Le Jour où ça bascule (Collectif d’auteurs)

Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés - 2015
Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés – 2015

Des décisions à prendre. Suite à ces choix personnels qui seront pris, il y aura des conséquences à assumer. Bonnes… ou mauvaises.

Il est ici question de la manière d’appréhender une situation. Subir ou agir ? Être honnête avec soi-même ou opter pour l’opportunisme ? Ces actes isolés influenceront un avenir proche ou lointain, modèleront une personnalité en construction, changeront à jamais le quotidien d’un individu et/ou d’un groupe. Il est aussi question des difficultés que l’on parvient plus ou moins facilement à dépasser, une honte que l’on écarte ou – au contraire – un complexe qui s’ancre pour toujours.

Ainsi, choisir entre l’intégrité ou le mensonge, apprécier de pouvoir se regarder dans la glace ou préférer la facilité… Autant de points de rupture personnels, intimes ou universels, fantasmés ou vécus, abscons ou sensés. Tel est le thème de cet album.

Préfacé par Fabrice Giger, postfacé par Pascal Ory, cet ouvrage est enrichi de deux textes qui encadrent les 13 nouvelles qu’il contient. Ces écrits proposent quelques clés de compréhension pour mieux appréhender les différents travaux réalisés. Ils offrent aussi des pistes réflexives et invitent éventuellement à reprendre la lecture d’une nouvelle en ayant davantage de recul ou en donnant une autre dimension à la lecture.

Cet album a été publié à l’occasion des 40 ans de l’éditeur. Pour se faire, plusieurs auteurs ont été contactés. Le cahier des charges consistait à réaliser une nouvelle leur demandant d’explorer leur point de rupture, de partager « leur propre vision de ce point de non-retour, ou de nouveau départ ». Quant à la forme, libre à chacun de lui donner les contours qu’il souhaite, de définir le nombre de pages adéquats (3 pages pour la plus courte ; une dizaine de pages en général), le genre (science-fiction, autobiographie, adaptation littéraire…), le traitement graphique…

In fine, 14 auteurs ont collaboré à ce projet. Enki Bilal (auteur phare de cette maison d’édition) a réalisé le visuel de couverture et treize auteurs (aucune femme) ont réalisé chacun une nouvelle. Parmi eux, des artistes d’Europe (Boulet, Bastien Vivès, Frederik Peeters, Emmanuel Lepage, Eddie Campbell), des Etats-Unis (John Cassaday, Paul Pope, Bob Fingerman) et du Japon (Katsuya Terada, Taiyō Matsumoto, Atsushi Kaneko, Keiichi Koike, Naoki Urasawa). Je n’aurai jamais imaginé la majeure partie d’entre eux publier chez cet éditeur… l’objet-livre m’a intriguée pour cette raison.

Treize nouvelles très bien construites dans lesquelles on rentre facilement. On est face à des univers familiers, des découvertes. L’effet-miroir peut parfois nous surprendre, je pense notamment aux travaux de Taiyō Matsumoto et d’Emmanuel Lepage qui sont capables de faire remonter certains souvenirs d’enfance à certains et invitent à l’introspection. Chaque nouvelle interpelle et surprend comme celle qui a été réalisée par Atsushi Kaneko ; elle met en scène un jeune homme qui fait le bilan de sa vie. Coup d’œil dans le rétroviseur et effet-papillon en prime, le traitement graphique (des trames posées sur un dessin très comics des années 1950 réalisé dans des tons sépia).

La meilleure surprise est le récit de Bob Fingerman qui propose une réflexion sur les croyances religieuses. Eternel débat entre pratiquant et athée.

Quoi qu’il en soit, si les treize nouvelles de ce recueil sont indépendantes les unes des autres, elles se répondent néanmoins en écho (plus ou moins directement, souvent de manière implicite) et permettent de réfléchir à la question du choix et de ses conséquences. Quelle dimension lui donner (personnelle ou collective) ? Comment faire la part des avantages et des inconvénients… pourquoi écarter tel ou tel pan de sa réflexion pour aboutir à la décision ? Dans quel mesure cette orientation va faire basculer un rythme/une dynamique/une habitude/un confort de vie… pour quelque chose de différent ?

PictoOKPlutôt dubitative en sortant de cette lecture, je l’ai au final bien aimée. Peu de temps après avoir refermé l’album, certaines nouvelles restent à l’esprit, les idées cheminent. Un petit temps de recul pour mâturer la lecture pour en profiter pleinement.

Extrait :

« On est tous plutôt agnostiques, mais vous, les catholiques repentis, vous êtes les pires. Vous êtes comme les ex-fumeurs, toujours à tousser et à chasser l’air dès que quelqu’un allume une clope » (Le jour où ça bascule, extrait du « Non croyant » de Bob Fingerman).

Le Jour où ça bascule

One shot

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateurs / Scénaristes : Collectif

Dépôt légal : décembre 2015

ISBN : 9 782731 653137

Bulles bulles bulles…

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Le Jour où ça bascule – Collectif d’auteurs © Les Humanoïdes Associés

– 2015

Partie de chasse (Christin & Bilal)

Que sont-ils partis chasser ces 10 salopards qui posent pour la « photo » de couverture. Du gros gibier ? Que cachent-ils sous l’épaisse couche de glace qui s’est formée à la surface du petit lac derrière une somptueuse demeure ? Y en a-t-ils d’autres de leurs secrets qui gisent au fond de l’étendue d’eau ?

Bouffons, Cavaliers et Dames, vêtus de leurs plus nobles parures périssaient ainsi, comme les pions d’un gigantesque jeu d’échecs.

Force est de constater qu’il ne me reste aucun souvenir de cette lecture lue il y a une vingtaine d’années. Je me rappelle seulement de l’accueil en demi-teinte que j’avais réservé à cet album. Je me rappelle aussi qu’à l’époque, le trait de Bilal me fascinait… Mais je reviens à l’album.

Christin - Bilal © Les Humanoïdes Associés - 1992
Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

1983. Profitant d’un long voyage en train à travers l’U.R.S.S. pour se rendre à une partie de chasse, Evgueni Golozov – un vieil homme et traducteur de surcroît – raconte à son successeur les années qui ont suivi la chute du tsarisme et comment son ami – et employeur – s’est construit autour des événements qui ont suivis. La construction du régime soviétique, Lénine, la famine, les Révolutions de 1917, l’industrialisation, puis la Seconde Guerre Mondiale, Staline… Dans ce contexte, le jeune Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko va progressivement se frayer un chemin jusqu’à devenir haute gradé dans l’armée russe, puis membre du Comité central et du Politburo.

Mais le vieil homme n’omet pas de préciser que l’Histoire peut se lire autrement et que ce qui est contenu « entre les lignes » est souvent passé sous silence.

« Oui, tout cela est vrai et tout cela le Général Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko l’a vécu aux avant-postes. Mais on peut aussi présenter ces choses différemment, jeune Camarade, tu le sais bien… (…). Pour tous ceux-là et pour tant d’autres disparus, oubliés à jamais, l’Histoire n’a pas la même couleur. Et cette histoire-là, Vassili Alexandrovitch a aussi contribué à l’écrire… »

Profitant donc de la longue route inhérente à leur voyage, il jette dans la discussion quelques clefs pour que sa relève comprenne quels sont les liens qui unissent l’interprète et l’homme politique. Il laisse planer suffisamment de mystère autour de ce séjour mais laisse entendre qu’ils auront fort à faire durant ces trois jours.

Partie de chasse - Christin - Bilal © Les Humanoïdes Associés - 1992
Partie de chasse – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

La pureté des couleurs choisies pour les illustrations attrape l’œil. J’avais souvenir d’un album sombre, que ce soit au niveau du contenu des propos que de l’ambiance graphique. Ce n’est pas le cas pour cette dernière, les couleurs sont vivantes, chatoyantes et on ressent l’amitié solide de ces hommes malgré le froid, la neige… et quelques piques politiques bien placées. J’ai toujours perçu le trait de Enki Bilal comme étant assez épais, du moins pour les albums qu’il a réalisé du début de sa carrière à la trilogie Nikopol (au-delà les choses se corsent et mon engouement s’en est allé). Avec « Partie de Chasse », on est en présence d’hommes charismatiques et cette impression est d’autant plus forte qu’ils portent en eux de lourds secrets d’état.

L’intrigue de l’album se déroule sur trois jours, laps de temps durant lequel ils auront tout loisir d’apaiser leurs consciences en se laissant aller à la confidence. Ces hommes se connaissent depuis près de 40 ans pour certains et c’est seulement lorsque ce cercle très fermé se reforme qu’ils peuvent délier leurs langues ; ils n’ont pas de secrets, le destin des uns étant intimement imbriqué à celui des autres. Pierre Christin développe un scénario lourd de sens et qui part du postulat de départ que tous ces hommes convergent corps et âmes vers un seul : Vassili Alexandrovitch Tchevtchenko ; ils lui doivent souvent la vie et le statut social qu’ils ont acquis. Bien que le vieil homme soit désormais muet, chacun semble être en parfaite harmonie avec lui… ce qui a un effet bénéfique sur le scénario et vient contenir la tension latente. On perçoit le drame qui se profile à l’horizon sans pour autant identifier l’origine de la menace et l’individu qui en sera la cible. La seule certitude que l’on ait c’est que tout est joué d’avance. Il suffit d’accepter de se lancer dans cette partie de chasse sanglante. 80 pages à savourer.

La relecture d’une œuvre à cela aussi de bénéfique qu’elle permet de retrouver certains détails et notamment ce personnage secondaire dont je ne me souvenais plus. Un français dont on ne connaît pas le nom mais qui ressemble étrangement à l’homme mystérieux du « Vaisseau de pierre », de « La Ville qui n’existait pas » et appelé 50/22B dans « La Croisière des oubliés »… Ainsi, il vient relier « Partie de chasse » à cette trilogie qui s’appuie sur une trame narrative où les événements surnaturels déferlent. Ce personnage masculin sert de fil conducteur et met en lien différentes événements, différents lieux et différents protagonistes. Peut-être indique-t-il que nous sommes en présence d’une relecture de l’Histoire ? A moins qu’il ne soit une représentation incarnant le duo Bilal-Christin ? Ou tout simplement la présence symbolique du lecteur entre ces pages ?

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Cet homme est donc logiquement présent dans « Les Phalanges de l’Ordre Noir ».

PictoOKUne redécouverte d’album faite avec plaisir et surprise…

LABEL LectureCommune… et l’occasion de profiter d’une lecture commune avec Marilyne. Je vous invite à lire sa chronique bien évidemment !

Extrait :

« Le Parti, c’est une chose. La vie d’un homme dévoué au Parti en est une autre » (Partie de Chasse).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Musique : partie

PetitBac2015

Partie de chasse

One shot

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : juin 1992

ISBN : 2-7316-0790-4

Bulles bulles bulles…

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Partie de chasse – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 1992

La ville qui n’existait pas (Christin & Bilal)

Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés - 2001
Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 2001

Début des années 80 dans les Flandres. Une petite ville ouvrière vit une crise sans précédent. Les ouvriers manifestent contre le plan de restructuration de l’usine. La grève qu’ils ont engagée semble s’enliser et les syndicats restent prudents sur les garanties qu’ils pourront obtenir.

Paulo est un enfant d’une dizaine d’années. Il observe les événements sans en maitriser les tenants et les aboutissants. Ce qu’il voit sur le quotidien, c’est que les jours sans solde de son père obligent sa mère à travailler au noir pour assurer un minimum de rentrées d’argent.

C’est alors qu’on apprend la nouvelle du décès du PDG de l’usine. Compte-tenu de la mentalité des directeurs des différents pôles, l’entreprise familiale risque bien de péricliter. Mais le testament du vieux Hannard prévoit que ce soit sa petite fille qui reprenne les rennes de la société. Cette dernière est bien décidée à apporter quelques réformes…

Dernier récit de la trilogie des Légendes d’aujourd’hui, il a été publié en 1977. L’album dispose d’un scénario impeccable, les principaux protagonistes font progressivement leur apparition et au tiers de l’album environ, le lecteur a une vision complète de la situation. A l’instar des deux autres albums de la série (La croisière des oubliés et Le vaisseau de pierre), on évolue de nouveau dans l’huis-clos d’une petite bourgade rurale. Cependant, la trame fantastique n’est pas la même que les deux opus précédents ; nous sommes plutôt en présence d’une uchronie qui se construit autour d’éléments réalistes (ville ouvrière, scission entre le prolétariat et la classe dirigeante, chômage) et des concepts visionnaires. Pierre Christin réutilise des personnages déjà présents dans les deux premiers tomes. Ainsi, l’un d’eux pourrait bien être 50/22B que nous avons vu dans La croisière des oubliés et qui pourrait également être le jeune étranger qui s’était installé dans le village breton du Vaisseau de pierre. Je ne suis pas sûre d’avoir déjà fait ce lien par le passé et je n’aurai pas fait cette passerelle aussi facilement sans un échange que j’ai eu avec Lunch suite à sa chronique sur La croisière des oubliés. Quoiqu’il en soit, cet ouvrage offre un scénario très bien ficelé qui tient le lecteur de bout en bout.

Côté graphisme, les dessins d’Enki Bilal sont ici beaucoup plus maîtrisés que dans les précédents tomes. Le dessin gagne en précision, il s’est affiné. L’ambiance graphique n’écœure plus, on sent que le trait est moins gras ce qui offre beaucoup plus de fluidité aux visuels (mouvements, expressions…).

PictoOKDes trois histoires des Légendes d’aujourd’hui, La ville qui n’existait pas m’avait toujours laissé un bon souvenir. Cette lecture ne fait que confirmer ce ressenti, un très bon album que je vous invite à découvrir.

Les chroniques : Marion, Jeangs, Noosfere, Les mondes étranges.

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2013 / Lieu : Ville

Tour du monde en 8 ans : Yougoslavie

Lieux imaginaires : dans la catégorie « Utopie » du Challenge

TourDuMonde PetitBac LieuxImaginaires

La ville qui n’existait pas

One shot / Troisième volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : novembre 2001

ISBN : 2-73161-186-3

Bulles bulles bulles…

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La ville qui n’existait pas – Christin – Bilal © Les Humanoïdes Associés – 2001

La croisière des oubliés (Christin & Bilal)

La croisière des oubliés
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1999

France, fin des années 70 – début des années 80.

Les responsables de plusieurs services spécialisés du renseignement se réunissent secrètement dans un ancien hôtel particulier laissé à l’abandon. C’est dans cette bâtisse parisienne anodine que la DST, les RG, le Quai d’Orsay et la SDECE ont décidé de mettre en commun leur dossier sur 50/22 B, un homme mystérieux dont l’identité fluctue au gré de ses apparitions : France, Chine, Cuba, Etats-Unis… l’individu contestataire milite aux quatre coins du globe, « un simple avatar du devenir historique, un figurant qui n’est que l’expression de forces sociales en luttes, luttes de classes bien sûr, où l’idéologie dominante se voit bafouée ».

Non loin, dans les Landes, un petit bled de campagne se met soudainement à flotter dans l’air. A proximité, une base militaire effectuerait des expériences scientifiques… Et lorsqu’un étranger arrive au village, les événements s’emballent…

La semaine dernière, je vous présentais Le vaisseau de pierre, second tome de l’univers fantastique des Légendes d’aujourd’hui imaginé par Pierre Christin et Enki Bilal. Mais c’est bel et bien avec La croisière des oubliés que la série a commencé en 1975, premier album né de la collaboration des deux auteurs. Les trois albums de la série peuvent se lire indépendamment les uns des autres puisque tous trois sont des récits complets.

En 1975 : Casterman sort La ballade de la mer salée qui était jusqu’alors paru en épisodes dans France-Soir. Mais 75, c’est aussi la poursuite des séries comme Iznogoud #11, Lucky Luke #68 et 69, Alix #12, Tif et Tondu #57, Ric Hochet #20, Astérix et Obélix #22, Blueberry #17… il y a déjà 22 tomes publiés de Tintin… bref, peu de choses que vous ayez vu passer sur mon blog parce qu’ils sont lus et digérés depuis un moment !^^ 1975, c’est aussi l’année du centième anniversaire de Jeanne Calment (oups, je m’égare !!), du lancement du magazine Fluide Glacial et moi qui pousse mon premier cri deux mois à peine avant la sortie de La Croisière des oubliés 🙂

Fluide Glacial et La croisière des oubliés… petite révolution dans le paysage éditorial franco-belge !? Certes, cela ne fait pas tout mais c’est une des amorces qui a contribué à orienter le medium vers d’autres perspectives narratives et visuelles. Dès lors, une BD adulte et mature s’installe doucement comme un genre à part entière.

A l’époque de la sortie de La croisière des oubliés, Pierre Christin est déjà un scénariste aguerri. Les premiers tomes de Valérian ont lancés la série éponyme et il publie régulièrement dans Pilote. Pour sa première collaboration avec Bilal, il aborde les questions de l’industrialisation et des rejets chimiques sur une trame fantastique. Certes, certains éléments narratifs sont un peu vieillots et ont aujourd’hui  – à la lumière des événements et progrès technologiques actuels – une tournure ironique. Malgré tout, la lecture reste plaisante…

Enki Bilal livre un dessin très différent de ses compositions actuelles même si on reconnaît déjà sa touche dans la manière de dessiner la « gueule » de ses personnages. Il nous surprend en faisant apparaître des créatures qui semblent issues de l’univers de Cthulhu.

Les jeux de hachures sont le cœur de son dessin, ils semblent n’être utilisés qu’à une seule fin : servir de trame pour la mise en couleurs des cases. On voit qu’il y a une attention particulière portée au cadrage des visuels, l’auteur cherche à guider efficacement le regard du lecteur mais son dessin manque de fluidité. Il y a une lourdeur récurrente peut-être due à la présence d’imposantes bâtisses, de personnages bien en chair, d’herbe bien grasse… Gras, c’est le mot, comme si quelques chose suintait des dessins au point de le rendre inesthétique. Il y a des contrastes comme ces visages à la fois expressifs et figés ou comme lorsqu’un personnage est amené à évoluer sur une case, le fond de case reste en jachère. Par contre, lorsque l’illustration n’est que figurative, le dessin devient plus léger, plus fouillé… certains dessins paysagers sont superbes.

C’est un premier album…

PictoOKMalgré tous ces griefs… je ne peux m’empêcher de trouver du plaisir à relire ces albums.

Les chroniques : Mr. K, Wens, Mondes étranges, Culture SF.

La croisière des oubliés

One shot / Premier volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Éditeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : septembre 1999

ISBN : 2-7316-1188-X

Bulles bulles bulles…

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La croisière des oubliés – Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1999

Le vaisseau de pierre (Christin & Bilal)

Le vaisseau de pierre
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995

Des promoteurs immobiliers ont des vues sur Trehoët et ses environs. Jusqu’à présent, l’activité principale de ce petit village breton était concentré autour des activités du port de pêche. Dorénavant, c’est un ambitieux projet d’implantation d’un complexe touristique qui menace la tranquillité des habitants et l’écosystème de la région.

La perspective que leur bourg soit au cœur d’un parc d’activité balnéaire alimente bien évidemment les conversations des habitants de la région. Les plus optimistes parlent d’aubaine qui devrait résorber le problème du chômage local et faire fructifier l’activité des petits commerçants. Les plus pessimistes quant à eux ressassent les questions de changement, d’expropriations terriennes, d’impacts irréversibles sur les exploitations agricoles et le port de pêche…

Tous s’accordent pourtant pour dire qu’il faut agir pour canaliser cette implantation immobilière… mais comment ???

Retour aux sources avec un vieil album de Pierre Christin et Enki Bilal paru initialement chez Dargaud en 1976. A l’époque, le duo d’auteurs explorait des univers fantastiques où les légendes sont partie prenantes du quotidien. Une série intitulée Légendes d’aujourd’hui a vu le jour, elle regroupe trois one shot : La croisière des oubliés (1975), Le vaisseau de pierre et La ville qui n’existait pas (1977). Cela n’était que les prémices de leur collaboration.

Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995
Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995

Le scénario du Vaisseau de pierre évolue dans l’huis-clos d’un petit village breton coincé entre le progrès et les traditions. Jeune héros au passé mystérieux, curé, gérant de bistrot… les figures incontournables de ce genre de petits bleds sont présentes. Ce sont souvent des personnalités fortes voire caricaturales comme celle de ce vétéran qui a perdu la raison sur les champs de batailles. Ici, il n’y a bien que le personnage du médecin de village qui est étrangement absent. Légendes obligent, il y a aussi l’ermite qui vit en retrait dans le vieux château qui surplombe le village. On dit qu’il vit-là depuis des siècles, certains pensent que c’est l’Ankou ou du moins son acolyte… certains disent même que « quand j’étais petit, le vieux il m’a transformé en merle un jour que je faisais des nids dans le château » !!

En somme, il y a ceux qui ne se fient qu’aux choses concrètes et ceux qui croient encore aux superstitions. La vérité se situe quelque part entre ces deux extrêmes, élément que le scénario de Pierre Christin exploite parfaitement. Cette part d’incertitude crée une ambiance à la croisée entre réalisme et fantastique et permet à l’auteur de traiter en douceur d’un sujet politico-financier épineux.

« On sait, ni Blanc, ni Rouge, Bretagne d’abord ! »

Et puis… Comment ne pas apprécier le travail de mise en images d’Enki Bilal ? J’avoue que j’ai un faible pour les albums qui sont nés de sa collaboration avec Christin. Le trait réaliste du dessinateur est gras et les jeux de hachures y sont abondants. Le dessin est plus maladroit et plus chargé (comparé à ses travaux actuels) mais il dispose d’une chaleur et d’une forme de spontanéité que j’apprécie. Le fait de pouvoir observer ces vieilles maisons truffées de détails de pierres et de mousse, ces bâtisses parfois délabrées, ces vieux vêtements chiffonnés et rapiécés, ces « gueules » pas tout à fait symétriques… cela me plait plus que sa recherche abusive d’esthétisme graphique (passée la Trilogie Nikopol, j’avoue avoir du mal avec ses ouvrages). Les couleurs sont naturelles et bien que la grisaille bretonne influence le choix des coloris, les teintes froides n’oppressent pas.

PictoOKTantôt, je pense que je vais relire les deux autres tomes des Légendes d’aujourd’hui

Les liens : une rétrospective de Bilal sur Passion Estampes. Lire également ce très bel article de Christin qui revient sur sa collaboration et de son amitié avec Bilal. Un coup de clic ici aussi et activer l’entrée « aquarelle »… c’est superbe !

Les chroniques : ActuSF, Socrate, Mondes étranges. Sur la série complète : Culture pub et Krinein.

Le Vaisseau de pierre

One shot / Second volet de la Série Légendes d’aujourd’hui

Editeur : Les Humanoïdes Associés

Dessinateur : Enki BILAL

Scénariste : Pierre CHRISTIN

Dépôt légal : juin 1995

ISBN : 2-7316-1187-1

Bulles bulles bulles…

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Le vaisseau de pierre – Christin – Bilal © Les Humanoïdes associés – 1995

Les fantômes du Louvre (Bilal)

Les fantômes du Louvre
Bilal © Futuropolis & Louvre Editions – 2012

Dans le cadre de la collaboration entre les Editions Futuropolis et le Musée du Louvre, c’est au tour d’Enki Bilal de nous livrer sa vision du lieu.

L’artiste a choisi de le faire de façon originale comparée aux autres albums de la collection ; cet ouvrage n’est pas une bande dessinée à proprement parler. En revanche, ce que l’on pouvait prévoir, c’est qu’il choisisse de travailler à partir de photos. Ce n’est pas la première fois qu’il emploie cette technique de traitement de l’image, je vous en avais parlé dans mon article sur Cœurs sanglants et autres faits divers.

Comme d’autres auteurs avant lui, Bilal a passé plusieurs heures à arpenter les collections du Musée. Au final, près de 400 clichés ont été pris. Je sors mes antisèches et cite l’éditeur : « de ses photographies, il n’en garde que 22, qui seront tirées sur des toiles en grand format. Sur ces tirages, Enki Bilal improvise à l’acrylique et au pastel, le portrait de 22 fantômes, qu’il a fait surgir avec force et humour des œuvres qui les abritent ».

22 chapitres de 5 pages comprenant l’illustration du fantôme associé à son œuvre, la photographie (avant que Bilal ne travaille dessus), les croquis exploratoires et la biographie du personnage créé par l’auteur. Bilal n’a écouté que son instinct lorsqu’il observait chaque objet d’art. De l’artiste à la muse en passant par le badaud embarqué malgré lui dans un processus de création artistique dont il ignore tout… Enki Bilal a laissé faire son inspiration. Il a inventé ces individus et imaginé ce qui les relie à un tableau, une sculpture, une salle…  Se faisant, Bilal s’amuse avec l’Histoire et réinvente en partie l’histoire des pièces de collection présentes dans cet ouvrage.

22 existences fictives d’hommes et de femmes décédés brutalement. Suicide, assassinat, accident de la route… ce sont désormais des fantômes. Leur mort tragique les a liés à une œuvre exposée au Louvre.

L’auteur ne s’attarde pas tant sur l’œuvre exposée mais fait une halte sur son personnage. Ces fantômes ont des noms parfois si étonnants que j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’anagrammes : Aloyisias Alevratos, Enheduana Arwi-A, Arjuna Asegaff, Lyubino Nuzri… Mais ce n’est pas le cas. Une page suffit pour présenter la biographie de chacun : mensurations à la naissance, courte présentation du climat familial, « morceaux choisis » de leur vie et circonstances de leur mort. Certains croiseront Henri IV, Rembrandt, Léonard de Vinci ou Eugène Delacroix. D’un chapitre à l’autre, les fantômes surgissent de manière anarchique, sans fil chronologique. Pour le lecteur, c’est l’occasion de revenir – de manière ludique – sur différents périodes historiques.

PictoOKLes éléments descriptifs du récit (heure de naissance, poids/taille, maladies infantiles…) nous permettent d’entrer rapidement dans ces courtes biographies. Un ouvrage surprenant et agréable.

Enki Bilal explique sa démarche dans deux interviews : France Culture (émission du 16 novembre 2012, prendre l’écoute à 19’35’’) et sur Le Mouv’ (émission du 21 novembre 2012, prendre l’écoute à 106’10’’). Les travaux réalisés par Bilal pour cet albums sont exposés au Louvre 19 décembre 2012 au 18 mars 2013.

La page Facebook de l’ouvrage.

Les fantômes du Louvre

One shot

Éditeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Collection : Louvre

Illustrateur / Auteur : Enki BILAL

Dépôt légal : novembre 2012

ISBN : 978-2-754808-194

Bulles bulles bulles…

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Les fantômes du Louvre – Bilal © Futuropolis & Louvre Editions – 2012