Quai d’Orsay, Intégrale (Blain & Lanzac)

Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Seul dans son grand bureau, il lit un petit livre rouge.

Ce bureau, c’est le « quai d’Orsay » , siège du Ministère des Affaires étrangères.

Ce livre, ce sont les « Pensées de Mao » .

Cet homme, c’est le Ministre. A l’époque, c’est Dominique de Villepin qui incarne la fiction mais chut-il-ne-faut-pas-le-dire… Je me contenterais de dire que la ressemblance est troublante avec notre homme qui se nomme Alexandre Taillard de Vorms

Alexandre Taillard de Vorms est un ministre déterminé. C’est un ministre lucide qui fonctionne à l’instinct.

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Et nous, humble lecteur, allons accompagner notre personnage principal, Arthur Vlaminck, dans sa prise de fonction au ministère… il va être en charge d’écrire les discours du ministre. Un ministre combattif et en perpétuelle réflexion. Un ministre dont la pensée est vivante, en mouvement permanent. Un ministre charismatique… qui questionne, certes… mais qui use et abuse des hésitations de ses interlocuteurs éberlués pour formuler les réponses qu’il attend d’eux. Avec lui, ça va vite, très vite. Ça claque, ça pulse et ça bouge en permanence !

C’est comme ça qu’on gouverne le monde. Par la pensée, par la culture.

OTAN, prise d’otages, crise en Ouganda, relations internationales électriques avec le Royaume du Lousdem, rencontres avec des Prix Nobel, intervention en Conseil des Ministres, voyages diplomatiques… Cet homme est un coup de vent charismatique. Il est partout, dynamique, pertinent, actif, réactif…

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Dans son bureau, Arthur Vlaminck gratte les feuilles. Il est « le langage » du ministère. Il écoute le ministre, épouse ses humeurs et tente d’énoncer au mieux son point de vue. Jour et nuit, il écrit des discours, des tribunes, des articles… Il soumet ses textes au Ministre et réécrit, reformule, corrige, change… jour et nuit, nuit et jour. Sa vie privée par au second plan. Ça fait combien de temps qu’il n’a pas vu sa petite amie déjà ? Il n’a pas trop le temps d’y penser… un nouveau texte l’attend déjà.

« Quai d’Orsay » est une lecture qu’on m’a recommandée de nombreuses fois. J’ai tardé à la découvrir, la politique n’étant pas mon rayon, même quand elle est traitée avec humour. Je n’ai pourtant aucun grief contre la plume débridée de Christophe Blain, les nombreuses critiques élogieuses sur ses albums sont plus alléchantes les unes que les autres mais allez savoir pourquoi, de lui, je n’ai lu que « En cuisine avec Alain Passard » et les « Donjon Potron-Minet » m’attendent depuis les calanques grecques.

Le fait de posséder cette intégrale regroupant les deux tomes du diptyque était donc l’occasion de parfaire une culture BD encore lacunaire.

Pour ce projet, l’auteur s’est associé à Antonin Baudry qui, outre le fait d’être scénariste (BD et cinéma) sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, est également diplomate ; à ce titre, il a exercé ses fonctions auprès de Dominique de Villepin quand ce dernier était Ministre de l’Intérieur puis Premier Ministre.

Le scénario offre la possibilité d’accéder à différentes anecdotes où les questions des tensions et relations internationales sont reléguées au second plan ; le cœur de notre sujet est cet homme charismatique qui incarne la fonction de ministre des affaires étrangères.

On se retrouve comme dans un huis-clos, la bulle d’un Ministère (c’est déjà l’impression que j’avais eue en lisant « Désintégration » ou un autre conseiller ministériel – Matthieu Angotti – se mettait lui aussi à la BD pour témoigner de façon beaucoup moins… ludique).

Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

Le dessin de Blain se tort, se malaxe à volonté pour répondre au mieux à la personnalité extravagante du Ministre. Cet homme à la carrure démesurée n’a rien à envier aux silhouettes musclées des nageurs professionnels. Cheveux au vent, il traverse à grandes enjambées les couloirs interminables du ministère, parcourt en un battement de cils une distance que d’autres mettraient beaucoup plus de temps à traverser, claque les portes à les dégonder. En gros, cet homme a toujours plus d’une longueur d’avance et ce à tous les points de vue. Il est visionnaire, percutant, un poil nombriliste, colérique mais brillant.

Un album excellent quoi qu’un peu étourdissant.

Quai d’Orsay

– Chroniques diplomatiques –
Intégrale du diptyque
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Christophe BLAIN
Scénaristes : Christophe BLAIN & Abel LANZAC
Dépôt légal : octobre 2013
214 pages, 29.99 euros, ISBN : 978-2-205-07167-2

Bulles bulles bulles…

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Quai d’Orsay, intégrale – Lanzac – Blain © Dargaud – 2013

En cuisine avec Alain Passard (Blain)

En cuisine avec Alain Passard
Blain © Gallimard – 2011

L’album débute avec la retranscription d’un coup de fil reçu par Blain : « Un livre sur un Grand Chef ? (…) Ça dépend, il faut voir. On peut se faire inviter chez lui ? Pour voir. J’aime passionnément manger »…

Et voilà, le projet est lancé, Christophe Blain est sur la piste d’Alain Passard, chef cuisinier français de L’Arpège (Paris). Un projet que Christophe Blain a mis un peu plus de trois ans à faire aboutir et qui nous emmène dans les cuisines du Restaurant trois étoiles. On y voit le Chef et son équipe en pleine créativité et on suit l’auteur lorsqu’il se rend dans l’Eure et dans la Sarthe afin de visiter les propriétés d’Alain Passard pour voir les deux antichambres de L’Arpège puisque le Chef y fait entretenir deux potagers qui lui offrent la base des produits frais pour ses plats.

Attention, cette lecture stimule les sens ! Papilles aux aguets, odorat aux abois… même l’ouïe est sollicitée lorsqu’Alain Passard décrit la réaction d’une petite noix de beurre en train de fondre au fond d’une sauteuse.

C’est en découvrant l’avis de Champi que l’envie m’est venue de découvrir cet album. A cette époque, Les Ignorants – Récit d’une initiation croisée n’était pas encore publié… et je me dis que décidément, les auteurs ont su se faire plaisir cette année ! Réflexion totalement hors-sujet, j’en reviens à En cuisine avec Alain Passard.

J’ai mis du temps à rentrer dans l’album. L’aspect décousu m’a longtemps tenue en respect, j’ai même envisagé d’abandonner la lecture en cours et puis, finalement, la passion d’Alain Passard est communicative. Graphiquement, la présentation désordonnée des planches permet de faire ressortir l’effervescence des moments de création en cuisine. On découvre ainsi les habitudes d’un restaurant réputé, les rituels de certains habitués qui attendent du Chef qu’il innove et qu’il teste avec eux. Mais l’aspect foisonnant des graphismes finit par lasser, d’autant que l’album est verbeux.

Je ne suis pas une esthète en matière culinaire, loin de là. Je préfère de loin une bonne assiette copieuse en compagnie d’une bonne tablée de convives (sous-entendez par-là que je suis assez perplexe quand on me sert une assiette contenant 3 grains de riz, 2 petits pois et 2 poussières de paprika pour la couleur… oui mais c’est de la Graaaande cuisine !! diront certains… mais, c’est le genre de repas qui me laissent sur ma faim !). Bref, pourtant, l’amour de Passard pour les couleurs, le mélange de gouts, cette recherche permanente de mariages de saveurs… m’ont séduite.

Cet album recueille plusieurs chapitres, généralement introduits par une recette de cuisine pour laquelle on découvre ensuite la « mise en pratique ». On voit donc le Chef s’activer aux fourneaux, interagir avec les ingrédients, les odeurs et la fumée qui se dégagent durant la cuisson. Je trouve cela assez impressionnant car ce n’était pas du tout l’idée de je me faisais de ce qui se passe dans les cuisines d’un restaurant trois Étoiles. De plus, Christophe Blain n’hésite pas à se mettre en scène et complète son observation de diverses réactions et réflexions, ne se privant pas de marquer son admiration à l’égard de la dextérité de Passard. Un auteur que l’on voit à l’affût de tout ce qui se passe en cuisine et surtout, très sensible aux effluves qui se dégagent des plats. Il finit généralement par gouter le plat qui a été confectionné sous ses yeux.

PictomouiUn bien curieux album qui met en appétit. S’il parvient à convaincre les plus sceptiques comme moi, les fins gastronomes devraient se délecter que ce sujet soit abordé en BD. Cependant, comme Yvan, je déplore que l’album soit trop verbeux ce qui crée une réelle lassitude durant la lecture.

A lire d’une traite, c’est indigeste.

La chronique sur Le Point (avec vidéo d’Alain Passard), celle de La Table des chefs.

L’avis de Champi, BDencre, Chiffonnette, Yvan et Za.

En cuisine avec Alain Passard

Challenge Petit Bac
Catégorie Personne célèbre / Alain

Éditeur : Gallimard

Collection : Hors Collection

Dessinateur / Scénariste : Christophe BLAIN

Dépôt légal : mai 2011

ISBN : 9782070696123

Bulles bulles bulles…

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En cuisine avec Alain Passard – Blain © Gallimard – 2011