Dans l’abîme du temps (Culbard)

Lovecraft – Culbard © Akiléos – 2013
Lovecraft – Culbard © Akiléos – 2013

Juillet 1935.

Profitant de la traversée en bateau qui le ramène chez lui, Nathaniel rédige une longue lettre dans laquelle il s’adresse à son fils. Il confie à ce dernier les conclusions qu’il tire d’une expérience troublante qu’il vit depuis 27 ans.

« Nathaniel Wingate Peaslee est professeur de politique économique à l’université de Miskatonic. Cet homme, jusque-là sain d’esprit, connait une période d’amnésie grave entre le 14 mai 1908 (il est alors en plein cours) et le 27 septembre 1913. Alors qu’il cherche à découvrir la vérité sur ses années perdues, il devient de plus en plus tourmenté par des rêves pénétrants et inquiétants ; des rêves qui le conduiront dans un voyage à travers le temps et l’espace pour révéler les secrets de l’univers » (synopsis éditeur).

Ian « I.N.J. » Culbard n’en est pas à sa première adaptation des univers de H.P. Lovecraft. Depuis deux ans, et au rythme d’une adaptation par an, il revisite l’univers d’un des grands maîtres de l’horreur et des mondes fantastiques. Ainsi, en 2011, il a mis en image Les montagnes hallucinées (nouvelle écrite en 1931 par Lovecraft) et l’année dernière, il a repris L’Affaire Charles Dexter Ward, un roman écrit en 1927 et publié en 1941 (ce récit a ma préférence dans la bibliographie de Lovecraft).

Si L’Affaire Charles Dexter Ward s’ancrait totalement dans l’univers de Chtulhu, l’histoire des Montagnes hallucinées « est considérée par le spécialiste de Lovecraft S. T. Joshi comme un tournant majeur dans la « démythification » du Mythe de Cthulhu. Qu’il préférait appeler lui-même mythe de Lovecraft » (source : Wikipedia). Dans l’abîme du temps est l’un des derniers textes écrits par HPL et reprend de nombreux éléments qu’il avait créés dans ses œuvres précédentes. On trouve ainsi des références à une bibliographie de livres aussi fictifs qu’occultes : De Vermis Mysteriis, le Necronomicon (présent dans les trois titres adaptés par Culbard) ou Le Livre d’Eibon (voir page 43 de la présente adaptation pour accéder à la liste complète des ouvrages lovecraftiens référencés).

N’ayant plus que de fragiles souvenirs de ma première lecture du roman éponyme de HPL, il me sera impossible de dire si l’adaptation est fidèle au roman originel. Pourtant, j’y ai retrouvé avec plaisir la présence d’un être torturé, un homme perdu à la frontière entre deux mondes : sa réalité et une réalité immatérielle et intemporelle peuplée de créatures étranges.

Le traitement graphique de I.N.J. Culbard est assez sobre et superbement mis en couleurs. Le dessin est net, précis et finalement, assez épuré compte tenu de ce à quoi on aurait pu s’attendre. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai abandonné la lecture très rapidement lorsque j’ai voulu découvrir cette adaptation. Cela me semblait un peu trop épuré par rapport aux représentations imaginaires que je projetais lorsque je lisais les récits de Lovecraft. Mais je n’avais pas abandonné l’idée de lire ce nouvel ouvrage et ma seconde lecture fut plus fructueuse. Au final, l’emploi d’un trait assez classique soulage grandement les propos et permet au lecteur de se concentrer sur le récit sans être mis à mal par une surabondance d’effets de style. On profite donc pleinement du trouble du narrateur et du chemin sinueux qu’il emprunte pour recoller les fragments de sa mémoire.

J’étais éveillé et je rêvais en même temps.

Ainsi, le lecteur est aux premières loges pour profiter de ce voyage atypique et observer le combat mené par cet homme pour rationaliser les choses et ne pas sombrer dans la folie.

Il n’y a absolument aucune trace de folie, ni rien de sinistre dans notre famille, et je n’ai jamais porté le moindre intérêt à l’obscurantisme ou à la psychologie anormale ; un détail important au vu de l’ombre qui s’abattit subitement sur moi ce jour-là dans cette ville tourmentée et délabrée qu’est Arkham.

Dans l’abime du temps n’est pas le récit le plus terrifiant de Lovecraft ; il permet de se sensibiliser en douceur à l’œuvre de HPL. Il s’appuie sur l’idée qu’un peuple étranger [à la race humaine] composé de créatures multiformes qui s’apparenteraient pour certaines à des céphalopodes, pour d’autres à des reptiles. Quoi qu’il en soit, leurs apparences n’ont rien de familier pour nous et leur présence est souvent inquiétante. Ici pourtant, l’ambiance est surnaturelle, il n’y a rien d’horrifiant à ce monde parallèle, Lovecraft est capable de bien pire. On y retrouve aussi cette idée développée à maintes reprises par HPL : le fait que pour parvenir à leurs fins, une race en utilise une autre pour faire des expériences et ainsi affiner ses savoirs. Ici, ce sont les humains qui servent de cobayes (mais il n’est pas rare que les rôles soient inversés dans l’univers de Lovecraft, certains humains sont capables de manipuler des sortilèges occultes pour invoquer et/ou capturer des entités étrangères dont certaines leur permettent d’accéder à un pouvoir maléfiques, voir L’Affaire Charles Dexter Ward).

PictoOKNous sommes donc amenés à flotter entre passé, présent et futur, sans que les frontières entre ces espaces-temps soient différenciées. Cela accroit la part de mystère, contribue à asseoir l’intrigue et nous permet, finalement, de nous laisser guider par le personnage principal avec lequel on passera sans heurts du rêve à la réalité.

La synthèse de kbd.

Extraits :

« J’avais le sentiment singulier que quelqu’un cherchait à s’emparer de mes pensées » (Dans l’abîme du temps).

« Vous montriez toute la curiosité d’un voyageur studieux venu d’une lointaine terre étrangère » (Dans l’abîme du temps).

Du côté des challenges :

Challenge des Mondes imaginaires : entre rêve et réalité

Tour du monde en 8 ans : Angleterre

Challenge TourDuMonde LieuxImaginaires

Dans l’abîme du temps

Récit complet

D’après une nouvelle de H.P. Lovecraft

Editeur : Akiléos

Dessinateur / Scénariste : Ian I.N.J. CULBARD

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-35574-147-0

Bulles bulles bulles…

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Dans l’abîme du temps – Lovecraft – Culbard © Akiléos – 2013