La Bombe (Alcante & Bollée & Rodier)

Alcante – Bollée – Rodier © Glénat – 2020

Une brique. Fascinante, passionnante, consistante.

Un pavé… Il fallait bien ça pour nous ramener au 6 août 1945. Les auteurs dépècent une à une les essais, tentatives, points de butée, étapes, réussites…

La bombe qui pulvérise Hiroshima puis Nagasaki. Qui fait voler les cœurs en éclats. Qui met en lambeaux des milliers de famille. Qui atomise des milliers de victimes. Qui bouleverse le poids des forces politiques internationales. Deux villes cibles et au-delà de leurs frontières, des millions d’individus médusés qui prennent la mesure que la guerre s’arrête là… dans cet effroi. Il n’y a pas de réplique possible à cette frappe nucléaire.

Un scénario co-écrit par Alcante et Laurent-Frédéric Bollée très documenté, ciselé. Du boulot d’orfèvres. Le scénario commence quelques années avant que n’éclate la Seconde Guerre Mondiale. Les premières cartes sont posées, les auteurs installent progressivement les personnages à commencer par Léo Szilard ; les autres viendront peu après. L’occasion nous est ainsi donnée de suivre leur parcours durant le conflit et même au-delà puisqu’ils se sont majoritairement mobilisés ensuite pour intégrer les instances de réflexion sur l’utilisation de l’arme nucléaire. Aux côtés de Szilard, on trouvera Enrico Fermi, Albert Einstein, Robert Oppenheimer ainsi que d’autres hommes qui ont fait l’Histoire, des militaires et des scientifiques pour la plupart, mais aussi des inconnus… petites fourmis anonymes qui ont pris part, malgré elle, dans ce désastre humain.

« Vous saisissez ? Si j’ai voulu me spécialiser en physique nucléaire, c’est pour développer une énergie capable de faire voyager des vaisseaux dans l’espace, pour que l’homme puisse quitter la Terre, et même le système solaire ! C’est pour sauver l’Humanité ! »

Dès lors qu’il a identifié que la conception d’une arme de destruction massive est devenue quelque chose de possible, Szilard s’échine à mettre tout en place pour éviter cela et notamment pour que l’Allemagne d’Hitler de puisse pas détenir une telle arme. Pour apporter cette arme aux Etats-Unis puis freiner des quatre fers quand il perçoit les enjeux internationaux et la force destructrice de la bombe atomique. Retour sur ce pan de l’Histoire. Un album conséquent. Une brique de 472 pages absolument captivante !

Il y a quelque chose de fascinant pour moi quand je suis face à un ouvrage capable de revenir sur des éléments aussi complexes et de les retranscrire avec autant de fluidité. Laurent-Frédéric Bollée m’avait déjà impressionnée avec « Terra Australis » (la conquête de l’Australie par les Anglais). Ce journaliste a donc dû bien se régaler sur la réalisation de ce projet. D’autant qu’il a collaboré avec Alcante qui est aussi passionné d’Histoire que lui. Combien d’heures, de mois passés à travailler sur le scénario de « La Bombe » ? Je n’ose imaginer mais le résultat est bluffant. Tout aussi bluffant que les illustrations de Denis Rodier (qui est à l’origine de ce projet éditorial) réalisées sur cet album. Un trait net et sans concession, tout en noir et blanc, tout en contrastes. Un trait réaliste qui accueille régulièrement quelques métaphores graphiques, sortes d’envolées magiques au milieu de ces planches souvent très proprement structurées. Le style nous immerge dans une ambiance travaillée au petit couteau et qui donne vie au monde de l’époque. Costumes, architecture, véhicules… tout cela dans un contexte de conflit planétaire et de fuite massive de populations vers les Etats-Unis. On sent fortement la tension qui se dégage de certains passages, on appréhende parfaitement les enjeux de cette guerre des nerfs scientifique… de cette course effrénée à l’armement nucléaire.

Les auteurs maitrisent leur récit en traitant de front plusieurs registres : le contexte politico-économique, militaire, social ainsi que scientifiques. De l’émulation produite par la découverte des potentiels de l’uranium dans les rangs des scientifiques à la désapprobation que le résultat de leurs recherches soit aussi destructeur, on vit toutes les étapes de ces années de recherches. En toile de fond il y a l’Europe où la peur au ventre tenaille les juifs, où l’on muselle les intellectuels… et le Japon devenu si puissant et dans un refus obstiné de capituler. Tout y est intriqué, à couteaux tirés et nous permet de poser un regard large, précis, complet. Comme sur un fil, accroché au livre qu’on ne parvient plus à lâcher, on dévore les pages de ce volumineux ouvrage.

« Si deux pays ont la bombe, aucun des deux n’osera l’utiliser, de peur des représailles ! Ils se neutraliseront ! L’idéal, bien sûr, aurait été qu’aucun pays ne l’ait. Mais on n’en est plus là, c’est déjà trop tard ! C’est un énorme paradoxe mais c’est la réalité ! Vu la situation internationale, le meilleur moyen d’éviter qu’on ne se serve de cette bombe, c’est que plusieurs pays en disposent ! Et une fois que ce sera le cas, chacun de ces pays aura intérêt à ce qu’une instance supranationale contrôle l’armement des autres… Cela pourrait aboutir in fine à un gouvernement mondial, qui veillerait à maintenir la paix universelle ! »

La Bombe (one shot)

Editeur : Glénat / Collection : 1000 Feuilles

Dessinateur : Denis RODIER

Scénaristes : ALCANTE & Laurent-Frédéric BOLLEE

Dépôt légal : février 2020 / 472 pages / 39 euros

ISBN : 978-2-344-02063-0

Deadline (Bollée & Rossi)

Bollée – Rossi © Glénat – 2013
Bollée – Rossi © Glénat – 2013

« Camp d’Anderson, Georgie, août 1864. Dans cette gigantesque prison à ciel ouvert, alors que la guerre de Sécession fait rage, le monde se divise en deux catégories : les geôliers sudistes et les captifs nordistes. Entre les deux, la deadline. Le prisonnier qui franchit cette ligne gagne un aller simple pour l’enfer. Parmi eux, un soldat noir au calme insolent, le regard fier, intrigue le jeune confédéré Louis Paugham, affecté à la surveillance du camp… » (synopsis éditeur).

Cette année, j’avais eu l’occasion de découvrir Terra Australis, un album qui m’avait réellement impressionné du fait, notamment, de l’énorme travail de recherche qu’il avait nécessité. Certes, l’intrigue était un peu longue mais assez bien menée. Peu de temps après, Jérôme m’apprend qu’un second tome de Laurent-Frédéric Bollée est prévu pour la rentrée 2013. Ni une ni deux, on projette de faire une lecture commune à l’occasion de ce nouvel album.

Forte de tout cela, j’étais partie assez confiante dans cette lecture. Un thriller à couteau tendu sur toile de fond historique, cela m’avait intriguée… je ne demandais qu’à être surprise. Le premier contact avec le scénario fut plutôt satisfaisant. Une voix-off accueille le lecteur et laisse suffisamment planer le mystère pour que l’on ait envie de tourner la page. Le personnage est animé par une haine profonde, déterminé à mettre son plan à exécution. Quel plan me direz-vous ? Assouvir son désir de vengeance. Quant à la raison qui explique sa démarche, il nous faudra attendre les deux-tiers de l’album pour avoir une vision globale des faits et comprendre qui motive son geste.

Cet ouvrage a des qualités indéniables, à commencer par les illustrations de Christian Rossi (également dessinateur sur la série W.E.S.T.) qui sont simplement magnifiques. Des ambiances tour à tour étouffantes de chaleur. La tension peut parfois aller jusqu’à être électrique au point que l’intensité d’un regard peut mettre le feu aux poudres. Le trait est précis, le cadrage impeccable… très beau travail proposé pour la partie graphique. Quant au scénario, le postulat de départ est très intéressant. Miser sur l’idée qu’un jeune soldat sudiste est totalement fasciné par un prisonnier yankee (noir de surcroît) était osé. Puisque Laurent-Frédéric Bollée nous permet de comprendre le parcours de ce confédéré atypique, l’hypothèse de départ se tient largement. Pour finir sur ce que j’ai apprécié dans le scénario, je voulais également parler des dialogues qui s’effacent à des moments opportuns, j’ai trouvé ces choix pertinent. Cela permet au lecteur de mesurer la tension et de s’imprégner davantage des rapports de force en place.

Bollée – Rossi © Glénat – 2013
Bollée – Rossi © Glénat – 2013

Malheureusement, je n’ai pas apprécié cet album que je trouve assez confus. On a du mal à se situer dans le temps. L’intrigue principale se situe en 1864, le dénouement est ancré en 1901 mais on est amené à remonter également dans l’enfance de Louis Paugham (personnage principal). On fait des va-et-vient constamment entre passé et présent, ce qui casse le rythme de lecture et, je dois dire, prive le récit d’une certaine fluidité. Si ces secousses dans le scénario permettent effectivement au scénariste de faire monter la tension crescendo, je vois avant tout les inconvénients provoqués par la présence des flash-backs : le repérage spatio-temporel est difficile, certains détails narratifs sont lourds (et pas toujours utiles). Je trouve le personnage principal assez insupportable : c’est le parfait cliché du jeune soldat orphelin recueilli par un bon samaritain (prêcheur de surcroît) enrôlé à l’insu de son plein gré… J’ai un peu de mal. Sa personnalité est ambigüe et ses réactions vraiment particulière. Quelle cause défend-il exactement ?

PictomouiJe constate donc une nouvelle fois que lorsque l’Histoire est utilisée à une fin uniquement « artificielle », je n’adhère pas à l’album. En effet, s’il est question de lutte pour l’abolition de l’esclavage et de guerre fraternelle (la Guerre de Sécession n’en est-elle pas une ?), Deadline nous propose en fait le récit d’une quête : celle d’un homme à la recherche de son identité quoique… je pourrais résumer en disant qu’il recherche son identité sexuelle.

La bande-annonce :

En fait, je trouve ce récit relativement déplacé. J’ai du mal à adhérer à cette petite histoire individuelle qui se fond dans la grande histoire de l’homme. Finalement, je ne tire pas grand-chose de cette aventure, si ce n’est le fait d’avoir profité de planches sur lesquelles s’étalent des illustrations magnifiques, des scènes où la tension est presque palpable et quelques tournures de phrases rondement menées. Un avis mi-figue mi-raisin…

Une lecture commune avec Jérôme. Vous pouvez lire sa chronique en cliquant sur ce lien.

Deadline

One shot

Editeur : Glénat

Dessinateur : Christian ROSSI

Scénariste : L-F BOLLEE

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-7234-8946-1

Bulles bulles bulles…

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Deadline – Bollée – Rossi © Glénat – 2013

Terra Australis (Bollée & Nicloux)

Bollée – Nicloux © Glénat – 2013
Bollée – Nicloux © Glénat – 2013

1782, Angleterre.

La misère et la surpopulation carcérale sont les principaux fléaux que la couronne britannique tente de résorber. Le roi Georges III se remet difficilement de la défaite cuisante de ses armées aux Amérique et cherche à ancrer son hégémonie sur de nouveaux territoires.

11 navires de « colons » anglais prennent la mer durant l’hiver 1786-1787 pour rejoindre le cinquième continent et suivent la trace de James Cook qui découvrit, quelques années plus tôt, la Terra Australis au cœur de l’Océan Pacifique.

Le commandement de cette flotte est confié à Arthur Phillip qui endosse ainsi la responsabilité de mener à bon port près de 1 500 hommes et femmes (dont la grande majorité d’entre eux étaient des bagnards), de poser les fondations d’une nouvelle colonie en terres australes et de penser intelligemment la cohabitation avec les indigènes.

« Les miens vivent ici depuis le début des temps. Vérité première et finale. Je ne sais même pas si mon pays a des frontières » (Terra Australis).

Cinq années de réalisations ont été nécessaires pour permettre à Terra Australis de voir le jour. Pour se faire, Laurent-Frédéric Bollée a eu recourt à une documentation importante qu’il partage avec nous en fin d’album.

Cet album diffuse en permanence des relents d’épopée que l’on perçoit dès la première page. Pourtant, j’ai temporairement souffert durant le long passage nécessaire à la mise en place des différents protagonistes. En effet, une bonne centaine de pages seront nécessaires pour nous permettre de faire la connaissance des personnages principaux ; en une vingtaine de pages, Laurent-Bollée brosse les différents traits de leurs personnalités respectives et nous permet de comprendre par quel concours de circonstance ils en sont venus à faire partie de cet équipage. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je me serais engouffrée sans sourciller aux côtés de chacun… les bonds abrupts que nous effectuons pour les découvrir à tour de rôle m’ont donc mise à mal. Mais cette longue introduction est nécessaire, elle nous renvoie en permanence au fait que l’Histoire s’est construite grâce à une somme d’individualités célèbres et anonymes, un choix narratif qui s’avère pertinent pour ce genre de récits.

On entre donc progressivement dans le récit et on finit par se laisser porter par cette épopée retranscrite sur environ 500 pages. Le prologue nous permet d’ailleurs de faire un parallèle intéressant entre les us et coutumes des uns et des autres : cérémonie marquant le passage des jeunes à l’âge adulte pour les Aborigènes et beuverie dans les règles pour les colons. Un choc de cultures qui avait déjà des précédents. Grand humaniste, le Gouverneur Phillip se fera un devoir de ne pas réitérer les erreurs du passé (avilissement des populations locales).

L’ouvrage se découpe en trois parties qui permettront au lecteur d’aborder les préparatifs du voyage, le voyage en lui-même (plus d’un an et demi de traversée avec trois escales seulement) et l’installation de la colonie sur les terres australiennes à Botany Bay. Une fois arrivés sur place, et compte tenu de l’environnement local, les colons décideront finalement de remonter le long de la côte et éliront domicile à quelques kilomètres de là dans une baie plus propice à leur installation… ils poseront les premières fondations de Sydney.

Aux alentours de la page 140, les principaux personnages commencent à se réunir. L’intérêt du lecteur à l’égard de cet album se matérialise, le rythme narratif s’installe et on s’autorise alors à investir chaque protagoniste. Le voyage est encore long jusqu’au dénouement. Certes, quelques passages sont didactiques mais je n’ai pas trouvé qu’ils alourdissaient les propos. Au contraire, c’est un des atouts de cette lecture qui nous permet d’enrichir nos connaissances tout en profitant d’un superbe voyage graphique.

En effet, taire le travail réalisé par Philippe Nicloux serait une grave erreur. Dès la première page, on ne peut qu’être bluffé par la maîtrise dont il fait preuve et la force de ses visuels. Du noir, du blanc et aucun autre accessoire graphique. Le dessin est fouillé, lumineux ; en un mot : superbe. Difficile de ne pas apprécier une ambiance graphique d’une telle qualité.

PictoOKAu final, malgré les difficultés rencontrées dans la première partie de l’album, j’ai apprécié ce récit (sans en faire un coup de cœur). Pourtant, je reconnais que sans l’invitation de Jérôme à découvrir cette histoire, je ne m’y serais certainement pas risquée. L’ouvrage est imposant et de telles épopées ne figurent habituellement pas (ou rarement) dans les récits vers lesquels j’aime me plonger. J’ai acheté l’album sans même le feuilleter, c’est à peine si j’avais lu le synopsis (les quelques éléments que j’avais lu à l’époque m’avaient conduite à faire une légère moue).

Je remercie donc Jérôme, mon compagnon de lecture, pour cette découverte aussi ludique qu’enrichissante. Chaque personnage a droit de parole tout au long de l’album. Du bagnard au gradé, de celui qui subit ce projet à celui qui a la charge de le mener à terme, chacun a son mot à dire. Ainsi, le lecteur dispose de différents points de vue aussi bien sur cet événement historique que sur des notions aussi diverses que celles de la liberté, de l’enfermement, de la colonisation, de l’unité d’une nation… Un album intéressant qui devrait ravir les amateurs du genre.

Une lecture commune que je partage avec Jérôme.
Si vous ne l’avez pas encore lu sur cet album, je vous invite vivement à vous rendre sur sa chronique en cliquant sur ce lien.

Une lecture que je partage également avec Mango

Logo BD Mango Noir

La bande annonce :

La page Facebook de l’album et une interview de LF Bollée sur Auracan.

La chronique d’Yvan.

Extraits :

« Tous les calculs indiquent que notre voyage, si nous allons au bout, va durer environ neuf mois. Alors je suppose que oui, nous pouvons être fiers d’avoir fait naître un nouveau monde. Il y a une fleur là-bas, au loin, de la taille d’un continent, et nous allons être son pollen » (Terra Australis).

« Arrêtez de vous foutre de nous ! On croit plus à rien quand on est orphelin ou esclave, sans parler d’être un bagnard ! Devant tant d’injustice, vos valeurs civilisées sont pour nous insupportables. Mon monde ne sera jamais le vôtre » (Terra Australis).

Du côté des challenges :

Challenge Histoire : la colonisation de l’Australie

Challenge Histoire
Challenge Histoire

Terra Australis

Récit complet

Editeur : Glénat

Collection : 1000 feuilles

Dessinateur : Philippe NICLOUX

Scénariste : Laurent-Frédéric BOLLEE

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-7234-7257-9

Bulles bulles bulles…

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Terra Australis – Bollée – Nicloux © Glénat – 2013