La Gröcha (Adam)

La Gröcha
Adam © Atrabile – 2012

Emma va mal. Les trois mois d’arrêt maladie n’y ont rien fait. Elle reprend le travail à contre cœur, dort sur son bureau. Incapable de se concentrer, incapable de faire la part des choses et de faire taire la douleur qui gronde en elle…

Sa petite fille n’est plus, morte ou disparue ? Emma ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas… si bien que ses rêves l’envahissent.

J’ai abordé cet album comme le pendant des Enfants pâles dont je vous parlais avant-hier. Il y était question d’enfants assassinés par leurs parents. Grâce à ces meurtres, les adultes imaginaient soustraire leurs « petits » aux pires maux de la société (crise, famine, maladie, misère).

La Gröcha aborde le même sujet mais traité cette fois sous l’angle des adultes. La société est en crise en raison d’une épidémie foudroyante et mortelle. Les modes de contagions ne sont pas explicites, ce qui a tendance à rajouter de l’angoisse à l’angoisse (se transmet-elle par contact physique ? sexuel ? est-ce un virus ?…). Peggy Adam développe un scénario catastrophe où les autorités sanitaires semblent dépassées par la propagation alarmante de la maladie. L’auteur a installé l’Armée aux portes des villes afin de contrôler les allées-venues des populations. « Papiers sanitaires et carte d’identité ! » martèlent les soldats.

Les éléments narratifs, tels qu’ils sont introduits, maintiennent une tension et forcent le lecteur à rester sur le qui-vive. De même, l’incertitude qui plane autour de la fillette et les rêves de l’héroïne (on a du mal à percevoir s’ils relèvent du cauchemar ou de la prémonition) confortent ce ressenti. Enfin, le spectacle d’un couple à la dérive tente d’ancrer le lecteur dans une forme de réalité. La souffrance de ces personnages permet effectivement une forme d’identification.

J’ai apprécié cette intrigue mais l’absence de transitions entre les scènes décrites ôte tout fluidité à la lecture. Parfois, la compréhension de l’histoire m’a échappé. On avance par à-coups, on revient en arrière afin de vérifier que l’on n’aurait pas sauté une page…

D’un point de vue graphique, le trait est imprécis et maladroit. Pourtant, dans Luchadoras, le côté brut des dessins servait les propos. Ici, s’il renforce effectivement le sentiment d’insécurité déjà prégnant dans la narration, j’ai trouvé que l’angoisse était sur-jouée. Les lavis habillent les illustrations mais n’atténuent pas ce ressenti. Les magnifiques paysages des Alpes et les quelques répliques (pourtant chantantes) en romanche ne soulagent pas cette atmosphère oppressante.

Des temps de pauses sont pourtant présents. En recourant à des bouffées oniriques, Peggy Adam marque régulièrement des ruptures dans le développement de son scénario. En effet, elle intercale de brefs passages illustrés où les dessins sont léchés, les doux dégradés de gris permettent à la lumière de diffuser harmonieusement ses variations et où le temps semble suspendu dans un monde totalement silencieux. Je me suis longuement attardée sur ces planches pour tirer le maximum de bénéfices de ces temps de respirations qui aèrent le récit. Mais on manque malgré tout d’une vision d’ensemble de la situation qui permettrait de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de cette vision cauchemardesque.

Une lecture que je partage avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Allez découvrir les lectures des autres lecteurs !

PictomouiLe dénouement de l’album laisse le lecteur seul face à ses propres projections, libre quant à la conclusion à donner bien que son état d’esprit l’influencera fortement – je pense – dans l’orientation qu’il donnera à son imaginaire. Etrange album qui souhaite sensibiliser son lectorat sur les questions de santé publique. Pourtant, sa portée est ténue. En tant que lectrice, j’ai trouvé que l’ambiance angoissante développée dans l’album étouffait trop les propos de l’auteur… le message de sensibilisation passe au second plan.

Une découverte faite dans le cadre de La Voie des Indépendants, en partenariat avec Les Editions Atrabile.

Les chroniques : OliV, Planete BD.

La Gröcha

One shot

Editeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateur / Scénariste : Peggy ADAM

Dépôt légal : août 2012

ISBN : 978-2-940329-73-1

Bulles bulles bulles…

La preview sur BD Gest.

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La Gröcha – Adam © Atrabile – 2012

Luchadoras (Adam)

Luchadoras
Adam © Atrabile – 2006

A Ciudad Juarez, de nos jours.

Alma travaille en tant que serveuse. Sa journée terminée, elle rentre chez elle retrouver Laura, sa petite fille, et Romel, son mec. Comme beaucoup d’hommes à Ciduad Juarez, Romel n’hésite pas, à la moindre contrariété, à frapper sa femme jusqu’à ce qu’elle se range au même avis que lui. Et vu que les femmes n’osent pas faire valoir leurs droits, rien ne fait obstacle à la toute-puissance de ces mâles en mal d’autorité. D’autant que dehors, la vie est une vraie jungle pour les femmes. Chaque jour, la Police enregistre de nouvelles disparitions de femmes voire d’adolescentes… chaque jour, de nouveaux cadavres ne font que gonfler le chiffre déjà alarmant de toutes celles qui ont subi des violences ; viols, mutilations, séquestration qui dure parfois des semaines,…

Il y a quelques temps, j’avais découvert Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez, un album où Edmond Baudoin et Troub’s nous faisaient découvrir tout en finesse le quotidien de cette ville mexicaine. Suite à cette lecture, j’avais fait des recherches poure mieux me rendre compte de la situation, c’est ainsi que j’ai découvert la dure réalité de cette ville : des disparitions quotidiennes de femmes, des meurtres de femmes qui ont commencé en 2003, des cadavres mutilés qui en disent long sur les sévices qu’elles ont subi dans les jours ou les semaines qui ont précédé leur mort… Tout cela dans un contexte de guerre des gangs, de narcotrafiquants qui s’étripent pour grappiller une part du juteux marché américain de la drogue, une ville qui accueille chaque jour de nouveaux arrivants venue d’Amérique latine et qui rêvent de s’installer aux États-Unis, sans oublier les autres fléaux sociaux : chômage, précarité, squats, alcoolisme, corruption…

Heureux concours de circonstance : au moment même où je sortais de la lecture de l’ouvrage de Baudoin et Troub’s, Joëlle met en ligne une chronique d’album pour présenter Luchadoras. Sensibilisée au sujet, je décide donc de me procurer cet album qui rend hommage aux « lutteuses » de Ciudad Juarez (traduction de « Luchadoras » en référence à ces femmes livrées à elles-mêmes).

Le résultat : une claque !

Disons-le franchement : si j’avais découvert la situation à Ciudad Juarez par le biais de l’album de Peggy Adam, avec certitude : je n’aurais pas souhaité poursuivre sur le sujet (internet, BD ou n’importe quel autre support). La violence contenue dans cet album m’a sonnée. L’auteur aborde de manière frontale les conditions des femmes dans cette enclave mexicaine. La première scène nous permet d’ailleurs de faire la connaissance d’Alma, personnage principal du récit, alors qu’elle est en plein entretien avec Maria, bénévole dans une association qui aide les femmes à faire face aux violences conjugales qu’elles subissent. Lorsque Alma sort des locaux de l’Association, elle se retrouve nez-à-nez avec Romel qui la poignarde en plein jour, en pleine rue… une agression à laquelle personne ne semble réagir. Le reste de l’histoire telle qu’elle nous est présentée par Peggy Adam est dans la même veine, l’auteur ne s’encombre vraiment pas de fioritures inutiles, la violence n’est pas maquillée et agresse le lecteur.

Graphiquement, les illustrations de l’auteure renforcent le malaise. Cet album est réalisé en noir et blanc, les jeux de contrastes ne sont pas utilisés ce qui donne lieu à un graphisme assez « simple ». J’ai trouvé le dessin un peu « tassé » et même s’il y a des jeux de perspectives, les personnages sont pris dans le même bloc visuel que les décors en second plan. On a l’impression que l’auteur n’a pas réellement cherché à travailler ses personnages et ses décors et qu’elle nous les livre brut, ce qui renforce d’autant la dureté de l’album. Ce n’est pas le genre de dessins dont je raffole (inesthétique et grossier), il a tendance à alourdir un propos déjà bien chargé émotionnellement.

Pourtant, je trouve que le personnage d’Alma porte bien cette histoire. Le courage dont elle fait preuve est impressionnant, mais je ne suis pas sure que ce genre de personnalité soit réellement représentative de ce qui se passe à Ciudad. En effet, pour avoir visionner quelques reportages sur ce sujet, on sent que les femmes s’indignent de la manière dont elles sont traitées mais la peur les enferme dans un silence pesant. Elles constatent, elles pleurent la mort de leurs proches mais n’osent pas juger et se refusent à dénoncer… la peur au ventre.

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs des

MangoPictoOKLe résultat : une lecture qui percute, des haut-le-cœur à plusieurs reprises durant la lecture, un malaise. Tout à fait le genre d’album que je conseillerais à quelqu’un qui s’intéresse à la situation de Ciudad Juarez, pas vraiment le genre d’album que je conseillerais aux autres lecteurs. L’album déroute et, contre toute attente, propose cependant une fin ouverte qui donne la touche d’optimisme salutaire.

Les avis de Joëlle, Solenn, du9.

Luchadoras

Challenge Petit Bac
Catégorie Loisir/Sport

Éditeur : Atrabile

Collection : Bile blanche

Dessinateur / Scénariste : Peggy ADAM

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 294032929X

Bulles bulles bulles…

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Luchadoras – Adam © Atrabile – 2006

La Maison Close (Collectif d’auteurs)

La Maison Close
Collectif d’auteurs © Guy Delcourt Productions – 2010

Mettez trente auteurs ensemble et faites-les travailler sur un projet artistique qui n’a, comme seules contraintes, celle de faire évoluer leurs personnages dans le décor d’une maison close dessinée par Ruppert et Mulot.

Secouez bien fort et laissez leur ensuite donner libre court à leur imagination…

Impulsé et encadré par Florent Ruppert & Jérome Mulot, le projet de réaliser une maison close virtuelle s’est concrétisé en 2010 avec la publication de cet ouvrage dans l’excellente collection Shampooing de Delcourt.

Une fine équipe s’est constituée et compte dans ses rangs quelques auteurs savoureux. D’un point de vue graphique, excepté la partie des décors assez uniforme et suffisamment discrète pour offrir un terrain de jeux idéal aux intervenants, se côtoient les styles hétéroclites ; chaque auteur utilise sa touche personnelle pour se mettre en scène.

Cela crée quelques forts contrastes entre un Guy Delisle tel que nous le connaissons dans ses BD reportages et Nadja dont le personnage (un ours dessiné au feutre et grisé à la peinture) ressort fortement sur ces aplats à forte dominance de blanc. Sans réelle difficulté on situe immédiatement Lewis Trondheim avec sa gueule d’oiseau déjà vue dans OuBaPo Oupus ou dans Les petits riens de Lewis Trondheim (récit autobiographique).

Trondheim

Pour le reste : Anouk Ricard, François Ayroles, Boulet, Charles Berberian, Aude Picault, Emile Bravo, Hélène Bruller, Fanny Dalle-Rive, Florence Cestac, Lucie Durbiano, Caroline Sury, Tom Gauld, Patrice Killoffer, Sébastien Lumineau, Peggy Adam, Anna Sommer, Olivier Schrauwen, Catherine Meurisse, Lisa Mandel, Pauline Martin, Morgan Navarro, Christian Aubrun, Zep, François Olislaeger, Frederik Peeters, Frantico.

auteurs Maison Close

Lecture du mois de mai pour kbd

PictoOKOriginal, cocasse et le traitement du sujet est réellement intéressant. Les auteurs se mettent en scène et illustrent leurs fantasmes de façon tout à fait spontanée. Qui a dit que parler de sexe devait se faire obligatoirement de manière grossière et sirupeuse ? Allez !! c’est amusant et cela permet de découvrir les petits travers de nos auteurs préférés.

La maison close

One Shot

Editeur : Delcourt

Collection : Shampooing

Dessinateurs / Scénaristes : collectif (voir détails plus haut dans l’article)

Dépôt légal : janvier 2010

ISBN : 978-2-7560-2134-8

Bulles bulles bulles…

Quatrième de couverture : « La Maison Close est un travail collectif organisé et initié par Ruppert & Mulot. Répondant à une invitation de Dupuy & Berbérian qui furent les présidents du festival d’Angoulême en 2009, La Maison Close fut d’abord montrée sur le site internet du festival en parallèle d’une exposition à la CIBDI. Un mode d’emploi en ligne, à l’intention des auteurs participants, comprenant notamment une visite guidée de la maison close, fut créé pour l’occasion. Cette visite guidée ainsi que le salon de thé de la maison close sont disponibles à cette adresse :

http://www.succursale.org/visiteguidee/

Cette visite vous permettra de découvrir les différents décors et, ça et là, en cliquant sur les personnages, vous pourrez accéder à quelques unes des scènes de l’album.

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La Maison close – Collectif d’auteurs © Guy Delcourt Productions – 2010