Sirène (Collignon)

Collignon © Dupuis – 2013
Collignon © Dupuis – 2013

Par le passé, Magda était chanteuse. Ce mode d’expression était une seconde nature plus qu’un métier, elle était connue et reconnue pour la qualité de ses textes et le timbre de sa voix. Puis, une prise de conscience la conduit à arrêter brutalement cette activité. Elle décide de voyager pour se retrouver, faire le point et se construire une nouvelle vie. C’est à ce moment qu’elle a rencontré Nour dont elle va tomber amoureuse.

Les années ont passé, Magda a 35 ans et est toujours en couple avec Nour. Ils ne sont pas mariés. La passion est toujours là mais le fait d’apprendre qu’elle est enceinte provoque une profonde remise en question chez la jeune femme. Elle éprouve alors le besoin de reprendre la route sans aucune destination précise, n’écoutant que son besoin de se retrouver seule pour réfléchir et décider de ce qu’il adviendra de son couple et de l’enfant à naître. Cependant, la veille de son départ, Magda vient en aide à une jeune femme qui erre sur la plage… elle se retrouvera malgré elle à faire le voyage en compagnie de cette silencieuse et étrange inconnue.

J’avais découvert le travail de Daphné Collignon avec Correspondante de guerre, ouvrage dans lequel elle mettait en images le témoignage d’Anne Nivat (reporter qui a couvert plusieurs conflits : Tchétchénie, Irak, Afghanistan…). A l’époque, j’avais été sensible au style de l’illustratrice. Je me réjouissais donc de la sortie de ce nouvel album… peut-être était-ce parce que j’avais le souvenir d’un récit plus cohérent ?

Les premières pages de l’ouvrage nous permettent de cerner rapidement de quoi il en retourne : sa grossesse met à mal la vie qu’elle s’est construite, les conventions lui imposent de renoncer au célibat (il est de mauvais ton qu’une femme marocaine enfante hors mariage). Mais autant être directe : je n’ai pas apprécié cet album. L’histoire de cette femme pourrait être touchante si elle n’avait été noyée sous un amas de métaphores qui nous font perdre le fil.

L’héroïne chemine très lentement vers l’acceptation de cette grossesse, l’idée de devenir mère, de renoncer au célibat, de ne plus prendre de décision uniquement par rapport à soi mais tenir compte de l’enfant… et du couple. Mais cette looongue litanie de questions existentielles s’étiiiire sur 72 pages, ce qui m’a semblé être interminable et finalement assez opaque.

Collignon © Dupuis – 2013
Collignon © Dupuis – 2013

Que retenir de cet album ? De la confusion.

Certes, l’auteure parvient à emmener son lecteur jusqu’au terme de cette histoire mais lui a-t-elle permis réellement de matérialiser les émotions de cette femme, de ressentir sa peine ou d’accompagner sa réflexion ? Cela n’a pas été mon cas. Je l’ai regardé se débattre sans ressentir aucune empathie pour elle. Je n’ai même pas la certitude d’avoir compris le message que Daphné Collignon souhaitait délivrer ; est-il question de maternité ou de (homo)sexualité ?

Pourtant, je ne peux pas nier la beauté des textes de l’auteure, quelques envolées lyriques ne m’ont pas déplu, mais Magda est si ambiguë que cela ne m’a pas permis d’appréhender sereinement ce récit. Comment trouver la distance adéquate avec cet album pour pouvoir l’apprécier réellement ??

Côté graphique, les constats sont presque identiques. Si le trait léché et la douceur des visuels m’ont tout d’abord fait ressentir le côté intimiste du récit, cette première impression s’est vite dissipée une fois la lecture engagée. Çà et là surgissent, au milieu des illustrations, des photos de désert, de vagues… des clichés marquants certainement un temps fort de la vie de l’auteure mais qui malheureusement ne signifient rien (ou pas la même chose) pour le lecteur.

pictobofCet ouvrage est bien trop confus et contient de nombreuses incohérences tant au niveau narratif qu’au niveau graphique (en début d’album, le personnage principal se blesse à la main gauche mais c’est la main droite qui sera bandée par la suite, sans compter les nombreux oublis de ce bandage factice d’une page à l’autre).

Je suis réellement dubitative sur l’intérêt de publier ce titre. Il me semble que Dupuis nous livre-là l’ébauche d’un projet qui aurait mérité d’être relu avant édition. De toute évidence, je ne peux que vous conseiller de vous tenir à distance de cet album… Un voyage insipide et ennuyeux.

Une lecture commune avec Jérôme… aussi perplexe que moi ?!

Une lecture que je partage également avec Mango pour le rendez-vous hebdomadaire du mercredi

Logo BD Mango Noir

Extrait :

« Il faut un début et une fin à toutes les histoires, et pourtant je trouve cette idée absurde. Comme si une naissance, une mort, pouvaient délimiter un espace de sens et un territoire quand l’esprit revient sans cesse sur lui-même, part, se projette, recule, et regarde pour la millième fois un moment oublié qui n’est pourtant jamais tout à fait le même » (Sirène).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Objet : sirène

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Sirène

One Shot

Editeur : Dupuis

Collection : « Auteurs »

Dessinateur / Scénariste : Daphné COLLIGNON

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 978-2-8001-5911-9

Bulles bulles bulles…

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Sirène – Collignon © Dupuis – 2013

Correspondante de Guerre (Collignon & Nivat)

Correspondante de Guerre
Nivat – Collignon © Soleil Productions – 2009

Correspondante de guerre parle de l’expérience d’Anne Nivat en tant que journaliste lorsqu’elle s’est rendue en Tchétchénie entre 1994 et 2004. Alors qu’elle travaillait pour une Agence de presse russe, elle est allée à la rencontre des populations tchétchènes pour témoigner de leur vécu.

Loin de la recherche du scoop sensationnel, elle nous fait découvrir la vie d’hommes et de femmes victimes de la guerre.

Cet ouvrage est né de la rencontre entre Anne Nivat et Daphné Collignon. Ces deux femmes partagent le même besoin de voyager et d’observer l’Autre. Elles relatent leurs expériences via des réseaux et des supports différents. Aussi, dans ce recueil, est-il logique qu’elles retranscrivent leurs parcours à l’aide de style narratifs et d’ambiances graphiques distincts. Un étrange contraste qui témoigne de la richesse de leur rencontre et montre à quel point leurs tempéraments sont dissemblables. Tout au long du récit, elles se renvoient la balle avec leurs souvenirs respectifs. Trois univers matérialisent ce va et vient :

– les propos de Daphné Collignon prennent la forme d’un carnet de voyage. Ecrite à la première personne, cette longue lettre manuscrite contient confidences, souvenirs de voyages et réflexions personnelles/professionnelles. Des illustrations dans des tons sépia accompagnent ses propos et croquent des scènes du quotidien ou des portraits d’hommes et de femmes croisés à l’occasion d’un voyage au Maroc. La prose semble volontairement introspective et le dessin est contemplatif. Avec sincérité, elle  y met en mots ses émotions et parle de sa rencontre avec Anne Nivat.

J’écoutais avec avidité cette femme à la radio – parler de sa volonté de prendre le temps – ce refus de la vitesse, du positionnement. Parler des gens, de ses histoires avec eux, d’hommes, de femmes, d’enfants, de vies qu’elle retrouvait (…). Peut être est-ce cela qui m’a conduit à rencontrer Anne. Un autre genre d’émotion. Quelqu’un qui, peut-être, pourrait éclairer un peu la route, comme une porte ouverte sur ces mondes lointains et ces guerres, si difficiles à comprendre.

– l’atmosphère qui se dégage souvenirs d’Anne Nivat est plus austère. Le dessin est cru, sombre et s’appuie sur les jeux de regards. Le ton est direct et sans concessions. Une police de caractère dactylographiée ôte toute chaleur aux propos tenus par la journaliste. Pourtant, c’est avec spontanéité qu’elle relate quelques souvenirs, témoigne des amitiés qu’elles a tissées et des propos qu’elle a recueillis. Des mots qui claquent, qui marquent et une impressionnante capacité à prendre du recul et à relativiser. En pleines pages, quelques morceaux choisis de ses livres sont insérés : des extraits de Bagdad Zone Rouge (qu’elle finalisait à l’époque, l’ouvrage a été publié chez Fayard en 2008) et de Chienne de Guerre (publié chez Fayard en 2000).

Et je me pris à penser que si, après des années de journalisme classique, elle s’était tournée vers les LIVRES, c’était bien pour laisser la place à tous ces gens dont les voix étaient trop fortes, trop vivantes, trop multiples… Et les vies parfois trop banales, pour trouver leur place dans un simple reportage.

– et enfin, les planches de la rencontre des deux femmes dans un bar parisien en décembre 2007. L’album se recentre régulièrement autour de cette scène. Le dessin est épuré, sans fioritures et dans des tons neutres. Une découpe classique des planches au format bédé.

Elle parla des sorties de crèche, avec les autres mamans, de ce rôle étrange à jouer d’un quotidien paisible, de ce besoin pressant de repartir, nourri d’un sentiment qui m’apparut quasi claustrophobique. Le problème ne semblait cependant pas être qu’il ne se passait rien ici, mais bien plutôt qu’on ne sentait pas qu’il se passait des choses ailleurs.

Les premières planches de l’album sur Digibigi.

PictoOKUn album poignant, d’une grande qualité. L’occasion de découvrir la réalité d’une grande reporter : ses convictions, son rythme de vie et sa difficulté à gérer le décalage entre la banalité de sa vie en métropole et l’agitation de la vie de reporter.

Deux interview de Daphné Collignon réalisées à l’occasion de la sortie de l’album : celle de Sceneario (février 2009) et celle de Bodoï (mars 2009).

Des articles sur cet album : Rue89, Cyberpresse, PointG Magazine, Mediapart.

Extraits :

« Petit coin de vent, de sable et de soleil. Univers paisible et paradoxal, où les guides enturbannés dans les 4×4 côtoyaient les bergers en charrette et où les femmes, enveloppées d’immenses tissus aux couleurs vives, observaient d’un œil curieux le passage (parfois) dénudé des étrangères. Un entre-deux assez étrange, où tous les clichés alors en vogue en France se trouvaient représentés : voiles, islam dit modéré, Al  Jazeera dans tous les postes de télévision… J’avais évidemment été choquée par un certain nombre de coutumes. Choquée, aussi… Par toutes ces mères et épouses que je voyais faire ce que les femmes de mon pays avaient décidé de reléguer aux oubliettes ; moi qui n’avais presque jamais mis les pieds dans une cuisine… Moi qu’on avait élevée à être libre, indépendante, et que la seule idée de rester à la maison rendait hystérique » (propos de Daphné dans Correspondante de guerre).

Challenge Carnet de VoyageCorrespondante de guerre

One shot

Éditeurs : Soleil et Reporters sans Frontières

Dessinateur : Daphné COLLIGNON

Scénaristes : Anne NIVAT & Daphné COLLIGNON

Dépôt légal : mars 2009

ISBN : 978-2-302-00565-5

Bulles bulles bulles…

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Correspondante de Guerre – Nivat – Collignon © Soleil Productions – 2009