L’Ile Louvre (Chavouet)

Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

« Après Manabé Shima, Florent Chavouet s’est rendu dans une autre île : l’île Louvre ! Muni de son carnet de voyage et de ses crayons de couleurs il est parti à la rencontre des habitants de cette île-musée pas comme les autres et de ses « paysages » !

Une reconstitution minutieuse et drôle de la vie quotidienne de ce prestigieux musée !

Le musée du Louvre est devenu île, sous les crayons de couleurs de Florent Chavouet. Muni d’un pass délivré par les autorités du musée, il se rend sur ce territoire insulaire à la rencontre de ses habitants (ceux qui travaillent dans cette institution), de ses visiteurs (les touristes du monde entier) et de ses paysages (l’ensemble des salles et des œuvres exposées). Carnet de voyage en main, l’auteur s’attache à nous décrire cette île-musée et ses traditions. Au fur et à mesure de ses déambulations, il nous plonge ainsi dans la vie quotidienne du Louvre, restituant avec un sens du détail digne des plus grands enlumineurs ! (synopsis éditeur).

Le Louvre. Ils sont déjà plusieurs artistes à s’être frottés à l’exercice et à y avoir usé pastel, aquarelles, crayons ou autres techniques de dessins. Parmi tous les travaux déjà réalisés, c’est à ce jour celui de Pascal Prudhomme qui m’a fait la plus forte impression. Mais cette fois, c’est au tour du baroudeur Florent Chavouet de partir explorer les dédales des couloirs du célèbre musée. Pour cet artiste complet qui nous a déjà régalés de deux carnets de voyage très remarqués (« Tokyo Sanpo » et « Manabé Shima ») et d’un polar cocasse (« Petites coupures à Shioguni »), le temps est venu de partir vers une nouvelle destination moins habituelle le concernant. Inhabituelle même car cela lui impose de rester dans l’Hexagone et d’autre part de se limiter aux frontières d’un bâtiment (certes gigantesque) mais tout de même ! Fait rare pour cet homme pour qui, jusqu’à présent, les contours d’une ville permettaient déjà difficilement d’assouvir sa soif d’inventivité graphique et de jeu narratif.

Mais c’est un nouveau voyage qui nous attend, a n’en pas douter… du moins si on en juge l’illustration qui nous accueille en première de couverture. Bateaux, flots, croisements de routes navigables… un ramdam d’embarcations de tous poils et de tous bords. Invitation à découvrir les nouveaux horizons du Louvre…

Le Louvre a d’abord été pour moi un motif de cerveau avant d’être un motif de réflexion

Comte Florent de Chavouet (Carnets d’approche)

Le Louvre est perçu ici comme une escale, qu’elle soit effectuée via un métro, un bus, un parcours en batobus, une balade pédestre, un point que l’on fixe sur une carte…

« L’île Louvre » : halte pour les marins, carrefour de routes fluviales. L’île Louvre la bien-nommée, « Patrimoine des îles de France » invente l’auteur. Mais avant de nous plonger totalement dans le délire, laissons l’artiste nous raconter ses préparatifs, à commencer par le fait de devoir se faire tirer le portrait pour obtenir un laisser-passer dans les bâtiments du musée. Quant au cahier des charges, il est aussi simple qu’ambitieux…

« – Vous allez faire une BD c’est ça ? », – « Oui, enfin un carnet, un truc comme ça. Je vais dessiner ce que je vois. Qui vient ici, pour voir quoi, pour faire quoi. C’est simple en fait, je vais parler du lieu. Par contre, c’est pas sûr que ça fasse une histoire, mais ça peut raconter quelque chose quand même. Y aura pas forcément des cases hein. »

Le pass. Cette habilitation, c’est comme un passeport. Un bout de papier qui permet de façon magique de « passer » du statut de sans-papiers à celui de citoyen du Louvre… seul moyen de ne pas être inquiété par les services de l’immigration (un délire de l’auteur en début d’album, un clin d’œil espiègle à l’un des sujets bouillants de l’actualité médiatique). Passée la paperasse, il accède à l’épicentre de l’île : le hall d’entrée, où la luminosité du lieu rivalise avec la cacophonie ambiante. Brouhaha, bourdonnement constant créé par les dizaines de conversations des visiteurs du musée.

Très vite, les habitués des albums de Florent Chavouet retrouverons leurs repères, à commencer par le fait de devoir tourner et retourner l’ouvrage dans tous les sens pour suivre – s’il le souhaite – la totalité des conversations qui s’emmêlent. La visite commence donc par la partie visible de l’iceberg : les salles accessibles au public. Impossible en ces lieux de ne pas attraper des bribes de conversations au vol… « Le parmesan, ça sent le vomi, tu trouves pas ? Non, c’est le melon trop mûr plutôt », « C’est sûr que c’est pas un chef-d’œuvre son gamin, pas la peine de l’exposer ici », « Mais c’est quoi le Louvre, c’est tout ça ? ou c’est après ? ».

Le lecteur doit scruter chaque page pour y découvrir les nombreux détails contenus dans une case, une bande, une planche, une double page… Le capitaine de bateau, Monsieur Chavouet, ponctue la visite de quelques notes d’humour.

L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

Le voyage prend forme peu à peu. Les lecteurs glissent lentement dans l’univers de l’auteur, un lieu familier que nous découvrons sous un autre jour. Seuls quelques indices nous font savoir que la réalité a légèrement été modifiée. Nous butinons d’un visiteur à l’autre mais si on prend le temps de regarder par la fenêtre, on devine les silhouettes des poissons qui nagent dans l’eau.  L’auteur nous permet également de rencontrer les personnels du musée (dame d’entretien, guides, gardiens…) ainsi que les lieux non accessibles aux publics (couloirs sous-terrain, salle des guides,etc).

L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015
L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

Le dessin est très agréable et donne un ton enjoué à l’ensemble. Les pages s’affranchissent totalement de cases, les illustrations y trouvent naturellement leur place sans que le lecteur ne soit mis en difficulté pour trouver le sens de lecture adéquat à donner… comme si, à notre tour, nous visitions les salles du musée sans suivre un sens de visite imposé. On est tour à tour spectateur et visiteur, on observe les œuvres et l’effet qu’elles ont sur ceux qui sont venus les contempler. Durant la lecture, on se dit parfois que la raison de notre présence ici est surréaliste d’ailleurs, en jetant un œil par une fenêtre, on se rappelle l’existence de l’île imaginaire. Un lieu à part pourtant ancré dans la réalité mais on évolue ici au milieu d’objets du passé. Une île-musée, une enclave où l’on oublie nos préoccupations habituelles.

PictoOKTrès belle redécouverte du Louvre via le travail de Florent Chavouet. On apprécie les reproductions fidèles réalisées par l’auteur de la « Vénus de Milo », « Bethsabée recevant la lettre de David » (Drost Willem) ou encore de « L’automne » (Giuseppe Arcimboldo).

Lecture interactive, plaisir réel à tourner les pages, voyage amusé sur le territoire insolite de l’île-Louvre. J’aime.

L’Ile Louvre

One shot

Editeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Dessinateur / Scénariste : Florent CHAVOUET

Dépôt légal : novembre 2015

ISBN : 978-2-75481-010-4

Bulles bulles bulles…

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L’Ile Louvre – Chavouet © Futuropolis & Louvre Editions – 2015

Tokyo Sanpo (Chavouet)

Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2009
Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2009

Parce que son amie a l’opportunité d’effectuer un stage de 6 mois à Tokyo, Florent Chavouet profite de l’occasion pour la suivre le temps de son séjour et ainsi découvrir un lieu qu’il ne connaît pas. Après les deux premiers jours passés à rechercher un logement, Florent Chavouet tombe malade. Durant cette courte période – durant laquelle ses déplacements étaient assez limités, il prend l’habitude de dessiner tout ce sur quoi tombe son regard. Un bâtiment, une bouteille de soda, un arbre, un insecte… Dès lors, l’habitude est prise et il croque désormais quotidiennement, sur son temps livre, chaque détail de son environnement.

« Tokyo Sanpo » regroupe ainsi une quantité impressionnante de dessins. Ces derniers, une fois regroupés, ont donné lieu à la publication de ce guide de voyage insolite. La lecture nous conduit d’une anecdote à l’autre, d’un médicament au goût de thon rouge à une mante religieuse sur le carrelage d’un building, en passant par les étiquettes des fruits, une petite mélodie matinale jouée sur synthétiseur, l’animation d’une rue…

Il paraît que Tokyo est la plus belle des villes moches

A compter de juin 2006, Florent Chavouet (Manabé Shima, Petites coupures à Shioguni) a ainsi pris l’habitude de consigner dans ses carnets le moindre détail venant à sa connaissance. Durant son séjour d’un semestre, il s’est déplacé en vélo ce qui lui a permis d’avoir une grande liberté dans ses déplacements. Autre avantage, la vitesse de son mode de transport lui offrait la possibilité d’observer la ville sous tous ses angles ; s’arrêter, revenir en arrière, s’engouffrer dans une ruelle étroite… le vélo était assez peu contraignant si ce n’est pour de trop grandes distances.

Tokyo Sanpo – Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2009
Tokyo Sanpo – Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2009

Il a rapidement élargit la connaissance de son quartier aux quartiers limitrophes et, afin de permettre une plus grande lisibilité de son voyage, a choisi de structurer l’album en différents chapitres : chaque chapitre s’ouvre sur l’illustration d’un koban (commissariat de quartier), se poursuit par une carte assez détaillée de ce quartier puis toutes les anecdotes inhérentes à cette localisation géographique. Une bonne vingtaine de quartiers tokyoïtes sont ainsi représentés de façon plus ou moins conséquente (cela tient compte à « l’affinité » que l’auteur a ressenti en parcourant les rues de chaque lieu). En préface, Florent Chavouet explique clairement sa démarche :

Le Tokyo représenté ici a donc une forte inclinaison du côté de mon quotidien et de mes humeurs, et je m’excuse par avance de ce qu’il ne corresponde pas à tous les points de vue. Mon regard n’est qu’un exemple parmi toutes les paires d’yeux que comptent les voyageurs.

Le séjour est rythmé – en dehors de son activité professionnelle (qu’il ne décrira d’ailleurs pas) – par des rencontres spontanées, des invitations faites sur le pouce, des heures de contemplation passées devant un arbre centenaire. Les chapitres se referment de façon systématique sur de courts « interludes » durant lesquels l’auteur peut s’amuser à compléter sa collection d’étiquettes de fruits, présenter les différentes pièces de monnaie (et leur caractéristique), étudier les modes vestimentaires ou bien encore présenter des gadgets insolites chez nous (européens).

Sans chercher particulièrement à entrer en contact avec d’autres expatriés, l’attention de Florent Chavouet a tout de même été attirée par quelques détails comme la présence d’une crêperie, la diffusion d’une chanson de Tété dans un café ou le souvenir de la signification japonaise du prénom de Ringo Starr.

PictoOKUn album agréable mais bien moins entraînant que « Manabé Shima » (publié en 2010 à la suite d’un voyage réalisé en 2009). Tout ici est plus descriptif et s’inscrit plus dans un registre presque « pratico-pratique » (même si je ne nie pas que Florent Chavouet prête attention à bien plus de détails urbains que nous n’en accordons au quotidien).

« A mon retour en France, on m’a demandé si c’était bien la Chine. Ce à quoi j’ai répondu que les japonais, en tous cas, y étaient très accueillants ».

LABEL LectureCommuneMa lecture a été considérablement enrichie par les échanges que j’ai menés en temps réel avec Sabine et EstelleCalim. Toutes d’eux m’ont permis d’accorder plus de temps à l’observation d’une planche, de prêter une oreille plus attentive à un élément narratif voire d’aborder un passage en le regardant d’un autre angle. Très belle expérience de lecture partagée. Les filles, je vous remercie pour ce moment durant lequel on a échangé, ri, bu et mangé, fait quelques clichés…

Je vous invite donc à lire la chronique de Sabine quant à celle d’EstelleCalim, il vous faudra patienter une poignée de jours.

Tokyo Sanpo

– Promenades à Tokyo –

One shot

Editeur : Editions Philippe Picquier

Collection : BD/Mangas

Dessinateur / Scénariste : Florent CHAVOUET

Dépôt légal : mars 2009

ISBN : 978-2-8097-0076-3

Bulles bulles bulles…

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Tokyo Sanpo – Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2009

Chroniks Expresss #17

Courant février, peu de lectures MAIS 1/ vacances avec les loustics et 2/ une brique à dégommer côté roman :

BD :

Petites coupures à Shioguni (F. Chavouet ; Ed. Philippe Picquier, 2014), La BD est Charlie (Collectif d’auteurs ; multi-éditeur, 2015), Le Grand méchant renard (B. Renner ; Ed. Delcourt, 2014),

Romans :

Millénium #1 (Larsson : Ed. Actes Sud, 2012).

Bandes dessinées

Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2014
Chavouet © Editions Philippe Picquier – 2014

Présenté sous forme de carnet de note d’une enquête policière, Petites coupures à Shioguni est le dernier album en date de Florent Chavouet (Tokyo Sanpo, Manabé Shima). Changeant relativement de registre, l’auteur s’éclate cette fois à développer un polar truculent où malfrats, policiers, victimes se volent la vedette et brouillent les pistes.

Si au début il s’agit d’une basique agression d’un restaurateur par un trio de trois gros bras sans cervelle, une tierce personne – en l’occurrence une jeune femme – va semer le trouble dans l’affaire. L’imbroglio tient au fait que la demoiselle relie tous les personnages entre eux et, en l’espace d’une soirée, crée la pagaille dans les rangs de la Police qui, sans preuve tangible et sans lien apparent entre ces différents faits divers, ne penseront évidemment pas à rapprocher ces différentes affaires.

C’est sans compter que le scénario de Florent Chavouet nous emmène sur de fausses pistes, suivant logiquement le raisonnement de la Police qui tente de recueillir des indices et investiguer sur des suppositions parfois vaseuses.

Le rythme soutenu de cette enquête laisse assez peu de répit. En quelques pages, Chavouet a déjà introduit la majeure partie de ses personnages et la course poursuite est bien engagée derrière cette mystérieuse jeune femme. L’enquête est en ébullition. Quant au lecteur, outre les rebondissements permanents qu’il découvre, il sera mis à contribution pour scruter chaque page qui mêle joyeusement illustrations, coupures de presse, notes griffonnées sur un carnet, numéros de téléphones…

PictoOKFlorent Chavouet utilise avec brio son sujet, nous amenant à douter de tout et de tous. Quelles sont les réelles motivations de chacun ? Qui est le Grand lapin blanc de cette farce policière ? Et bien que seul le lecteur ait tous les éléments en main… il lui faudra attendre le dénouement pour assembler correctement les tenants et les aboutissants de ce récit fort divertissant.

La chronique de Jérôme qui m’a fait découvrir ce titre.

Du côté des challenges :

Roaarrr challenge : Petites coupures à Shioguni a obtenu le Prix Polar au FIBD 2015

 

Collectif © Multi-éditeurs – 2015
Collectif © Multi-éditeurs – 2015

Cet ouvrage est un recueil de 170 dessins réalisés en hommage aux victimes de l’attentat du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo. Compte-tenu des multiples réalisations produites suite aux événements, toutes ne sont pas présentes dans cet ouvrage. Il est cependant possible d’accéder à l’intégralité des dessins de presse en consultant la page Facebook du FIBD.

Un ouvrage vendu en librairie pour la modique somme de 10 euros. Les bénéfices seront entièrement reversés aux familles des victimes des attentats. Il est à noter que les artistes qui ont réalisés ces productions ont offerts leurs dessins pour l’occasion.

La préface de Cavanna donne le ton : « Rien n’est tabou, rien n’est sacré. Le partisan rit de son adversaire, le croyant rit du croyant d’en-face. Ne croyant en rien, n’adhérant à rien, nous riions de tous et de tout. Le rire est brutal, provocateur, imprévisible, injuste, sans pitié. Il ne venge, ne punit ni ne juge. Il s’en fout »

A lire aussi, l’article de Maurice BONTINCK (Charente libre) qui présente l’Expo consacrée à Charlie et qui restera encore quelques temps à la Cité de la BD d’Angoulême.

PictoOKEtienne Davodeau, Christian Lax, Robert Crumb, Frederik Peeters, Le Cil vert, Lewis Trondheim, Peyo, Mana Neyestani… redécouvrez, avec un peu de recul, les réactions des artistes suite à l’annonce des attentats.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Prénom : Charlie

PetitBac2015

 

Renner © Guy Delcourt Productions – 2014
Renner © Guy Delcourt Productions – 2014

« Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place en tant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des œufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel… » (synopsis éditeur).

Voilà un album totalement déjanté qui se lit aussi bien seul qu’à plusieurs et accessibles pour petits et grands. L’auteur s’est amusé à développer un personnage qui croit être patibulaire mais qui est bien trop spontané (et naïf… aussi) pour espérer faire peur à quelqu’un. Face à lui, des mains qui se tendent lorsqu’il sort bredouille du poulailler, avec tout au plus deux ou trois plumes coincées dans les crocs.

Inévitable !… le coup de sang que fait la poule après que ce drôle de renard lui ait mordu le croupion. Drôle, la rouste que le volatile fait subir au renard, forçant ainsi ce dernier à quitter la ferme illico presto.

Débonnaire… ce gros loup noir et miteux qui tente de sauver encore les apparences et convaincre la dernière personne sur terre qui a encore peur de lui (le renard) qu’il est un redoutable prédateur.

Hilarant !… de voir le rouquin renard en train de ronger son frein et de se faire les crocs sur les navets qu’on lui a amicalement durant sa fuite.

Et puis attendu… ce lien affectif qui ne peut que se construire entre le renard et les trois poussins. Il les couve, leur apprend à se nourrir, les éduque bref… il les aime. Et cela crée des situations diablement cocasses.

Au passage, on profite d’un regard amusé voire moqueur sur la relation parents-enfants. Sans aucune censure, on exulte quand on voit ce renard rabrouer ses loupiots parce qu’ils lui pompent tout son temps, toute son énergie bref… toute sa substantifique moelle.

PictoOKEn réponse, la spontanéité de marmots qui coupe court à toutes les tentatives du renard de voir les bestioles à plumes ne rester qu’une perspective de repas. A coups de pourquoi, de caprices, d’envie de câlins… ils viennent titiller une carapace déjà pas très solide de ce fieffé renard. Très bon album de Benjamin Renner.

Découvert chez Jérôme et je vous fais également profiter de la chronique de Little Daisy.

Le lien du jeu où l’on évolue dans l’univers de la BD.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Taille : grand

PetitBac2015

Romans

Larsson © Actes Sud – 2012
Larsson © Actes Sud – 2012

Millénium, Volume 1 : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes

Au lendemain de la défaite cuisante à son procès qui l’opposait à l’homme d’affaire milliardaire Hans-Erik Wennerström, Mikael Blomkvist n’a d’autre choix que de réfléchir au moyen de prendre une retraire temporaire. Pour ce journaliste économique d’une quarantaine d’années, les soutiens se font rares et il ne peut compter que sur ses propres ressources.

Pourtant, quelques jours avant Noël, il reçoit un appel qui le conduira, quelques jours plus tard, dans la riche demeure de Henrik Vanger, autre homme d’affaire, autre milliardaire… moins corrompu en apparence. Ce dernier va expliquer à Mikael qu’il souhaite que le journaliste rédige sa biographie, enquête sur la disparition de sa fille adoptive et… s’il parvient à trouver le coupable, lui offre de lui livrer la tête de ce fumier de Wennerström sur un plateau. Les deux hommes pourraient ainsi prendre leurs revanches respectives.

J’ai rencontré une réelle difficulté à embarquer dans cet univers. Une mise en jambe difficile d’une cinquantaine de pages… pourtant nécessaires. Stieg Larsson installe ses pions sur l’échiquier, fait entrer un à un les différents protagonistes qui vont être amenés à intervenir durant ce thriller suédois. Des personnalités bien trempées, à commencer par celle du journaliste Mikael Blomkvist mais aussi Lisbeth Salander – jeune génie gothique qui travaille en free-lance pour le magnat de la sécurité industrielle Milton, Henrik Vanger – fin orateur, perspicace et intransigeant…

Entre complot, manipulation, intimidation, lutte de pouvoirs intra familiale, lutte de pouvoirs économiques entre les industriels, sexe, enquête, monde de la finance, instances sociales… l’auteur nous permet également de revisiter succinctement l’histoire de la Suède (et notamment le passé nazi du pays) au travers d’une chronique familiale complexe.

PictoOKForce est de constater que je suis entrée à reculons dans la saga Millénium, effrayée par la vue de ces trois briques d’environ 700 pages chacune. Il s’agit juste de se lancer. Et puis… l’écriture de Larsson est agréable, le récit d’une fluidité réelle, l’intrigue capable d’aspirer le lecteur. Les deux autres volumes de la série m’attendent… Addictif.

Manabé Shima (Chavouet)

Chavouet © Picquier - 2010
Chavouet © Picquier – 2010

« Le Japon est tellement une île qu’il est un archipel.
Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et mêmes des îles où l’on pêche et l’on boit.
Parmi ces miettes de terre, il y a Manabéshima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons.

Ça tombe bien, je n’ai rien prévu cet été » (présentation officielle).

Cet album est un carnet de voyage, il fait suite au séjour de Florent Chavouet à Manabéshima en juillet 2009. Cet ouvrage est pour moi un OVNI comparé aux autres carnets de voyage qu’il m’a été donné de lire.

Le fait de profiter de la bonne humeur de l’auteur offre à la lecture un côté ludique et entraînant même si l’intérêt de découvrir le quotidien (faune, flore, traditions…) est l’essence même de cet ouvrage. Le ton narratif emprunté donne l’impression que l’on jouit d’un moment privilégié avec un ami qui rentre de vacances et nous raconte point par point les moments forts de son voyage. Cette atmosphère conviviale nous accompagne tout au long de la lecture. On ressent pleinement la qualité de l’accueil réservée au voyageur de passage, on perçoit les affinités et les complicités que l’auteur a tissés avec ses hôtes.

« Manabé Shima – Une île, deux mois, soixante crabes, quatre-vingt piqûres, cinquante shōchū, une minicar ».

Florent Chavouet semble être très spontané, il profite du moment présent, fait ressortir la magie de certaines rencontres et transmet ce qu’il a appris des us et coutumes locales. La spontanéité et l’humilité de l’auteur soulagent la lecture d’autant que la composition graphique est assez dense et très riche.

Un dessin parfois biscornu nous accompagne tout au long des 142 pages de l’album, décrivant avec minutie l’architecture locale, les portraits paysagers, l’intérieur des maisons et l’agencement des espaces habitables. Les choix retenus pour les angles de vue sont parfois surprenants mais ils semblent toujours tenir compte des dispositions et des proportions des pièces.

Enfin, les visages (également très réalistes) sont soignés ; ponctuellement un traitement du trait plus caricatural vient accentuer une émotion, cela prête à sourire. Cette veine humoristique permet de retranscrire au plus juste un un trait de caractère ou de la personnalité des différents protagonistes. Ces éléments sont très utiles lorsque l’auteur prend le temps de faire le portrait d’un habitant de Manabéshima (nom, profession, habitudes de vie, hobbies…).

En revanche, j’ai été marquée par ce contraste entre l’attention particulière accordée aux visages et aux décors et la description rapide des corps de chaque japonais présents ici. Coudes anguleux, volume de la tête disproportionné comparé à la taille du corps… ce qui a eu l’effet d’accentuer l’aspect drolatique du récit.

On sent donc l’auteur-narrateur très à l’aise dans son nouvel environnement et cela impacte fortement sur la lecture. A-t-il fait en partie cet album en temps réel ? Je ne saurais le dire mais quoi qu’il en soit, chaque page est une nouvelle découverte tant sur le fond que sur la forme. Manabé Shima n’est pas de la bande dessinée à proprement parler : la composition d’une planche s’organise indépendamment du reste, le sens de lecture est en perpétuel remaniement (ce qui nous oblige à tourner le livre dans tous les sens pour suivre le récit), les cases ne servent que ponctuellement pour organiser la découpe des pages, les phylactères sont régulièrement présents mais ne font pas légion… Florent Chavouet n’hésite d’ailleurs pas à guider son lecteur à l’aide de flèches, de pointillés… ou tout autre accessoire graphique qui permet une lecture fluide. Le dessin est mouvant. Impossible pour le lecteur de rester statique durant sa lecture… et à aucun moment cela m’a semblé être une contrainte.

PictoOKPictoOKOn plonge dans ce quotidien entraînant. Entre anecdotes, danses, jeux, traditions, pêche, événements festifs, rites spirituels et l’apparition régulière de cartes (réalisées par l’auteur et que ce dernier apprécie tout particulièrement).

Une lecture commune faite en compagnie de Lunch & Badelel ! Je vous invite à lire leurs chroniques (click).

Les chroniques de Nico, Jérôme, Zaelle, Choco.

Du côté des challenges :

Carnet de voyage : le Japon

Challenge Récits de voyage
Challenge Récits de voyage

Manabé Shima

One Shot

Editeur : Editions Philippe Picquier

Dessinateur / Scénariste : Florent CHAVOUET

(le site de l’auteur : clic)

Dépôt légal : octobre 2010

ISBN : 978-2-8097-0213-2

Bulles bulles bulles…

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Manabé Shima – Chavouet © Picquier – 2010