Des espaces vides (Moreno)

Moreno © Guy Delcourt Productions – 2017
Moreno © Guy Delcourt Productions – 2017

Alors qu’il passe une après-midi avec son fils, ce dernier vient le voir en tenant à la main une photo de son grand-père. L’enfant se rappelle d’un souvenir puis la discussion glisse doucement vers le passé et la guerre d’Espagne.

« Tu as fait la guerre, papa ? Tu avais un tank ? »

Les questions de son fils lui rappelle les questions qu’il posait à son père lorsqu’il était enfant. Sur les raisons qui ont conduit son propre grand-père à quitter l’Espagne en 1924 et à s’exiler pendant sept ans en Argentine. Qu’a-t-il fait là-bas ?

Les questions de son fils lui donnent l’idée d’écrire cette histoire familiale.

Un jour peut-être, tu te poseras des questions sur ton père, ce type qui parlait une langue bizarre, ou sur ton grand-père et ton arrière-grand-père qui naquirent et vécurent dans un pays qui n’est pas le tien. (…) Ce ne sont que des tranches de vies vécues dans un monde où disparaissent chaque jour des millions d’histoires, dans un monde qui lui-même n’existe déjà plus. Des millions d’histoires pleines d’espaces vides et de silences qui en disent plus que des paroles. Je vais donc te raconter tout ce que m’a dit mon père, mais je vais y aller petit à petit, pour que tu puisses t’en souvenir quand tu voudras

Tour à tour, les questions de Miguel Francisco Moreno et celles de son fils se répondent en écho. Elles se confondent. Les questionnements restent les mêmes malgré l’écart de génération. De même, les réponses qu’il donne à son fils se confondent avec celles que son père lui avait donné, avec les mêmes silences, les mêmes incertitudes.

Une belle histoire de transmission familiale où l’on voit chacun tenter de se situer dans sa famille, tenter de la comprendre et d’en percer les secrets. On revisite ainsi la période qui va de 1931 (fuite du roi Alphonse XIII et proclamation de la république), on aborde la révolution espagnole puis la guerre d’Espagne.

Peu de choses seront dites sur le père de l’auteur qui apparaît principalement comme étant le passeur d’une histoire. Cet homme a beaucoup raconté à son fils le parcours de vie de son père. Il a raconté son enfance aussi, la misère, la famine. La fin de la guerre d’Espagne est survolée, comme si l’histoire familiale cessait à ce moment-là de sortir des rails et rentrait enfin dans le moule. Comme si, l’on faisait fi des guerres fratricides, envolées les cartes d’adhésion à la CNT. D’un bond, on passe au présent, à la vie de l’auteur, son installation à Helsinki, son travail de directeur artistique qui le conduit à concevoir les personnages de la série « Angry Birds », sa séparation et sa vie avec son fils.

On fait des va-et-vient réguliers entre passé (les années 1930 en Espagne) et présent. Il se documente sur la guerre d’Espagne, prend l’habitude de questionner de nouveau son père à ce sujet. Il tente de comprendre, de remplir les espaces vides de l’histoire familiale.

PictomouiLe dessin est très propre, il n’y a rien à redire. Un peu trop propre peut-être compte-tenu des sujets abordés, de cette intimité que l’auteur nous montre et de cette plongée dans une Espagne en guerre. Il y a un contraste entre le fond et la forme que j’ai eu du mal à gérer. Une lecture agréable face à laquelle je suis restée spectatrice.

Extrait :

« Dans la peur d’en dire trop. Dans la peur de n’en dire pas assez. Des regards complices, de l’oubli. De la crainte qu’on ne t’oublie pas. Toute cette peur qui se transforme en une tristesse transmise de génération en génération, comme une blessure éternellement infectée, éternellement purulente » (Des espaces vides).

Des espaces vides

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur / Scénariste : Miguel Francisco MORENO
Dépôt légal : janvier 2017
120 pages, 16,95 euros, ISBN : 978-2-7560-8388-9

Bulles bulles bulles…

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Des espaces vides – Moreno © Guy Delcourt Productions – 2017

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4 commentaires sur « Des espaces vides (Moreno) »

    1. Je ne l’ai pas lu celui-là.
      Par contre, sur la guerre d’Espagne, mon petit must à moi c’est « L’Art de voler ». Et puis il y a « Ermo » aussi que j’ai mis entre les mains de Louka et qui est plutôt accessible pour des jeunes.

      J'aime

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