Capitaine Tikhomiroff (Nocq)

Nocq © La Boîte à bulles – 2017

« Après avoir raconté la Guerre d’Algérie vue à travers les yeux d’Alexandre Tikhomiroff (dit Tiko), Gaétan Nocq remonte le fil de l’Histoire et s’intéresse cette fois, à la Révolution d’Octobre vécue par le père de Tiko. Engagé dans l’armée blanche pour répondre à l’enthousiasme tsariste d’un père soucieux de l’honneur de sa famille, le jeune Capitaine Tikhomiroff se retrouve confronté aux horreurs de la guerre, à la mort de ses frères d’arme… obligé de fuir, de se battre pour une simple ration d’eau ! Il ira jusqu’à se faire incorporer provisoirement dans l’armée rouge afin de sauver sa peau… Au terme de cette véritable épopée, il deviendra l’un de ces nombreux Russes blancs réfugiés en France au début des années 1920 » (synopsis éditeur).

Cet album est une adaptation d’un roman de « La tasse de thé » , roman d’Alexandre Tikhomiroff. Partant du cor chromatique qui lui a permis de croiser la route d’Alexandre Tikomiroff (voir ma chronique sur son précédent album « Soleil brûlant en Algérie » où Gaétan Nocq raconte sa rencontre avec Tiko), l’auteur remonte les générations et s’arrête cette fois sur le parcours du père de Tiko, Capitaine dans l’Armée impériale russe pendant la Première Guerre Mondiale.

Capitaine Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2017

Je me rappelle aussi en avoir pris plein les yeux quand j’ai lu « Soleil brûlant en Algérie » . Des croquis et des illustrations à couper le souffle tant ils étaient minutieux, une voix-off pour porter le témoignage de Tiko et lui donner toute la profondeur nécessaire à ce genre de récits. Parfait. Plaisir donc de retrouver ce trait charbonneux, vaporeux et délicat. Parfois, quelques cases proposent un dessin plus figé (tout le prologue notamment), ce qui vient faire tâche, comme une fausse note qui coince de temps à autre mais n’empêchant pas l’auditoire de profiter de la mélodie. Ici, si l’histoire est celle d’une guerre dans toute sa cruauté, c’est avant tout l’histoire d’un homme et de ce qu’il a vécu durant ses années à être sur le front des combats. Souvent, il a été sacrifié, envoyé en éclaireur pour permettre au bataillon de s’organiser, placé sur un avant-poste pour permettre aux autres de détaller, souvent seul survivant d’une unité décimée… choisissant de rejoindre d’autres survivants ailleurs plutôt que d’opter pour la désertion. On suit la couleur des saisons, le blanc cassé hivernal, qui laisse la place au bleu ciel printanier, au jaune de cobalt. Et puis les rouges de l’automne et du sang. Et tout cela repart pour un nouveau cycle.

Autant il était disert quand il racontait sa vie militaire, autant il était discret, sinon secret, quand il me parlait de sa famille. Il se livrait par à-coups, entre deux silences.

Même si le contexte historique peut le laisser supposer, le récit n’a rien d’étouffant. Le fait que ce soit Alexandre Tikhomiroff (fils) qui raconte Alexandre Tikhomiroff (père) permet d’avoir un léger recul sur les événements. On découvre un parcours hors normes où il est question de la guerre et des années qui ont suivi, jusqu’à son arrivée en France et la vie qu’il a construite avec sa femme (une émigrée espagnole). Les conditions de vie dans les tranchées où les soldats flirtaient avec la folie, sa loyauté et son implication dans l’armée blanche… il y a une vraie richesse et une réelle humanité dans ce témoignage.

Je n’ai pas eu le coup de cœur que j’avais eu pour le précédent ouvrage de Gaétan Nocq mais j’ai lu ce récit avec intérêt. Une fois commencée, on a du mal à interrompre la lecture.

Capitaine Tikhomiroff

One shot
Editeur : La Boîte à bulles
Collection : Hors Champ
Dessinateur / Scénariste : Gaétan NOCQ
Dépôt légal : octobre 2017
238 pages, 28 euros, ISBN : 978-2-84953-288-1

Bulles bulles bulles…

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Capitaine Tikhomiroff – Nocq © La Boîte à bulles – 2017

4 commentaires sur « Capitaine Tikhomiroff (Nocq) »

  1. Je suis sûre que j’aimerais, d’autant que cette partie du front, russe donc, n’est pas celle que je/on connaît le mieux.
    Et j’aime beaucoup ce genre de narration.

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    1. Je te conseille son précédent album (Soleil brûlant en Algérie). Beau ! 😉
      (en fait, j’avais beaucoup aimé le fait qu’il aille à l’épure en restant au noir et blanc ; ici, les couleurs tassent/figent un peu les illustrations je trouve)

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