Intempérie (Rey)

Rey © Dupuis – 2017

Il part.

Il fuit le tête-à-tête avec son père mais c’est avant tout pour se soustraire de la brutalité et des coups de ce dernier qu’il part. Au début, il se cache dans les terriers creusés par les animaux pour que les hommes qui sont à sa recherche ne le trouvent pas. Puis, la nuit, il poursuit son ascension toujours plus loin vers le Nord jusqu’à s’échouer sur le campement de fortune d’un vieux berger. L’homme le prend sous son aile et va tenter d’apprivoiser l’enfant.
Sur les traces de l’enfant, un chasseur de prime sans pitié est chargé de ramener l’enfant à son bourreau.

Un dessin anguleux qui sert la vision d’un monde agressif et sans pitié. Seul ces paysages espagnols arides, un enfant est aux abois. Ses nuits sont peuplées de cauchemars où, telle une petite Alice, il revit sa fuite à l’infini et tente de se faufiler dans des portes qui freinent sa progression et l’empêchent de se mettre à l’abri des molosses qui veulent le dévorer.

Les échanges sont rares entre les personnages, réduits à l’essentiel comme s’ils avaient le souci d’économiser leur salive. Les propos sont laconiques et donnent l’impression au lecteur qu’il y a comme une urgence à lire ce récit, à tourner les pages comme si, nous aussi, nous étions aspirés par la fugue de l’enfant… un enfant qui court pour sa survie.

Javi Rey a réalisé un album qui nous coupe le souffle, qui nous coupe les jambes… il nous fige face à l’album que l’on dévore avec un mélange de frénésie et d’appréhension. Adapté de l’œuvre éponyme de Jesús Carrasco, « Intempérie » mêle le roman d’apprentissage au thriller qui glace le sang. De fait, il y a une alternance entre des passages très apaisants et tendres et des temps plus anxiogènes.

Les couleurs délavées de l’album font ressentir l’inhospitalité de ces paysages désertiques que le vieil homme et l’enfant traversent. Nul doute qu’on aspire à quitter ce décor le plus rapidement possible. On souhaite s’extraire des morsures de la chaleur assommante des lieux, de cette vie rude imposée par le vagabondage et la fuite. On aspire à ce que les personnages trouvent un havre de paix et y mangent à leur faim. On colle à la peau de l’enfant, on se blottit sous son aisselle dans l’espoir d’y trouver le refuge qui lui fait défaut. Par moment, on a envie de rugir face aux violences qui lui sont faites. On a envie de lui hurler de suivre ce vieil homme bienveillant mais l’enfant est rongé par l’angoisse et les souvenirs des maltraitances qu’il a subies le poussent à se méfier de l’adulte. Pourtant, si l’enfant survit encore, c’est bien grâce à cet inconnu.

Une ambiance à couper au couteau. Un récit addictif et haletant. Une intrigue qui se déroule dans une atmosphère électrique mais on s’engouffre dans cet album comme si on était hypnotisé. Superbe.

Extrait :

« Il s’était enfui de chez lui précipitamment, le jour où il n’avait pu en supporter davantage » (Intempérie).

Intempérie

One Shot
Adapté du roman de Jesús CARRASCO
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur / Scénariste : Javi REY
Traducteur : Alexandra CARRASCO
Dépôt légal : juin 2017
152 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-8001-7159-3

Bulles bulles bulles…

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Intempérie – Rey © Dupuis – 2017

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26 commentaires sur « Intempérie (Rey) »

  1. je croyais avoir laissé un commentaire : je suis peut-être passée dans les spams? En tout cas, je disais que ça avait l’air vraiment bien! je note!

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    1. Non, j’avais regardé mais je n’ai rien trouvé dans les spams. Les plateformes et leurs « quelques » bugs… moi c’est chez Cristie que mes comm ne passent pas ^^
      Pour « Intempéries », c’est sombre, dur… mais quelle belle amitié entre ce vieil homme et l’enfant ! 😉

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    1. Je pense qu’il te plairait en plus. Certains passages (et notamment la manière dont la voix-off installe ses respirations) m’ont fait penser au travail de Thierry Murat

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    1. Chouette cet album tu verras 😉 Un peu de violence gratuite de la part de certains personnages, comme une haine et une colère qui les dépassent totalement. Beau beau cet album. Tu me diras 😉

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    1. A feuilleter oui mais les couleurs sont un peu délavées. A première vue, on a l’impression que l’ambiance est fade. Mais ça colle tout à fait au ton du récit, oppressant sans prendre à la gorge 😉

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  2. faut vraiment que j’apprenne à faire de chouettes chroniques BD comme vous 😀 En tout cas je suis bien tentée par celle dont tu parles aujourd’hui 😀

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    1. Pas de Petit Prince non, son innocence aurait volé en éclats. L’enfant a déjà perdu en grande partie cette part d’innocence avant de se lancer dans ce périple 😉

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      1. Je l’ai lu ce matin et oh, quelle belle surprise ! C’est taiseux et puissant, la violence gronde toujours plus ou moins sourdement & très beau graphiquement. (Tu peux arrêter de siffler…) – Sinon, autre BD, autre sujet : j’ai ENFIN trouvé le dyptique Alvin d’Hautière & Dillies ! 😀 (bon mais toujours pas d’Abélard à l’horizon…)

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        1. Ahh, « Alvin » (bon, je le trouve moins bon que le diptyque d’Abélard mais c’est peut-être mieux que tu commences par celui-là… la claque Abélard n’en sera que plus grande quand tu le liras :mrgreen: )
          « Intempéries » m’a vraiment marquée. J’y ai repensé longtemps après la lecture !

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