait, le lecteur ressent immédiatement la tension et l’inquiétude du jeune héros. Par la suite, l’intrigue tisse sa toile au fil des pages et la tension monte crescendo, à mesure que l’on comprend les tenants et les aboutissants.

Je ne suis pas censée te le dire, mais les gens ordinaires ne peuvent pas entrer dans les boucles temporelles

Dans cet univers, Randsom Riggs fait évoluer des individus extraordinaires. Leurs pouvoirs sont semblables à ceux des super-héros (maîtriser le feu ou l’air, faire preuve d’une force herculéenne, avoir la capacité de manipuler la flore ou le temps, disposer du don d’invisibilité…). La seule différence avec les récits habituels de super-héros est que les particuliers se soustraient aux communs des mortels. Ils s’isolent dans des communautés isolées dans lesquelles ne vivent que des « particuliers ».

miss-peregrine-et-les-enfants-particuliers-edition-affiche-filmCassandra Jean propose une ambiance graphique très proche de celle du film de Tim Burton. Le présent du personnage principal est terne. Des gris et des contrastes entre noir et blanc servent à décrire un quotidien morose et sans surprise ; la pluie semble y être permanente. Le passé en revanche est coloré. Les couleurs accompagnent l’état d’esprit du personnage ; elles nous renseignent sur ses émotions qui lui imposent de nombreux aléas. Qu’il doute, qu’il soit triste ou qu’il ait peur, chaque sentiment est marqué par une couleur dominante. On est frappé par la chaleur présente dans les couleurs qui sont utilisées lorsqu’on parcourt les pièces de la pension de Miss Peregrine : des bleus nuit, des verts lumineux, des jaunes canari qui réchauffent les planches. De plus, l’illustratrice intègre régulièrement de vieilles photos à ses illustrations. Ces clichés nous montrent les membres du groupe qui accueillent Yakob comme l’un des leurs. Cela donne un cachet à l’ensemble, un petit côté vieillot qui vient forcer la main du lecteur réticent ou – au contraire – permet à celui qui veut y croire de mieux se représenter chaque protagoniste.

PictoOKUn bel ouvrage qui permet de se divertir. L’objet-livre aurait certainement gagné à bénéficier d’une édition plus soignée : couverture rigide, un gaufrage pour le titre voire pour le visuel de couverture, une reliure en tissu… mais on reste sur le classique d’une couverture souple et l’apparition mystérieuse de ce faucon dont on ne sait rien avant lecture mais dont on comprend déjà qu’il est l’un des éléments-clé de cet univers. On se perd entre passé et présent, réalité et monde imaginaire et on profite, et c’est bien agréable, d’une cohabitation réussie entre un récit onirique et la sombre histoire de l’humanité. Entre super-héros et guerre mondiale… Vivement la suite en tout cas !

Une lecture que je partage avec Noukette !!

L’avis de Stéphane Maillard Peretti (sur BruceLit).

la-bd-de-la-semaine-150x150La BD de la semaine est accueillie chez Stéphie aujourd’hui !

Miss Peregrine et les enfants particuliers

Tome 1

Série en cours

Editeur : Bayard

Collection : Bayard Jeunesse

Dessinateur : Cassandra JEAN

Scénariste : Ransom RIGGS

Traduction : Sidoine VAN DEN DRIES

Dépôt légal : septembre 2016

256 pages, 14,90 euros, ISBN : 978-2-7470-5935-0

Bulles bulles bulles…

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Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome 1 – Riggs – Jean © Bayard Jeunesse – 2016

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20 commentaires sur « Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome 1 (Riggs & Jean) »

    1. Le film est beaucoup plus impressionnant que l’album en tout cas.
      Quant aux romans, j’ai bien envie de les lire mais si je connais la suite avant que les deux derniers tomes ne sortent en BD, je ne sais pas si j’aurai envie de revenir vers l’adaptation BD justement

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    1. Bien aimé ce mélange de styles : noir et blanc, couleurs, photos.
      Pour la BD, j’ai découvert l’adaptation il y a peu suite à la publication d’une chronique sur le site de Bruce (j’ai inséré le lien juste après mon article)

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  1. comme je disais chez Noukette elle est dans ma PAL, je la lirai très vite ! (mais je viens juste de lire le roman donc je voulais laisser passer quelques jours entre les deux 😀 )

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    1. Si le roman est dense, je pense que tu devrais laisser un tout petit peu plus de temps. Je me dis qu’il y a forcément une grosse quantité de détails qui sont passés à la trappe pour que la BD soit cohérente du coup, tu risques peut-être d’être déçue.

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  2. Et tu sais quoi, j’ai presque eu les chocottes par moment ! 😀
    Me reste à lire le roman… et à aller voir le film maintenant (mais sans les enfants 😉 )

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    1. D’un autre côté, ton grand est un poil plus grand (pas beaucoup plus grand d’accord) que le mien. Alors bon. Et Louka en a reparlé avec des copains à lui qui sont allés le voir depuis. Ils étaient prévus que le film foutait les chocottes ; ils ont tenu jusqu’au bout (mais ils ont eu les chocottes quand même ^^)

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  3. L’histoire ne m’attirait pas au départ mais avec la surexposition (romans, film et BD) je dois dire que je suis intriguée maintenant. Je vais surement découvrir cet univers un jour, reste à savoir sous quelle forme…

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  4. Ah dommage que l’objet livre ne soit pas à la hauteur !! Sinon j’ai vu le film de Tim Burton alors je vais sans doute attendre avant de me pencher sur cette BD ;). Cela dit j’ai trouvé l’univers fabuleux à l’écran.

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    1. Il y a des différences entre les deux adaptations (sur le personnage d’Emma par exemple). Je n’ai pas senti de redondances et pourtant, il y a eu moins d’une semaine entre le moment où j’ai vu le film et le moment où j’ai lu la BD. En revanche, je pense que le fait d’avoir lu le roman récemment peut réellement gâcher la lecture de l’adaptation BD (même si c’est le même scénariste)

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    1. 🙂 Vu que je viens de lire cet album, je crois que je vais attendre la sortie des prochains tomes. Quand l’adaptation BD sera terminée, j’irai vers le roman (je crois qu’il y en a trois)

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