Les équilibres instables (Dauvillier & Clotka)

Les équilibres instables
Dauvillier – Clotka © Les enfants rouges – 2009

Un vieil homme perdu dans ses pensées, le harcèlement téléphonique des plateformes d’appels, un jeune homme qui poursuit une femme… En apparence rien de bien grave. La vie est comme ça, faite d’événements qui nous déstabilisent mais auxquels on est tellement habitués qu’on ne s’en émeut plus quand cela touche les autres. C’est banal, on n’y prête plus attention, il n’y a rien à en dire… rien à en dire ?

Chose promise, chose due ! Après mon billet sur ma visite au Festival BD de Colomiers il y a quelques jours, je vous avais montré mes petites emplettes… voici donc le moment venu de parler des Équilibres instables, un album qui trainait dans mes envies de lecture depuis bien trop longtemps.

Clotka au dessin nous propose un univers doux, presque enfantin. Elle fait évoluer ses personnages avec une simplicité agréable et la bichromie renforce ce ressenti. Les décors sont minimalistes, les expressions ressortent bien, les personnages sont sympathiques… on entre très facilement dans ces cinq petites nouvelles, presque de manière insouciante.

Loïc Dauvillier opère sournoisement sur ces ambiances graphiques. Profitant d’un lecteur qui a baissé la garde, il donne la parole à des personnages englués dans leur quotidien. Voix-off ou dialogues, beaucoup d’éléments y sont suggérés ce qui, instinctivement, nous conduit entrer dans le jeu de la supposition : on imagine la fin de l’histoire, la réaction des autres personnages… cela semble si évident ! Et puis notre assurance en prend un coup et de certitude, nous n’en avons plus qu’une, celle que Dauvillier nous a emmené exactement où il voulait qu’on aille : sur une fausse piste. Le scénariste conclut ses histoires avec brio mais souhaite-t-il nous démontrer que l’on est bourré de préjugés ?? Les auteurs nous poussent malgré nous à réfléchir sur les relations humaines, ce qu’elles impliquent, ce qu’on en décode. On semble avoir une facilité déconcertante à interpréter les choses… pas étonnant qu’il soit parfois si difficile de communiquer !

Conseillé par David, cet album intègre le Challenge « PAL Sèches »

PictoOKUne petite douceur inquiétante à découvrir. Des récits intimistes. Un petit album d’une soixantaine de pages à la couverture souple qui se lit beaucoup trop vite !

L’avis de Joëlle.

 Les équilibres instables

One shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Dessinateur : CLOTKA

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : juin 2009

ISBN : 978-2-35419-026-2

Bulles bulles bulles…

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Les équilibres instables – Dauvillier – Clotka © Les enfants rouges – 2009

Ce qu’il en reste (Dauvillier & D’Aviau)

Ce qu'il en reste
Dauvillier – D’Aviau © Les Enfants Rouges – 2007

Un jeune couple est en souffrance. La routine a mis leur couple à l’épreuve de l’érosion des sentiments. Amour ou attachement ? Ils se croisent plus qu’ils ne vivent ensemble. Pour Théo, cette situation est douloureuse. Il est écrivain, son appartement est son lieu de travail et ce n’est pas simple de parvenir à faire la part des choses.

Chronique d’une rupture annoncée.

Une envie de découvrir encore ces auteurs doublée d’un échange dans les commentaires de Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin avec Loïc Dauvillier ont logiquement guidé mes pas sur cet album.

Ce couple, ce pourrait être n’importe qui. Leur quotidienneté est retranscrite avec beaucoup de pudeur et de réalisme. La rupture semble être leur seule solution pour se retrouver pourtant, le souvenir des sentiments qu’ils ont partagés et la tendresse particulière qui les lie encore les empêche d’avancer et ronge à petit feu ce qui pourrait encore être sauvé. Comme dans Inès, nous retrouvons une souffrance silencieuse qui fait monter la tension tout au long de l’album.

Jérôme D’Aviau illustre parfaitement le récit en nous proposant très peu d’espaces-planche communs aux deux personnages principaux. En parallèle, il crée pour cette jeune femme des ambiances clarteuses qui accentuent son côté dynamique (elle bouge en permanence). Elle semble forte et décidée. Quant à Théo, il apparaît plus mystérieux, solitaire et pensif. Fonds de cases grisés et personnage aux traits tirés, il se se tapit chez lui pour écrire et se cogne aux murs de son petit univers. Quand l’inspiration arrive, les mots se déversent en flots.

La construction du récit est intéressante, les dialogues sont très épurés, nous laissant ainsi l’occasion de ressentir tout le poids de cette vie de couple. Théo sort de son mutisme en présence de sa compagne mais les échanges sont secs, tranchants et nourris de reproches. Leurs mondes sont en tout point différents : elle dans le bruit et lui dans le silence, elle dans le faire et lui dans l’attente. Des doubles pages manuscrites (les écrits de Théo) que nous proposent Loïc Dauvillier insufflent un second souffle à cet album, une sorte de métaphore qui nous projette dans l’inconscient de Théo. Écrire est pour lui un exutoire silencieux.

PictoOKDes temps forts ça et là, les premières planches qui nous permettent immédiatement de comprendre de quoi il en retourne, une scène d’amour sauvage comme un cri de détresse, le temps semble en suspension à certains moments et le tic tac du compte à rebours de ce couple se fait plus fort au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. C’est essentiellement l’héroïne que l’on voit, pourtant, une fois l’album refermé, c’est Théo à qui on pense. Il n’a rien dit ou presque, il nous a à peine bousculé mais contrairement à elle, il continue d’exister en dehors de ces planches de papier…

Extrait :

« Il vieillissait comme les herbes folles qui poussaient dans leur jardin, de façon désordonnée » (Ce qu’il en reste).

Ce qu’il en reste

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Dessinateur : Jérôme D’AVIAU

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : février 2007

ISBN : 978-2-354-19002-6

Bulles Bulles bulles…

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Ce qu’il en reste – Dauvillier – D’Aviau © Les Enfants Rouges – 2007

Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin (Dauvillier & Sibylline & Capucine & Ravard & D’Aviau)

Nous n'irons plus ensemble au Canal Saint-Martin
Dauvillier – Sibylline – Capucine – D’Aviau – Ravard © Les Enfants Rouges – 2007

Trois nouvelles, chacune ayant son ambiance graphique propre. Trois dessinateurs, deux scénaristes qui nous parlent de couples, d’amis, de connaissances qui se côtoient, qui s’écoutent mais ne s’entendent pas.

Il y a quelques temps, j’ai lu Inès (Dauvillier et D’Aviau aux commandes). Quelque peu déçue d’être sortie de cette lecture avec un énorme sentiment d’insatisfaction, j’ai souhaité découvrir un peu plus ces auteurs.

Dans le présent album qui date de 2007, ils faisaient déjà équipe et leur travail commun articule si bien dessin et scénario qu’il est difficile de se dire qu’il ne s’agit pas d’un seul et même artiste.

Je sors conquise de cette lecture, essentiellement du fait de la qualité de la seconde nouvelle. Un père, la cinquantaine, visiblement clochardisé ou en passe de l’être, reçoit une lettre de sa fille qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Elle lui annonce qu’elle est maman à son tour, ce que cela crée en elle, et le bilan que sa maternité lui a permis de faire à l’égard de son père. Une lettre crue, sincère. En voix-off donc les propos de cette femme, en visuel le père… qui encaisse.

Les deux autres nouvelles mettent en avant des couples, couple éphémère ou de longue date, ils se déchirent.

Tout comme Inès, le message qui est ici passé sur le genre humain et sa faculté à détruire l’Autre est assez pessimiste. Pourtant, on ne se sent pas ici pris à parti, ou moins, on observe ces adultes se briser à leur guise. Tout au plus, des mots peuvent faire écho à des situations vécues mais malgré le malaise de chacun des personnages, ont ne sort pas de la lecture avec le ventre noué comme c’est le cas dans Inès (qui traite de la violence conjugale). Ici, la violence est suggérée ou non, essentiellement morale, à un moindre degré.

PictoOKUne lecture dans lequel on est un peu voyeur… mais qui peut se targuer d’être à l’abri de ce genre de situations ?

A lire ailleurs : la chronique d’Iddbd.

Autres album de DAUVILLIER et D’AVIAU sur le blog : Inès, Ce qu’il en reste… consulter les index.

Extrait :

« J’ai commencé à balancer mes idées noires à la flotte. Vu la couleur, je me dis que je ne suis pas le premier » (Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin).

Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Dessinateurs : CAPUCINE, François RAVARD, Jérôme D’Aviau

Scénaristes : Loïc DAUVILLIER, SIBYLLINE

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-35419-008-8

Bulles bulles bulles…

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Nous n’irons plus ensemble au Canal Saint-Martin – Dauvillier – Sibylline – Capucine – D’Aviau – Ravard © Les enfants Rouges – 2007

Ines (Dauvillier & D’Aviau)

Ines
Dauvillier – D’Aviau © Drugstore – 2009

Inès est une petite fille qui vit au milieu d’un couple qui se déchire. Un père violent et alcoolique et une mère qui n’a plus une once de confiance en elle pour tenter de prendre LA décision.

100 pages.

100 longues pages de violence verbale, physique, morale dans une ambiance en noir et blanc, ce qui accentue le contraste et accroît le sentiment de malaise.

Au milieu de tout ça, une petite fille évolue dans la petite bulle que tente de lui maintenir sa mère.

Huis-clos, on étouffe.

Coups, peurs, regards et pensées intimes.

Les dessins sont hyper expressifs, beaucoup de choses sont suggérées (la violence physique essentiellement, car la violence verbale est accessible).

Cette lecture donne un coup de sang comme jamais. La tension est palpable dès la première planche et le ton monte crescendo. C’est poignant, on ne lâche pas le bouquin tant qu’il n’est pas fini… mais c’est glauque, oppressant, malsain. Je suis très partagée sur cet ouvrage.

pictobofpictobofUn sentiment de malaise reste à la fin de la lecture, ce qui est inévitable compte tenu du thème de l’ouvrage… cependant toute cette violence nous a été donnée à voir et on ne peut que rester impuissant face à cette déferlante. Aucune morale à en tirer excepté les balivernes habituelles « le pot de terre contre le pot de fer », « c’était couru d’avance » ou encore « la pauvre, elle n’a pas eu de chance ».

Quel est le but de cette lecture ? Pourquoi est-ce un duo d’hommes qui en parle ? On prend logiquement le parti de cette femme battue et méprisée, mais qu’en est-il de cet homme malade englué dans son fonctionnement vicieux ? Et cette petite fille, ne voit-elle donc rien ? Alors « oui » trop de gens sont confrontés à cette réalité, et « non » je ne suis pas d’accord pour dire qu’il n’y a rien à faire !

La Preview est ici et Lo est d’un avis contraire au mien.

Ajout : un lien vers des interviews.

Inès

One Shot

Éditeur : Drugstore

Collection : Roman graphique

Dessinateur : Jérôme D’AVIAU

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : mars 2009

ISBN : 978-2-356-26097-0

Bulles bulles bulles…

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Inès – Dauvillier – D’Aviau © Drugstore – 2009