Chroniks Expresss #13

Vous vous rappelez les vieux jeux électroniques de type « Dictée magique » ou « Les nombres magiques » ? Une erreur et nous avions droit à l’immanquable « Tu t’es trompé ! Essaie encore ! ».

C’est un peu l’impression que j’ai en ce moment côté lectures BD… Pas de coup de cœur depuis quelques temps. Je survole.

Pourtant, j’ai un peu de munitions toutes plus alléchantes les unes que les autres mais dès que la lecture est engagée… c’est morne plaine ! Et je ne vous parle pas de l’exercice d’écriture qui en découle !

Alors plutôt que d’imposer à tout le monde un chapelet de chroniques « entre deux eaux » (au mieux), je vais n’en faire qu’une et espérer repartir du bon pied avec d’autres ouvrages.

La Peau de l’ours

Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

« La peau de l’ours nous fait voyager de l’Italie contemporaine aux États-Unis de la fin des années 30. Amadeo a pour devoir quotidien de lire à un vieil homme son horoscope. Il est loin d’imaginer que cet aveugle, canne à la main, a été montreur d’ours aux États-Unis, puis assistant d’un chef mafieux ! Une histoire d’amour, de vengeance, de lâcheté… » (synopsis éditeur).

Après un premier essai très réussi dans ma découverte de la bibliographie de Zidrou (voir ma chronique sur Lydie), j’ai souhaité poursuivre mon exploration… plutôt confiante. Au vu des avis partagés çà et là sur la blogosphère – et vu que j’ai eu une belle opportunité de le lire – j’ai donc fait une étape du côté de La Peau de l’Ours.

J’avoue avoir été en manque d’inspiration pour proposer un synopsis « à ma sauce »… mauvais signe… cela tient au fait que je n’ai ab-so-lu-ment pas accroché avec cet ouvrage ! Plat. Ennui. Morosité. Banalité. Manque d’originalité. Pf…

La liste pourrait être plus longue mais je m’en tiens là.

Je pourrais aussi prétexter que « c’est de votre faute… à vous… blogo-lecteurs » car j’avais des attentes fortes à l’égard de cet album. Non, je ne rejetterais la responsabilité sur personne mais j’avais envie que quelque chose me pète à la gueule pendant la lecture (excusez mon vocabulaire de charretier mais c’est ce qui résume le mieux l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai eu l’ouvrage en main)… et il n’y a eu aucune onde de choc.

Laissez-moi vous expliquer ce qu’il s’est passé…

Je n’ai pas grand-chose à reprocher au scénario de Zidrou. Propre. Fluide. Il pose les éléments narratifs où il faut et quand il faut. Il laisse légèrement mijoter son lecteur avant de lâcher quelques morceaux choisis… ils sont prometteurs. On a envie de tourner la page pour connaître la suite (ça, c’est une réalité). Quant aux deux personnages principaux : l’ancien puceau de 80 piges (j’ai cru pendant la majeure partie de la lecture être un ancien mafioso) et le plus-puceau depuis très longtemps (si on s’en tient à ce qu’il affirme) font un duo charmant. Ils tapent un brin de causette, se laissent surprendre par leur complicité naissante… Le tout est servi sur un paysage paradisiaque (une île italienne, ciel bleu, mer, villa de luxe…). On profite aussi d’un relent de nostalgie qui vient donner de la consistance à l’ensemble. Le vieil homme – comme tous les vieux dans les BD [malheureusement] – vit dans ses souvenirs. Cette fois, le retour en arrière nous amène dans les années 1930 (version édulcorée des costumes de mafiosos américains, gros cigares, sang qui gicle…). Ça ne gâche rien (personnellement, j’aime beaucoup cette période de l’histoire) mais j’ai trouvé que l’on nous servait un plat froid !

Au dessin, Oriol. Bon. Vif, sec, nerveux… un style dans cette mouvance. Problème : ce travail d’illustration m’a trop fait penser à des lectures antérieures (je me contente d’une référence : Je mourrai pas gibier). Rien de nouveau sous le soleil. La mise en couleurs jure (c’est criard). Je n’aime pas cet effet de style sur les rouges cramoisis qui symbolisent la colère et/ou la méchanceté, j’aime encore moins ces nez « fardés » (???) permanents (et laids et disgracieux et…). Les aplats de couleurs sont complètement… plats, lisses. Le ciel bleu est trop bleu. Y a-t-il besoin que je poursuivre ?

pictobofOn classe. Ça ne vient rien titiller chez l’énergumène que je suis. Rien. Pire encore, pas un soupçon d’empathie pour ces personnages désincarnés. Et puis tout cela est bien trop prévisible… comme si c’était la peine d’en rajouter ! N’en jeter plus… la coupe est pleine !

Lego, Vidi, Vici. Mais je continuerais à lire Zidrou. Comme une teigne, je m’agrippe.

Les chroniques de Noukette, PaKa, Yvan, Oliv, Stephie, La soupe de l’espace,…

La Peau de l’Ours

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : ORIOL

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : juillet 2012

ISBN : 978-2-5050-1137-8

Bulles bulles bulles…

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

 

Un peu de bois et d’Acier

Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Les plus jeunes y gravent leurs initiales dans un cœur, les chiens urinent dessus, les badauds l’ignorent la plupart du temps, les plus démunis passent leurs nuits dessus, les amoureux s’y bécotent… Je suis ? Je suis ??? Un banc !

Dans le mile !

Cet album haletant nous propose donc de vivre le quotidien d’un banc public au travers des saisons.

Passionnant.

Pourtant, je connaissais le sujet de l’album. J’ai joué, j’ai perdu… mais on risque de me reprendre encore à ce jeu-là (ce qui est terrible en soi).

Ce qui m’intéressait – comme souvent – c’est le caractère muet de la chose. Le plaisir des images silencieuses. La possibilité de flotter à son rythme sur les illustrations, de mesurer la force de suggestion de chaque détail… [soupir de satisfaction]. Le must en la matière reste pour moi l’album de Shaun Tan (quatre ans après l’avoir découvert pour la première fois, je ne m’en suis toujours pas remise…).

Mais je m’égare. Ahem.

Un peu de bois et d’acier m’a ennuyée, vraiment. La découpe des planches est monotone (certes, la vie d’un banc l’est tout autant). En revanche, j’ai apprécié les séquences en revanche. L’organisation des scènes, petites tranches de vie anodines. Le jeu visuel avec un arrière-plan fixe et des personnages qui avancent d’une case à l’autre, invitant le lecteur à reconstruire le mouvement. Par contre, cette succession de scènes banales sur plus de 300 pages… je n’ai pas cette patience, même si l’ouvrage ne m’est pas tombé des mains. La répétition permanente d’une composition de planche quasi statique rend tout cela bien monotone. A mesure que la lecture avance, j’ai constaté que les pages se tournaient de plus en plus vite ! Signe d’un certain empressement à arriver au bout de ce volume.

Quelques rares occasions de rire (d’un rire franc mais bref) notamment à la vue de cette vieille dame qui revient à deux ou trois reprises et qui n’a décidément pas de chance. Les yeux écarquillés en permanence, le genre de « bonne femme » qui doit être surprise de se réveiller entière chaque matin dans son lit douillet parce que décidément, le monde qui l’entoure est vraiment surprenant ! Ce n’est pas suffisant pour autant…

PictomouiLes ambiances se succèdent, candeur, morosité, joie… je suis restée là, sage spectatrice assise sur le banc d’en face…

Bien trop loin de la claque donnée par Tout seul. Bien trop loin !

Les chroniques de Jérôme, Lunch, Keisha, Gwordia

Un peu de bois et d’acier

One shot

Editeur : Vents d’Ouest

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : septembre 2012

ISBN : 978-2-7493-0655-1

Bulles bulles bulles…

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

 

Appelle-moi Ferdinand

Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Oscar, un quadra, cadre, en couple, 2 filles.

Il est à côté de ses pompes et semble rêver tout éveillé. Il ne réagit pas aux nouvelles habitudes de sa fille aînée qui enchaîne les relations amoureuses et passe de moins en moins de temps à la maison ; l’investissement qu’elle peut consacrer à ses études universitaires ne semble pas être une préoccupation pour Oscar. Chloé, sa cadette, est encore au lycée… R.A.S. pour le moment. Sa femme découche ; l’idée d’être cocu le fait à peine sourciller. Quant à lui, il vient de louer la chambre de bonne du sixième étage qu’il justifie – auprès de sa femme inquiète pour leur avenir financier – par un « j’ai besoin d’avoir un espace à moi ». Alors quand il est seul, il va s’isoler dans sa tanière sous les toits, se fiche le nez dans les étoiles et garde son arme à feu à portée de main…

Un tableau peu reluisant. Un homme en pleine déprime et celle-ci n’est pas due aux raisons que l’on imagine initialement. Pour le coup, ne comptez pas sur moi pour spoiler l’intrigue. Quoiqu’il en soit, son attitude questionne et le scénario, majoritairement en voix-off, nous permet de mesurer rapidement la gravité de ce qui se passe sans trop percevoir de quoi il en retourne. La voix-off, c’est bien évidemment celle du narrateur (« héros » de cette histoire). Héros ? Portrait type d’un anti-héros ressemblant plus à un ours mal-léché, la barbe en bataille, qu’à un matou qui roule des mécaniques. Pour le coup, j’ai bien aimé cette belle barbe en bataille.

La voix intérieure [appelez-la voix-off si vous préférez] d’Oscar se confie. Il fait le point de sa vie. De ce qu’il a acquis, des rêves d’enfance qu’il a pu réaliser, de ce dont il est fier mais surtout, là où il a échoué. Etre un bon père, un mari aimant, un enfant prévenant… le constat est amer. Les tons sépia de l’album renforcent l’impression de mélancolie qui émane de ce personnage.

« C’est difficile de t’atteindre, papa. Tu donnes pas l’impression qu’on compte pour toi »

Dans sa lente descente aux enfers, il va pourtant parvenir à nous surprendre, à nous toucher grâce à ce curieux mélange d’audace et de fragilité qui le rend hésitant et qui tronque un peu la perception qu’il peut avoir de son environnement proche. Certaines scènes donnent lieu à des passages où l’on marque un temps d’arrêt pendant la lecture, où l’on revient en arrière pour reprendre le fil d’une histoire qui nous aurait échappé. Je ne suis pas en train de dire que le récit est saccadé. Je suis juste en train d’expliquer qu’on comprend tant et si bien le personnage principal que l’on perçoit comme lui la réalité de façon déformée (à certains moments). Où s’arrête le réel ? Où commence le délire ? Comme s’il perdait le contrôle de sa vie… qu’il perdait la certitude d’être encore en vie. Quant à la raison de ses hallucinations (du moins, c’est mon interprétation)… ma foi, il vous faudrait lire l’album pour en apprendre l’origine. Et quitte à lire ce titre, poussez la chansonnette jusqu’à partager votre ressenti… que je sache si mon interprétation est dans le vrai ou totalement mal à propos.

PictoOKIci aussi, j’ai gardé en mémoire des traces de chroniques dithyrambiques. L’impact attendu n’a pas eu lieu… mais ce fut un agréable petit voyage malgré tout. Un petit pouce pour l’occasion.

Les chroniques de Lorraine, Mango, Violette

Appelle-moi Ferdinand

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Christian DURIEUX

Scénaristes : Hervé BOURHIS & Christophe CONTY

Dépôt légal : août 2009

ISBN : 978-2-7548-0240-6

Bulles bulles bulles…

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Les trois chemins sous les mers

Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins plongent cette fois dans les profondeurs sous-marines. A la surface, un marin pêcheur très peu doué pour vivre de la pêche et comble de tout : il a le mal de mer. Au fond, un scaphandrier écolo. Et flottant au milieu, un sympathique petit poulpe rose qui cherche à rejoindre sa mère malade mais la tâche est difficile… petit poulpe est peureux.

Leurs routes respectives vont se croiser et se décroiser en permanence, sur le même principe que le tome 1 intitulé Les Trois chemins.

A l’instar du premier tome, il y a un quatrième personnage (un homme-poisson) qui cette fois est totalement indépendant du trio principal, même s’il interagit avec chacun d’entre eux.

L’ouvrage est amusant. J’appréhendais de ne pas apprécier (la lecture du premier tome est relativement récente, souhait de ne pas se heurter à une impression de répétition). Cela n’a pas été le cas en revanche, les visuels sont très chargés. Les « chemins » ne sont pas délimités comme dans le premier opus de fait, le regard se perd sur la double page. Ce tome me semble moins accessible à un jeune lectorat que le précédent. En revanche, il y a de jolis petits jeux de mots et la naïveté des personnages les rend touchants.

Le jeune lecteur qui m’a accompagné dans la lecture a bien moins apprécié ce tome que le premier. Il a été dérangé par les apparitions de l’homme-poisson qui le mettent mal à l’aise (point de vue purement esthétique quant à l’anatomie de ce personnage, essentiellement dû à sa tête en forme de poisson). Il émane de ce personnage quelque chose qui lui fait peur, comme une vision cauchemardesque. Il n’a pas eu d’autre envie que celle de survoler l’album.

PictomouiLecture sympathique mais je doute qu’on y revienne régulièrement.

Les trois chemins

Tome 2 : Les trois chemins sous les mers

Série en cours

Dessinateur : Sergio GARCIA

Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : novembre 2013

ISBN : 2-84789-113-7

Bulles bulles bulles…

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les Princesses aussi vont au petit coin (Chabouté)

Les Princesses aussi vont au petit coin
Chabouté © Vents d’Ouest – 2011

Déjouant la surveillance de l’équipe médicale, un patient s’échappe d’un l’Hôpital psychiatrique. Il s’empresse d’aller chez une amie qui l’accueille, étonnée de sa présence et lui offre la possibilité de récupérer quelques affaires personnelles. Peu après, un couple de quadra le prend en stop.

C’est le début d’un road-movie étonnant que l’éditeur présente ainsi : « Ce type étrange, sorti de nulle part, qu’ils prennent en auto-stop… cet individu, inquiet, agité et armé, qui leur indique maladroitement la route à l’aide du canon de son pistolet… Ce vieil alcoolique qui veut jouer aux Lego… Les autoroutes truffées de caméras, les cigarettes, toujours ces satanées cigarettes, un soi-disant pouvoir occulte, Merlin l’enchanteur, un chauve qui court à tort et à travers, cette manie de toujours vouloir éviter la foule, ce paquebot garé là, en plein milieu du chemin… Et les princesses dans tout ça ? »

Spécial, très spécial ce dernier Chabouté. D’ailleurs, je ne parviens pas à présenter correctement l’album. J’y retrouve avec plaisir la touche graphique propre à l’auteur et ses ambiances tirées au couteau, mais je ne suis pas parvenue à coller au récit autant que je l’aurais souhaité. Pourtant, les ingrédients narratifs sont nombreux et parfaitement traités. Tout d’abord, la personnalité de ce jeune malade intrigue, la tension de l’album se crée autour de sa nervosité, de sa paranoïa à l’égard de l’hypothétique conspiration d’un lobbing du tabac. La question de l’addiction est traitée en toile de fond mais pas de manière très pertinente je trouve…

Pourtant, ces trois personnages suffisent à l’auteur pour camper l’ambiance et créer un rythme narratif intéressant. Comme à l’accoutumée, on entre dans le récit par le biais d’un long passage muet de plusieurs planches et toujours ce jeu de contrastes entre le noir et le blanc, un très bon rendu à ce niveau-là. J’adore les jeux d’ombres et de lumières de Christophe Chabouté, il permettent au lecteur d’entrer à son rythme dans l’histoire et de découvrir le(s) personnage(s). La violence des premières planches n’est pas suggérée au contraire, je trouve qu’elle marque suffisamment le lecteur et le force à accepter la vision déformée de la réalité (du personnage principal). Sans cesse sur le qui-vive, cet homme aux abois nous oblige à prendre du recul et à accepter son mal-être (dans la mesure du possible). Mais l’identification reste difficile… elle n’a pas opéré chez moi. Il fait partie de ces individus fragiles et insaisissables qui sont très anxiogènes pour quiconque est amené à les côtoyer (même par le biais d’une fiction). J’ai eu tendance à reporter mon attention sur le couple, sorte de garde-fou à la folie du jeune homme. Mais en vain, le récit m’échappe, les personnages me glissent entre les doigts et le dénouement de cette intrigue dépasse ma compréhension. La mise en abime que l’auteur réalise dans les dernières planches me déstabilise plus qu’elle ne parvint à me convaincre.

Graphiquement, les illustrations réalisées à la plume et au pinceau donnent de la force au récit et une sorte d’harmonie à cet univers désordonné. Les dessins donnent du liant à l’histoire.

PictomouiMalgré les remarques et les conseils de Choco, je ne suis pas parvenue à faire une seconde lecture de cet album. Mon ressenti se rapproche plus de celui de Jérôme.

J’ai survolé cette œuvre, me forçant presque à y trouver du plaisir ! Je n’y ai pas retrouvé la force que les albums de Chabouté ont habituellement. Et cette fin convenue, brutale et évidente… comme si cette cavale devait forcément finir de la sorte et que l’auteur n’a pas eu la force de lutter pour la rendre malléable et ainsi  nous surprendre…

Une interview de l’auteur sur CultureBox.

D’autres avis en ligne : celui de Wens et de Richard.

Les princesses aussi vont au petit coin

One Shot

Éditeur : Vents d’Ouest

Collection : Intégra

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : mai 2011

ISBN : 9782749305585

Bulles bulles bulles…

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Les princesses aussi vont au petit coin – Chabouté © Vents d’Ouest – 2011

Sorcières (Chabouté)

Sorcières
Chabouté © Le Téméraire – 1998

« Entre vieilles croyances, maléfices, diableries et autres jeteurs de sorts, il ne fait pas bon vivre dans nos campagnes… Elles veulent notre peau… Oui, mais pour en faire quoi ? »(Quatrième de couverture)

Réédité par Vents d’Ouest en 2001, cet album m’a fait penser à Silence de Didier Comès. L’ambiance est la même, la faute au thème ?

Découverte totale d’un pan de l’univers de l’auteur puisque c’est également la première fois que j’ai l’occasion de lire un Chabouté en couleurs, un accessoire dont se pare un graphisme habituellement en noir et blanc… un accessoire qui rajoute de sa superbe à une atmosphère bien étrange. Dix histoires contenues dans cet album, dix univers teints d’étrangeté, de mysticisme et d’ironie du sort. Étonnement, le graphisme m’a surprise ou plutôt, les faciès des personnages que nous rencontrons. Pourquoi ? Parce que pour avoir déjà lu six albums de Christophe Chabouté (publications situées entre 2000 – Pleine Lune – et 2010 – Fables amères), c’est ici que je trouve le plus de variété dans la manière de dessiner les visages. Durant les dernières lectures, je ressentais une forme de lassitude à contempler des personnages, comme si tous étaient issus de la même famille, tant leur ressemblance était troublante. Troublée, je le suis donc en sortant de cette lecture qui me fait revenir sur une désagréable impression et me conforte encore plus dans l’envie de poursuivre la découverte de cet auteur.

Dix nouvelles aux titres diablement évocateurs se relayent donc dans cet ouvrage : Divination, Malédiction, Chat, Pacte, Poupée, Philtre, Poisons, Sabbat, Sortilèges, Maléfice… dix voyages fantastiques qui ravivent nos fantasmes et nos peurs des légendes urbaines (le chamanisme, le satanisme, le vaudou…). Une bonne alternance entre dialogues et passages muets, le rythme parfait.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

Récemment conseillé par David, cette lecture intègre le Challenge PAL Sèches

PictoOKDix morales amorales dotées d’une succulente dose de sarcasme et d’humour noir. Soixante pages sombres, inquiétantes et prenantes.

Christophe Chabouté me ferait-il revoir mes aprioris sur les recueils de nouvelles ? Quoiqu’il en soit, alors que je ne suis pas une adepte de ce « format Nouvelles », je pose ici le même constat que j’avais fait dans Fables amères : j’aime.

Merci à Oliv’ pour le prêt !

L’avis de Lorraine, Joëlle et Samba.

Sorcières

One shot

Éditeur : Le Téméraire

Collection : Golem

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : juin 1998

ISBN : 2-84399-014-9

Bulles bulles bulles…

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Sorcières – Chabouté © Le Téméraire – 1998

Tout Seul (Chabouté)

Tout Seul
Chabouté © Vents d’Ouest – 2008

« 50 ans qu’il vit ici, sur ce caillou, dans son vaisseau de granit. Bateau immobile qui ne l’emmène nulle part et qui ne rejoindra jamais aucun port… Et pourquoi quitter ce lieu alors que le monde au-delà de cette satanée ligne d’horizon fait si peur ? Où s’évader lorsqu’on n’a nulle part où aller ? Comment combattre la solitude et empêcher que ce silence perpétuel ne devienne assourdissant ?… Des années passées sur son rocher, avec l’imagination comme seule compagne… » (synopsis Éditeur).

L’accueil est somptueux : presque trente planches muettes nous accueillent dans cet album. Déjà, on est à mille lieues du contexte qu’on avait pu imaginer en observant la couverture de l’album qui nous présente une table, une chaise, une fenêtre qui projette sur le sol l’ombre des barreaux d’une cellule. Je m’attendais à une ambiance quasi-carcérale et c’est la mer, les mouettes et le bruit des vagues qui me happe. Puis, on fait la connaissance de deux hommes chargés de ravitailler le phare chaque semaine, une responsabilité que le Capitaine assume depuis des décennies alors que le matelot pose les questions que nous aimerions poser. Trop peu de questions pourtant… ce qui alimente le suspens de cette histoire et entretient le mystère au sujet de « Tout Seul« , l’habitant du phare.

Rares sont les albums avec aussi peu de personnages intervenants et autant de richesse. Dans cet ouvrage, Christophe Chabouté crée une ambiance atypique, mélange d’un pessimisme ravageur (solitude, rituels…) et d’un ailleurs salutaire (importance de l’imaginaire, représentations…). Je trouve ce cocktail de thématiques détonnant. Un album rythmé par les ravitaillements. On scrute l’horizon à la recherche de la silhouette d’un bateau de pécheur… signe que l’on va en apprendre un peu plus sur cet homme solitaire. Bien qu’il « existe » rapidement dans l’album, il faudra attendre plus de 100 pages pour voir sa silhouette… puis son visage.

Un univers de contrastes superbement illustré par l’auteur et que nous retrouvons également sur la partie graphique. Chabouté joue du silence si particulier de cet environnement où seul le roulement des vagues rompt la monotonie. Des taches d’encre agrémentent le dessin et donnent un effet vieillot, comme si la crasse faisait partie des visuels intérieurs. Une sorte d’artifice visuel au service du réalisme. Je ne les avais jamais remarquées dans les autres albums de Chabouté alors qu’elles y sont bien présentes. Ici, elles m’ont souvent semblé superflues.

La preview sur BDGest

http://www.bdgest.com/preview-426-BD-tout-seul-recit-complet.html

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

PictoOKPictoOKUn album magnifique tant sur le rythme de narration que sur l’intrigue. Une plongée dans un univers mi-inquiétant mi-rassurant. Les personnages sont charismatiques et le fait de savoir assez peu de choses sur eux renforce l’aura qui se dégage d’eux. Ils sont touchant et crédibles.

Un dénouement atypique comparé aux autres œuvres de Chabouté qui propose ici une fin ouverte. D’ailleurs, il y a tellement de portes ouvertes dans cet album qu’on s’y ballade très facilement, on se surprend à  imaginer un passé, un présent, un futur à « Tout Seul » J’attendais cette fin-là, je la désirais même et le fait que Chabouté nous l’offre est assez perturbant ! Le dernier chapitre de l’album a-t-il été réalisé. Belle réflexion sur l’homme, la vie, la peur de l‘Autre.

Un album (enfin) découvert dans le cadre d’une lecture commune. Je vous invite à découvrir les avis de L’Ogresse, Sara, Véro et Gridou.

Tout Seul

One Shot

Éditeur : Vents d’Ouest

Collection : Intégra

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : septembre 2008

ISBN : 9782749304298

Bulles bulles bulles…

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Tout seul – Chabouté © Vents d’Ouest – 2008

Fables amères (Chabouté)

Fables amères - De tout petits riens
Chabouté © Vents d’Ouest – 2010

Fables amères est un recueil de nouvelles mettant en scène des situations de la vie de tous les jours. Hommes, femmes, enfants, chez eux ou dans des lieux publics, vivent des scènes ordinaires : un homme qui va chercher un colis au bureau de poste, une histoire d’amour virtuelle, une mère qui fait ses courses avec sa fillette ou un couple en désaccord sur la décoration de leur appartement… Les petites phrases assassines du quotidien vues par Christophe Chabouté.

Chaque nouvelle recourt à la même technique narrative. Chabouté nous livre les ingrédients d’un univers : juste ce qu’il faut pour que le lecteur projette un scénario possible d’autant que les indices que l’auteur nous livre par la suite nous conforte dans l’idée que l’on s’est faite. Le temps d’une demi-douzaine de planches lui suffit à créer un univers complet et cohérent. Ces situations nous sont familières et c’est peut-être justement parce que l’on se sent en terrain connu que Chabouté parvient si bien à se jouer de nous. En élargissant peu à peu notre champs de vision, il nous force à décaler le regard que nous avions jusque-là posés. Bien que chaque « tranche de vie » ne s’étale pas sur plus d’une dizaine de planches, les personnages existent au-delà de leur support papier et le message qu’ils font passer remontent à la mémoire du lecteur longtemps après lecture.

Les dénouements de ces nouvelles sont surprenants, leur réalisme dérange. Fables amères m’a fait penser à un autre ouvrage puisqu’en 2009 déjà, Loïc Dauvillier (scénariste) s’associait à Clotka (dessinatrice) pour nous proposer Les équilibres instables, un one-shot construit sur le même principe. Et même si le côté éphémères de ces courtes nouvelles peut susciter des appréhensions chez certains lecteurs, force est de constater que les deux ouvrages sont très convaincants. Évidemment, l’ambiance de Chabouté est plus mordante et ses ambiances très contrastées ne produisent pas le même effet que celles, plus en rondeurs de Clotka.

PictoOKLa vie est une garce !

Etonnant objet, pertinent et perspicace. Malgré la brièveté des histoires, il n’y a pas de sentiments de trop peu. De courts récits construits et efficaces. A découvrir !

Si vous avez aimé Fables amères, je vous invite une nouvelle fois à découvrir Les équilibres instables (lien vers l’avis sur cet album).

Un article sponsorisé par Noukette ! ^^ Un album également conseillé par Jérôme.

Fables amères

« De tout petits riens »

One Shot

Éditeur : Vents d’Ouest

Collection : Intégra

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : mars 2010

ISBN : 9782749305097

Bulles bulles bulles…

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Fables amères – Chabouté © Vents d’Ouest – 2010

Henri Désiré Landru (Chabouté)

Henri Désiré Landru
Chabouté © Vents d’Ouest – 2006

Novembre 1921. Plus de deux ans après son arrestation, l’un des tueurs en série les plus connus est jugé pour ses crimes. Le réquisitoire martèle Landru, met en mots tout le ressentiment des proches des victimes à l’égard de leur bourreau ainsi que l’effroi suscité par ces meurtres au sein de la population : « Barbe bleue », « monstre », « il faut supprimer ce rameau corrompu et pourri de l’arbre social ». Cet homme fait peur, ses actes horrifient… tous n’attendent qu’une chose : que la peine de mort soit prononcée.

Chabouté ne nous fera pas vivre le procès mais il nous ramène en 1915, aux prémices de cette affaire. Chronologiquement, il repasse le fil des événements. Méthodiquement il nous décrit le personnage, son personnage car Chabouté nous démontre, une fois encore, que les seules certitudes auxquelles nous pouvons nous fier sont celles dont nous sommes le témoin direct.

Honnêtement, j’ai été bluffée par le chemin que nous fait prendre l’auteur dans cet album. Une lecture surprenante qui, dans l’ensemble, provoque un sentiment de malaise.

Le malaise ne vient pas des visuels qui nous épargnent la majeure partie de l’ouvrage. Il y a ici très peu d’aspects graphiques innovants pour qui aurait déjà lu un album de l’artiste (faciès et expressions des personnages, jeux d’ombres, gros plans…). Le trait, reconnaissable entre mille, joue de nouveau de contrastes très forts entre noir et blanc. Comme Comès, il n’y a pas de jeux de hachures, pas de dégradés ou de demi-teintes. Des successions de planches muettes sont au service de l’intrigue, elles renforcent la tension. Ça et là, l’utilisation d’onomatopées nous fait percevoir la puissance à laquelle un cri peut déchirer le silence de la nuit… mais l’atmosphère ne prend pas aux tripes, sauf sur quelques rares passages.

Le malaise provient de ce que Chabouté est parvenu à faire de son lecteur en un peu plus de 130 planches : Landru nous deviendrait presque sympathique, on aurait presque envie de le plaindre… ce qui me dérange profondément. L’auteur nous fait douter sur les motivations du tueur, Chabouté faufile son sujet et l’enrichit en parallèle de la vision d’une France meurtrie par la première Guerre mondiale et l’horreur des tranchées. On constate au passage des références historiques qui s’immiscent dans le récit, offrant une réelle richesse à l’ensemble (précision des détails, des dates, des noms…).

Lecture d’avril pour kbd

pictobofEn prenant le contre-pied de la version historique officielle, Chabouté sème le doute. Je n’ai pas aimé cet album ou plutôt, la morale qu’il délivre est malsaine ; entre manipulation et torsion des faits, cette fiction réaliste nous force à la réflexion.

Les avis de Joelle, Cathe.

Extrait :

« Ici, le fier soldat croupit dans la boue au fond d’un trou infect, il a des poux et des puces, il tient compagnie aux rats qui pullulent et aux cadavres de ses camarades mal enterrés. Il subit les brimades hiérarchiques et les conseils de guerre hystériques. Hier, derrière le mur d’une ferme, ils ont fusillé un pauvre malheureux qui, dans un moment de folie, a quitté la tranchée et a refusé d’y revenir. Ils ont cherché à faire un exemple et c’est tombé sur lui… il était père de quatre enfants. Ici, le poilu implore un dieu sourd et balbutie des prières que personne n’écoute » (Henri Désiré Landru).

Henri Désiré Landru

One Shot

Éditeur : Vents d’Ouest

Collection : Intégra

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : septembre 2006

ISBN : 9782749302898

Bulles bulles bulles…

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Henri Désiré Landru – Chabouté © Vents d’Ouest – 2006