Canicule (Vautrin & Baru)

Vautrin – Baru © Casterman – 2013
Vautrin – Baru © Casterman – 2013

Dans un coin perdu en France, un morveux, une nymphomane, une quinquagénaire prête à tout, un fermier autoritaire – violent et alcoolique -, une vieille souillon et une truie vivent en huis-clos dans une ferme.

Presque tous les éléments sont réunis pour qu’un drame ait lieu. Il ne manquait plus que l’élément déclencheur qui allait mettre le feu aux poudres : Jimmy Cobb. Ce dernier, célèbre truand américain, est en cavale avec le magot d’un casse. Il cherche à se dérober à la battue policière destinée à l’appréhender et atterrit dans la grange de cette ferme. Il n’aurait pas pu tomber plus mal…

Après Pauvres Zhéros (Pierre Pelot), Canicule est le second roman que Baru adapte en bande dessinée. A l’occasion de cette sortie, Baru a accordé une interview à ActuaBD.

« À partir du moment où l’on envisage le monde comme il est, c’est à dire sans faux semblants, on est dans la proximité immédiate de ce qu’on qualifie de roman noir. Pourquoi est-il noir ? Parce qu’il parle aussi des choses qui ne vont pas ! Mes choix de départ en bande dessinée m’emmènent vers ce type de récit, souvent écrit par des gens qui me sont proches (…) » (lire la suite de l’interview sur ActuaBD).

Cette bande dessinée est une adaptation du roman éponyme écrit par Jean Vautrin (1982), roman qui avait déjà été adapté au cinéma en 1984 par Yves Boisset (avec Lee Marvin dans le rôle de Cobb).

La vision d’un homme qui marche en plein milieu d’un champ de blé nous assaille dès la première page. Accablé par le soleil, il semble lutter contre l’épuisement. On remarque dès lors l’illogisme de cette apparition d’un mec vêtu d’un costard-cravate errant en pleine campagne. Déjà, Baru vient titiller le lecteur en l’inondant d’une chaleur accablante, on ressent tout à fait la difficulté de cet homme à se mouvoir. Imaginez la scène qui suit et durant laquelle il enterre son magot !… sous le regard du petit morveux dissimulé derrière les épis de blé. Déjà, on investit ces personnages, intrigué et curieux de connaître la suite.

Vautrin – Baru © Casterman – 2013
Vautrin – Baru © Casterman – 2013

Le style de Baru est mordant. Graphiquement, son trait est incisif, agressif, il n’épargne pas les différents protagonistes : ils sont laids, grimaçants, leurs visages sont déformés par les rides d’expression et/ou marqués par les stigmates de l’alcool.

Deux univers totalement opposés sont amenés à s’entrechoquer : d’un côté, on est en présence d’un gang organisé, petits mafieux habitués à imposer leurs propres lois et passés maîtres dans l’art de la manipulation. De l’autre, une famille de péquenauds dans laquelle les alternatives sont limitées : se noyer dans l’alcool, sombrer dans la folie ou se soumettre à la loi du plus fort.

Ici, personne ne raisonne comme vous en avez l’habitude. Vous serez obligé d’en passer par quelqu’un, sinon, vous êtes un mort sur pied.

Le rapport de force est déséquilibré, les dés semblent pipés d’avance pourtant, les événements qui vont avoir lieu déstabilisent le lecteur et le pousse dans ses retranchements. On a l’impression d’être dans une véritable poudrière. Rien ici ne permet au lecteur de marquer une pause pour reprendre son souffle. Le récit est mené tambours battants. Cette impression est renforcée par le découpage effectué où de nombreux passages muets accentuent le rythme de lecture et relatent des scènes d’ultra-violence. De plus, les personnages parlent peu, ils ne prononcent aucun mot affectueux ; leurs répliques sont cinglantes, la violence verbale fait partie de leur quotidien. A chaque fois que l’on se prend de compassion pour un personnage, il se révèle par la suite être la même ordure que les autres.

Dernier contraste important dans cet ouvrage : le choix des couleurs posées à l’aide de lavis. Leur présence est inespérée, presque rassurante, pour ce roman noir. Elles imposent – sur ce dessin nerveux et intuitif – les teintes chaudes d’une chaleur écrasante. Cela renforce l’impression que l’atmosphère est électrique et que les nerfs des différents protagonistes sont à vifs.

PictoOKL’humour est grinçant, la morale est dérangeante. Âmes sensibles s’abstenir. On est pris en tenaille par la tension qui se dégage de cet album. Le « politiquement correct » est proscrit ; sexe, alcool et corruption le foulent aux pieds mais plus en s’enfonce dans ce drame, plus la lecture est jouissive.

Maintenant que vous avez pris connaissance de mon avis, je vous invite à découvrir celui de Jérôme avec qui j’ai l’immense plaisir de partager cette lecture (et oui, encore ! ^^).

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango NoirD’autres chroniques de Canicule : Yvan, Blog BD Sud-Ouest, Ligne claire, Fauteuses de trouble.

Je remercie également Libfly et Mediapart pour m’avoir permis de faire cette découverte.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Phénomène météorologique : Canicule

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Canicule

– Vautrin par Baru –

Editeur : Casterman

Collection : Univers d’auteurs

Auteur : Jean VAUTRIN

Dessinateur / Scénariste : BARU

Dépôt légal : avril 2013

ISBN : 978-2-203-05931-3

Bulles bulles bulles…

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Canicule – Vautrin – Baru © Casterman – 2013

Quéquette blues (Baru)

Quéquette Blues
Baru © Casterman – 2010

« A quenne guette no, satisfac’chœune… A quenne guette no, satisfac’chœune… Cos’ a twaï… Ena twaï… Ena twaï… A quenne guette no… A quenne guette no ».

Villerupt, Meurthe-et-Moselle.

A 18 ans, Hervé Baruela – surnommé Baru par ses copains – s’apprête à fêter la nouvelle année. Rien d’exceptionnel cette année, le programme de la soirée est sensiblement le même que celui des années précédentes : rencard au bar habituel puis tournée des différentes « chouilles » du coin avec le Robert, le Kader, le « Bébé », l’Ahmed, le Massimo…

On est vendredi 31 décembre 1965, il est 18 heures 30 et les copains ont fait le pari que Baru perdrait son pucelage dans les trois jours…

Roaarrr ChallengeCette intégrale regroupe Part ouane (publié en 1984 et récompensé l’année suivante par l’Alfred du meilleur Premier album), Part tou (publié en 1986) et Part tri (1986). Ce succulent package du triptyque a été édité à l’occasion de l’attribution du Grand Prix de la Ville d’Angoulême à Baru en 2010.

Pour l’heure, Baru revient en terre natale avec cette série qu’il a débutée vers l’âge de 35 ans. L’état d’esprit de l’adolescence y est parfaitement rendu, avec ce soupçon de nostalgie qui s’avère être bénéfique pour le récit. On sent l’auteur amusé et nostalgique. Les potes, les vannes, les filles, les fêtes arrosées, la baston… le scénario est riche, dynamique, il pétille. A la fois personnage et auteur, Baru ne se prend pas au sérieux et raconte sans retenue les quelques heures mémorables de Nouvel An inoubliable. Peu avare en détails, il parle à livre ouvert d’amitié, de sexe et d’alcool sur un contexte de société à peine dévoilé : l’usine et les perspectives de carrière étriquées pour ces jeunes. D’ailleurs, c’est bien la présence de cette étrange femme qu’est l’usine qui crée l’ambiance particulière de cet album.

Le bassin sidérurgique sert de décor à cette « tranche de vie », il y a une ambiance propre à ce quotidien, Baru la retranscrit à merveille. Ceci ajouté au fait que le patois local et les travers linguistiques de ce coin paumé sont présents dans les répliques des personnages, je ne vous cache donc pas le plaisir que j’ai eu de me plonger dans l’album ! Étant née en Lorraine, j’étais donc aux premières loges pour profiter de la présence des déterminants (le, la) devant les prénoms. Cela a pour moi quelque chose de chantant, de familier et de convivial. Il est aussi question de « loute », de « tarin », de « skoumoune », de « trumeau » et de gens « ronds comme des queues de pelle »… Le lecteur ressent rapidement l’atmosphère du lieu et profite de la complicité qui unit les personnages, leurs répliques sont très spontanées et réalistes. On perçoit bien les petits moments de tensions, les susceptibilités des uns et des autres…

Entre les lignes, il est question d’un tissu relationnel cosmopolite et de familles d’immigrés implantées sur un bassin sidérurgique initialement prometteur en termes d’emploi. Mais en 1965, l’horizon commence déjà à se ternir (l’usine fermera définitivement 9 ans plus tard, en 1974).

L’usine a façonné les rapports sociaux. Les familles vivent au rythme des trois-huit. L’alcool fait partie de la vie de tous les jours. A la fois source de convivialité et « béquille du quotidien », il sert de liant et de contenant aux relations entre jeunes (qui le consomment immodérément) et moins jeunes (qui le consomment par habitude voire par besoin). Ici, il n’y a pas de fossé entre les générations du moins, il y a une sorte de générosité dans les rapports humains qui dépasse la frontière de l’âge. On parle spontanément de tout avec ses pairs comme avec ses proches, mais ce sont les amis qui, bien sûr, profiteront des détails truculents. Les rapports sont sincères, chaleureux, francs et spontanés… et il n’est pas rare de croiser son daron au café du coin ; dans ce cas-là, on trinque, on « squatte » un peu ensemble puis les groupes se reforment, les jeunes d’un côté et les vieux de l’autre.

Une convivialité propre aux milieux ouvriers ?

A mesure que l’album avance, l’ébriété des personnages est de plus en plus avancée. Ainsi, ces derniers se libèrent, les réticences disparaissent, on ose des choses un peu folles car après tout… c’est Nouvel An !!! Comme tout bon poivrot qui se respecte, ils ne feront pas l’économie de quelques discussions existentielles. Ces temps où les esprits s’assagissent et le rythme narratif se pondère un peu nous permettent de mieux cerner certaines personnalités. Il est notamment question d’employabilité, de carrière et de l’accès aux études supérieures. Ces discours ne s’étalent pas dans le misérabilisme, d’autant que les personnages – sous l’effet de l’alcool – ont tendance à fonctionner par association d’idées et sautent rapidement à un autre sujet de conversation, la lecture restant fluide et ludique pour le lecteur.

Un dessin dynamique accompagne ces propos. Dès la première planche, sa rondeur invite le lecteur à se mettre à l’aise et renforce cette convivialité dont je vous parlais plus haut. Et puis après tout… on est là pour fêter la nouvelle année, ne pas se prendre au sérieux !

PictoOKPictoOKTrès agréable moment de lecture.

Si vous avez besoin d’une bouffée d’air frais, je vous recommande vivement cet album (et s’il le faut, je vous traduirais les termes qui vous échappent ^^).

Extrait :

« A l’usine, t’iras pas, en clair, ça veut dire : t’es pas comme nous. Je connais la chanson, elle dure depuis un p’tit moment maintenant. Depuis que eux, après le Certif’, sont allés en apprentissage et que moi, j’ai continué l’école… Je suis déjà dans l’autre camp. Putain, ça m’esquinte des raisonnements pareils ! Mais bon, j’ai beau m’en foutre, n’empêche que des fois, je peux pas m’empêcher de me sentir coupable. Mais allez… c’est Nouvel An bon Dieu !… Et dans un verre ou deux, on n’y pensera même plus » (Quéquette blues).

Les chroniques : Choco, Phylacterium, Antoine Perroud.

Un album recommandé par Larcenet… Mouarfff 😛

Quéquette blues

Challenge Petit Bac
Catégorie Partie du Corps

Intégrale

Éditeur : Casterman

Dessinateur / Scénariste : BARU

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 978-2-203-03588-1

Bulles bulles bulles…

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Quéquette blues – Baru © Casterman – 2010

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

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Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Pauvres Zhéros (Baru & Pelot)

Pauvres Zhéros
Pelot – Baru © Casterman – 2008

Dans un petit bled lorrain, la vie suit son cours modestement. Les rituels quotidiens se suivent et la misère bat son plein. Baru brosse une nouvelle fois le portrait de « la France d’en bas », celle qui lui est si chère, celle qui nous malmène et dont on lisse les contours anguleux à coup d’alcool et de camaraderie.

Là, dans les Vosges, va se jouer un drame. Au cours d’une sortie organisée par l’orphelinat du coin, un enfant handicapé a échappé à la surveillance de l’éducatrice, la jeune Sylvette, qui a profité de ce moment de « détente » pour batifoler avec José. Une battue est organisée pour retrouver l’enfant mais pour le moment, les volontaires sont rentrés bredouille. Par hasard, Anatole Brémond -un petit truand de basse souche- fait le lien avec une conversation qu’il a eue le matin même. Il pense pouvoir mettre les enquêteurs sur la piste de l’enfant plus par soucis de s’éviter des ennuis avec les flics, qui ont tendance à débuter leurs enquêtes en venant frapper à sa porte, que pour être réellement serviable.

Un Baru très sombre que voilà et une ambiance assez miteuse, crasseuse et hostile. Les couleurs de l’album nous font ressentir le froid et l’humidité de la région, la rancœur de certains qui contraste avec l’humanité des autres. Une trame narrative qui n’est pas de lui, cet album est en effet une adaptation d’un roman de Pierre Pelot.

Une nouvelle fois, Baru nous livre une chronique sociale grinçante, celle d’une France désillusionnée, acariâtre, chômeuse qui, petits boulots précaires ou non, est toujours mal payés, celle d’une France ouvrière où les petits plaisirs se font si rares. En y injectant les thèmes de l’abandon d’enfant et du handicap, cela renforce d’autant le côté cinglant. Une fois la battue organisée, la situation de cet enfant va réactiver des souffrances enfouies et mettre le feu aux poudres. Un thriller intéressant qui exploite de nombreux clichés comme le personnage de cette Directrice de foyer pour enfants qui n’aurait pas dénoté dans la famille des Ténardier et qui permet d’aborder l’avidité et les mauvais traitements à enfants. Autre ingrédient entrant en jeu, celui de la liberté de la presse dont la réalité est bien sombre, surtout lorsqu’on est un petit « journaleux » à la rubrique des chiens écrasés de la feuille de chou locale.

PictoOKUn milieu où les mots sont un exutoire et la seule arme pour combattre la misère. Un ton grinçant, des personnages muselés par un contexte social aux perspectives limitées… beaucoup n’aiment pas ce Baru-là… moi, ce n’est pas mon cas.

Pauvres Zhéros

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Rivages/Noir

Dessinateur / Scénariste : BARU

Adaptation d’un roman de Pierre PELOT

Dépôt légal : mai 2008

ISBN : 220301024X

Bulles bulles bulles…

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Pauvres zhéros – Pelot – Baru © Casterman – 2008

L’autoroute du soleil (Baru)

L'autoroute du soleil, tome 1
Baru © Casterman – 2002
L'autoroute du soleil, tome 2
Baru © Casterman – 2002

A 22 ans, Karim Kemal a eu le temps d’asseoir sa mauvaise réputation. D’origine maghrébine, ce fils d’ouvrier dérange et intrigue. Passionné par tout ce qui à trait aux années 50, ses tenues vestimentaires dénotent avec le look habituel des jeunes de son âge. Sa deuxième addiction : les relations adultères avec des femmes riches de la région… les ragots vont bon train.

Dans son sillage, Alexandre Barbieri lui vous une admiration sans bornes. Cet adolescent de 17 ans boutonneux et mal dans sa peau -sans aucun écart de conduite au compteur- lui colle au train en espérant que Karim le remarque. Comme Karim, il est issu d’une famille modeste où la camaraderie et la famille sont des valeurs importantes.

Karim et Alex n’ont a priori rien en commun si ce n’est qu’ils habitent un quartier ouvrier du bassin sidérurgique lorrain. Les leaders politiques en vue se tirent dans les pattes en permanence, il faut dire que partisans d’extrême-droite et communistes ne font pas bon ménage. La vie suit son cours jusqu’au jour où coup-sur coup, un haut-fourneau cède aux artificiers, Karim remarque enfin Alex et le docteur Raoul Faurissier (partisan des extrêmes : de la droite et de la connerie) surprend sa femme en pleine partie de jambe en l’air avec Karim. Alex tente de prévenir Karim mais c’est peine perdue… ils sont tous deux dans le collimateur de Faurissier. Rancunier, ce dernier décide de faire payer cet affront à Karim. La traque commence obligeant les deux garçons à fuir toujours plus loin vers le Sud.

La baston et les « grandes gueules » de Fais péter les basses Bruno ! me manquaient je dois dire, et quoi de mieux qu’un Baru pour combler un manque de Baru ?

Le temps d’un petit chapitre et Baru a installé toutes les pièces sur son échiquier, nous voilà pris dans l’histoire qu’on ne lâchera pas avant d’avoir atteint la dernière page du diptyque. Petit plaisir personnel en ce début de tome puisque, native de Lorraine, j’ai retrouvé les paysages des villes ouvrières de là-bas. Un road-movie bien rythmé qui, au passage, aborde les thèmes du racisme, de l’amitié, des réseaux organisés et du passage à l’âge adulte. En trame de fond, Baru brosse le portrait d’une France en crise et met sur le devant de la scène des personnages qui lui ressemblent. « J’ai simplement essayé d’introduire dans mes BD des personnages centraux qui sont rarement sur le devant de la scène, des gens qui me ressemblent et qui appartiennent à la classe dont je suis issu. En fait, je fais de la BD pour raconter les miens, et non pas pour parler de moi ou pour revendiquer le fait d’être un fils d’ouvrier ! » dira-t-il dans une interview. Les événements s’enchaînent bien, le suspens est injecté en perf’ tout au long de cette cavale. De multiples rencontres égrènent la route des deux jeunes compères, prétextes à Baru pour pousser la chansonnette de L’Autoroute du Soleil toujours un peu plus loin. Un large panel de personnalités allant du mafioso au fou en passant par le routier pas sympa, le VRP adultère et la midinette qu’on croise sur les plages à la saison des migrations estivales viennent enrichir l’intrigue. On n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer !

Ça fait des lustres que je voulais lire cette série. Un excellent conseil que m’avait donné Franck de La Librairie du 9ème Art à Nancy (Ça y est !! Je l’ai enfin lue !^^… au fait, on passe bientôt dans le coin !). Si vous êtes dans le coin, allez donc leur rendre visite, ils sont de trèèès bons conseils !

Une lecture qui intègre mon Challenge PAL sèches !

PictoOKUn bon moment de lecture que je ne place pourtant pas dans mon « Panthéon » des indispensables. Il n’en reste pas moins que si vous voulez vous évader, voilà une bien belle opportunité de le faire.

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Alph-art du meilleur album en 1996.

Les chroniques de Krinein, de CoinBD et de Phylacterium, biographie et interview de Baru sur BD Paradisio,

L’autoroute du soleil

Diptyque

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

Dessinateur / Scénariste : BARU

Dépôt légal : septembre 2002 (tomes 1 et 2), première édition en 1995

ISBN : 2203372362

Bulles bulles bulles…

(le rendu à l’écran est absolument affreux)

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L’autoroute du soleil, tome 1 – Baru © Casterman – 2002

Fais péter les basses, Bruno ! (Baru)

Fais péter les basses, Bruno !
Baru © Futuropolis – 2010

Zizou est une petite frappe qui sort de taule. En prison, il a rencontré un vieux caïd soucieux de s’assurer une confortable retraite mais sa sortie n’est pas avant quatre mois… et le coup juteux qu’il miroite doit s’organiser au moment de Noël mais il sera encore derrière les barreaux. Il a besoin de relais à l’extérieur et donne à Zizou les coordonnées de Fabio, un vieux « rital » capable d’organiser le casse. A passé 60 ans, cet italien va être séduit par la possibilité de remonter une dernière fois sa petite bande de « Tontons flingueurs » et met Paul et Gaby à contribution. C’est pas pour l’argent, juste pour le plaisir et se marrer un bon coup ensemble… une dernière fois.

Non loin, Slimane vit en France depuis plusieurs années. Enfant, il a passé la frontière comme passager clandestin d’un vol charter. La France, c’était pour lui la terre promise d’autant que Ousmane Traoré lui avait fait miroiter une  belle carrière de footballeur. Mais la vie en a décidé autrement, les seuls petits boulots qu’il occupe sont bien loin de ses espérances de jeunesse, il vivote avec d’autres travailleurs clandestins en banlieue.

Il n’y a pas à dire, Baru a réussi son coup !

Dans cet album hommage au cinéma français des années 60′, Baru a su camper des « gueules » et une ambiance qui ne dénaturent pas ses icônes. Même si, pour pousser le vice du clin d’œil, j’aurais bien vu l’album en noir et blanc, il faut reconnaitre que la « touche Baru » propose une recette efficace sur la totalité de l’album (128 pages). Attaque de fourgon blindé, football, retraite, mandat électoral sont quelques ingrédients qui, étonnement, fonctionnent très bien et offrent un univers crédible et détonnant.

Le fait que se côtoient ces trois papis truands (sortis tout droit de nos vieux polars français) et Zizou (personnage aux méthodes plus radicales qui n’aurait pas dénoté dans Doberman ou Scarface) campe là une atmosphère qui a du caractère et nous fait percevoir les odeurs de poudre et la chaleur des explosions. Le croisement de tous ces personnages différents, où les ambitions de chacun se retrouvent annihilées par les stratégies des autres, crée un joyeux bordel assez jouissif. Entre les « Vieux » calculateurs, rodés et habiles à monter des plans et le sanguin Zizou qui réagit du tac au tac, Slimane est propulsé à la vitesse d’un projectile dans le monde du banditisme alors qu’une mouche serait capable de l’effrayer et qu’il a déjà la peur au ventre d’un contrôle de nos amis de la Maréchaussée. Il rajoute une touche cocasse et de l’originalité à cette épopée qui, bonus en prime, nous fait profiter de répliques pas piquées des vers.

Une lecture que je partage avec Mango.

Mango

PictoOKDifficile de ne pas se marrer en lisant cet album qui au passage, en profitera également pour traiter de la conditions des sans-papiers. Si vous avez l’occasion de lire cet album, ne vous privez pas !!

Quelques liens dont l’interview de Baru sur Futuropolis, l’avis de Jean (Librairie Art en Bulles) et de Jean-Laurent Truc sur Ligneclaire.

Merci aux Éditions Futuropolis pour la découverte !

Fais péter les basses, Bruno !

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : BARU

Dépôt légal : 16 septembre 2010

ISBN : 9782754804097

Bulles bulles bulles…

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Fais péter les basses, Bruno ! – Baru © Futuropolis – 2010