Chroniks Expresss #21

Quelques lectures faites çà et là :

BD : Les Rêveurs lunaires (C. Villani & E. Baudoin ; Ed. Gallimard, 2015), Madeleine, une femme libre (R. Ortiz & P. Colin-Thibert & S. Mosdal ; Ed. Sarbacane, 2014).

Romans : Les Enfants de Dimmuvik (J.A. Jonasson ; Ed. Noir sur Blanc), La petite Marchande de prose (D. Pennac ; Ed. Gallimard, 2013), Le Joueur d’échecs (S. Zweig ; Ed. Le Livre de Poche, 2013), Jackie (K. Dowland ; Ed. SW Poche, 2015)

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Bandes dessinées

Villani – Baudoin © Gallimard - 2015
Villani – Baudoin © Gallimard – 2015

« – Pour toi, commencer un livre, c’est comme une aventure.

– Comme un voyage ».

L’ouvrage s’ouvre sur une rencontre : celle de Cédric Villani et d’Edmond Baudoin. Les deux hommes font connaissance, Cédric Villani – mathématicien, directeur d’Institut et professeur d’Université – parle de son enfance et la discussion glisse peu à peu sur leurs activités professionnelles respectives. Villani confie son envie de réaliser une bande dessinée avec Edmond Baudoin, ce dernier est flatté et ils en viennent immanquablement à parler de leur rapport à l’écriture, à la construction d’un ouvrage, de leur collaboration à venir sur le projet des « Rêveurs lunaires » et de construire sous nos yeux la trame de ce que sera ce livre… celui que nous tenons maintenant en mains.

« Dans ce récit, nous allons rencontrer quelques-uns de ces héros dont l’histoire parle si peu. Leur pouvoir individuel, démultiplié par l’action collective, a fait basculer ou aurait pu faire basculer le destin de la guerre. Pourtant, leur rôle n’est pas dit dans les cours d’histoire, leur action est connue seulement des initiés. Le monde peut tourner sans eux. Mais ils ont encore un dernier combat à mener. Le dernier combat d’après la guerre, le Ragnarök des dieux nordiques. Celui d’avec leur conscience ».

Cet album est découpé en quatre grandes parties et aborde tour à tour Werner Heinsenberg (Prix Nobel et créateur de la mécanique quantique), Alan Mathison Turing (père de l’informatique moderne), Léo Szilard (physicien) et Hugh Dowding (militaire).

Tour à tour donc, le temps d’un chapitre, les auteurs (essentiellement Villani qui dirige la narration) donnent la parole à ces quatre grandes figures de l’Histoire. Cédric Villani va même jusqu’à se fondre totalement dans ces hommes puisque ce sont eux qui – sous le contrôle de Cédric Villani – vont prendre la parole et raconter leur parcours.

Le travail au pinceau réalisé par Edmond Baudoin montre les tourments qui ont traversé ces hommes. En même temps, il permet au lecteur de comprendre l’euphorie et l’excitation qui leur a permis de se vouer corps et âme à leurs recherches scientifiques (Heinsenberg, Turing, Szilard) et à leur combat (Dowding). Le dessin est à la fois fluide et imposant.

Werner, Alan, Léo… trois génies à leur manière. (…) Un point commun : de violents conflits intérieurs.

pictobofMalheureusement cela ne suffit pas. On est face à des monologues souvent égocentriques et pompeux. Et même si ces témoignages mettent en lumière certains événements historiques, même si – quelle que soit la tournure du récit – nous mesurons l’impact qu’ont eu leurs interventions respectives… même… le lecteur se frotte à un récit des plus ennuyeux. Et si habituellement les passionnés savent captiver leur auditoire, ce n’est pas le cas de Cédric Villani qui nous fait une démonstration des plus magistrales de ses connaissances. Certains passages sur l’enfance de ces idoles, certaines facettes de leur vie (je pense notamment à l’homosexualité de Turing)… la présence de tous ces longs monologues durant lesquels les principaux intéressés font mine de raconter leur vie en saupoudrant le tout de quelques confidences. Ces passages les rendent souvent pathétiques. Un constat : leur folie les isole.

Une belle déception !!

La chronique d’Yvan.

Extraits :

« Est-ce qu’il y a un modèle scientifique pour le chaos de l’histoire humaine ? » (Les Rêveurs lunaires).

« (Léo Szilard) J’avais lu le compte rendu de la conférence de ce vieux croûton de Rutherford. Il parlait des neutrons et de l’énergie que l’on libère en cassant un noyau. Il expliquait que c’était une énergie minuscule. Que quiconque croyait pouvoir l’exploiter était un rêveur lunaire ! Vraiment ! Un rêveur lunaire ! » (Les Rêveurs lunaires).

 

Ortiz –Colin-Thibert – Mosdal © Sarbacane – 2014
Ortiz –Colin-Thibert – Mosdal © Sarbacane – 2014

« Madeleine aurait pu mener une existence paisible entre Paris et la Bretagne où se trouvait la propriété familiale. Il n’en fut rien. Mariée par dépit amoureux à un jeune notaire dont elle a rapidement une fille, elle s’éprend, en pleine Deuxième Guerre mondiale, de Werner, un officier allemand de dix ans son aîné. La libération approchant, Werner s’enfuit en Espagne, où il est fait prisonnier. Bravant les Pyrénées et la guardia civil de Franco, Madeleine parvient à le faire évader. Madeleine et Werner essaient alors de vivre ensemble leur amour dans un Paris fraîchement libéré ; mission impossible… ils décident de refaire leur vie – avec les deux enfants qu’ils ont eus ensemble – au Pérou. Mais trahie par Werner, Madeleine s’enfuit à Lima où, elle rencontre un jeune et brillant architecte… C’est le destin de cette femme indomptable, originale et insoumise que raconte « Madeleine, femme libre ». Une femme libre et moderne, à la recherche de la fusion idéale, décidée à réinventer l’amour, coûte que coûte. » (synopsis éditeur).

Une bande dessinée inspirée d’une histoire vraie. Le récit se lit sans difficulté, une histoire plutôt agréable qui permet au lecteur de découvrir comment une jeune femme a pu tirer avantage de certaines situations malgré leur complexité. Fruit d’une collaboration entre un auteur péruvien (Rudy Ortiz) et un auteur français (Pierre Colin-Thibert), le scénario se réfère à plusieurs événements qui ont fait date, essentiellement durant la Seconde Guerre Mondiale. Les auteurs s’attardent à décrire la personnalité de l’héroïne mais cela est souvent au détriment des personnages secondaires que l’on cerne mal. Le rythme est assez linéaire malgré les difficultés que Madeleine a rencontrée tout au long de sa vie.

PictomouiCet ouvrage brosse le portrait d’une femme déterminée pour autant, la manière dont son parcours nous est raconté est assez monotone. Sur le papier, elle manque de charisme et ses décisions ne sont pas toujours cohérentes. J’ai lu cet ouvrage sans réellement manifester d’intérêt vis-à-vis de ce témoignage. Je regrette aussi qu’en lisant le synopsis (que ce soit sur le site de l’éditeur ou sur le quatrième de couverture) on ait là l’essentiel de ce qu’il y a à retenir de cette histoire… c’est un peu creux…

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Pérou

 

Romans

 

Jónasson © Notabilia – 2015
Jónasson © Notabilia – 2015

Une vieille femme se rend à l’enterrement de son jeune frère. Durant le trajet, elle plonge dans ses souvenirs d’enfance et revit les tourments d’une époque où elle se contentait de survivre.

« Dans « Les Enfants de Dimmuvik », Jón Atli Jónasson raconte une histoire d’autant plus terrible que la vérité y apparaît comme un os mis à nu : il y a parfois, simplement, trop de bouches à nourrir. C’est aussi en filigrane une méditation angoissée sur la tentation d’abandonner les siens à leur misère pour sauver sa peau » (extrait du Quatrième de couverture).

Troublant. Poignant. Fascinant. Ce roman de Jón Atli Jónasson nous percute de plein fouet. En plaçant au centre de son récit cette fillette qui endosse la lourde responsabilité d’être notre narrateur, il raconte sans détours un quotidien de misère. La pauvreté et la précarité dans ce qu’elles ont de plus fourbe en elles. Pourtant, elle n’a pas conscience du fait que sa vie ne tient qu’à un fil, elle ne sait pas à quel point la vie est cruelle avec elle. Car là où elle vit, dans une petite maison isolée de tout, sa famille est coupée du monde. Chaque jour suffit à sa peine. Cette enfant, l’aînée d’une fratrie de trois, endosse même le rôle de la mère puisque cette dernière est alitée depuis sa dernière fausse couche. Une mère dont on sait bien peu de choses si ce n’est que maintenant, elle passe ses journées repliée au fond de son lit, à regarder le mur, à sombrer – un peu plus – chaque jour dans la folie.

Un troupeau qu’il faut abattre pour ne pas qu’un virus se propage, une fosse à creuser pour enfouir ces cadavres décharnés d’animaux en proie à la famine, de longues heures à lutter contre le froid et le vent pour aller chercher le lait à la ferme la plus proche… ce lait qui nourrira la famille une poignée de jour. Aucune joie, aucune étincelle de vie, aucun espoir à avoir… se nourrir de l’amour que l’on porte aux siens et, s’ils osent le manifester, se réchauffer de leur affection.

PictoOKUn récit dur mais de toute beauté. Un récit sourd et lourd mais on le dévore. Une misère terrifiante et, au beau milieu de cette noirceur, la force d’une enfant décidée à s’en sortir.

Je n’aurais pas eu l’envie de découvrir cet ouvrage sans la chronique de Jérôme et la fiche de présentation de l’éditeur.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Islande

Extraits :

« Prends soin d’avoir toujours de quoi faire. Pour que ton esprit ne se mette pas à vagabonder. A se remémorer une main qui passe le long de profondes rainures d’une table dans la pénombre. Un visage ou même une partie de visage. Un doigt ou le bout d’un nez » (Les Enfants de Dimmuvik).

« Elle s’alita purement et simplement et tourna la tête vers le mur. Elle cessa de parler et cessa de voir. Quand nous, les gosses, entrions dans son champ visuel, son regard se posait sur nous comme si nous lui étions totalement étrangers. Elle nous quitta sans aller nulle part » (Les Enfants de Dimmuvik).

« A présent je suis la seule qui reste. J’ai toujours cru que mon frère me survivrait. En fait, je croyais que je ne sortirais jamais vivante de cette crique. Car mon univers n’en dépassait pas les limites. Il y commençait et il s’y achevait à tous points de vue » (Les Enfants de Dimmuvik).

« Ce dimanche soir-là, il ne restait plus à la maison qu’un petit bout de chandelle que papa alluma avant d’ouvrir la bible usagée à la reliure dorée et de commencer la lecture. Je n’entendais rien de ce qu’il disait. J’étais assise, les yeux rivés sur la flamme de la bougie en train de se consumer. Elle me convainquit que notre vie ici-bas était sur le point d’atteindre son signe ultime. Il y avait quelque chose d’imminent. Quelque chose d’inquiétant et de grandiose » (Les Enfants de Dimmuvik).

 

Pennac © Gallimard – 2013
Pennac © Gallimard – 2013

« La reine Zabo est sortie pour régner sur un royaume de livres. Un petit royaume à l’échelle de son corps chétif dominé par une énorme tête. Un royaume qu’elle domine entièrement. Pourtant, elle peine à dominer Benjamin Malaussène, le bouc émissaire professionnel payé à prix d’or pour compatir avec les écrivains refusés. Alors quand Malaussène, démotivé par le mariage de sa toute jeune sœur Clara avec un directeur quasi-sexagénaire de prison modèle, se saisit d’un prétexte pour démissionner, la reine Zabo se voit contrainte de lui offrir un autre emploi : endosser l’identité de J. L. Babel, le prolifique et invisible auteur de fadaises à succès.

Mais la mort rôde autour de Clara et de Benjamin, victimes de la terrible tendance malaussénienne à attirer les problèmes, et la tonitruante sarabande de l’opération publicitaire croise la route d’un dangereux tueur. C’est d’abord le futur mari de Clara, assassiné le jour de son mariage, qui est découvert. Benjamin, suspecté par défaut, est rapidement mis hors de cause par le commissaire Coudrier. Celui-ci lui recommande de rester loin de cette affaire, mais même en obéissant à son conseil, Malaussène va se retrouver inextricablement mêlé à ce meurtre. » (extrait du résumé proposé sur la page Wikipedia de l’ouvrage).

Hors de question pour moi de m’arrêter en si bon chemin. Après avoir repris « Au bonheur des Ogres » et découvert « La Fée carabine », je suis bien décidée à aller jusqu’au bout. Retrouver les « choses » à l’endroit où on les a laissé et reprendre la lecture comme si aucune pause n’avait été réalisée entre l’ouvrage précédent et celui que l’on tient en main, se placer de nouveau naturellement dans un univers qui est devenu familier au lecteur… cela n’arrive pas si souvent (je vous entends d’ici me dire que si j’étais moins réfractaire à l’idée de suivre des séries en bande dessinée, j’aurais certainement plus d’opportunités de savourer cette sensation… et je vous rétorque que la consistance d’un roman n’a pas d’égale en BD… toc !).

Benjamin et son éternel penchant à se fourrer dans les ennuis. Cela ne choque même plus. Quoi que dans « La petite marchande de prose », nous avons atteint le summum et Daniel Pennac malmène outrageusement son personnage au point que l’on se demande s’il sera toujours en vie à la fin de cet opus.

En parallèle, le lecteur est maintenant bien au fait des différentes personnalités et caractères des membres de la tribu Malaussène. Des individus originaux et hauts en couleurs. Thérèse et son penchant pour les sciences occultes, Julius le chien qui ne manque pas de faire une crise d’épilepsie alors même que son maître – plongé dans un profond coma – se fait voler ses organes vitaux… et la petite dernière, Verdun, surnommée « la der des ders », qui pleure et crie jusqu’à plus soif et que seul le vieux Thian parvient à apaiser.

PictoOKDaniel Pennac s’aventure dans des chemins sinueux et mène deux enquêtes de front sans perdre son lecteur. Collant à des sujets de société qui ne font pas la Une des journaux, il touche à des questions comme le trafic d’organes ou le plagia.

La fiche de présentation du livre sur le site de l’éditeur permet de découvrir quelques passages. Quant à moi, mon regard se tourne déjà vers le quatrième volet de cette saga (« Monsieur Malaussène ») que je compte m’engouffrer dès que je l’aurais acheté 😛

Et je ne rate aucune occasion pour proposer quelques courts extraits :

« Hier soir, pendant le diner, je me suis penché à son oreille et je lui ai demandé : ‟La mort est un processus rectiligne, Thérèse, qu’est-ce que tu penses de cette phrase ?” Elle ne m’a même pas regardé. Elle a répondu : ‟C’est juste, Ben, et la longueur de la vie dépend de la vitesse du projectile.” » (La petite marchande de prose).

« Nous avons mangé le couscous de Yasmina et la tarte de Julie, pendant que le vieux Thian donnait à Verdun ses petits pots du soir. Depuis la naissance de Verdun, le vieux Thian a perdu un bras. Tout ce qu’il accomplit dans la vie, il le fait avec la main qui ne porte pas Verdun. A soixante ans passés, le jour où nous lui avons confié Verdun, le vieux Thian a fait cette découverte de jeune homme : être père, c’est devenir manchot » (La petite marchande de prose).

« Et de nouveau la bibliothèque en diagonale, Chabotte trottinant devant nous comme un enfant au cerceau. Il est délicieux. On jurerait une petite cuiller échappée de sa tasse à café » (La petite marchande de prose).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : petite

 

Zweig © Le Livre de Poche – 2013
Zweig © Le Livre de Poche – 2013

Alors qu’il effectue une croisière, un homme apprend qu’un champion d’échecs se trouve à bord du bateau. Le narrateur met tout en œuvre pour parvenir à jouer une partie avec le Joueur. Contre toute attente, ce dernier accepte de participer à une partie d’échecs mais plutôt que de jouer à un contre un, et vu son niveau de maîtrise du jeu, il propose de jouer seul contre les mateurs intéressés pur relever ce défi.

Durant la partie, un inconnu se joint au groupe et observe le déroulement de la partie. Lorsqu’il intervient soudainement, c’est pour arrêter un déplacement de pion et proposer un autre mouvement, expliquant par la finalité de ce nouvel enjeu stratégique. Quoiqu’il en soit, l’intervention de cet individu attire l’attention du narrateur. Ce dernier va chercher à faire sa connaissance. Lors d’une après-midi ensoleillée, et profitant des transats disposés sur le pont, les deux hommes sympathisent. Et l’inconnu va expliquer comment le jeu d’échecs est entré dans sa vie.

Je doute qu’il soit encore nécessaire de présenter ce roman. Je doute aussi qu’il soit nécessaire de présenter Stefan Zweig. Si je me fie à la connaissance que j’ai des lecteurs qui me suivent par l’intermédiaire du blog, je sais que « j’ai à faire » à de grands lecteurs, de « gros lecteurs »… pour qui le seul fait de prononcer le nom de cet auteur autrichien évoque bien des choses…

Je me contenterais donc humblement de dire que je me suis laissée porter par le récit, fascinée par cette fascination décrite pour le jeu, les stratégies, les déplacements… alors qu’en temps ordinaire, je ne suis pas en mesure de rester concentrée plus d’une demi-heure sur une partie d’échecs. Superbe voyage dans des huis-clos qui s’imbriquent : l’huis-clos du bateau, l’huis-clos de la rencontre entre le narrateur et l’inconnu, huis-clos mental de l’inconnu lorsqu’il partage ses souvenirs, l’huis-clos (la relation privilégiée devrais-je dire) entre le livre et son lecteur.

PictoOKMerci à tous qui, par le biais de vos chroniques respectives, m’avez permis de mémoriser le nom de ce romancier puis, progressivement, à me donner envie de lire cet auteur à mon tour. Un petit break pour découvrir d’autres plumes mais je sais que je reviendrais vers Stefan Zweig.

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Autriche

Jackie – Dowland © SW Poche – 2015

Dowland © SW Poche – 2015
Dowland © SW Poche – 2015

Elle a 36 ans lorsqu’elle apprend que sa grand-mère est en fin de vie. Comment passer ces derniers jours ? Comment se préparer à la mort ?

Grand’ma a cent un an. Elle veut mourir, mais elle y arrive pas. J’ai passé toute la nuit à me demander pourquoi c’était si compliqué de mourir. Pourquoi, quand le moment est venu, on te bourre de médicaments. Alors, j’ai décidé d’écrire jusqu’au bout.

« Elle », c’est Kelly. Musicienne, blonde, mère de famille, new-yorkaise, appréciant de se faire draguer par des collègues de l’orchestre mais en couple depuis quelques années avec un comédien qui habite à Boston. Elle, c’est une femme séduisante, troublante de sincérité et de spontanéité, un peu extravagante sur les bords, totalement dépassée par son rôle de mère mais qui fait de son mieux. Elle qui comme tout le monde, est balayée par des questions tantôt futiles tantôt profondes. Elle qui décide donc d’écrire ses hauts et ses bas, ses réflexions diverses et ses joies… jusqu’à ce que sa grand-mère décède.

Un roman au format réduit (12 cm/16 cm) pour 94 pages, c’est vite lu ? Oui !! D’autant plus quand il diffuse cette fraicheur, cette capacité de jouer avec l’auto-dérision, cette propension à relativiser les choses. Kelly – le personnage principal – n’hésite jamais à se remettre en question où à se moquer de ses propres névroses. Elle est capable de vanter ses qualités comme ses faiblesses. S’accepter soi-même, c’est déjà une étape vers la maturité. Mature, ce personnage ne l’est pas encore complètement et c’est peut-être là où le bât blesse si on l’écoute, d’autant plus qu’elle est mère et – à ce titre – sensée assumer le quotidien d’Elton (son petit garçon). En tout cas, elle est lucide sur sa manière de gérer les choses.

A midi, on était à table avec Elton. Il m’a regardée, les yeux pleins d’amour, et il m’a demandé : « Maman, tu sais pourquoi je t’aime le plus ? – Non, mon amour, dis-moi. – Parce que tu es la meilleur cuisinière ! » Dans son assiette : de la purée de la veille réchauffée et une tranche de jambon. A quel âge on perd notre émerveillement ?

Elle a une manière d’être au monde qui la rend sympathique. Fiction ou récit autobiographique, je n’en sais rien. Le fait que la narratrice porte le même prénom que l’auteure (Kelly Dowland) ne m’a pas tracassé une seule seconde. Je trouve cela plutôt pétillant d’ailleurs. Tout comme cette écriture parfois maladroite, une écriture parlée qui ne tient pas tellement compte des règles grammaticales en vigueur.

PictoOKUn agréable moment de lecture. Lecture-détente parcourue de quelques rires, une jolie découverte que je n’aurais pas faite sans la divine intervention de Framboise ! 😉

Un extrait de ce petit roman est disponible sur le site de l’éditeur.

La chronique de Framboise (merci de me l’avoir fait découvrir !!!), celle de Jérôme et celle de Violette.

Chroniks Expresss #11 (Vargas)

L’Homme aux cercles bleus – Vargas © Editions Viviane Hamy – 1996

Vargas © Editions Viviane Hamy – 1996
Vargas © Editions Viviane Hamy – 1996

Ce roman est « l’acte de naissance » du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg peut-on lire sur le Quatrième de Couverture de l’édition de 1996. Ecrit en 1991, ce polar présente donc le commissaire au moment où il arrive dans sa nouvelle affectation au commissariat du 5è arrondissement de Paris. On est encore loin de la fine équipe de la Brigade criminelle du 13è qui l’entoure désormais (et que l’on découvre à partir de Pars vite et reviens tard).

Pour l’heure, on se contente de faire la connaissance d’Adamsberg et du lieutenant Danglard ; on effleure à peine le personnage de Camille Forestier dont on perçoit déjà les tortueux liens amoureux qui lient Adamsberg à la jeune femme.

Dans ce premier roman, Adamsberg va mener de front deux enquêtes avec sa nonchalance habituelle. La première – en apparence anodine – ne semble pas nécessiter l’intervention des services de police… en principe… mais elle attire malgré tout l’attention d’Adamsberg. Ce dernier décide de garder à l’œil les agissements d’un excentrique qui s’amuse à cercler à la craie bleue des objets anodins qui jonchent les trottoirs parisiens. Le commissaire collecte photos et rapports d’observations sur les cercles ; une décision qui s’avèrera pertinente le jour où un cadavre est retrouvé à dans un cercle. Le Commissaire va tenter de démêler le vrai du faux et chercher à savoir si l’homme au cercle est le meurtrier ou si quelqu’un se sert de ses sert pour se couvrir.

Ce roman sensibilise le lecteur au personnage d’Adamsberg. Cet homme atypique et nonchalant va à l’encontre des figures habituelles de l’enquêteur. Le bon sens auquel il fait appel lui est propre. Lent, désordonné, lunaire et ne se fiant qu’à son instinct, Adamsberg témoigne d’un sens de l’humour certain, ce qui renforce d’autant le charme du personnage.

L’intrigue est parfaitement menée sans que le lecteur ne se perde dans le raisonnement sinueux qu’emprunte Adamsberg. Fred Vargas a pris le temps de travailler le dénouement et ne le dévoile qu’en dernier recours. Enfin, contrairement à d’autres romans de cet univers, j’ai apprécié le fait que l’auteur ne se contente pas de livrer les dernières informations – permettant de peaufiner le puzzle de l’enquête – en une quinzaine de pages. Vargas accompagne le lecteur dans chaque détail, injecte les derniers éléments avec parcimonie et nous permet ainsi de refermer cet ouvrage repu et satisfait de cette lecture.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2014 / Couleur : bleu

Challenge Petit Bac 2014
Challenge Petit Bac 2014

L’Homme à l’envers – Vargas © Vivane Hamy – 1999

Vargas © Vivane Hamy – 1999
Vargas © Vivane Hamy – 1999

Dix ans après L’homme aux cercles bleus, Fred Vargas ressort Adamsberg de ses tiroirs et poursuit la construction méthodique de ce personnage débonnaire pour lequel j’ai beaucoup d’affection.

Pourtant, j’ai longtemps été déstabilisée à la découverte de l’ouvrage. Car si l’on découvre aisément les rouages de cette nouvelle intrigue, il nous faudra attendre avant qu’Adamsberg s’installe réellement dans le récit.

En effet, c’est par l’intermédiaire de Camille Forestier – « la petite chérie » comme se plait à la nommer tendrement Adamsberg – que l’on va avancer à l’aveugle dans la découverte des agissements d’un homme-loup. Des troupeaux de brebis sont décimés dans le Mercantour et la rumeur d’un loup-garou se répand comme une traînée de poudre, semant la terreur au sein des foyers. Camille se retrouve embarquée un peu malgré elle dans un road-movie casse-gueule, au sens propre comme au sens figuré. A bout d’idées pour poursuivre cette cavale, Camille se résout à demander l’aide d’Adamsberg. C’est l’occasion d’assister aux retrouvailles entre le héros et la femme qui n’en finit pas de surgir de sa mémoire.

Ici encore, le lecteur est en présence d’une intrigue particulièrement soignée. Je déplore en revanche un dénouement trop abrupt. La fameuse « dernière quinzaine de pages » qui apporte les détails manquants en un laps de temps trop succinct ; le lecteur n’a finalement pas le temps de digérer l’ensemble des ingrédients avant de refermer l’ouvrage. C’est le grief majeur que je porterais à l’égard de ce roman. Je ne l’ai pas moins apprécié pour autant.

A noter un passage très touchant qui relate un échange entre Adamsberg et Le Veilleux, personnage secondaire omniprésent dans cet ouvrage. Il est notamment question du lien qui unit Adamsberg à Camille, tout en métaphore… je vous en laisse seuls juges…

« – Tu l’aimes ? demanda-t-il de sa voix sourde, après plusieurs minutes de silence.
Adamsberg haussa de nouveau les épaules, sans répondre.
– Je m’en fous que tu te taises, dit le Veilleux, je n’ai pas sommeil. J’ai toute la nuit pour te poser la question. Quand le soleil se lèvera, tu me trouveras là, et je te la reposerai, jusqu’à ce que tu me répondes. Et si, dans six ans, on est toujours là, tous les deux, à attendre Massart sous le prunier, je te le demanderai encore. Je m’en fous. J’ai pas sommeil.
Adamsberg sourit, avala une gorgée de vin.
– Tu l’aimes ? demanda le Veilleux.
– Tu m’emmerdes avec ta question.
– Ça prouve que c’est une bonne question.
– Je n’ai pas dit qu’elle était mauvaise.
– Je m’en fous, j’ai toute la nuit. J’ai pas sommeil.
– Quand on pose une question, dit Adamsberg, c’est qu’on a déjà la réponse. Sinon, on la boucle.
– C’est vrai, dit le Veilleux. J’ai déjà la réponse.
– Tu vois.
– Pourquoi tu la laisses aux autres ?
Adamsberg resta silencieux.
– Je m’en fous, dit le Veilleux. J’ai pas sommeil.
– Merde, le Veilleux. Elle n’est pas à moi. Personne n’est à personne.
– Finasse pas avec ta morale. Pourquoi tu la laisses aux autres ?
– Demande au vent pourquoi il n’est pas sur l’arbre.
– Qui est le vent. Toi ? Ou elle ?
Adamsberg sourit.
– On se relaie.
– Ce n’est pas si mal, mon gars.
– Mais le vent s’en va, dit Adamsberg.
– Et le vent revient, dit le Veilleux.
– C’est ça, le problème. Le vent revient toujours. »

La fiche de présentation du roman sur le site de l’éditeur.

Les Quatre Fleuves – Vargas – Baudoin © Viviane Hamy – 2000

Vargas – Baudoin © Viviane Hamy – 2000
Vargas – Baudoin © Viviane Hamy – 2000

Roman écrit à la seule fin de pouvoir être illustré par Edmond Baudoin. Il n’existe donc pas d’autres versions de ce récit que celle-ci [en BD].

Grégoire et Vincent sont deux jeunes délinquants qui pratiquent le vol à l’arraché. Depuis quelques temps, Vincent consigne les habitudes quotidiennes d’un homme. Ce jour-là, le duo de voyous s’est donné rendez-vous pour le suivre jusqu’à son domicile. Ils attendent le moment opportun et lui tombent dessus. La mallette qu’ils parviennent à lui dérober (non sans mal) contient une somme rondouillette mais pas que… Elle renferme également tout un fatras d’objets mystiques qui met rapidement Vincent mal-à-l’aise.

Le lendemain, l’impression de malaise se confirme lorsque Grégoire découvre le corps inanimé de son ami. Il signale anonymement le corps à la police… une enquête qui est confiée à la brigade du Commissaire Adamsberg.

J’avais découvert le commissaire Adamsberg via Le marchand d’éponges (adaptation illustrée d’une nouvelle de Fred Vargas intitulée Cinq francs pièces). Cette lecture m’avait donné envie de poursuivre dans cet univers de Vargas.

Aujourd’hui, le fait de mieux connaître les particularités du personnage principal m’a fait faire la fine bouche pendant la lecture. En effet, je trouve que le découpage des planches donne une rapidité inhabituelle aux mouvements d’Adamsberg. De même, le passage au format BD donne l’impression que le commissaire mène ses enquêtes avec beaucoup d’aisance (raisonnement limpide et suppositions rapides)… ce qui n’est pas le cas d’ordinaire. Ceci ajouté au fait que l’intrigue en tant que telle n’est pas des plus passionnantes.

Grosse déception à l’égard de cet album que je souhaitais découvrir depuis un bon moment déjà.

Excellent travail de centralisation d’information trouvé sur le site Un jardin extra (cliquez sur le lien pour être redirigé). Je vous propose également de découvrir la fiche de présentation de l’ouvrage (site éditeur) pour obtenir les informations légales ainsi que les liens vers les chroniques de Gridou et de Wens.

Je vous invite en revanche à visiter le site d’Edmond BAUDOIN.

Pars vite et reviens tard – Vargas © Viviane Hamy – 2001

Vargas © Viviane Hamy - 2001
Vargas © Viviane Hamy – 2001

Paris, de nos jours.

Le Commissaire Adamsberg s’installe à la tête de la Brigade criminelle du 13è arrondissement de Paris. Débuts timides d’autant que les locaux sont en plein travaux.

Fred Vargas installe dans cet opus les fondations solides sur lesquelles les futures enquêtes d’Adamsberg vont s’appuyer. Epaulé par Danglard, le Commissaire est désormais à la tête d’une équipe de 27 agents parmi lesquels on peut compter Violette Retancourt, Estalère, Voisenet… Débuts timides de personnages que nous retrouveront de façon récurrente par la suite.

Il est ici question d’un individu qui va prendre un malin plaisir à brouiller les pistes des enquêteurs et semer un vent de panique en faisant croire à la population qu’une épidémie de peste se propage. L’enquête démarre sur des faits insignifiants mais qui pourtant attirent l’attention d’Adamsberg. Un à un, des éléments viennent s’assembler et ainsi créer le liant propre à ce récit. Sur le premier tiers de l’ouvrage, Fred Vargas a développé une narration à deux voix puisque d’une part nous suivons Adamsberg dans son cheminement et d’autre part nous faisons la connaissance de Joss, un ancien marin breton qui s’est reconverti en crieur de nouvelles à la sortie d’une rame de métro parisien.

Un ton légèrement décalé et intemporel accompagne le lecteur durant la découverte de cette histoire. Entre jeux de mots et complicité, cet opus compte parmi ceux qui m’ont apporté le plus de plaisir dans cet univers polar.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Le marchand d’éponges (Vargas & Baudoin)

Le Marchand d'éponges
Vargas – Baudoin © Librio – 2010

« Un meurtre vient troubler le quotidien de Pi, clochard et vendeur d’épongés à ses heures. Interrogé comme témoin, il fait la connaissance d’Adamsberg, un commissaire aux méthodes déroutantes. La vérité sur l’affaire se dévoile peu à peu, en même temps que se dessine le portrait d’un homme brisé par la vie » (quatrième de couverture).

Pi partage son quotidien avec Martin, son compagnon de solitude et d’errance… son caddie…

« Il fallait toute la  force des poignets pour le maintenir dans le droit chemin. C’était buté comme un âne, ça roulait de travers, ça résistait. Il fallait lui parler, l’engeuler, le bousculer, mais comme l’âne, ça permettait de trimbaler une bonne quantité de marchandises. Buté mais loyal ».

Il m’est difficile de vous présenter cet album. Comment rédiger le synopsis et présenter un personnage sans vous dire tout ce que cette rencontre a suscité chez moi ? D’autant que je ne suis pas sure qu’il éveillera les mêmes choses en vous mais c’est certain, Toussaint Pi ne pourra que vous émouvoir. Pourtant, je suis bien consciente que vous avez besoin de situer cette intrigue pour pouvoir envisager de la découvrir à votre tour. Mais le problème, c’est que cette lecture chamboule, à tel point que je ne parviens pas à prendre du recul sur mon ressenti. Je voudrais le laisser tel quel et le gérer à ma guise mais… mais… j’ai bien envie que vous rencontriez Pi à votre tour !!

Petit format à la couverture souple, Le Marchand d’éponges est une adaptation du roman de Fred Vargas Cinq francs pièce. Dès la première page, on plonge dans un univers réaliste : celui de la rue. On y rencontre Pi qui vient de terminer sa journée, il est 23 heures, il sait qu’il ne vendra plus une seule éponge aujourd’hui. Une de ces 9732 éponges qu’il a découvertes dans un hangar abandonné. A raison d’un euros par éponges, ça fait 9732 euros…

Mais depuis des mois qu’il transvasait ses éponges depuis le hangar de Charenton jusqu’à Paris et qu’il poussait Martin dans toutes les rues de la Capitale, il en avait vendu exactement 512. A ce rythme, il lui faudrait 2150.3 jours pour écluser le hangar, soit six années virgule dix-sept à traîner son âne et sa carcasse (…).

Mais ses éponges, tout le monde s’en foutait.

Le ton n’est pas au misérabilisme. Au contraire. On est face à un homme brisé mais qui, grâce à son stock de chimères, est parvenu à se donner un but dans la but. Pas un but mirobolant mais suffisant pour l’aider à tenir. Une quête difficile destinée à faire un pied de nez à l’indifférence des autres à son égard. L’équation est simple pour cet homme : une éponge = une rencontre = un moment volé pendant lequel il « a existé » aux yeux de quelqu’un. Les mots de Fred Vargas sont tout en retenue et pourtant si marquants. La preuve en est, à trois pages du début, le tour de passe-passe est déjà réussi et le lecteur est d’ores et déjà le confident de Pi. Puis, le rythme s’accélère, un meurtre précède l’arrivée d’Adamsberg, policier humaniste qui va parvenir à percer l’épaisse carapace de Pi. Et nos soupçons se confirment quant à la personnalité attachante de cet homme et sa destinée douloureuse. De l’enquête, au final, nous saurons peu de choses. Elle est instrumentalisée par ces deux hommes qui, fascinés par leur rencontre, ont besoin d’un prétexte pour pouvoir justifier le temps qu’ils passent ensemble.

Associés au récit de Fred Vargas, les illustrations d’Edmond Baudoin donnent une portée supplémentaire à l’intrigue. En dessinant Paris, l’illustrateur recrée l’atmosphère de la Capitale. Un lieu où un homme peut crever sur le trottoir aux pieds de badauds indifférents à la détresse des autres ; un décor propice à la rencontre de deux hommes que tout oppose. Là, sous nos yeux, ils vont se découvrir et s’entraider. Malgré le petit format de l’ouvrage, Edmond Baudoin parvient à créer une ambiance qui happe le lecteur. La présence féline de Pi est si forte qu’on en oublierait presque le livre qu’on tient dans les mains. Le pinceau du dessinateur accompagne si bien la plume de l’auteur que très vite, le quotidien écrasant de Pi s’efface devant cette relation d’égal à égal qui se crée entre les deux hommes. On se laisse porter par cette rencontre.

PictoOKPictoOKUn superbe roman graphique qui nous conduit à réfléchir sur l’exclusion, la marginalisation et la dignité humaine. Une histoire très humaine.

Promettez-moi de le lire !!

Une lecture que je partage avec Mango dans le cadre des

MangoDécouvrez les autres albums présentés aujourd’hui par les lecteurs qui y participent !

Je remercie tous ceux qui m’ont donné envie de découvrir cet album : Wens, Sebso, Argali, Gridou, Estellecalim.

Biographie de Fred Vargas, la chronique de du9, première partie de l’entretien avec Edmond Baudoin par Sebso.

Extrait :

« A la Toussaint, ma mère m’a porté à l’Assistance Publique. Elle a mis mon nom sur le grand registre. Quelqu’un m’a pris dans ses bras. Quelqu’un d’autre a posé sa tasse sur le grand registre. Le prénom s’est effacé, dans le café, il n’en est resté que deux lettres. Mais Sexe masculin, ça ne s’était pas dissous. C’était une veine » (Le Marchand d’éponges).

Le Marchand d’éponges

Récit illustré

Challenge Petit Bac
Catégorie Animal

Éditeur : Librio

Collection : Noir et Policier

Adaptation et Illustrations : Edmond BAUDOIN

Auteur : Fred VARGAS

Dépôt légal : aout 2010

ISBN : 9782290027189

Bulles bulles bulles…

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Le marchand d’éponges – Vargas – Baudoin © Librio – 2010

Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez (Baudoin & Troub’s)

Viva la Vida : los sueños de Ciudad Juarez
© Baudoin & Troub’s & L’Association – 2011

De la rencontre entre Edmond Baudoin et Troub’s est né cet album. Initialement, c’était un projet fou de faire un voyage à Ciudad Juarez, une ville au passé riche et agité, une ville cosmopolite. Le taux de mortalité y est élevé en raison d’une guerre des gangs acharnée due à la présence massive de narcotrafiquants. Cette agglomération est également un lieu de passage presque incontournable pour de nombreux migrants qui fuient la pauvreté et espèrent parvenir à passer la frontière clandestinement… Au bout de la route, peut-être quelques-uns trouveront-ils l’Edlorado américain ? Car Ciudad Juarez se situe sur la frontière entre le Mexique et les États-Unis ; la ville est mitoyenne avec une ville du Texas : El Paso. Au milieu : des barbelés et la voie ferrée qui dépend de la gare (située dans la partie américaine). Les rues de la ville sont désertées dès la tombée de la nuit, les gens se mettent en sécurité jusqu’au petit matin où la Une des journaux se chargent de faire le résumé des incidents de la nuit passée.

« Un anniversaire d’adolescents : 14 morts dont un enfant ».

Mais ce n’est pas tout. Ciudad Juarez défraye la chronique. Chaque année, des centaines de femmes sont kidnappées, séquestrées, torturées. Des centaines de cadavres ont déjà été retrouvés. Les sévices sont tels que les visages sont parfois méconnaissables rendant impossible l’identification de la victime. Ciudad Juarez est donc une ville traumatisée par ces innombrables meurtres de femmes constatés depuis 2003.

Le projet d’Edmond Baudoin et de Troub’s s’est concrétisé en 2010, leur séjour a duré un mois ½ (du 1er octobre à mi-novembre). Leur objectif ? Montrer le côté « humain » de la ville. Équipés de leurs carnets de croquis, ils sont allés à la rencontre des habitants et leur ont proposé de dessiner leurs portraits. En échange, ils ont demandé aux gens de leur dire quels sont leur rêve. Ce voyage est donc avant tout un voyage de rencontres et d’amitiés éphémères.

Au préalable, les auteurs avaient noués suffisamment de contacts en France et au Mexique. Les interlocuteurs sur place ont mis à leur disposition un logement et les ont accompagné durant leur séjour. Au programme : visite de la ville, de ses alentours et rencontres (planifiées ou fortuites) avec les habitants de Ciudad Juarez.

La réalisation de cette bande dessinée est originale puisque les auteurs l’ont réalisée en « temps réel ». Chaque matin, ils consacraient leur temps à dessiner leur journée de la veille, à raison de deux ou trois pages par journée. Le résultat ressemble à un carnet de voyage : croquis et portraits illustrent les pages souvent complétés des réflexions, pensées et échanges des auteurs. Pas de distinction entre le rôle de l’un et de l’autre : les illustrations de Troub’s et Baudoin cohabitent parfois sur une même page, la seule différenciation pour savoir qui intervient est l’utilisation de symboles (Troub’s dessine une petite tortue quand il intervient alors que Baudoin utilise le visuel d’une chèvre). L’un comme l’autre s’expriment à l’aide de « JE » sans que cela ne complique la lecture.

Chaque rencontre faite à Ciudad Juarez donne donc lieu à un portrait, généralement accompagné d’un crayonné nous permettant de nous rendre compte du cadre de la rencontre. Chaque portrait est également accompagné du prénom de celui ou celle qui a posé et du rêve qu’il a donné en échange du dessin. Ces multiples petits tableaux réalisés par Troub’s et Baudoin se complètent tout au long de l’album. Quand on le referme, l’impression d’en avoir senti les effluves et la chaleur domine. Aux côtés des auteurs, le lecteur est allé aux quatre coins de la ville à la recherche de rêves. Les violences urbaines ne sont jamais occultées mais Troub’s et Baudoin ne s’attardent pas sur cette question de la criminalité. Elle est omniprésente, mais le lecteur ne verra pas de meurtres, pas de corps, pas de passages à tabac. La violence est suggérée ; la Une de journaux, les non-dits, les confidences d’une femme… sont autant d’éléments qui la personnifie tout au long du récit mais Viva la Vida n’est pas un reportage ni un regard larmoyant sur ce quotidien urbain.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoPictoOKL’album garde à l’esprit la notion de voyage. Le fait que les habitants soient interpellés sur leur rêves décale le discours d’une réalité mortifère et donne lieu à un album porteur d’espoir, malgré la difficulté à vivre dans cette ville et l’inquiétude que l’on peut avoir pour ces gens.

Merci à OliV pour la découverte ! Je vous renvoie vers sa chronique ainsi que vers l’avis de Sebso (Par la bande) et de Dolcino (Jizô).

Pour aller plus loin sur ce sujet :

– la chronique de Joëlle sur un album de Peggy Adam : Luchadoras.

– le témoignage de Jérôme Sessini. Il parle du reportage qu’il a effectué à Ciudad Juarez.

Extraits :

« Et le vent de la mort souffle au-dessus des frontières. Parce que lui, rien ne l’arrête. Il se moque bien de savoir à qui appartient le sang versé » (Viva la vida).

« Cette nuit-là, la nuit de notre arrivée, on a bien dormi malgré les chiens qui continuaient d’aboyer. Au matin, la Une du Diario disait : seize assassinats en vingt-quatre heures » (Viva la vida).

« La nuit, il vaut mieux rester chez soi, c’est une affaire entendue. Et essayer de dormir. Mais il y a : les chiens qui montent la garde et qui aboient entre eux. Ils sont innombrables. Les sirènes de la police, perçantes, tout au long de la nuit. Crissements de pneus. Courses poursuites. On imagine. Et puis, plus subtils, mais tout aussi redoutables, les klaxons des trains, sourds et profonds comme les cornes de brume qu’on entend dans les ports. La gare est du côté USA. L’appel du large » (Viva la vida).

Viva la Vida – Los Sueños de Ciudad Juarez

Challenge Carnet de VoyageOne Shot

Éditeur : L’Association

Collection : Ciboulette

Dessinateurs : Edmond BAUDOIN & TROUB’S

Scénaristes : Edmond BAUDOIN & TROUB’S

Dépôt légal : aout 2011

ISBN : 9782844144317

Bulles bulles bulles…

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Viva la vida © Edmond Baudoin & Troub’s & L’Association – 2011