Gold Star Mothers (Grive & Bernard)

Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

7 Mai 1930, New-York.

Un paquebot s’apprête à prendre la mer. A son bord, des dizaines de femmes qui ont accepté l’invitation du gouvernement à traverser l’océan, la première traversée des « Gold Star Mothers ». Elles partent en pèlerinage. Elles vont en France pour se recueillir sur la tombe de leurs fils, de leurs maris ou de leurs frères qui sont morts pendant la Première Guerre Mondiale. Elles vont voir pour la première fois la tombe de leurs soldats et ainsi poursuivre le long processus de deuil qu’elles ont entamé depuis plus d’une décennie.

Pendant le voyage, les amitiés se nouent et les langues se délient. C’est pour elles l’occasion de témoigner du parcours de leur proche, de mettre des mots sur l’absence, sur le deuil, sur cette impossible manque causé par la disparition d’un homme de leur famille.

Un album hommage réalisé dans le cadre du centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Catherine Grive est une habituée des documentaires à destination des jeunes publics et des publics adultes. « Gold Star Mothers » est l’occasion pour elle de revenir sur un sujet qu’elle avait déjà abordé dans les années 1990. A cette période, elle était partie « sur la trace d’une histoire familiale, un aïeul disparu dans les premiers jours de la guerre de 1914-1918, à l’origine d’un Guide des Cimetières militaires en France aux éditions du Cherche-Midi [1999] » (extrait de la présentation de l’auteur sur le site de La Maison des Ecrivains et de la Littérature).

Catherine Grive nous propose de suivre ses femmes via un journal de bord que l’une d’entre elles aurait pu rédiger pendant ce mois de pèlerinage. De l’embarquement à New-York au recueillement sur la tombe d’un cimetière militaire en Meuse, des faits marquants ponctuent chaque journée : une rencontre, un atelier, une cérémonie, une discussion… Quelques personnages secondaires témoignent – en aparté – de la représentation qu’ils ont de ces mères-courage, permettant ainsi au lecteur de mieux appréhender l’émotion palpable qui était ressentie durant ces traversées.

Je m’attendais à une ambiance assez mortifère (compte-tenu de l’aspect symbolique du voyage, de l’huis-clos du paquebot…). Il n’en est rien. Certes, certaines femmes sont d’une grande fragilité mais leur émoi n’est pas pesant. Elles ont saisi l’opportunité de réaliser ce voyage qu’elles vivent pleinement (non sans appréhensions). Elles se soutiennent dans cette démarche et le dessin fragile et sensible de Fred Bernard et ses couleurs fruitées viennent justement donner du relief et de la consistance à cette envie de tourner la page, à ce besoin de faire le deuil de leurs enfants/conjoints.

Un album agréable dans lequel la mélancolie et la tristesse ne parviennent pas à alourdir l’atmosphère.

J’espère que vous avez passé un bel été. La « BD de la semaine » reprend aujourd’hui. Vous pouvez retrouver toutes les participations chez Noukette !

Gold Star Mothers

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Mirages
Dessinateur : Fred BERNARD
Scénariste : Catherine GRIVE
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 16.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7938-7

Bulles bulles bulles…

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Gold Star Mothers – Grive – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2017

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Chroniques de la Vigne (Bernard)

Bernard © Glénat – 2013
Bernard © Glénat – 2013

Fred Bernard nourrissait depuis 18 ans ce projet d’album sur le vin. Idéalement, il souhaitait que Bernard Richard, son grand-père maternel, y soit associé mais il se heurtait au refus de ce dernier :

Bah ! Oublie ça ! Le vin, ça se lit pas, ça se boit ! Tu veux raconter quoi ?! Tout a été dit. Et puis le vin c’est devenu snob !

Le grand-père, Bernard Richard, est aujourd’hui âgé de 90 ans. Ce vigneron bourguignon est propriétaire de vignes situées sur la commune de Savigny-les-Beaune non loin de domaines aussi réputés que Meursault, Nuits-Saint-Georges… et Savigny est située, comme 36 autres communes viticoles, sur la route des Grands Crus de Bourgogne.

L’auteur a grandi et vécu en terres bourguignonnes. Le vin est une histoire de famille. Les cépages et les caves ont été un terrain de jeu idéal lorsqu’il était enfant. Jeune adulte, il a ressenti le besoin vital de s’extraire de cet univers natal et de voyager à travers le monde.

« Jeanne, mon héroïne fétiche, possède des vignes à Savigny et voyage. La mère d’Ursula, dans un de mes autres livres, a également des vignes à Morey-Saint-Denis (…). J’ai toujours écrit à partir de choses que je connaissais, celles que j’ai fui et abandonné et celles qui m’ont attiré. A 18 ans, je vendais des aquarelles des vignes et des cabottes alentour aux touristes pour financer mes voyages… J’ai toujours voulu écrire un livre avec mon grand-père sur le vin, et j’ai failli le faire il y a 15 ans aux éditions du Seuil, quand il avait alors seulement 75 ans. Mon éditeur était d’accord mais pas mon grand-père qui considérait qu’il y avait trop de livres sur le vin. Je m’étais dit que je finirais par l’avoir à l’usure ! » (extrait d’une interview de Fred Bernard réalisée à l’occasion de la sortie de cet album).

Bien que l’idée de cet ouvrage lui tenait à cœur, il s’est toujours heurté à l’obstination de son grand-père. Et les années qui passent ne sont pas parvenues à pondérer l’entêtement de ce dernier à l’égard des sollicitations de son petit-fils… Il y fait la sourde oreille, quitte à débrancher son sonotone. Fred Bernard s’est donc résolu à écrire seul ce livre et si son projet perdait en rondeurs, il n’en était pas pour autant dépourvu de sens. Il s’est contenté de solliciter son grand-père pour avoir quelques précisions quant aux anecdotes présentes dans Chroniques de la vigne

Ce livre voit donc le jour en août 2013. Entre temps, et comme le souligne si bien Fred Bernard, les lecteurs ont eu le plaisir de découvrir Les Ignorants ou Les gouttes de Dieu, deux titres qui profitent de critiques élogieuses sur la toile.

Qu’apportent effectivement ces Chroniques de la Vigne à la bibliographie existante ? De la fraîcheur, un regard d’esthète et de passionné sur cet univers finalement peu connu. Cet ouvrage prend la forme d’un recueil de courtes nouvelles, allant de l’anecdote humoristique à des souvenirs plus anciens (seconde guerre mondiale, occupation allemande, courte biographie d’un aïeul, périodes des vendanges…).

Passé et présent cohabitent au cœur de ses pages sans qu’il y ait de méthodologie particulière à leur répartition. Un événement anodin du quotidien est souvent employé comme un prétexte et permet à l’aïeul de se remémorer un souvenir, qu’il soit heureux ou douloureux. Finalement, le lecteur constate avec plaisir que ce grand-père s’est investi plus que de raison dans la réalisation de cet album, mû par un souci de précision ou se laissant tout simplement aller au gré de la conversation. Fred Bernard n’utilise aucun artifice, aucune fioriture pour déplier les scénettes qu’il a choisies pour cet album. Il semble les retranscrire telles qu’elles viennent à son esprit, il les alimentent parfois d’une réflexion plus personnelle (très souvent formulée sur un ton amusé). Chaque propos nous permet de ressentir l’amour démesuré (et la fierté) de l’auteur pour la vigne/le vin.

On navigue au cœur d’une chronique chronique familiale. Avec la complicité de son grand-père, Fred Bernard partage son regard sur le monde viticole ; il sera question de l’inscription d’une famille (plusieurs des générations) dans un tissu local rural, d’une culture du vin et d’un amour particulier pour la vigne, des conditions de vie des vignerons durant les dernières décennies, de l’évolution de leur métier (avec notamment l’arrivée des engins agricoles)… J’ai eu quelques moments (rares) durant lesquels je n’ai pas su me situer. Il s’agit de passages plus intimes (la présence des photos d’enfance, quelques confidences du grand-père) durant lesquels j’étais partagée entre la gêne et la satisfaction de découvrir ces instants.

Les illustrations et croquis de Fred Bernard renforcent le ton convivial des propos. Le trait spontané de l’auteur caresse chaque courbe d’un visage, d’un paysage ou d’une bouteille aux formes généreuses. On profite du caractère intimiste de certains moments, en particulier des visites à son grand-père [qui se finissent immanquablement autour de la dégustation d’un bon vin] ou des nombreuses promenades dans les vignes qui donnent lieu à de superbes illustrations en pleine page. Souvent, ces balades s’ouvrent sur des ballades oniriques où l’on voit nos deux protagonistes se glisser dans le terrier d’un lapin ou se hisser sur un toit. Ces rares escapades fantastico-réalistes donnent une tout autre portée aux propos et mettent en exergue la tendresse sans limite que les deux hommes ont pour cet univers viticole, un sentiment largement influencé par la nature du lien qui lie Fred Bernard à son grand-père. Leur complicité transpire à chaque page de l’album.

PictoOKDès la première page, le ton est à la convivialité. Les aquarelles réalisées à cette occasion accentuent cette impression, il y a ici une sorte de simplicité, de sincérité autant sur le fond que sur la forme. On parcourt cet album comme on parcourrait un album de photos de famille enrichit de moult annotations et de quelques révélations croustillantes. La mise en images et les dialogues offrent une interactivité très appréciable pour le lecteur. Tout ici converge vers la vie de la vigne et tout ce que cela englobe.

Un témoignage sympathique et divertissant, une éphéméride originale qui nous permet de traverser le temps et les saisons. La présence du grand-père, un homme aussi sage que déraisonnable, donne une touche épicée à l’ensemble.

Pour le plaisir, une autre chronique : A chacun sa lettre.

Extrait :

« Tu vois, si on irrigue des vignes, les racines n’iront pas plus loin, elles trouveront ce qu’elles cherchent en surface, à savoir de l’eau. En revanche, moins elle trouve, plus elle creuse. Elle est comme ça, la vigne : opiniâtre, courageuse et résistante ! Et plus les racines plongent dans le sol, plus elle risque de traverser des strates différentes en minéraux et intéressantes pour le vin. Et hop ! Elle remonte tout ça dans le fruit… C’est ça le terroir ! Une vigne, c’est un lion chasseur qui se dépense sans compter pour se nourrir ! Une vigne irriguée, c’est un gros chat en cage qui s’empâte ! » (Chroniques de la vigne).

Chroniques de la vigne

Conversations avec mon grand-père –

One shot

Editeur : Glénat

Dessinateur / Scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-7234-9287-4

Bulles bulles bulles…

La preview sur BD Gest.

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Chroniques de la vigne – Bernard © Glénat – 2013

La patience du tigre (Bernard)

Bernard © Casterman – 2012
Bernard © Casterman – 2012

Face à la détermination et à la persévérance de Victoire, le « Strippo » (meuble italien du XVè siècle) rapporté de Cuba révèle un à un ses secrets. Et lorsque la jeune femme trouve le vingt-septième indice caché dans le meuble, il ne reste alors plus qu’à reconstituer le puzzle et résoudre l’énigme qui les conduira à un mystérieux trésor. Mais la tâche s’avère ardue.

Cette effervescence ravive d’autant plus le gout prononcé d’Eugène et de Jeanne pour les grands voyages. Leur décision est rapidement prise : il est temps de repartir pour une nouvelle aventure qui les conduit tout d’abord dans le Yorkshire pour y rencontrer le père d’Eugène. Ce dernier, grand érudit bibliophile, accepte de les aider à résoudre les énigmes du meuble.

Puis, cette quête les emmène aux Indes, un continent qu’ils n’avaient pas exploré jusque-là.

Près de 9 ans après le dernier album de cette série (album intitulé L’Ivresse du Poulpe), Fred Bernard nous gratifie d’un ouvrage de 500 pages venant ainsi faire revivre son héroïne : Jeanne Picquigny.

patiencedutigre01Le plaisir de la retrouver est réel, sa force de caractère est intacte et, comme à l’accoutumée, le tempérament de la jeune femme fait tout le sel de ce récit. De même, le lecteur retrouve également les personnages qui l’accompagnent depuis le début : Victoire (son amie excentrique et exubérante), Eugène avec qui elle partage désormais une vie de couple stable et Louise (sa meilleure amie).

Le groupe va une fois de plus s’étoffer et accueillir de nouveaux protagonistes : Pamela Baladine Riverside et Barberine Love Peacock, deux femmes qui ressurgissent du passé d’Eugène. Elles vont, tour à tour, permettre à cette nouvelle quête insensée d’aboutir.

Comme dans les précédents albums de la série Une aventure de Jeanne Picquigny, nous retrouvons les principaux ingrédients autour desquels s’ordonne le récit : aventure et sensualité. Fred Bernard n’hésite effectivement pas à dénuder ses personnages, essentiellement les femmes, et à les faire évoluer dans le plus simples apparat. Il n’y a là rien de vulgaire ou d’obscène. On assiste généralement à des instants durant lesquels la complicité entre Jeanne et Pamela se consolide. L’auteur profite également de ces moments pour redonner du souffle à l’intrigue en s’appuyant sur les confidences des deux femmes.

On retrouve enfin ce graphisme propre à Fred Bernard. L’ambiance graphique est chargée au point d’en être parfois suffocante, à tel point que l’œil du lecteur peut facilement se perdre dans la contemplation des nombreux détails, la profusion de spirales et d’ornements divers qui s’étalent en arrière-plan sur les murs, les façades… Pour ma part, j’ai choisi de passer outre de façon quasi systématique cette partie des illustrations. Cela m’a certainement permis de gagner quelques heures de lecture et d’éviter de m’égarer davantage dans des dédales déjà nombreux de cette histoire…

… car non content de développer de manière parfois outrancière ses illustrations, Fred Bernard prend le temps de déplier chaque étape de son long (et lent) récit. L’auteur préfère visiblement rendre compte des rapports entre qui se nouent entre chacun de ses personnages. Malheureusement, cela impacte sur le scénario qui manque souvent cruellement de dynamisme. Jeanne a-t-elle vieilli au point d’avoir perdu le goût de l’aventure ?

PictomouiPictoOKRésultat, on s’ennuie légèrement durant la lecture. On fait trainer, on fait des pauses, on reprend le fil pour quelques pages puis on s’endort… En cela, je suis un peu déçue de cette lecture qui m’a permis de passer un bon moment mais le plaisir n’était pas à la hauteur de mes attentes. La patience du tigre clôt la troisième époque de la série dédiée à Jeanne Picquigny. Elle nous laisse en aout 1925… et dans la promesse d’un futur quatrième tome. Il me tarde de le découvrir… en espérant toutefois que la langueur aura quitté la plume de Fred Bernard.

Une interview de Fred Bernard réalisée à l’occasion de la sortie de La patience du tigre.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Animal : tigre

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Extraits :

« En grandissant, les bibliothèques deviennent des êtres vivants. Les livres sont faits de papier et de cuir, de bois et d’animal. Avec le temps, la bête ou le végétal passe d’une pièce à l’autre. Elle envahit lentement, insensiblement tous les murs, grimpe à l’assaut des plafonds. Elle déplace, puis élimine les tableaux, les objets qui la dérangent. Et croyez-moi, je la laisse faire, bien incapable de la tailler ou de la castrer. J’aime ma bibliothèque !!! » (La patience du tigre).

« Je disais que faire des enfants est une étrange expérience. La seule que l’on fasse pour la vie avant même de savoir si cela va nous plaire » (La patience du tigre).

«  – Et vous vous y connaissez en amour comme en vin, M. Python ?
– Oh que oui ! Le problème est toujours le même ou presque. Ça commence par le bonheur immense ! Soudain, une femme entre dans votre vie sans frapper et tombe brutalement amoureuse ! Forcément, on se demande ce qu’elle nous trouve. On sait déjà bien, ce qu’elle nous reprochera tôt ou tard… On s’en fout ! On fond ! On fonce ! On s’engage et on s’enfonce ! Petit à petit… On cède ici, on concède là, on se laisse polir au lit comme dans le lit d’une rivière. On ne peut pas faire autrement ! Et au final, on finit par ne plus lui plaire, parce qu’on a changé. On s’est laissé faire, on est remodelé. Le travail est achevé. Elle nous reproche ce qu’on est devenu et l’amour s’en va ! C’est comme ça. Toute ivresse passe » (La patience du tigre).

«  Aucune organisation, aucune foi, aucun dogme ne vous aideront à apprécier pleinement la chance qui vous est faite d’être en vie. Toute tentative pour sortir du réel ne sera jamais qu’une fuite ou une évasion » (La patience du tigre).

Une aventure de Jeanne Picquigny

Tome 3 : La patience du tigre

Série en cours

Editeur : Casterman

Collection : Ecritures

Dessinateur / Scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : août 2012

ISBN : 978-2-203-04900-0

Bulles bulles bulles…

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Une aventure de Jeanne Picquigny, tome 3 – Bernard © Casterman – 2012

Ursula vers l’amour et au-delà (Bernard)

Ursula
Bernard © Guy Delcourt Productions – 2011

Connaissez-vous Jeanne Picquigny, une aventurière au caractère bien trempé partie à la recherche de son père en Afrique ? Et connaissez-vous Lily Love Peacock, petite-fille de Jeanne qui a hérité du caractère et de la beauté de sa grand-mère ? Si c’est le cas et que vous aimez ce genre de femmes, alors je pense que vous apprécierez Ursula.

Ursula ? C’est une jeune fille borderline, une femme-enfant. Elle doit certainement sa débauche à son lourd passé affectif : adoptée à l’âge de 8 ans par un couple d’exploitants viticoles français, Ursula est née en Pologne. Très tôt, ses parents biologiques se montrent incapables d’éduquer leur fille. Sa mère est alcoolique, son père est un délinquant qui passe la majeure partie de son temps en prison. Sa tante la confie donc à un orphelinat gérée par des Sœurs qui conçoivent l’éducation à coups de trique. Très tôt, l’enfant apprend à ne plus croire aux miracles et lorsque ce couple français décide de l’adopter, Ursula croît vivre un conte de fées. Avec eux, elle sera à l’abri du besoin.

Les années passent. Ursula a depuis longtemps appris à accepter le fantôme du fils de ses parents adoptifs décédé dans un accident de voiture. L’adolescence arrive. Ursula raffole des nuits festives et des hommes peu fréquentables. C’est à ce moment-là que son père adoptif décède. Exaspérée par les conflits perpétuels avec sa mère, Ursula décide de prendre son indépendance. Dès lors, ses seules limites sont celles qu’elle se fixe elle-même et les choix de la jeune fille ne sont pas forcément les plus pertinents. D’une amourette à l’autre, Ursula va forger sa personnalité autour de cette vie nocturne jusqu’à en faire son métier : barmaid puis stripteaseuse, elle n’hésitera pas à vendre son corps pour arrondir les fins de mois.

« Danser et baiser : les deux choses que je sais faire le mieux… Si j’arrête de danser, je meurs ».

A la lecture des premières pages de l’album, on se dit rapidement qu’on est face à un personnage rongé par la folie. Mais ce n’est pas si simple et Fred Bernard va tout mettre en œuvre pour nous démontrer le contraire du moins, pour permettre au lecteur de tirer des conclusions moins hâtives. Car les apparences sont souvent trompeuses et pour prétendre connaître Ursula, il faut percer l’épaisse carapace derrière laquelle elle s’est réfugiée.

Ursula s’effeuille et se dévoile lentement tout au long de l’album. Fille facile ? Nymphomane ? Jeune femme effrayée à l’idée d’être seule et qui, naïve, pense trouver le réconfort salvateur chez ses partenaires ? Une nouvelle fois, Fred Bernard m’étonne. La facilité avec laquelle il développe ses personnages féminins est déroutante. Il parvient à percer leurs secrets, à décrire avec justesse leurs émotions, à y voir clair dans leurs esprits embués, à les rendre aussi vraies que nature. Ainsi, Jeanne, Lily, Ursula et Cléo peut-être (mais je n’ai pas encore lu cet album) ne se contentent pas d’animer quelques pages d’un album ; elles s’ancrent dans nos esprits. Si je ne suis pas allée jusqu’à m’identifier, je me suis pourtant imaginée en train de côtoyer ces amies si extravagantes. Et comme ses prédécesseures (Jeanne, Lily), Ursula témoigne d’un caractère affirmé. L’auteur a fouillé son parcours et le rend crédible.

Dans cet album plus que dans les précédents, l’auteur a veillé à l’aspect psychologique de son personnage. Il se développe ici autour de la question de la sexualité. Mais Ursula est un personnage à deux visages, une ambiguïté que l’auteur est parfaitement parvenu à faire coexister. D’un côté, Ursula angélique et fragile qui porte tourne la tête vers son passé pour comprendre qui elle est. D’un autre, Ursula dévergondée, dépendante au sexe et aux substances qui annihilent toute pudeur. Qu’elle soit lucide ou défoncée, elle est « cash » avec elle-même comme avec les autres. Cette franchise la sauve en quelque sorte mais la folie la guette. Tout au long de l’album, elle se met à nu au sens propre comme au sens figuré. Nymphomane ? Salope ? Nigaude ? Cinglée ? Suicidaire ? Inconsciente ? Le doute subsistera pendant toute la lecture et je pense que chaque lecteur en tirera sa propre conclusion. Mais Fred Bernard ne brosse pas le portrait d’une femme immorale. Il rend son récit intriguant, suscite de l’empathie chez le lecteur qui découvre un personnage qui préfère la présence rassurante de ses compagnons canins plutôt que celle imprévisible de ses pairs humains. Avec beaucoup d’humour, il donne vie à une jeune femme qui retient l’attention et, au passage, nous jette à la volée quelques réflexions pas piquées des hannetons :

« Remarque, leurs femmes sont aussi à plaindre. Paraît qu’un tiers des mecs ont des problèmes d’érection, un tiers d’éjaculation précoce, un tiers d’hémorroïdes… Si c’est pas le même tiers qui morfle de tout, ça fait pas beaucoup de gars en bon état… ».

Enfin, un mot sur la qualité du traitement graphique de cet album qui m’a sauté à la gueule. Maîtrisé est le premier terme qui me vient à l’esprit. J’ai apprécié à quel point Fred Bernard crée ses codes graphiques pour servir et rythmer le récit. Les résultat : un album unique très imprégné de la marque de fabrique bernardesque. Les pages s’agencent en fonction des humeurs de la jeune femme. Réalisées à l’aquarelle et au crayon de couleur, les illustrations mettent en valeur les longues tirades métaphysiques du personnage, les enjolivent et leur donnent un côté mélancolique qui fait la force de l’album. A d’autres moments, le dessin est comme en ébullition, nerveux et délirant. Il ondule, s’amuse avec l’héroïne. L’auteur a créé une variété de constructions visuelles permettant de nous faire ressentir différentes ambiances. Pleine page, deux bandes de deux cases ou succession frénétique de 15 vignettes par page… la rythmique changeante des visuels donne un côté pétillant à l’univers de la jeune femme.

PictoOKPictoOKAvec plaisir, j’ai retrouvé le regard rieur et attentionné de Fred Bernard sur la féminité. De nouveau (voir les barionnettes de Lily Love Peacock par exemple), l’auteur varie les stratagèmes narratifs pour préciser les intonations des dialogues.

Superbe album qui, je pense, ravira les amateurs de Fred Bernard. Ils retrouveront en Ursula certaines caractéristiques des autres héroïnes de l’auteur : sensualité, force de caractère, personnalité en devenir, humour… Sautez-le pas et acceptez cette nouvelle muse et ses étonnantes couleurs car elle est charmeuse.

Si vous aimez Fred Bernard, faites-le savoir sur sa Page Facebook.

L’avis d’OliV (que je remercie pour la découverte), celui de Catherine, Zaelle et PlanèteBD.

Je partage cette lecture avec Mango et les participants aux

MangoExtraits :

« La religion ça peut-être un soutien, mais un boulet au pied aussi » (Ursula vers l’avenir et au-delà).

« – Et c’est quoi les symptômes de ta mélancolie hypocondriaque ?

– Eh bien… L’absence d’amour me rend malheureux, mais l’amour me rend malade. Et plus l’amour est fort, plu je suis malade. Et je suis tellement mal quand je suis malade que j’apprécie presque d’être malheureux » (Ursula vers l’avenir et au-delà).

«  Plein de femmes adorent les serial killers. Elles achètent leurs livres. Elles leur écrivent en prison et tout et tout. Elles, c’est des malades. Moi, j’attire les emmerdes. C’est différent. C’est dans ma nature (Ursula vers l’avenir et au-delà).

« On ne choisit pas le lieu, ni l’époque, ni comment fonctionne le monde, mais on peut encore choisir la façon d’y vivre non ? (Ursula vers l’avenir et au-delà).

« Pour une fille de 20 ans, une femme de 30 ans est une vieille. Pour une fille de 30 ans, une fille de 40 ans est une vieille. Mais pour une femme de 40 ans, une femme de 50 ans est beaucoup plus inquiétante… Car cette femme-là, c’est ELLE demain. Elle le sait enfin ! » (Ursula vers l’avenir et au-delà).

Ursula vers l’amour et au-delà

Challenge Petit Bac
Catégorie Prénom

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : aout 2011

ISBN : 978-2-7560-2425-7

Bulles bulles bulles…

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Ursula – Bernard © Guy Delcourt Productions – 2011

Fermé pour inventaire !

Je ne savais pas vraiment quel titre donner à ce billet de papotage mais voilà, je vais faire une micro pause de quelques jours. Rien de dramatique, juste une petite escapade en famille. Si j’avais été mieux organisée, j’aurais prévu des billets à l’avance, mais ce n’est pas le cas… ou presque.

Demain, j’ai planifié un article qui s’inscrit dans une lecture commune. Mes copinautes et moi avons fait ça complètement égoïstement, en catimini. Je m’excuse encore une fois auprès d’elles car je ne serais pas très réactive au niveau des échanges… c’est le prix à payer pour m’avoir obligée à rédiger un avis de lecture dans un temps record (c’était ça ou la torture… je vous passerais les détails ^^).

Et dimanche, je relayerais également la publication hebdomadaire de kbd.

Ne vous inquiétez donc pas si je mets plus de temps que d’habitude pour répondre aux commentaires (vous m’en déposerez quelques uns quand même siouplé ?? :lol:) mais je reprendrais le cours des choses dès mardi et car j’espère bien participer au partage de lectures initié par Mango, le bien-nommé et cultissime BD du mercredi.

En dehors de cela, j’ai un nombre incalculable d’articles en retard. Du coup, je ferais l’impasse sur quelques albums :

Alpha... Directions
Harder © Edition de lAn 2 – 2009

 Alpha… directions de Jens Harder. Ce sont les compères de kbd qui m’avaient donné l’envie de lire cet impressionnant ouvrage. Un article consacré à cet album est publié sur kbd : c’est ici.

Pourquoi je fais le choix de ne pas en parler même si j’ai aimé ? Parce que premièrement, je me pose encore la question de savoir si c’est vraiment de la BD. Ok, c’est sur BDGest… mais bon, c’est plutôt un ouvrage scientifique pour moi. Le découpage des planches en cases ne change pas grand chose à ma première impression. Ensuite parce que le contenu de l’album est tellement dense que je ne sais pas par quel bout le prendre. Enfin, parce qu’il est publié en partie par Actes Sud et si vous avez un minimum suivit les aventures de ce blog… vous savez que je ne souhaite pas promouvoir leurs albums. J’insère ici le visuel de couverture mais je le fais avec certaines appréhensions. Si vous avez fait le choix de parler des publications de cet éditeur, je vous conseille encore une fois de vous renseigner sur la question des droits d’auteurs / droit de citation (un petit lien vers cet article).

Une discussion qui a été récemment relancée par Cathe : si vous souhaitez en prendre connaissance, c’est ici.

Une lecture que je vous conseille pourtant…

Little Odyssée
Bernard © Casterman – 2008

Little Odyssée de Fred Bernard. L’histoire d’un adolescent qui se repasse le fil de sa vie. Un récit qui manque de structure, des personnages qu’on ne saisit pas ou mal, une ambiance graphique brouillonne… quelle déception pour cet auteur !!! Pendant toute la lecture de l’album, je me suis demandée si Fred Bernard n’avait pas ressortit un vieux carnet de croquis tant les visages des personnages manquent de profondeur. Un petit clin d’œil à Lily Love Peacock nous confirmera le contraire dans le dernier tiers du récit.

Mamohtobo
Peña – Schemoul © Gallimard – 2009

Mamohtobo de Nancy Peña. Une histoire qui se passe dans les pays nordiques, un village de pêcheurs, des femmes qui vivent mal les absences prolongées de leurs maris. Un scénario saccadé, de vilains dessins… un album qui souffre trop de l’absence de concertation entre scénariste et dessinateur. Une déception également, c’est la première fois qu’un album de Nancy Peña manque de me tomber des mains.

Je réfléchis également à la possibilité de créer une rubrique « Chroniques express ». L’idée serait de pouvoir, comme ici, présenter brièvement certains albums que j’ai lus et pour lesquels j’ai fait le choix de ne pas rédiger de critique. Pour l’avoir vu sur certains blogs, je trouve l’idée intéressante.

Quant à moi, programme chargé et festif sur les prochains jours. Je commencerais par répondre aux commentaires que vous m’avez laissés sur Comédie sentimentale pornographique, j’espère avoir le temps d’actualiser les liens du Challenge PAL sèches avant mon départ (ahem ahem…), bouclage des sacs et en route pour l’aventure ! A mon retour, je voudrais rédiger ma critique du tome 2 de Blast afin de le partager mercredi avec Mango (sinon, j’opterais pour Palestine de Joe Sacco car la rédaction est déjà bien avancée… surprise surprise… ^^). Et puis vu qu’un petit malin m’a tagguée… il faudra aussi que je prenne le temps de vous parler de mes illustrateurs fétiches. Bon, déjà en tête de liste, le très grand, le très beau, le très brillant : Sergio TOPPI !!!

Bon week-end de Pâques @ tous !!

Une aventure de Jeanne Picquigny, tomes 1 et 2 (Bernard)

La Tendresse des Crocodiles
Bernard © Seuil 2004
L'Ivresse du Poulpe
Bernard © Seuil – 2003

Jeanne est une jeune femme de bonne famille dont la vie semble toute tracée. Son futur mariage avec un jeune homme sans intérêt mais fortuné lui assurera pour longtemps un train de vie enviable. Cependant, avant de se « ranger » définitivement, Jeanne organise un voyage en Afrique pour retrouver la trace de son père et obtenir des réponses à des questions existentielles qui la taraudent depuis longtemps.

Pour mener à bien sa quête, elle a engagé Eugène Love Peacock, un français qui s’est installé en Afrique et qui exerce aléatoirement les fonctions de guide, chasseur… cela dépend des bons plans qui lui tombent sous la main. Ses services se vendent aussi bien au gentil touriste qu’à l’aventurier en herbe soucieux de se procurer de l’ivoire.

Si Jeanne et Eugène ont des points communs, ce sont leurs personnalités acerbes et leurs franc-parlers. Pour le reste, ils devront s’accommoder l’un de l’autre pendant ce voyage.

J’ai découvert Fred BERNARD avec Lily Love Peacock… un One Shot qui fait suit aux Aventures de Jeanne Picquigny. Que dire d’autre que je n’ai pas dit dans ma bafouille sur Lily Love Peacock ?? Peu de choses en fait. J’aime décidément cet auteur, ses ambiances, ses dessins. J’ai découvert avec un plaisir non dissimulé les ancêtres de la barionnette de Lily et pris connaissance des personnages par qui tout a commencé puisque Jeanne est la grand-mère de Lily.

J’apprécie la manière dont sont construites ces histoires. Des enchaînements très fluides dont l’origine se situe parfois dans des associations d’idées. Des transitions magiques qui nous promènent entre la réalité et le monde imaginaire de Jeanne… des souvenirs aussi.

Si je n’avais pas lu préalablement d’autres ouvrages de Fred BERNARD (Lily Love Peacock, L’Homme Bonsaï), je me serais ruée sur internet pour savoir si cet auteur est un homme ou une femme. Cette question me taraude systématiquement quand je le lis. Il y a, dans cette manière si personnelle d’écrire et de dessiner, des éléments tantôt très masculins, tantôt très féminins. C’est troublant.

Le côté masculin je le ressens dans la construction de ses personnages « hommes » : virilité, fierté, tête brûlée… et dans des récits qui ne s’encombrent pas de détails superflus. Le côté féminin car le dessin est parfois précieux, à la limite du kitsch parfois : la décoration des phylactères de narration par exemple (qui sont dotés d’enluminures originales), dans les dessins en pleines pages qui sont hyper chargés voire sur-saturés. Des petits détails enfin, disséminés ça et là dans les albums : les bulles peuvent perdre leur forme conventionnelle et muer pour devenir crocodile, tortue, poisson, hippopotame ou poule (La Tendresse des crocodiles respectivement pages 32, 19, 13, 74 et 123).

PictoOKSur l’excellent conseil de Loula, je me suis donc plongée dans ce diptyque. Il en ressort un grand plaisir de lecture avec La Tendresse des Crocodiles. J’ai cependant moins aimé L’ivresse du Poulpe que je trouve décousu, saccadé, les personnages m’ont semblé plus distants.

Y a-t-il une âme charitable qui pourrait me renseigner sur ce point : Fred BERNARD a-t-il un site, ou un blog ? Si oui, je serais preneuse du lien pour le visiter (je n’ai rien trouvé de mon côté).

Extraits :

« Jeanne, la sagesse des vieux c’est comme l’innocence des enfants : un fantasme d’adulte » (La Tendresse des Crocodiles).

« Mon paternel a ensuite craqué pour une chatte en chaleur. Résultat, je suis nyctalope » (L’Ivresse du Poulpe).

Une aventure de Jeanne Picquigny

1. La tendresse des crocodiles

2. L’ivresse du poulpe

Série en cours

Éditeur : Seuil

Dessinateur / scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : octobre 2003 (tome 1) et octobre 2004 (tome 2)

Bulles bulles bulles…

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La Tendresse des Crocodiles, L’ivresse du poulpe – Bernard © Seuil – 2003 et 2004

L’Homme Bonsaï (Bernard)

L'Homme Bonsaï
Bernard © Guy Delcourt Productions – 2009

Le Capitaine O’Murphy nous conte sa rencontre avec Amédée le Potier dit « L’Homme Bonsaï ».

Récemment, j’ai ouvert mon premier Fred BERNARD… et vu que depuis sa parution, j’hésite à me procurer L’Homme Bonsaï, l’occasion me semblait appropriée pour me poser une peu plus aux côtés de l’auteur de la saga des Picquigny.

Ici, le ton est différent, la colorisation en plus… qui est de toute beauté. Je n’accroche pas trop au graphisme que je trouve trop approximatif.

Bon public comme je suis, je me suis évadée dans cette légende que le Capitaine O’Murphy se plaît à véhiculer. On plonge avec plaisir dans le monde du brigandisme avec le destin forcé du personnage principal : Amédée le Potier. Graphiquement, voici un ouvrage qui aime marier les éléments complémentaires : rouge / vert, bleu / orange. De plus, Bernard manie ici avec habileté les contrastes : robustesse et fragilité, courage et timidité, amour et haine, obligation et liberté… que nous retrouvons chez Amédée au fur et à mesure de son évolution. Une personnalité malléable en devenir.

Quant à la fin qui nous est réservée par l’album… je dirais que je me refuse à adhérer à la morale que les quatre marins nous proposent… je préfère continuer à rêver ^^

PictoOKAssez sympa, complètement incroyable et assez déroutant. Sélection Angoulême 2010… à suivre.

Il y a beaucoup d’autres ouvrages de Fred BERNARD sur le blog : La Tendresse des Crocodiles, L’Ivresse du Poulpe, Lily Love Peacock

L’Homme Bonsaï – Bernard © Guy Delcourt productions – 2009

L’Homme Bonsaï

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : juillet 2009

ISBN : 978-2-7560-1774-7

Bulles bulles bulles…

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L’Homme Bonsaï – Bernard © Guy Delcourt productions – 2009