Leda Rafanelli, la gitane anarchiste (Satta & De Santis & Colaone)

Satta – De Santis – Colaone © Steinkis – 2018

Leda Rafanelli est originaire d’une famille très modeste. Adolescente, elle décroche un travail dans une imprimerie locale. Leda va s’accroche et fait le nécessaire pour se faire remarquer de son employeur. Ses efforts s’avèrent payant car si l’imprimeur la remarque et la félicite régulièrement pour son sérieux, il lui confie aussi progressivement la préparation des caractères en métal en vue de l’impression de textes politiques. Ce métier lui permet également d’avoir accès à une culture que sa condition sociale ne lui aurait pas ouverte.

Par la suite, Leda Rafanelli affirme ses convictions politiques et assume ouvertement ses orientations anarchistes.

En 1901, elle part vivre à Florence avec ses parents. Elle y fait de nouvelles rencontres et notamment Luigi Polli, son premier mari. Elle rencontre ensuite Giuseppe Monanni qu’elle épouse et avec qui elle crée une maison d’édition ; ils ouvrent une librairie pour diffuser notamment les œuvres qu’ils éditent. Et ce n’est là que le début de son parcours atypique où, entre autres, elle devient musulmane, romancière (l’écriture l’accompagnera toute sa vie), mère ou encore chiromancienne.

Francesco Satta et Luca de Santis réalisent un portrait décapant et ébouriffant de cette italienne de caractère. Aussi douce que tranchante, ses interventions sont tout simplement fascinantes. En elle beaucoup de contradictions, à commencer par une curiosité insatiable du monde qui l’entoure mais d’une sorte d’entêtement à défendre ses propres opinions qu’elle protège comme une louve. Une femme entière qui lorsqu’elle épouse une cause, s’y consacre dans retenue. Une femme imprévisible qui traite ses interlocuteurs tantôt avec intérêt, tantôt avec des attitudes de gamine capricieuse.

… tu sais que je vis dans l’absolu. J’aime et je déteste avec la même passion

On est là finalement à traverser les décennies, de l’euphorie de l’installation à Florence à la fierté d’éditer des textes et de soutenir un idéal politique en marge… en passant par les rencontres d’anarchistes ayant joué un rôle majeur dans le mouvement anarchiste en Italie, d’intellectuels en vogue, la Première Guerre Mondiale qui redistribue les cartes, le départ de son époux pour les Etats-Unis, la rencontre avec Benito Mussolini alors qu’il n’est encore qu’un novice en matière de politique, la Seconde Guerre Mondiale qui ébranle les rangs des anarchistes…

De scènes en scènes, on a finalement assez peu de temps morts pour digérer les informations. Sur certains passages, j’ai trouvé les phylactères trop verbeux, peut-être trop instruits (?), me donnant l’impression qu’en voulant trop bien faire, les scénaristes ne sont finalement pas parvenus à aller à l’essentiel. On comprend cependant l’aura qui entourait cette femme mystérieuse et pourquoi son charisme a fait chavirer le cœur de plus d’un homme.

Coté dessin, j’ai également tangué dans les illustrations de Sara Colaone. Alternant des planches très aérées où l’on respire et profite où l’on profite, comme l’héroïne, de l’instant présent sans avoir à se soucier du lendemain… et des planches plus chargées où l’image et la parole se volent parfois la vedette… où la parole étouffe parfois les illustrations. Leda Rafanelli donne l’impression d’avoir eu mille vies en une, une vie d’engagements et de rencontres… j’aurais certainement davantage savouré ces dernières si j’avais moins peiné à reconnaître les visages des protagonistes.

J’ai refermé cet album en étant un peu hébétée. Le scénario est intéressant et je ne cacherai pas que je ne connaissais pas du tout Leda Rafanelli pour autant, si parfois certaines biographies me donnent envie d’aller plus loin dans ce qu’un album a pu m’apprendre ici… je vais m’en tenir aux informations fournies par cet ouvrage.

Extrait :

« Ne donnez pas aux camarades ce qu’ils veulent mais plutôt ce qu’ils n’ont pas encore conscience de vouloir » (Leda Rafanelli – La gitane anarchiste)

Leda Rafanelli – La gitane anarchiste

One shot
Editeur : Steinkis
Dessinateur : Sara COLAONE
Scénaristes : Francesco SATTA & Luca DE SANTIS
Traduction : Marie GIUDICELLI
Dépôt légal : janvier 2018
216 pages, 20 euros, ISBN : 978-2-36846-173-0

Bulles bulles bulles…

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Leda Rafanelli, la gitane anarchiste – Satta – De Santis – Colaone © Steinkis – 2018

9 commentaires sur « Leda Rafanelli, la gitane anarchiste (Satta & De Santis & Colaone) »

    1. Un peu oui. Je crois que ce qui m’a le plus bloqué ici, c’est la difficulté à reconnaître les uns et les autres (il faut dire qu’elle fait pléthore de rencontres cette dame !)

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  1. J’ai écrit mon article, je peux donc vraiment lire le tien!
    On se retrouve dans le foisonnement intense de cette vie et la difficulté de se retrouver parfois dans cet album si dense. Mais je n’ai pas eu les mêmes « difficultés »: ce serait plutôt le besoin de situer dans le temps pour moi.
    L’album m’a permis de la connaître… et de chercher à en savoir plus sur elle!

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    1. Tout comme toi, l’album m’a permis de la connaître mais je n’ai pas poursuivi la chansonnette très loin. Je suis ressortie un peu sonnée de tout ce que j’avais déjà découvert comme moments/rencontres/goûts/activités qui ont fait sa vie 😦

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