La Fille du van – Ludovic NINET

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C’est un très beau premier roman, je le dis de suite ! Un roman qui n’est pas prêt de me quitter…. Surtout lui : Pierre, un des personnages. Pas celui qui est au centre du récit d’ailleurs mais qui m’a touché immensément et dont l’auteur raconte, dans sa note de fin d’ouvrage ceci :

« Le personnage de Pierre est librement inspiré de Pierre Quinon, premier champion olympique français de saut à la perche, le 8 août 1984 à Los Angeles, disparu parce qu’il l’avait décidé, le 18 août 2011. J’aurais beaucoup aimé le connaitre. »

Quatre personnages habitent ce premier roman. Quatre abîmés mais formidables d’humanités.

Au centre, il y a Sonja. Jeune femme saccagée, « victime de stress post traumatique », en errance et en douleur. Femme sublime en sursis. En survie.  Qui résiste malgré tout. Malgré elle.

Arrivée sur les bords de l’étang de Thau. Dans l’Hérault. Dans le Sud de la France. Elle attend.

« Quoi, exactement ? D’être reprise demain par la même urgence de trouver à manger, c’est devenu le sens de son existence. L’instinct de survie, rien d’autre. Le règne animal –quelle misère. Ses yeux pleurent, en réponse à l’eau qui dégouline sans fin sur le pare-brise. Elle ne leur à rien demander.

Cette cavale a commencé un jour. Le pécule a fondu. Elle ne sait plus pourquoi elle tient. Elle croyait s’éloigner de son passé, ses pas l’ont ramenée sur les berges de son enfance. »

Au bout de sa route, au milieu de nulle part, elle rencontre Sabine, Pierre et Abbes. De ces rencontres, va naître l’espoir peut-être. La solidarité surtout. Et la vie…

J’ai tellement aimé m’approcher de ces personnages, de leurs espoirs et de leurs douleurs, de leurs histoires, de leurs rêves, de leurs secrets. De leurs failles. Béantes. Immenses…

Et ça dit les destins brisés, les vies pleines de bosses, les fragilités, les désirs tout de même, la culpabilité qui dévore tout, les béances et les traumatismes, les élans irraisonnés, les cœurs vulnérables, les solitudes qui demeurent, les tourments, les rages et les luttes, l’amitié qui sauve peut-être, les morts lentes, les larmes et les désespoirs, l’espoir qui subsiste. Malgré les êtres. Malgré la vie qui abîme tant.

L’écriture de Ludovic Ninet est simple, efficace et incisive. Juste. Crue. Lumineuse. Elle nous happe et nous recrache, la dernière page avalée, sonnés. Touchés en plein cœur.

 

Merci les 68 pour cette nouvelle découverte, pour ce si beau moment de lecture ❤

 

Premiers mots

« Les mains dans les poulets, les yeux sur la vie. Et les mains moites.

Pierre s’essuie sur son tablier et tente de revenir à la cliente qui en a commandé deux, bien dorés, mais ses yeux sont aimantés par cette chevelure rousse qui flambe sous la bruine, au milieu des voitures, cette fille une pancarte pendue au cou, qui mendie et qui peste, en treillis et rangers, une punk, une paumée ? Un animal nocturne en plein jour, angoissé et sans repères. Pourquoi la regardes-tu avec autant d’insistance, Pierre ?

Elle est jeune. Elle invective les passants qui l’ignorent.

Le pas hésitant entre les chariots pleins qui sortent du supermarché. Elle est peut-être ivre. Droguée. Ou juste fragile.

Elle est belle. Pas grande, mais bien campée sur ses jambes, elle illumine ce début d’été si gris. Rousse carotte. L’air triste, c’est vrai. Comme morte, un peu. Belle gueule mais gueule cassée.

Elle se débat. »

 

Extrait

 

« Il en siffle, le regard sur l’horizon, là où mer et ciel, à cette heure tardive, commencent à se confondre, et sa parole, soudain, s’éteint. Il pense, et ça le glace, cet abandon est inutile. Il faut trouver un autre moyen de court-circuiter les souvenirs. Il a essayé, lui, maintes fois de se construire un nouvel imaginaire, je tire un trait, je suis un homme neuf, je débute une nouvelle vie, de Paris à Bordeaux, puis à nouveau Paris, par intermittence, et puis Sète, les perches enfin rangées. Pour retrouver un futur. Mais le passé colle. Le passé poursuit. Le cerveau vous domine, sournois, il impose ses questions, c’est-à-dire qu’il veut, donc on veut sans cesse retourner en arrière pour comparer, c’est mécanique. Usant, puis invivable. Qui étais-je, qui suis-je devenu, on pèse et le gagnant est ? Pourtant, les repères ont changé. Ils devraient avoir changé, je suis heureux comme ça, n’est-ce-pas ? Si, pourquoi douter, je le suis. Mais au fond peut-être pas – et l’incertitude tue à petit feu. »

 

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La Fille du train fait parti de la sélection des 68 premières fois, édition 2017. Pour retrouver toute la sélection, les  chroniques de cette année et des éditions passées ainsi que les diverses opérations menées (t’as vu Sabine, j’ai repris un peu tes mots et je crois que je vais continuer tout au long de cette si belle aventure !), allez faire un tour sur ce blog formidable qui donne sacrément envie de dévorer des premiers romans !

 

La Fille du van de Ludovic NINET, Serge Safran éditeur, 2017.

8 réflexions sur « La Fille du van – Ludovic NINET »

  1. Des personnages à fleur de peau ! Ce roman a l’air de toute beauté ! Très envie de le découvrir à mon tour tu sais.
    Une pépite quoi.
    (et puis des bises de bonne journée à toi ❤ )

    Aimé par 1 personne

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