Black Hole (Burns)

Black Hole
Burns © Guy Delcourt Productions – 2006

« Chris et Keith sont lycéens dans une petite ville des États-Unis, dans les années 70. A première vue leur vie ne diffère pas de celle d’adolescents normaux, entre la découverte de leur sexualité et de différentes drogues, une oisiveté nonchalante et nihiliste propre à cette tranche d’âge, et le passage obligé par l’école, ils tentent de se trouver maladroitement. Malheureusement leur vie va irrémédiablement basculer à cause d’une maladie: la Crève, une MST faisant des ravages chez les jeunes, qui provoque des mutations aléatoires et souvent monstrueuses aux corps des victimes » (synopsis Bedetheque.com).

Initialement, ce récit a fait l’objet d’une publication en 6 fascicules chez Delcourt (publications étalées entre 1998 et 2005) avant que l’ensemble ne soit regroupé dans une intégrale en 2006. Il représente 10 ans de travail de l’auteur ! C’est typiquement le style d’ouvrage qu’il serait dommage de picorer via une lecture morcelée des fascicules (6 pour l’édition française).

Le scénario se pose tour à tour sur Keith ou sur Chris, nous permettant d’avoir deux visions très complémentaires de l’univers. Aucune impression de lecture saccadée bien qu’il n’y a pas de transitions pour passer d’un personnage à l’autre. Ils évoluent ensemble le temps de quelques chapitres seulement, ce qui nous permet de faire le point sur la convergence/divergence de leurs parcours. On oscille également entre réalité et monde imaginaire, des repères visuels sont présents pour faire le distinguo : des contours de cases nets pour la réalité, des contours ondulés pour les rêves, hallucinations dues à une prise de produit, souvenirs, projection du personnage dans le futur… Malgré les nombreux éléments du récits, la lecture est fluide. Enfin, l’utilisation du « je » par les deux personnages principaux nous pousse forcément à l’identification et nous incite à nous replonger dans notre propre vécu d’adolescent(e) : mal-être, envie d’indépendance, confrontation à l’interdit, quotidienneté avec ce corps adolescent en pleine mutation, sexualité, peur de la différence… L’un des points forts de ce récit : l’absence de jugement de la part de l’auteur.

Roaarrr ChallengeLe dessin est assez caractéristique du comics (je précise que j’ai assez peu de références en la matière tout de même). Le trait est épais, les visages sont expressifs mais assez carrés et sans trop de relief (absence de rides d’expression). Les découpes de planches variées (alternance de planches de 3 bandes/2 cases, pleines pages, 4 bandes pleines…) donnent un rythme bien balancé à l’ensemble. Les ambiances graphiques sont très sombres, le noir prédomine et il y a de forts jeux de contrastes. Visuellement, je dirais que cette BD n’est pas des plus accessibles pour le tout venant. Dommage car cela risque de priver certains lecteurs d’une réflexion intéressante, bien qu’assez morbide et autodestructrice, sur cette période particulière qu’est l’adolescence. L’album a obtenu, en 2006, l’Eisner Award du meilleur album (réédition).

Une lecture que je partage avec Mango et les participants des BD du mercredi

Mango

PictoOKOn y plonge vite dans cette ambiance où l’allégorie a une place de choix ! Aucune délicatesse dans cette manière de regarder l’adolescence, un traitement très efficace du sujet.  Original, dérangeant et percutant. Âmes sensibles… s’abstenir !

D’autres chroniques : CoinBD, Secteur7, Krinein, Paul. Un entretien avec Charles Burns sur du9.

Clic : Rien que pour les yeux !

Black Hole

Intégrale

Éditeur : Delcourt

Collection : Contrebande

Dessinateur / Scénariste : Charles BURNS

Dépôt légal : novembre 2006

ISBN : 978-2-7560-0379-5

Bulles bulles bulles…

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Black hole – Burns © Guy Delcourt Productions – 2006