Maupassant – Contes et nouvelles de guerre (Battaglia)

Maupassant - Contes et nouvelles de Guerre
Battaglia © Mosquito – 2002

Dans ce recueil d’une centaine de pages, Dino Battaglia adapte huit nouvelles de Guy de Maupassant, huit récits qui se construisent autour de tranches de vie se situant dans le contexte de la Guerre de 1870 qui a opposé la France aux Prussiens.

Ces adaptations de Battaglia sont pour nous l’occasion de redécouvrir :

Cet album a été publié pour la première fois en Italie en 1978. Pour situer fidèlement le récit, l’auteur utilise toutes les images qui lui sont restées à l’esprit lors d’un voyage en Normandie quelques années auparavant. Il faudra attendre 2002 pour qu’un éditeur indépendant (Mosquito) le publie en France.

Je ne suis pas une adepte des recueils de nouvelles et je trouve que l’espace consacré à chaque nouvelle est parfois trop court. D’une dizaine de pages chacune (la plus conséquente en comporte 17), ces courtes nouvelles nous permettent de nous replonger dans les ambiances si particulières des univers du romancier mais l’espace (nombre de planches) n’est pas assez conséquent pour nous permettre de nous familiariser complètement avec les personnages. Bien que les dessins de Battaglia nous apportent une aide précieuse dans la représentation des ambiances et des décors (réelle profusion du détail) et font évoluer des personnages très expressifs (très mystérieux aussi), il y a une lourdeur dans le style de Battaglia qui m’a freinée. Un recueil très sombre, en noir et blanc pour l’essentiel (excepté Boule de Suif et La mère Sauvage qui sont en couleur) où l’homme est un loup pour l’homme. Une chappe de tension plane en permanence sur ces récit qui mélangent narration et dialogues, on ressent fortement l’insécurité provoqué par l’occupation allemande, tordant les rapports humains pour en faire quelque chose de laid. Enfin, l’agencement des planches n’est pas conventionnel. Dino Battaglia est dans la même démarche que son ami Sergio Toppi. Les propos que Thierry Groensteen pourraient ilustrer simplement cette démarche : ce sont des auteurs qui ont une « volonté de se libérer des contraintes de la mise en page traditionnelle pour faire avancer le récit autrement« . Cependant, je trouve que le style de Battaglia complique la lecture. Un grief que j’avais déjà rencontré pendant la lecture de Woyzeck : la technicité des agencement de visuels est réellement complexe. J’ai régulièrement du tâtonner pour trouver le sens de lecture adéquat (reprenant à plusieurs reprise la lecture de certaines pages). Une lecture fatigante qui m’a demandé beaucoup de concentration.

Une analyse de l’œuvre de Dino Battaglia a été réalisée en 2009. Je vous avais déjà proposé le lien de ce travail de recherche lors de ma chronique sur Woyzeck, j’en extrais de nouveau un court passage afin de compléter mon avis sur cet ouvrage :

Dino Battaglia mêle son univers à celui du romancier. C’est ainsi qu’il lui donne – chose la plus évidente – un point de vue déterminé : la narration omnisciente ne peut être représentée graphiquement, le dessinateur doit faire un choix. C’est un des principaux échanges entre les deux univers. De plus, Dino Battaglia joue sur les vignettes – qui représentent un temps plus ou moins long, indéterminé, dont l’écoulement est marqué par la gouttière (gouttière : vide qui sépare deux vignettes contiguës) – et leur agencement pour restructurer l’espace et le temps. Le fait qu’elles ne suivent plus une structure linéaire classique casse le rythme et le renouvelle. Les sentiments sont traduits visuellement : dans les Deux Amis – adaptation du conte de Maupassant – quand les deux personnages principaux, amis de longue date, vont être exécutés ensemble, pour montrer le fort lien qui les unit, Dino Battaglia les représente côte à côte sans figurer de séparation entre les deux bras qui se touchent, de sorte que leur état d’esprit visible physiquement. Tout le temps qu’il met à finir une œuvre n’est pas vain ; il ne veut rien laisser au hasard, il est méticuleux. La narration traditionnelle en vignettes est réorganisée. Les cadres habituels ne délimitent plus systématiquement les cases, la page s’exprime, elle est libéré de ses règles figées. L’artiste ainsi s’acharne contre une lecture monotone ; c’est alors qu’il se plaît à dessiner des scènes en négatif, créant un effet de surprise et symbolisant par moment le trouble ou l’aspect choquant du passage. En outre, la taille et la forme des caractères et des onomatopées est étudiée afin qu’elles se fondent au mieux avec ce qu’elles doivent représenter et exprimer. L’imagination fertile que Battaglia voue toute à l’art qu’il pratique par un trait unique et une méthodologie soigneuse, il la met au service de bien des romanciers.

Mais in fine, quel est ici l’objectif de Battaglia ? Regrouper en un recueil des nouvelles choisies traitant de la guerre franco-prussienne ? Proposer un recueil illustrant les 7 péchés capitaux ?  Car il est effectivement possible d’affecter à chaque nouvelle du récit tour à tour la gourmandise, la luxure, l’acétie, l’avarice, la colère, l’envie et l’orgueil.

Une lecture conseillée par Yspaddaden. Cette critique intègre donc le Challenge PAL Sèches

Je partage également cette découverte avec Mango et les participants aux

Mango

PictomouiUne adaptation intéressante bien que ma lecture des nouvelles de Maupassant soit trop ancienne pour que je puisse en apprécier la fidélité. Je n’ai pourtant pas l’impression que l’œuvre de Maupassant soit  dénaturée. Comme beaucoup de lecteurs, je ne suis pas très adepte des recueils de nouvelles. Je regrette donc le caractère trop éphémère de ces récits et je n’ai pas pu les apprécier comme il se doit.

Un court article sur L@BD abordant les différentes adaptations BD qui ont été faites des œuvres de Maupassant (article rédigé en octobre 2010).

D’autres lecteurs en parlent, je vous propose donc l’avis de Voltaire et celui de Pascal Ory.

Extrait :

« Faut être stupide pour se tuer comme ça. Et dire que ce sera toujours ainsi tant qu’il y aura des gouvernements » (Deux amis).

Maupassant – Contes et Nouvelles de guerre

One Shot

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Dino BATTAGLIA

Dépôt légal : avril 2002

ISBN : 2-908551-44-6

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Maupassant – Battaglia © Mosquito – 2002

Woyzeck, tome 1 (Battaglia)

Woyzeck, tome 1
Battaglia © Mosquito – 2003

Quatrième de Couverture :

« Il était une fois quatre personnages, appartenant à quatre récits différents imaginés par de grands écrivains du Romantisme allemand. Ils étaient jeunes, imaginatifs, emportés mais fragiles. Mais au fond, ces quatre garçons, créatures de E.T.A. Hoffmann, d’Adalbert de Chamisso et de Georg Büchner, n’étaient peut-être qu’un seul et même personnage. A eux quatre, ils formaient un unique aventurier du bizarre ou de la démence. C’est aujourd’hui le dessin de Dino Battaglia qui nous révèle cette obscure analogie. Outre le plaisir qu’il nous procure, c’est là le type de « révélation graphique » que peut nous faire un grand dessinateur comme Battaglia lorsqu’il se laisse imprégner, puis largement inspirer, par des textes dont la puissance a déjà captivé des milliers de lecteurs ».

Les nouvelles adaptées dans ce recueil : Olimpia et La maison déserte (E.T.A. Hoffmann), Peter Schlemilh (Chamisso) et Woyzeck (Büchner).

Cet album est assez troublant et je pense que ce sentiment est provoqué par  la découverte d’une nouvelle ambiance graphique. Il règne ici une atmosphère où récit et dessins forment une curieuse harmonie.

J’ai oscillé entre fascination et répulsion à la lecture de ces récits dans lesquels les personnages conservent une grande part de mystère. On les cerne difficilement, ils sont fragiles et restent très pudiques. Des 64 planches de ce récit se répand une ambiance graphique envoutante dans laquelle les personnages se noient dans leurs propres aliénations. La tension et la fascination montent crescendo à mesure que l’on s’enfonce dans les chapitres. Ne connaissant pas les récits originaux, je me suis laissée surprendre en tous points.

Les jeux d’ombres, les expressions de visage et le récit qui parfois joue les grands absents, ces différents éléments nous invitent à nous perdre dans  les recoins de ces visuels, en quête d’indices rassurants. Il plane ici une ambiance morbide où la magie nourrit ce monde mi-réel mi-fantastique. Seule l’adaptation de Woyzeck a créé chez moi un sentiment de malaise, me laissant la désagréable impression d’être perdue en pleine asile… doux euphémisme pour ceux qui connaissent ce récit. Les dessins de Battaglia sont réellement originaux, riches en détails. J’ai du mal à définir cette ambiance où le dessin très libre donne naissance à une impression de lourdeur (l’ambiance est pesante, les personnages sont maudits).

Identifiant mal les techniques de dessin utilisées par Battaglia, j’ai fait quelques recherches sur Internet. Les propos qui suivent sont extraits de ce Mémoire de Recherche :

A la différence d’autres dessinateurs plus «commerciaux», Battaglia prend le temps d’élaborer son travail jusqu’à parvenir à un équilibre satisfaisant de la page. (…) Cherchant à obtenir l’effet sfumato des tableaux du XVIe siècle, il cherchera divers tissus et matériaux, du velours à la laine en passant par la soie jusqu’à ce que, un jour où il s’était coupé en se rasant la barbe, il réalise les propriétés du coton hydrophile absorbant le liquide et le restituant de manière extrêmement légère sur la feuille, sans qu’une quelconque trame de tissu apparaisse. Les tampons d’ouate lui ont été d’une grande utilité pour donner un aspect plus vague et des contours moins déterminés pour créer ou restituer des atmosphères fantastiques notamment. Il cherche – et parvient – à créer de véritables «symphonies» visuelles où les images et la narration trouvent une cohérence dans le rythme. (…) Dino Battaglia voyage entre vie éternelle et angoisse de la mort.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les éditions imposent de travailler au pinceau car la plume n’avait pas un rendu exceptionnel après impression et aussi parce que cette dernière est un outil qui s’use plus rapidement. Mais Dino Battaglia persévère et s’obstine à utiliser une petite plume «Conté» avec laquelle il arrive à se familiariser en la maniant alors aisément. Pour des raisons «alimentaires», il fait tout de même quelques concessions : il accepte de faire de la bande dessinée. L’illustré ne se vend plus autant en ces années de misère mondiale. Au départ, il n’est pas très enthousiaste de se mettre à ce genre de dessin, il illustre dès qu’il le peut. Puis, au fur et à mesure que son talent est reconnu, il peut imposer ses choix techniques et ses sujets. Et de ce fait, il prend goût à la bande dessinée. Les possibilités graphiques de démultiplier une scène en autant de vignettes que nécessaire l’intéressent beaucoup. Son but est avant tout de pouvoir s’exprimer par le biais d’images. Mais Dino Battaglia aime travailler et dessiner en noir et blanc, il peaufine les nuances de gris à la perfection. (…) Dino Battaglia a surtout travaillé l’adaptation. (…)

Les visages sont en général ce qu’il trace en premier, grâce à sa petite plume «Conté» trempée dans l’encre de Chine. Le papier est une spécialité allemande de trente-sept par vingt-cinq centimètres. Ensuite, il donne des effets sfumati avec ses tampons d’ouate ; pour exprimer la vivacité de certains mouvements ou la profondeur de certains champs, il se sert d’un rasoir pour gratter le papier. La vignette achevée, il la couvre d’un mouchoir afin qu’elle ne l’influence pas dans l’élaboration des autres, et ainsi de suite. Une fois la planche terminée, il ôte tous les mouchoirs, et la page est exposée face à la lumière de sorte qu’il la regarde à l’envers. Cela a pour but d’éprouver l’équilibre entre le noir et le blanc de cette unité de papier.

Un style de dessin expérimental et une mise en page originale qui n’a pas été sans me rappeler Sergio Toppi (que j’ai plus de plaisir à lire).

PictomouiUne ambiance dérangeante qui m’a donné l’impression d’être totalement novice à l’égard du Neuvième Art. J’ai perdu pied de chapitre en chapitre et même si le voyage visuel restera en souvenir, je dois dire que la désagréable sensation que m’a laissée la dernière nouvelle de ce recueil me laisse dubitative. Je poursuivrais cependant ma découverte de cet auteur.

L’avis de Paul. Des articles plus généralistes sur Battaglia sur ActuaBD, BDZoom et Wiki.

Sergio Toppi rend hommage à Dino Battaglia sur le site de l’éditeur.

Woyzeck

Tome 1 : Les romantiques allemands

Série en cours

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Dino BATTAGLIA

Dépôt légal : juin 2003

ISBN : 2-908551-55-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Woyzeck, tome 1 – Battaglia © Mosquito – 2003