Le Spectateur (Grosjean)

Grosjean © Soleil Productions – 2021

Depuis sa naissance, Samuel n’a émis aucun son. Il n’a prononcé aucun mot. Au début, ses parents se sont inquiétés. Ils ont consulté de nombreux spécialistes ; leur diagnostic est unanime : Samuel va bien, il leur faut juste accepter d’attendre qu’il soit prêt à parler.

Les années ont passé et la promiscuité avec ses camarades d’école n’a pas changé le comportement de Samuel. Il fut même scolarisé un temps dans une classe adaptée, s’y est vite ennuyé car ses capacités cognitives sont réelles, efficientes. Il a seulement une sensibilité différente, une manière d’être au monde qui lui est propre.

Adulte, il devient artiste et c’est dans ses toiles qu’il dépose toute sa sensibilité.

C’est un personnage aussi déroutant que touchant auquel Théo Grosjean a donné vie. On s’accroche un bon moment à l’envie qu’il parle. Mais être silencieux fait partie de sa personnalité. Il est ainsi et cela rend le personnage fascinant. Sa manière d’être pique la curiosité, nous invite à tourner la page pour continuer à le voir évoluer. Quel avenir a-t-il en se comportant ainsi ? Quelles portes se ferme-t-il en sortant de la norme ? Quelle autonomie lui laissera-t-on une fois qu’il sera majeur ? Tout un tas de question auxquelles le scénario répond avec autant d’humour que de cynisme. Le personnage assume son mutisme comme si c’était une part de liberté qu’il s’autorisait. C’est sa façon à lui d’affronter la réalité crue de la vie.

L’intrigue se tient et, comme par mimétisme, on adhère à cette manière de se comporter. On ne voit que très rarement le héros… de fait, toute la part interprétative entre en jeu : à quel point l’expressivité de son visage compense son mutisme ? 

C’est en silence que Samuel traverse sa vie. Il s’est fait des amis. Samuel est plutôt observateur que leader… il préfère le rôle de spectateur à celui d’acteur. La bichromie des planches crée une ambiance atypique. Cela m’a longtemps donné l’impression que l’histoire nous faisait évoluer dans un rêve éveillé. Cela a aussi eu l’effet d’étouffer les sons extérieurs au personnage, comme si la cacophonie de la vie était recouverte de ouate. Les tons vert d’eau ont tendance à venir exacerber l’empathie que l’on ressent à l’égard du personnage d’autant que l’on « voit » toute l’histoire par les yeux du personnage… c’est comme si le lecteur était dans un scaphandre… ou plutôt comme si nous étions dans un autre (j’ai beaucoup pensé au film « Dans la peau de John Malkovich » !). On le sent rempli de tristesse, c’est du moins l’impression qui domine.

Etonnant ce roman graphique ! Un ouvrage déroutant, dépaysant… tout ce qu’on veut mais c’est aussi un livre prenant qui a su piquer ma curiosité.

La chronique de Laetitia Gayet sur France Inter.

Le Spectateur (one shot)

Editeur : Soleil / Collection : Noctambule

Dessinateur & Scénariste : Théo GROSJEAN

Dépôt légal : avril 2021 / 168 pages / 18,95 euros

ISBN : 9782302090446

Le Parfum de l’exil (Khayat)

Khayat © Charleston – 2021

A trente ans, Taline est terrassée par la mort de Nona, sa grand-mère maternelle qu’elle considérait comme sa mère. Nona lui a tout appris et lui a transmis son don. Car Taline est un nez talentueux et travaille en tant que tel dans l’entreprise de création de parfums créée par Nona.

A trente ans, Taline doit donc apprendre à vivre sans celle qui compte le plus à ses yeux d’autant que Nona lui a légué son entreprise et que Taline a peur de ne pas être à la hauteur des nouvelles responsabilités qui lui incombent. Elle se sent seule.

Dans la maison de Bandole dont elle hérite également, Taline découvre que Nona lui a légué un présent plus précieux encore : trois carnets manuscrits. En lisant ces mémoires, Taline comprend qu’elle tient en main un témoignage qui changera à jamais sa vie. Elle plonge dans le récit de vie de Louise, la mère de Nona. Les mots de sa bisaïeule la touchent profondément. Louise est née à Marach (Turquie) et s’est installée à Beyrouth après son mariage. Entre temps, elle a vécu l’horreur, le génocide de son peuple arménien. Les marches forcées, les morts par milliers, les exactions contre les siens, les deuils, l’exil… Louise a dû se reconstruire après tout cela.

Ondine Khayat livre un récit touchant qui rend hommage aux milliers de victimes du génocide arménien. La romancière aux origines arméniennes et libanaises propose un récit où l’on passe régulièrement du passé au présent, les témoignages des personnages féminins sont enchâssés. Trois générations s’expriment, trois voix de femmes témoignent de l’impact du génocide sur leurs parcours.

Il m’a fallu du temps et plus d’une centaine de pages pour apprécier cet ouvrage. J’ai eu à batailler pour accepter le côté un peu mielleux du récit et accepter que l’enfance de Louise soit aussi parfaite, aussi luxueuse, aussi mélodieuse. J’ai également eu du mal à accepter la précision des souvenirs de Louise ; en effet, en écrivant son récit plusieurs décennies après les faits, son récit est d’une précision incroyable. Echanges, détails vestimentaires, paysages, émotions… tout y est et je sas que j’ai toujours eu du mal à apprécier cet effet de style.

J’ai du mal avec l’emploi de la phrase parfaite posé au parfait moment et le parfait détail qui décore une scène. De fait, j’ai longtemps pensé que je ne verrais jamais la fin de ce livre… car j’étais intimement persuadée que je ne parviendrai pas à passer le cap du premier carnet [le roman s’organise en trois temps forts autour de ces carnets]. D’autant que dans le même temps, la voix de Taline s’exprime pour parler de son présent, de ses ressentis et de l’émotion produite par la lectures des carnets de Louise. C’est un contraste entre les évènements tourmentés vécus par Louise et les problèmes quotidiens de Taline qui sont, par moments, d’une banalité à faire pâlir. Taline s’abîme entre la nécessité de faire un deuil impossible (lié au départ de Nona) et le besoin de se protéger d’une mère et d’un compagnon toxiques. Enfin, il y a l’appréhension de ne pas savoir assumer les nombreuses responsabilités de son nouveau statut de cheffe d’entreprise.

A force d’insister, j’ai atteint le second tiers du récit, celui principalement consacré au génocide arménien. L’univers de Louise s’écroule, la jetant dans l’horreur et la douleur. La plume de l’écrivain s’emporte, quitte le confort douillet pour explorer davantage les ressentis, les sentiments, les réflexions de fond. Alors je sais que nombreux me diront que ça ne les tente pas de devoir attendre autant – dans une lecture – pour pouvoir commencer à l’apprécier. Je sais… Mais je voulais absolument lire l’intégralité de ce texte, eu égard au sujet qu’il aborde. Et je ne le regrette pas. Il y a des passages savoureux, des moments de profond désespoir, de magnifiques métaphores… Finalement, ce moment tant attendu que celui de pouvoir se laisser porter par le récit arrive. La vie de Louise n’a longtemps tenu qu’à un fil mais la volonté qu’elle affiche de ne pas céder à la mort et de ne pas sombrer dans la folie est assez impressionnante. Son récit de vie est puissant, de toute beauté.

Le Parfum de l’exil (roman)

Editeur : Charleston

Auteur : Ondine KHAYAT

Dépôt légal : avril 2021 / 448 pages / 19 euros

ISBN : 9782368126172

Le Pré derrière l’Eglise (Crisse & Paty)

Crisse – Paty © Soleil Productions – 2021

Irlande, dans les années 1930.

Dans le petit village de Killenny, la vie s’organise autour de l’église. Ou plutôt aux abords car les bancs de messe ne sont plus très fréquentés.

Derrière l’église en revanche, les prêches du prêtre trouvent des fidèles. Car c’est chaque matin que le curé répète son sermon devant une assemblée attentive d’un genre singulier. En effet, le troupeau de moutons qui paît-là paisiblement aime s’abreuver chaque matin des paroles bénites… et se goinfrer des friandises qui sont distribuées consécutivement.

C’est un peu désabusé que le prêtre teste l’effet de ses propos sur un auditoire subjugué bien que doté d’un regard ovin… un regard bien plus brillant que celui de ses paroissiens. Ces derniers gravitent pourtant non loin, dans les parages immédiats de l’église…

Le « Pink Clover » se démarque des autres Pubs puisqu’il est collé au flanc du petit édifice religieux de campagne. Lieu de beuveries hors pair, il dépouille les rangs de messe de ses fidèles et les amènent à flotter dans des brumes éthyliques auxquelles ils cèdent comme au chant des sirènes. Une vieille polémique est entretenue par quelques grenouilles de bénitier qui regardent d’un mauvais œil cette mitoyenneté entre le vin de messe et cette bière qui coule à flots.

« Quel est le sombre crétin qui a eu cette idée idiote de construire un pub sur les flancs d’une église ?… »

Mais les jours sont paisibles à Kilenny… jusqu’à ce qu’un acte criminel commis sur la personne du prêtre ne vienne chambouler l’harmonie des deux communautés vivant dans le village. Ovins et humains sont en perte de repères.

Tout, dans le scénario de Crisse, nous invite à regarder les choses d’un œil neuf. Des animaux dotés du langage, un écureuil en guise de narrateur, un hibou en guise de sage et un prêtre qui, sans prétention, s’avère finalement être le pilier sur lequel s’appuient

Deux intrigues se déplient en parallèle car que ce soient les animaux où les hommes, chacune de ces communautés va chercher à percer le mystère de l’agression du curé. Car il y a forcément un coupable, il y a certainement un complice et sans nul doute quelques témoins. Reste à savoir quels sont les motivations des uns et les raisons qu’ont les autres à se taire. Sans surprise, cet événement exacerbe les haines et nourrit les peurs. Par petites touches, Crisse modifie l’ambiance champêtre en installant un climat tempétueux. L’atmosphère se charge de venin et les différences entre les individus (une divergence d’opinion, une apparence physique dissemblable de la majorité des individus du cru, une habitude de vie atypique…) deviennent des nids à problèmes. Petite satire sociale qui, contre toute attente, m’a piquée de curiosité et m’a mis le sourire aux lèvres. Le propos est aussi pertinent que ludique et l’ouvrage s’avère être une lecture bien agréable. Sans être l’album du siècle, j’ai ressenti un réel plaisir à voir Crisse s’échapper aussi loin des sentiers qu’il emprunte habituellement. On est effectivement bien loin de « Kookaboora » , de « L’Epée de Cristal » ou d’ « Atalante » … bien loin du registre de l’heroïc-fantasy qu’il nourrit depuis des années. Et cela lui réussit plutôt bien !

De son coté, Christian Paty quitte lui aussi ses habitudes de jouer avec les pouvoirs fantastiques, le merveilleux, la quête et l’action… Avec « Le Pré derrière l’Eglise » , il nous montre qu’il a bien plus qu’un coup de pinceau à son arc. Le dessin réaliste et franchouillard, ses couleurs sont pleines de fraicheur et de malice. C’est un régal car graphiquement, on profite aussi bien de trognes indécrottables que de l’humour ironique qui pétille dans chaque détail graphique.

Bref, les deux auteurs se réinventent et je ne regrette absolument pas d’avoir accepté de les lire sur cet album goguenard.

Le Pré derrière l’Eglise / Tome 1/2 : The Pink Clover

Editeur : Soleil

Dessinateur : Christian PATY / Scénariste : CRISSE

Dépôt légal : mars 2021 / 48 pages / 14,50 euros

ISBN : 9782302089402

Les Mains de Ginette (Ka & Duclos)

Ka – Duclos © Guy Delcourt Productions – 2021

C’est en 1962 que Ginette rencontre Marcelin.

La jeune postière vient de s’installer dans une petite bourgade et faisant quelques travaux suite à son emménagement, elle se rend à la droguerie dont Marcelin est le gérant. Désireux de satisfaire sa nouvelle cliente, Marcelin s’empresse pour la guider dans ses achats.

« – Attention, c’est un produit extrêmement corrosif. Avez-vous des gants caoutchouc pour protéger vos mains ? »

Il faut dire que les gants, c’est le fond de commerce de Marcelin !

« Six mètres linéaires ! Des gants de toutes les tailles, de toutes les teintes, rien que de la qualité, en provenance d’Allemagne, d’Italie et d’Angleterre. (…) Marcelin savait parler aux femmes. De leurs mains, surtout. C’est qu’il les aimait, leurs mains. Il en était amoureux. Il les regardait, il les caressait, il les admirait. Et les femmes étaient ravies. Elles repartaient avec un produit parfaitement adapté à la nature de leur peau et à la morphologie de leurs doigts. »

Lorsque Marcelin vit les mains de Ginette pour la première fois, ce fut le coup de foudre. Depuis ce premier jour où ses yeux se sont posés sur ces mains-là, Marcelin est tombé en amour pour Ginette. Et la jeune postière, émerveillée, était sous le charme de Marcelin. Leur mariage fut une fête. Le beau Marcelin, éperdument amoureux, flottait dans le bonheur. Puis Ginette se mit doucement à changer. Marcelin ne fit pas cas de la première crise de colère qu’elle fit. Ni de la seconde… mais le mal était entré dans leur couple et rien ne semblait être en mesure d’apaiser l’insatisfaction permanente de Ginette.

Aujourd’hui, dans la petite bourgade, peu nombreux sont ceux qui se rappellent encore du prénom de Ginette. Pour tous, elle est devenue cette vieille femme célibataire et aigrie que jeunes et moins jeunes appellent « La Crabe » sans rien connaître de l’histoire qui est à l’origine de cet hideux surnom.

La petite chronique sociale chantante d’Olivier Ka qui décrit un couple heureux partageant un amour généreusement réciproque ne dure pas longtemps. Sous le trait rondement coloré de Marion Duclos, la chansonnette printanière des deux tourtereaux tourne doucement au vinaigre. Le scénariste place ses pions de façon insidieuse. On guette sans percevoir par quel côté l’ombre assombrira le tableau mais il ne fait aucune doute que la jalousie s’immisce silencieusement dans chaque recoin. Lorsqu’on constate que Marcelin est pris au piège, nous ne pouvons que regarder tristement ce rêve qui a viré au cauchemar.

Le scénario décrit les rouages de la jalousie et sa manière sournoise de se répandre. Comme un cancer, elle gangrène le couple et ravage tout sur son passage. Ce versant destructeur du sentiment amoureux témoigne de cette incapacité à aimer l’autre sans l’étouffer. On ne voit souvent que les effets toxiques que cette émotion dévastatrice a sur celui qui subit. Olivier Ka ouvre une petite fenêtre et nous invite à entendre que celui qui est devenu malveillant a souvent, dans son passé, des cicatrices difficiles (voire impossibles) à soigner… Prendre l’ascendant sur l’autre est parfois une réaction inconsciente à l’envahissante peur de perdre l’être aimé. Sans excuser ces actes venimeux, le scénariste nous demande délicatement de prendre en compte chaque élément, chaque pièce de ce tout qui finalement laisse des individus exsangues.

C’est avec beaucoup de justesse et sans lourdeurs que Marion Duclos illustre le récit d’Olivier Ka. Un ouvrage sensible sur le sentiment amoureux et les différentes manières qu’il a de s’exprimer. Bienveillance et jalousie sont ici les deux facettes d’un même miroir.

Les Mains de Ginette (one shot)

Editeur : Delcourt / Collection : Mirages

Dessinateur : Marion DUCLOS / Scénariste : Olivier KA

Dépôt légal : mars 2021 / 104 pages / 16,50 euros

ISBN : 9782413019480

Dans la nuit noire (Small)

David Small revient avec un roman graphique tout aussi poignant, témoin d’une adolescence américaine malmenée et livrée à elle-même.

Small © Guy Delcourt Productions – 2021

Le décor de ce récit fictif est une petite ville américaine californienne. Des parents défaillants, totalement absents et absolument englués dans leurs propres problématiques, et c’est un jeune garçon – au seuil de l’adolescence – qui doit apprendre à grandir seul dans un monde où les dangers sont à chaque coin de rue.

Russell a treize ans lorsque sa mère décide de quitter le foyer, le laissant seul avec son père. Tous deux vont déménager en Californie. Ils louent une chambre chez la famille Mah, premier pied-à-terre de cette nouvelle vie. Quand le père de Russell trouve un travail, ils investissent leur nouvelle maison. Elle se trouve non loin de chez les Mah qui resteront un repère pour Russell ; leur maison restera un lieu ressource quand tout va au plus mal et qu’il a besoin de reprendre des forces.

Avec son père, Russell doit très vite apprendre à se débrouiller seul mais ce n’est pas tout. Il doit tout apprendre par lui-même : à se protéger, à créer des alliances (à défaut de se trouver des amis)… apprendre à grandir le moins bancal possible.

Onze ans après « Sutures » , le trait de David Small s’est affiné. Il est moins dépouillé et le propos est moins incisif.

Son premier roman graphique lui a certainement servi de catharsis mais le besoin de parler de l’adolescence reste visiblement présent. La solitude du personnage central est la même. Lui aussi pousse un cri silencieux qui lui permet de supporter son désespoir. On retrouve des thèmes similaires, comme si l’artiste faisait invariablement rimer « adolescence » avec solitude, souffrance, manque d’affection, humiliations et indifférence de l’entourage.

Russell a peu d’estime pour lui-même. Il se déteste et ne voit en lui que ses défauts : la lâcheté, l’absence de pugnacité… tout en lui semble l’exécrer. Il n’a aucune consistance, aucun charisme, aucune passion, aucune conviction. Rien. Tout est à construire. Il s’embourbe dans les mots, ne sait pas comment faire pour attirer l’attention de son père et chacune de ses tentatives est interprétée de manière brutale par un paternel qui semble incapable d’aimer son fils.

Le dessin de Small s’est habillé de discrets apparats… j’ai du moins l’impression qu’il est plus maîtrisé. Il y a de nombreux passages muets qui accentuent l’impression de solitude dont est entouré le héros. Ces silences mettent également en exergue le poids des non-dits et la culpabilité que le personnage principal ressent d’avoir laissé filé des occasions de dire ce qu’il avait sur le cœur. Sans personne à qui faire confiance, il tâtonne, il est effrayé.

Sans aucune figure parentale à laquelle s’amarrer et se rassurer, le personnage se vit en naufragé. S’il parvient à identifier les traits de caractères et les centres d’intérêt de ceux qui l’entoure, il échoue à y parvenir pour lui-même. On a l’impression qu’il est une coquille vide. On observe ainsi la difficile quête identitaire du personnage principal. Il cherche à lier des amitiés qui ne le nourrissent pas ; il imite en silence, il obtempère docilement pour se faire accepter mais ne trouve aucun plaisir, ni aucune gratification à se fourvoyer de la sorte. Il ne trouve tout simplement pas sa place auprès des autres. Ses doutes, son manque de confiance, sa solitude nous sont livrées sans filtre.

Le personnage est touchant mais je n’ai pas été réellement émue par cette lecture où il est question d’une adolescence difficile à vivre du fait d’un contexte familial délétère.

Dans la nuit noire (one shot)

Editeur : Delcourt / Collection : Outsider

Dessinateur & Scénariste : David SMALL

Traduction : Nicolas BERTRAND

Dépôt légal : mars 2021 / 408 pages / 24,95 euros

ISBN : 9782413024125

Le Livre des Merveilles (Le Roux & Froissard)

Le Roux – Froissard © Soleil Productions – 2021

An 1215. Sur la route entre Venise et Rimini, un vieux voyageur et un jeune garçon se rencontrent. Le second propose de s’occuper des malles du vieil homme et de lui tenir compagnie. En échange, l’homme lui offrira le couvert et peu à peu, confiera au garçon ses nombreux récits de voyages.

« C’est une ville au climat rude où les abeilles vivent en si grand nombre que tout le miel accumulé s’est cristallisé pour finir par former des montagnes. Elles sont creusées par les habitants qui vendent ses gros cailloux translucides à la saveur incomparable à prix fort. Grâce à cette richesse, la ville abrite d’innombrables palais, tous plus beaux les uns que les autres »

L’amitié entre ces individus que trois générations séparent se tisse à mesure que les souvenirs du vieil homme affluent. Il embellit les détails de ses récits, y ajoute un soupçon de suspense et beaucoup de merveilleux, ce qui rend ses histoires captivantes et absolument incroyables !

Etienne Le Roux s’est inspiré du « Livre des Merveilles » dicté par Marco Polo à son compagnon de cellule Rustichello de Pise. De cette confidence naît un livre qui a fait connaître Marco Polo au monde entier. L’alternance entre les scènes du présent et celles du passé directement surgie de la mémoire du personnage principal crée une atmosphère qui nous fait flotter. On est loin des inquiétudes auxquelles l’explorateur a dû faire face et pourtant, Etienne Le Roux nous permet d’en ressentir les tumultes. On nage en permanence entre rêve et réalité et les images féériques qu’il invoque nous donnent envie d’ailleurs. Le registre sémantique et graphique employés nous amènent souvent à nous demander ce qui a réellement eu lieu et ce qui est inventé de toutes pièces. Et ce flottement est délicieux.

Vincent Froissard applique à ses dessins les teintes sable du rêve, de l’ailleurs, qui subliment le récit du voyageur nostalgique. Il a trouvé un public en la personne de ce jeune garçon et le dessinateur les illustre tous deux avec autant beaucoup de tendresse. La fragilité du vieillard est aussi touchante que celle du garçonnet. Voilà un duo aussi complice que complémentaires. Quand l’un trouve un incroyable plaisir à avoir trouvé une oreille dans laquelle déposer ses aventures, l’autre a trouvé une voix chaleureuse qui lui décrit avec précisions les détails de civilisations lointaines. En lecteurs attentifs, on ne perd pas une miette de cette étonnante rencontre à ciel ouvert. L’ambiance graphique japonisante et le dessin charbonneux des illustrations nous bercent. A chaque page, des ornements décorent et réchauffent les planches, nous maintiennent dans un espace-temps hors du temps. Une fois plongés dans la lecture, on est totalement accaparés par la narration, l’alchimie entre les deux personnages, les récits de voyages…

Très belle surprise que cette lecture.

Le Livre des Merveilles

– Librement adapté des récits de Marco Polo –

Editeur : Soleil / Collection : Métamorphose

Dessinateur : Vincent FROISSARD / Scénariste : Etienne LE ROUX

Dépôt légal : avril 2021 / 76 pages / 16,95 euros

ISBN : 9782302093133