Chroniks Expresss #19

Courant avril…

BD : L’Aliéniste (F. Moon & G. Bá ; Ed. Urban Comics, 2014).

Romans : Tour B2 Mon amour (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004), Un lieu incertain (F. Vargas ; Ed. Viviane Hamy, 2008), La Fée carabine (D. Pennac ; Gallimard, 1997).

Bandes dessinées

Moon – Bá © Urban Comics – 2014
Moon – Bá © Urban Comics – 2014

Peut-on rendre quelqu’un fou ? Peut-on le manipuler à ce point et lui faire croire qu’il déraisonne ?

XVIIIème siècle. Simon Bacamarte revient à Itagaï, petit village brésilien où il a vécu avant de s’expatrier à Rio de Janeiro pour y faire ses études universitaires. Il revient diplômé. Eminent médecin, il décide non pas de s’intéresser à la chose somatique mais à la chose psychosomatique. Il parvient à convaincre les notables de Itagaï, récolte les fonds qui lui permettent de faire construire un bâtiment destiné à recevoir les « fous », les « simples d’esprits » et autres originaux de la région. C’est ainsi que quelques mois plus tard, la « Maison Verte » ouvre ses portes pour accueillir ses pensionnaires. L’aliéniste Simon Bacamarte se consacre alors entièrement à sa tâche, recensant, observant, consignant tout ce qui lui permet de comprendre l’origine de la folie. Jusqu’à ce qu’il se mette à interner les gens massivement…

Aux commandes de cette adaptation BD du roman éponyme de J.M. Machado de Assis, les frères Fabio Moon et Gabriel Ba. Le travail d’illustrations est superbe, tout en subtilités, aussi bien dans les jeux d’ombre que dans l’utilisation des angles de vue. On baigne dans une atmosphère couleur sable, sépia sur certaines planches, ce qui donne un cachet vieillot très appréciable. Enfin, cerise sur le gâteau, les costumes d’époque finissent de nous plonger dans le décor. Sans trop avoir d’effort à faire, on s’imagine planté au milieu de la place d’Itagaï à observer les entrées et sorties de la « Maison Verte ».

PictomouiLe scénario en revanche m’a bien moins emballée. Touffues, les répliques ne cessent d’apporter des détails supplémentaires. On est pris dans un tourbillon, on est pris dans la frénésie de Bacamarte. Psychiatre peu avenant, on se rassure que les méthodes qu’il utilise soient d’un autre siècle (quoi que…). Pour autant, le flot narratif continu ne permet pas de s’approprier complètement la démarche de l’aliéniste. On lui reste extérieur et son charisme n’éblouit que les personnages secondaires.

Les chroniques de Jérôme et de Noukette.

 

Romans

Bottero © Flammarion – 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Tristan est un jeune de Cité. Son quotidien c’est ses potes, Mourad son ami d’enfance, le lycée qu’il survole d’un œil distrait et sa mère. Quand il avait 4 ans, ses parents sont venus s’installer dans la cité avec des projets plein la tête. Depuis, son père est parti, le laissant seul avec une mère qui s’échine à faire des ménages. Tristan préférerait éviter de tomber dans la délinquance mais compte tenu de son investissement scolaire et d’un certain manque d’ambition, il n’est pas certain d’y parvenir.

Clélia quant à elle vient à peine d’emménager avec son père. Elle est originaire d’un petit village de banlieue. Son père, veuf, a été contraint de vendre la maison familiale, ne pouvant plus faire face aux charges quotidiennes. Clélia ne connait personne et n’a pas idée des codes de conduites à tenir. Elle arrive avec son insouciance, ses yeux ouverts sur le monde et son grand sourire.

« Tour B2 mon amour » parle de la rencontre de deux adolescents. En toile de fond, les banlieues : y vivre, y survivre, s’en sortir.

Pierre Bottero aborde sans drama ces questions de manière frontale sans pour autant enfoncer des portes ouvertes. Ce roman-jeunesse propose calmement de sensibiliser les jeunes au sujet. Quant à ceux qui vivent dans ces quartiers HLML, peut-être leur permettrait-il de prendre un peu de recul ? Je suis très prudente sur cette question, car il me semble tout de même que la présentation qu’en fait Bottero est assez simpliste. Sans parler de la romance entre Tristan et Clélia, on effleure la problématique de l’exclusion et si on prend un minimum le temps de réfléchir, on voit vite les défauts de certains rebondissements.

PictoOKPourtant, cette lecture permet de passer un bon moment. L’ouvrage se lit bien, il ne faut pas compter plus de deux heures de temps pour en venir à bout, on en sort satisfait grâce à cette rencontres avec deux jeunes gens sympathiques, humbles et intègres.

Merci pour la découverte Miss L. 😉

Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008
Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008

Des pieds posés dans leurs chaussures, mais dissociés du cadavre auquel ils appartiennent, sont déposés devant le portail du cimetière de Highgate de Londres. Un meurtre impensable à Garches (Hauts-de-Seine) puisque le corps a été retrouvé dépecé en 460 morceaux ; un suspect – Emile, jardinier de la victime – que tout semble accuser. Un autre meurtre signalé en Autriche, les rapports d’enquête décrivent la même boucherie sans nom. Un étau qui se resserre autour du Commissaire Adamsberg et que seul Danglard a su discerner avant que son supérieur ne soit épinglé. Une enquête qui conduit le Commissaire à se rendre en Serbie afin de remonter la généalogie d’une famille qui s’est dispersée aux quatre coins de l’Europe. La mort qui manque de faucher le Commissaire par deux fois et l’étau qui ne cesse de se resserrer autour de ce commissaire hors pair.

Nouvelle enquête du Commissaire Adamsberg, la huitième dans la chronologie de la série. Fred Vargas reprend sa plume pour faire évoluer ce policier nonchalant, pelleteux de nuages et doté d’une intuition ravageuse. Comme à l’accoutumée, sa réflexion s’organise de façon atypique, déstabilisant les membres de son équipe. On retrouve les habitués : Danglard, Retancourt, Estalère, Mordent, Froissy…

De nouveaux éléments viennent compléter l’univers, continuant à enrichir l’histoire de la Brigade et à rapprocher davantage ses protagonistes. De nouvelles trahisons se font jour dans cette intrigue et laissent le lecteur sur le qui-vive. Mais là encore, des soutiens inespérés permettent à Adamsberg de se dépêtrer d’un imbroglio important ou du moins de s’y soustraire, le temps de récolter de nouveaux indices.

Pour la première fois depuis que je lis les enquêtes d’Adamsberg, j’ai découvert le pot aux roses bien avant qu’il ne soit révélé et je me suis légèrement ennuyée pendant la lecture. J’ai poursuivi ma découverte sans pour autant ressentir la moindre contrariété si ce n’est que cette intrigue m’a parue cousue de fil blanc. La sympathie que je nourris à l’égard du personnage principal est réelle et le plaisir de le voir se débattre contre vents et marées, me laissant malgré tout surprendre par certains rebondissements et découvrant, par la même occasion, comment Vargas a placé sur l’échiquier narratif le jeune Zerk, fils d’Adamsberg, dont j’avais découvert l’existence dans « L’Armée Furieuse ».

PictoOKMoins prenant que d’autres volumes de la série, « Un lieu incertain » permet cependant de profiter d’une lecture divertissante. Depuis le mois de mars 2015, la treizième enquête (« Temps glaciaires », publiée chez Flammarion) vient enrichir la série. Lecture prochainement.

Pennac © Gallimard – 1997
Pennac © Gallimard – 1997

« «Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c’est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ?»

Ainsi s’interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, cœur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d’un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l’innocence même («l’innocence m’aime») et pourtant… pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale. » (synopsis éditeur).

Ce bon Julius a gardé des séquelles de sa crise d’épilepsie (voir « Au bonheur des ogres »). Il se trimballe désormais la langue pendante, mais toujours avec sa sale odeur de cabot. « Cataclop, cataclop, il s’amène. Il pue tellement, ce chien, que son odeur refuse de le suivre : elle le précède ».

Nouvelle enquête policière dans laquelle Benjamin Malaussène se retrouve impliqué malgré lui et sans même le savoir. Principal suspect de la Police, Malaussène agit pourtant sans s’inquiéter le moins du monde de ses agissements et pour cause… il ne sait pas que tous les éléments convergent et jouent en sa défaveur. Du grand Malaussène que nous propose une nouvelle fois Daniel Pennac !

PictoOKLe rythme narratif reste un peu lent me concernant, mais cela permet de profiter pleinement des interactions entre les personnages. Un univers enjoué et un plaisir indéniable à retrouver cet univers.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : carabine

PetitBac2015

Chroniks Expresss #15

Solde des lectures de novembre :

BD :

Aâma #4 (F. Peeters ; Gallimard, 2014), Katharine Cornwell (M. Malès ; Les Humanoïdes Associés, 2007), Mauvais garçons – diptyque (C. Dabitch & B. Flao ; Ed. Futuropolis, 2009)

Romans :

Oscar et la dame rose (E-E Schmitt ; Ed. Albin Michel, 2002), Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy (J-L Fournier ; Ed. Anne Carrière, 2009), Sous les vents de Neptune (F. Vargas ; ED. J’ai Lu, 2008), Zouck (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004)

 

Bandes dessinées

 

Aâma #4

Peeters © Gallimard – 2014
Peeters © Gallimard – 2014

La fuite sans fin de Verloc se poursuit. Le groupe auquel il appartenait s’est disloqué, certains sont morts, d’autres ont pris un autre chemin. Sur cette dernière ligne droite à Ona(ji), il se retrouve seul avec sa « fille » pour la confrontation ultime avec l’entité Aâma. Lorsque la rencontre a lieu, Verloc perd rapidement conscience des événements. Il reprendra connaissance dans une réalité parallèle…

« Je sens demain en moi. Une part de moi est l’avenir. Une part est le passé. Mon regard est libre. Je ne suis plus centré sur moi-même ».

Que s’est-il passé ? Dans quelle mesure Verloc a-t-il prise sur les événements à venir. Ce quatrième opus vient conclure cette série. Au rythme d’un album par an depuis 2011, Frederik Peeters nous a permis de voyager dans une étrange dimension. A mesure que le lecteur avance dans la série, il perd progressivement toutes ses certitudes et les événements qui ont lieu le forcent à lâcher prise à mesure qu’il s’enfonce dans la découverte des personnages et de l’entité Aâma. Beaucoup de digressions, de passages muets, de suggestions… Un voyage déroutant. A lire à tête reposée.

PictomouiJ’ai suivi le projet Aâma de bout en bout, à commencer par le blog que l’auteur a ouvert avant la sortie du premier tome de la série. J’avoue que certains éléments de l’intrigue échappent complètement à ma compréhension. A relire certainement mais loin du plaisir que j’avais eu en lisant Lupus par exemple.

 

 

Katharine Cornwell

Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007
Malès © Les Humanoïdes Associés – 2007

Katharine est comédienne. Elle joue actuellement sur scène une pièce qui lui tient à cœur mais les raisons sont obscures. Katharine est secrète ; la vie semble glisser sur elle malgré la fierté qu’elle tire d’avoir décroché le rôle, malgré une relation amoureuse qui semble la combler, malgré la présence de son frère dont elle semble si proche… elle semble écrasée par le poids d’une culpabilité. Le personnage qu’elle joue à la scène lui permettrait-il d’expier une faute ?

Marc Malès a réalisé cet album trois ans après L’Autre laideur, L’Autre Folie. Nous retrouvons de nouveau un personnage féminin en proie au tourment et désireuse de lever enfin le voile sur ce secret qui semble la ronger de l’intérieur. Mais elle lutte et ne parvient pas à sortir de son indécision. De fait, elle garde en permanence une certaine distance avec les gens qui sont amenés à la côtoyer. Marc Malès parvient tout à fait à retranscrire cette ambivalence et la retenue que le personnage veille à avoir.

On tâtonne dans la lecture, avançant d’une scène à l’autre sans qu’il n’y ait aucune transition entre les passages qui se succèdent sans qu’on ne parvienne à faire le lien entre eux. Bien sûr, ce sentiment est temporaire mais c’est assez désagréable. Il est difficile de cerner cette femme et l’auteur ménage tant et tant son intrigue que le lecteur devra patienter pour pouvoir appréhender exactement les tenants et les aboutissants de cette histoire.

pictobofDéception, l’album n’a pas la trempe de L’Autre laideur, L’Autre folie voire de Sous son regard. Je déconseillerais cet album si vous souhaitez découvrir le travail de Marc Malès.

 

Mauvais Garçons, diptyque de Christophe Dabitch et Benjamin Flao

tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis - 2009
tomes 1 et 2 – Dabitch – Flao © Futuropolis – 2009

« En Andalousie, de nos jours. Il se nomme Manuel, sa famille est originaire d’Andalousie, mais il a vécu en France jusqu’à ce qu’il décide de revenir s’y installer. Il a un ami gitan qui se nomme Benito, un chanteur hors norme. Manuel et Bénito sont inséparables. Car, ce qui lie avant tous les deux jeunes hommes, c’est l’amour du flamenco, le vrai, le pur, pas le flamenco rock comme peuvent le jouer certains frimeurs méprisables (mais qui, à contrario, gagnent très bien leur vie). Ces « mauvais garçons » vivent au jour le jour d’expédients. Seul leur amour des femmes leur fait tourner la tête. Mais quand Manuel tombe amoureux de la belle Katia, assistante sociale auprès de gitans, la rivalité s’installe… » (synopsis éditeur).

Les bonnes critiques ont été nombreuses à fleurir sur la toile. Servant ce récit, les lecteurs avaient généreusement partagé leurs avis afin de transmettre le goût et l’envie de découvrir ce diptyque. J’ai eu maintes occasions de me le procurer ; à l’achat, à l’emprunt, au prêt… sans chercher à en comprendre la raison, j’ai passé ces dernières années à esquiver ces opportunités, constatant à chaque fois que l’ambiance graphique ne m’interpellait pas outre mesure. Pourtant, la dernière fois que j’ai pu tenir en main le premier tome des Mauvais garçons, la perception que j’en ai eu était différente. C’est la raison pour laquelle je suis ressortie de la Médiathèque avec cette courte série dans mon sac.

Des tons sépias travaillés tantôt à l’aquarelle, tantôt au crayon gras, tantôt… une richesse de composition à laquelle je ne suis pas restée insensible. Sur ces planches, le fait que deux hommes évoluent, se heurtent et se réconcilient donne un côté très brutal à l’univers. Une amitié sauvage entre un français et un gitan que tout opposent si ce n’est leur passion pour la musique flamenco. Le flamenco est pour eu un art de vivre, une harmonie rare qu’ils parviennent à atteindre dans des moments privilégiés.

Mais en dehors de cet amour inconditionnel qu’ils vouent au flamenco, leur vie est en lambeaux. Une fuite en avant faite de mauvais choix, de sentiments mal exprimés, de déveine et d’alcool. Les moments de transe qu’ils vivent grâce au chant et à la danse pansent leurs plaies de manière éphémère.

pictobofContrairement à ces personnages fictifs, les vibrations du flamenco ne sont pas montées jusqu’à mes oreilles. Incapable de ressentir la moindre empathie, incapable de m’intéresser un tant soit peu au devenir de ces hommes… l’histoire de ce livre a glissé sur moi comme des gouttes d’eau sur une vitre.

 

Romans

Oscar et la dame rose

Schmitt © Albin Michel – 2002
Schmitt © Albin Michel – 2002

« Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende » (quatrième de couverture).

Des mots simples pour parler de la maladie. Sans pathos et avec un humour déroutant, l’auteur fait écrire à cet enfant des lettres magiques. Avec un soupçon d’imagination, l’enfant s’invente une vie finalement bien remplie. Les tracas de l’adolescence, les joies du bonheur conjugal, l’adultère, la foi… Finalement, ce petit roman de 100 pages nous emmène bien au-delà des quatre murs d’une chambre d’hôpital.

PictoOKUn roman tendre sur la maladie et la mort.

« J’ai le cœur gros, j’ai le cœur lourd, Oscar y habite et je ne peux pas le chasser » (Oscar et la dame rose).

 

Mon dernier cheveu noir [suivi de] Histoires pour distraire ma psy

Fournier © Anne Carrière - 2009
Fournier © Anne Carrière – 2009

Première partie : Mon dernier cheveu noir

« Sur votre nouvel agenda, n’écrivez plus les noms des amis de votre âge à l’encre mais au crayon »

Vieillir. Un processus inévitable. Le corps de l’homme est « biodégradable » comme le dit si bien Jean-Louis Fournier. Y faire face, l’accepter ou s’y résoudre. A-t-on vraiment le choix de toute façon ?

L’auteur a 60 ans lorsqu’il commence à écrire ce roman. A l’instar de ses autres ouvrages (Où on va papa ?, Veuf…), ce livre rassemble une multitude de pensées du jour, de réflexions à peine germées, de constats tout justes digérés. Tantôt amusé, tantôt sarcastique, Jean-Louis Fournier parle de la vieillesse, de ce regard sur soi-même qui se métamorphose et du regard des autres qui change.

« Je regarde une vieille photo. J’étais pas mal, avant. J’avais une tête de voleur de poules, avec plein de cheveux noirs. Un jour que je m’ennuyais, j’ai voulu les compter, mais il y en avait trop. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un. Mon dernier cheveu noir ».

pictobofAgréable à lire mais un plaisir en demi-teinte ; je ne suis jamais réellement parvenue à m’intéresser au propos. Manque de rythme et d’entrain

La chronique de Kikine.

Deuxième partie : Histoires pour distraire ma psy

Février 1999, Jean-Louis Fournier engage une thérapie auprès d’un psychanalyste : « J’ai, comme beaucoup, quand il paraît trop difficile de vivre, fréquenté les psy. Je me souviens d’une psychanalyste somnolente, dont le cabinet était sombre, qui m’a soigné plusieurs années. Elle m’écoutait avec une expression tellement sinistre que j’ai longtemps cru que je l’ennuyais et qu’elle allait s’endormir. Comme je pensais avoir épuisé mes malheurs, j’ai décidé, pour la réveiller, de lui raconter tout ce qui me passait par la tête, des idées de scénarios, de livres, de films… J’ai cru voir son regard éteint se rallumer, je crois même, une fois, l’avoir vue sourire. La thérapie a continué, mieux. Dans mes histoires inventées, je laissais traîner, à mon insu, des choses importantes qui ont dû lui servir pour mieux me connaître. Pour vous, j’ai transcrit ces histoires. Installez-vous sur un divan pour les lire. Mon plus grand souhait est que vous ne vous endormiez pas » (propos de l’auteur sur le site des Editions Anne Carrière).

pictobofpictobofDifficile pour moi d’entrer dans ce petit recueil. Des histoires sans queue ni tête avec quelques soupçons de vérité (éléments personnels) mais je ne vois pas l’intérêt de ces « témoignages ». d’une part, cela me questionne qu’un individu prenne l’habitude de se rendre à une consultation psy toute les semaines pour y raconter des histoires totalement saugrenues ; perte de temps pour le patient comme pour le thérapeute. D’autre part… que peut bien retenir le lecteur de ces inventions imaginaires. A survoler sans modération.

Sous les vents de Neptune

Vargas © J’ai Lu - 2008
Vargas © J’ai Lu – 2008

La vie suit son cours à la Brigade criminelle qu’Adamsberg continue à diriger avec sa nonchalance habituelle. Les enquêtes se bouclent ou piétinent, mais aucune ne nécessite la mobilisation de l’équipe au complète. Ce qui tombe relativement bien puisqu’une bonne partie des hommes du commissaire doit entreprendre un voyage au Québec en vue de suivre une formation ADN. Jusqu’au moment où une vieille affaire resurgit brutalement. Elle avait déjà mobilisé Adamsberg pendant quatorze ans mais, pour une raison évidente, il l’avait archivée depuis quatorze ans. Pourtant, il lui tenait à cœur de la résoudre pour des motifs personnels… le moment serait-il enfin venu de lever le mystère qui l’entoure ?

Sous les vents de Neptune. Sixième enquête de la série polar mettant en scène le commissaire Adamsberg ; sixième enquête si l’on compte Les Quatre Fleuves (bande dessinée) et le recueil de nouvelles intitulé Coule la Seine. Un ouvrage qu’il me tardait de découvrir enfin tant les derniers romans que Vargas a écrits dans cet univers (Dans les bois éternels publié en 2009 et L’Armée furieuse publié en 2011) y font référence à plusieurs reprises. Ce voyage au Québec en compagnie d’Adamsberg m’intéressait donc au plus haut point et découvrir ce roman a été à la hauteur de mes attentes. Une intrigue finement menée, des chemins de traverse inattendus nous prennent au dépourvu et mettent à mal le personnage principal ; l’occasion de découvrir cet homme sous un nouvel angle.

Fred Vargas réutilise pour l’occasion la vieille Clémentine que nous avions découverte dans Pars vite et reviens tard, une personnalité haute en couleurs qui s’avère être une précieuse alliée pour un Jean-Baptiste Adamsberg en déroute.

PictoOKEncore une fois, Fred Vargas nous enchante. Une lecture très prenante mais un petit bémol sur les dernières pages qui contiennent, à mon goût, un excès de bons sentiments.

Zouck

Bottero © Flammarion - 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Anouck, que ses amis surnomment Zouck, est une lycéenne brillante. Scolarisée en Terminale, elle fait partie des meilleurs élèves de son établissement. Elle veille à obtenir de bons résultats, ils lui offrent une relative liberté à l’égard de ses parents. Cette liberté, elle l’utilise pour pouvoir se consacrer entièrement aux cours de danse de Bérénice. Sur le parquet de l’école de danse, Zouck vole, s’envole, s’oublie. Jusqu’au jour où un danseur renommé vient seconder sa prof de danse, le temps d’un cours. C’est tout à fait par hasard que Zouck surprend leur conversation. Les mots échangés à son propos font l’effet d’une décharge. Trop grosse ! Commence alors pour Zouck une période de tourments. Elle est obnubilée par l’idée de perdre du poids. Un mal que l’on nomme anorexie.

Une découverte que je dois encore à une amie qui me fait m’aventurer sur des expériences littéraires encore inexplorées. E-M Schmitt, J-L Fournier, Pierre Bottero… j’en passe et des meilleurs.

Me voici donc partie à la découverte des univers de Pierre Bottero, explorant en parallèle des œuvres fictivo-réalistes (comme Zouck) et La Quête d’Ewilan (et d’autres pistes que j’arpenterais le mois prochain).

Zouck, où les préoccupations d’une adolescente de 18 ans. A mille lieues de mes centres d’intérêt, d’autant plus que ce personnage se passionne pour la danse et que je n’ai jamais été attirée par ce genre de sensations corporelles. Pourtant, l’entrée dans ce roman se fait facilement. La jeune fille se présente sans trop de retenue à son lecteur. On parvient à se la représenter, on comprend ses motivations, elle ne s’attarde pas sur des détails futiles. La lecture est fluide. Suffisamment agréable pour avoir envie de tourner la page. On n’est pas pris dans les mailles du filet en revanche, mais l’idée d’abandonner la lecture ne m’a pas effleurée un instant.

Zouck brosse le portrait d’une jeune fille en apparence « équilibrée », investie dans sa scolarité, rencontrant quelques heurts avec ses parents mais rien qui ne soit dramatique, en conflit avec sa petite sœur mais là encore, rien de bien exceptionnel.

Pourtant, vers les deux-tiers du roman, le ton change. De légers grincements s’étaient fait sentir depuis quelques chapitres mais peu à peu, le scénario s’enfonce dans l’aliénation de son personnage. Peu à peu, on perçoit les ravages de l’anorexie, de ce rapport tronqué à la nourriture, de cette dictature du corps et de l’esprit qui embarque ses victimes dans des habitudes mortifères.

Le ton est juste sans glisser vers une quelconque forme de morale ou un quelconque discours didactique. Accentuant le fait que chaque situation est unique, que le « déclic » est toujours lié à l’intime, que l’on a tendance à banaliser les choses lorsque les premiers signes de la pathologie font leur apparition, qu’ensuite l’entourage proche est en émoi, paniqué face à cette perte de l’élan vital.

PictomouiUne lecture agréable qui pourrait être réflexive si j’étais parvenue à investir davantage le personnage. Un ouvrage à mettre dans les petites mains de ceux que l’on souhaite sensibiliser avec beaucoup de douceur à cette maladie. Pour le reste, le propos ne rentre pas suffisamment dans le cœur du sujet à mon goût.