Alim le Tanneur (Lupano & Augustin)

Alim le Tanneur, tome 1
Lupano – Augustin © Guy Delcourt Productions – 2002
Alim le Tanneur, tome 2
Lupano – Augustin © Guy Delcourt Productions – 2006
Alim le Tanneur, tome 3
Lupano – Augustin © Guy Delcourt Productions – 2007
Alim le Tanneur, tome 4
Lupano – Augustin © Guy Delcourt Productions – 2009

Quatrième de couverture :

« Dans l’Empire de Jésameth, être un hors-caste, c’est n’être pas du tout à fait un homme. Alim est de ceux-là. Tanneur de profession, il a la charge de recycler les corps sans vie des sirènes tueuses qui viennent s’échouer sur les plages de la cité impériale. Mais le destin redistribue parfois les rôles. Un soir pas comme les autres, l’océan vient confier au plus humble des hommes le plus grands des secrets ».

Accompagné de Bul (sa fille) et de Pépé (son beau-père), la quête d’Alim va commencer…

Je voulais lire Alim depuis un moment et kbd m’a apporté cette opportunité sur un plateau pourtant, mon avis ne sera pas aussi emballé que je le voudrais. J’ai entendu tellement de bien sur cette série (maintes fois conseillée) que je m’attendais à quelques chose de remarquable en tous points… il n’est parfois pas bon de trop en savoir avant de découvrir un univers. Je n’en nierais pourtant pas la qualité, je déplore juste l’accroche que j’ai eu… un cran en deçà de ce qu’elle aurait du être.

Quatre tomes durant, on suit Alim dans son périple. Chaque tome offre un nouveau décor, de nouvelles teintes et de nouveaux peuples. Au passage, notre œil fait le curieux et se perd à reluquer faunes et  flores qui ont de troublantes ressemblances avec les espèces terrestres que nous connaissons. Une touche d’exotisme se dégage ici. Les ambiances graphiques sont toniques, lumineuses et fouillées. Légère déception sur le second tome d’Alim le Tanneur qui m’a (trop) fait penser au second tome d’Okko (certainement du à la manière donc les paysages enneigés sont traités graphiquement).

J’ai bien aimé l’histoire qui nous promène dans un monde médiéval où prédominent mythes et croyances. Une quête atypique  si on la compare aux récits du genre (héroïc fantasy) car il s’agit ici d’une fuite. Habituellement, le héros court après la vérité pour la faire éclater au grand jour mais ici, la recette habituelle de l’épopée est prise à contre pied : le héros fuit pour cacher son Savoir pour le bien de tous. Le héros se sacrifie en quelque sorte pour que les fondements de son pays (religion, croyances populaires, système politique, organisation sociale) ne soient pas ébranlés. On s’attache au sympathique trio principal : Alim (jeune veuf) qui vit modestement et passe une bonne partie de son temps à réparer les bêtises de sa fille Bul (une petite bonne femme de quatre ans adorable mais qui n’écoute rien de rien !!). Enfin il y a Pépé, un petit vieux édenté qui, pour son âge, a de l’énergie à revendre. Pourchassés par Torq Djihid, chef de guerre sanguinaire de l’Empire qui a pour mission de les tuer, ils fuient en permanence et doivent sans cesse se reconstruire leurs vies, se réadapter et tisser de nouveaux liens. Alim découvre ainsi de nouvelles croyances qui chamboulent ses repères. Curieux de comprendre, ce personnage ne formulera cependant aucun jugement, ce qui nous permet à nous, lecteur, de ne pas être pris à parti. Car en trame de fond, cette série offre une réflexion sur des notions délicates comme le pouvoir, la religion, les stratégies politiques, les croyances/mythes/superstitions…

.. Wilfrid Lupano réalise la prouesse d’aborder des thèmes relativement sérieux sans tomber dans les rouages du déjà-vu, déjà lu. Le récit est fluide, le ton est drôle et le côté grave est contourné grâce à la présence de Bul. Absence totale d’éléments pathétiques ou de discours moralisateurs. Appréciable.

Enfin, les personnages sont attrayants, ils évoluent de tome en tome jusqu’au dénouement, le tome 4 offrant une belle conclusion à la série (quelques rares avis lus sur les blogs parleront pourtant de déception). Cet opus final fait sortir les personnages de leurs carcans idéologiques. Le victimaire (Khélob) et le chef de guerre (Torq) m’ont étonnée. Jusque-là, je les affublais du costume de brute sanguinaire mais Lupano fait tomber les masques, dévoile leurs personnalités et prouve que ses personnages ne sont pas si immatures qu’ils en ont l’air (ils assument en fait très bien les responsabilités qui incombent à leurs fonctions). C’est crédible et cela permet notamment d’enrichir la réflexion sous-jacente de la série : quelle est l’origine de nos convictions et de nos croyances ?

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

PictoOKPour moi, la qualité de cette série repose sur deux choses : le plaisir qu’elle nous apporte à sa lecture mais également la réflexion qu’elle propose sur les instances étatiques (grosso modo le duo gouvernants – gouvernés) entre lesquels s’immisce la religion.

Une série à découvrir, c’est certain… bien que pour moi, le voyage n’a pas été celui qui était tant attendu.

Alim le Tanneur

Série terminée

Tome 1 : Le secrets des eaux

Tome 2 : Le Vent de l’exil

Tome 3 : La Terre du Prophète pâle

Tome 4 : Là où brûlent les regards

Éditeur : Delcourt

Collection : Terres de Légendes

Dessinateur : Virginie AUGUSTIN

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : novembre 2002 (tome 1), mars 2006 (tome 2), novembre 2007 (tome 3) et décembre 2009 (tome 4)

ISBN tome 1 : 978-2-84789-103-4

Bulles bulles bulles…

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Alim le tanneur – Lupano – Augustin © Guy Delcourt Productions – 2002 à 2009