UnderGronde (Collectif)

Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015
Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015

« UnderGronde » est un objet double. Double, car il propose deux supports qui se répondent en écho. Le premier est un DVD proposant le documentaire de Francis Vadillo sur le fanzinat et la micro-édition. On part vadrouiller aux quatre coins de la France – mais aussi en Belgique et en Suisse – pour rencontrer les principaux acteurs de cette scène éditoriale underground. Le second est une compilation de sérigraphie réalisée dans le cadre de ce projet éditorial.

Francis Vadillo avait déjà réalisé un premier documentaire sur Mattt Konture ; David le présente dans cet article (à lire sur IDDBD).

Avec le documentaire, on va à la rencontre de Charles Pennequin, artiste engagé, qui défend à coup de cris et de poèmes la scène underground. D’ailleurs, le film commence par une déclamation de Charles Pennequin :

Nous sommes dans l’Art et nous dessinons, nous sommes dans l’Art et nous écrivons… nous peignons, nous gravons, nous sérigraphons et nous musiquons, et nous vidéosons, nous osons et nous déconnosons !

On rencontre également François de Jonge (auteur, éditeur de plusieurs ouvrages et Fanzine, notamment « Super-Structure ») et Mattt Konture (cet auteur est aussi l’un des membres fondateurs de L’Association). Un petit tour également du côté des éditeurs : Pakito Bolino (Le dernier Cri à Marseille), l’Atelier Arbitraire, Hors-Cadre

Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015
Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015

Découverte du travail de la Fanzinothèque de Poitiers qui archive les fanzines et garde ainsi une trace de ces publications éphémères. C’est l’occasion d’apprendre comment les fanzines se sont peu à peu ancrés dans le paysage éditorial ; l’habitude s’installe, dans les années 70, d’auto-éditer des magazines indépendants avec les moyens du bord : « Leitmotiv », « Burp », « Sortez la chienne », « Hôpital brut », « Turkey comics »… et des projets farfelus comme « Tête bêche » (un fanzine qui ne proposait que des couvertures… laissant la possibilité, pour chaque numéro, de fouiller dans le fouillis de couvertures proposées et de décider soi-même laquelle on met en premier pour un numéro donné).

Des rencontres enfin avec des auteurs : El Rotringo, Francesco Defourny, Sarah Fishole, de Yannis La Macchia (et son livre fou de 9 cm sur 9 cm, comprenant 900 pages et édité à 900 exemplaires… une vraie prise de tête à finaliser !)… Mais aussi des ateliers de création et de sérigraphie, des libraires (comme la librairie du Regard Moderne à Paris), des imprimeurs (l’imprimerie Trace dans le Lot)…

Au mot d’ordre « faites le vous-même », l’idée est de s’affranchir des règles éditoriales imposées par des éditeurs qui contrôlent le marché et imposent leurs règles (un format précis, un trait trop propre et calibré, des parutions planifiées à heure fixe…). Avec la micro-édition, on en revient aux fondamentaux : la priorité est de privilégier la mise en valeur du dessin (et donc de l’image). Le texte est secondaire. La caméra entre dans les ateliers de sérigraphie et on voit toutes ces fourmis de la micro-édition qui œuvrent presque 24 h/ 24.

La caméra se pose donc sur les acteurs incontournables de la micro-édition et du fanzinat. Le ton est amusé voire bon enfant, on sent des gens qui en connaissent un rayon sur le paysage éditorial underground et surtout, des gens bien décidés à prendre ce qu’il y a à prendre à commencer par le plaisir de participer à cette aventure. Des images récurrentes s’impriment sur notre rétine : des artistes en trait de sérigraphier rythment le documentaire. Des œuvres se créent sous nos yeux et les interviews se font crayon à la main. En bonus, un bon paquet de scènes qui ont été coupées au montage mais qui prolongent cet état d’esprit qui nous a accompagné durant tout le visionnage. Un petit aperçu ici du contenu du film de Francis Vadillo. Un documentaire intéressant, utile et qui permet aussi de se sensibiliser à une démarche artistique, à un état d’esprit.

Le livre prolonge ce documentaire avec des planches réalisées par plusieurs artistes. Clin d’œil à des propos tenus dans le documentaires, travaux complémentaires, planches brutes… Trois couleurs donnent le « la » : noir, rouge, blanc. Le bouquin, dont les pages en carton proposent soixante-huit sérigraphies ; dessins en pleines pages, quelques planches de BD, rien n’est signé à l’intérieur mais l’on devine aisément l’artiste… le coup de crayon est souvent reconnaissable… Et si ce n’est pas le cas, on se rappelle un passage du documentaire qui nous permet de raccrocher les wagons. Le carton utilisé est assez épais ce qui le rend difficile à manipuler. Son petit format (13,6 x 19 cm) nous oblige parfois à coller le nez sur l’ouvrage pour bien lire les textes insérés dans les phylactères. C’est franchement le seul grief que je ferais.

En fouillant la toile pour trouver des liens vers les différents acteurs de la micro-édition et du fanzinat, je suis tombée sur le blog du « Fanzinophile » qui recense pas mal de publications.

PictoOKSi vous avez l’occasion de vous procurer cette production, je vous conseille de sauter dessus (d’autant qu’il n’a été tiré qu’à 1000 exemplaires). C’est intéressant et cela permet de cerner un peu mieux la démarche de certains artistes.

UnderGronde

+ Commentaires sur carton brut

Editeur : Hécatombe

Dessinateurs / Scénaristes : Collectif d’auteurs

Dépôt légal : septembre 2015

64 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-940432-16-5

Bulles bulles bulles…

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Undergronde – Collectif d’auteurs © Hécatombe – 2015

6 commentaires sur « UnderGronde (Collectif) »

    1. Et ce documentaire l’est davantage encore ! Chopé à Angoulême de justesse (après moi, l’éditeur n’en avait plus sur le stand. Ouf comme qui dirait) ^^

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    1. Faut dire que je ne connaissais que de loin ce secteur de l’édition et j’ai trouvé l’ensemble très intéressant. Des réflexions que j’ai eues plaisir à entendre, comme celle de Pakito qui critique le rouleau compresseur des gros éditeurs qui proposent des livres très souvent formatés (que ce soit au niveau de la pagination, du type de graphisme ou, de la trame narrative…) avec une visibilité éditoriale incroyable. Lui (éditeur du Dernier cri), il fonctionne davantage au coup de cœur et n’hésite pas à faire passer certains projets éditoriaux avant d’autres pour tenir compte d’une actu ou autre. Je trouve ça plus sain comme manière de fonctionner.
      Plus généralement, la réflexion et la démarche artistique de ces auteurs est réellement intéressante

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