La Porte (Inoue)

Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

Nonaka Sôsuke et O-Yone sont mariés. Ils louent une petite maison au pied d’une falaise, dans un quartier paisible de Tokyo. Les jours coulent paisiblement. Sôsuke les vit de façon nonchalante, partagé entre l’envie de faire et celle de se laisser aller à la mélancolie. Car quelque chose est maintenant brisé dans la vie de Sôsuke. Quelque chose qui s’est passé bien après la mort de ses parents, alors qu’il avait déjà rencontré O-Yone. Quelque chose qui s’est passé après qu’il ait appris que son oncle l’avait dépouillé de son héritage et que la maladie de O-Yone se soit déclarée.

Sôsuke et O-Yone partagent ce secret et le récit est là pour nous amener progressivement à le découvrir.

Daisuke Inoue m’a tout d’abord donné l’impression d’effleurer son sujet. Pourtant, en l’effeuillant de la sorte, il en extrait toute la subtilité et fait ressortir la délicatesse. Car rappelons qu’il adapte-là un roman japonais du début du XXème siècle et que ls mœurs de l’époque étaient bien loin de celles d’aujourd’hui (déjà fort éloignées des mœurs européennes).

Ainsi, le roman éponyme de Natsume Sôseki revit sous le train fin et délicat de Daisuke Inoue. Ce dernier est ainsi passé de l’autre côté du bureau, d’assistant le voilà dorénavant assis dans le siège du mangaka.

Avec ce scénario, il prend le temps d’étudier son sujet. Les événements se déplient chronologiquement puis nous revenons en arrière et reprenons, tout aussi chronologiquement, le déroulement de l’histoire mais en y apportant quelques précisions et en s’arrêtant sur certaines périodes. Cet exercice, nous le ferons à deux reprises, nous concentrant chaque fois sur des époques différentes. Peu à peu, le puzzle prend forme et le secret se dévoile.

Daisuke Inoue nous force ainsi à contempler le sujet comme l’aurait fait Natsume Sôseki ; j’ai en mémoire « Oreiller d’herbes » [que je n’avais pas savouré à sa juste valeur à ma première lecture] où le personnage – un peintre – prenait le temps de regarder puis de saisir l’intérêt et la force d’un instant. Avec « La Porte » , Sôsuke est très vite placé dans le rôle du personnage principal, laissant son épouse légèrement en retrait. Il semble pourtant se faire le porte-parole du couple et livre peu à peu ce secret ; tous deux fléchissent sous son poids.

Sôsuke cherche donc, instinctivement, à faire face à leur culpabilité. Il remonte inlassablement ses souvenirs pour revenir à la source et le scénario suit un mouvement identique. Un cheminement individuel parfaitement mené que Daisuke Inoue accompagne d’un dessin vif et délicat.

Beau.

La Porte

– d’après le roman de Natsume Sôseki –
One shot
Editeur : Philippe Picquier
Collection : BD/Manga
Dessinateur / Scénariste : Daisuke INOUE
Traducteur : Patrick HONNORE
Dépôt légal : février 2018
224 pages, 15.50 euros, ISBN : 978-2-8097-1275-9

Bulles bulles bulles…

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La Porte – Sôseki – Inoue © Editions Philippe Picquier – 2018

10 commentaires sur « La Porte (Inoue) »

    1. Oui, mais ça fait longtemps aussi ! Je crois que ma lecture date de sa sortie qui date déjà 😛 J’avais bien aimé mais je garde un petit goût d’inachevé (je ne sais pourquoi, il faudrait bien que je le relise en fait…)

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    1. Je suis venue à Sôseki parce qu’une amie m’avait offert « Oreiller d’herbes » . Je ne savais rien de son univers, rien de son style. J’ai commencé la lecture assez naïvement et j’ai été surprise par cette lenteur contemplative qui me freine généralement. Ma première lecture m’a laissée un peu sur le bord de la route, ne sachant trop dire si j’avais aimé ou non. J’ai relu le roman depuis et je l’ai beaucoup plus apprécié.
      Et c’est parce que j’ai vu le nom de Sôseki sur la couverture que j’ai eu envie de lire ce manga 😉

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    1. Mon fils (12 ans) l’a lu. Je pensais qu’il n’accrocherait pas (trop lent pour lui, pas d’action, une réflexion sur le couple et les actes qu’on pose…). Et pourtant, alors que ça le fait sortir de sa zone de confort en manga (il aime « Gamaran » , « One-Punch Man » , « Toriko » ou encore « MAR » ), il revient sur cette idée du manga dont l’intrigue s’étiiiiiire éternellement et embarque le lecteur dans une succession de combats. Il s’est rappelé avoir aimé « NoNonBâ » et « Ma voie de père » … je crois qu’il va oser piocher davantage dans mes mangas maintenant 🙂

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