Le chien qui louche (Davodeau)

Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013
Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013

Fabien est en couple avec Mathilde. Leur relation est telle que le temps de l’officialiser est venu. C’est pourquoi Mathilde propose à Fabien de lui présenter sa famille. A en croire la jeune femme, ce sera une épreuve. « Ils sont un peu bizarres » dit Mathilde pour le mettre en garde.

En effet. La famille de Mathilde, c’est tout d’abord son père, Louis. Gérant de l’entreprise familiale de meubles depuis 1975, Louis assume cette responsabilité avec fierté. A ses côtés, Maxime et Joseph Benion, les frères de Mathilde. Les trois hommes vivent ensemble et partage un goût commun pour l’humour potache.

En rendant visite au grand-père, Joseph a l’idée de sortir d’une vieille malle un tableau peint part un aïeul en 1843. Parce qu’il travaille en tant que surveillant au Musée du Louvre, l’œuvre est soumise au regard expert de Fabien. On lui demande de juger s’il s’agit d’une croûte ou d’un chef d’œuvre. Fabien louvoie dans sa réponse. « Chef d’œuvre ! » interprètent les proches de Mathilde.

Sur le moment, Fabien pensait s’en être sorti à bon compte. Mais c’était sans compter la ténacité de sa belle-famille…

C’est de façon ludique qu’Etienne Davodeau nous emmène parcourir les salles du Louvre. Il fait de ce haut lieu culturel une scène de vie, un espace de travail et un endroit où se nouent des liens amicaux. C’est avec beaucoup d’humour que l’auteur distille son intrigue quelque peu abracadabrante en faisant intervenir une société d’amoureux de l’Art qui officie secrètement dans les coulisses du Louvre. S’y ajoutent un peu de suspens, une pointe de coquinerie romantique et l’ambition folle d’une famille de péquenauds, de quoi créer une aventure entraînante et jeter les bases d’un récit qui nous emmènera bien plus loin que la simple fiction.

Le prétexte du surveillant de musée permet d’utiliser les différentes salles du Louvre comme un décor du quotidien. La seule inconnue qu’il rencontre quotidiennement est de découvrir l’endroit où il va devoir effectuer sa surveillance : les Pharaons l’ennuient, la victoire de Samothrace le fait philosopher, les Cariatides le font fantasmer… Le fait que le Louvre soit ici vu comme un simple lieu de travail dédouane l’auteur d’avoir à composer avec le côté événementiel auquel on associe souvent la visite de ce site. Ainsi débarrassé du caractère solennel du musée, cela permet d’injecter naturellement quelques réflexions sur la place de l’Art comme le rapport personnel que chacun développe avec une œuvre et la manière dont on en perçoit les détails. La foule de visiteurs hétéroclites est une richesse qui contient aussi bien des esthètes friands des collections ou de simples curieux, autant de rapports individuels à l’Art qui se côtoient. Etienne Davodeau nous invite aussi à réfléchir de manière plus critique sur le caractère magnétique que certaines œuvres ont sur le public, au détriment d’autres tout aussi intéressantes.

PictoOKA l’aide de nombreux clins d’œil disséminés tout au long de l’album, Etienne Davodeau montre en toute simplicité que l’on cohabite au quotidien avec l’Art et toutes ses formes d’expression. Ne tient qu’à nous d’ouvrir les yeux. J’ai passé un très bon moment en compagnie de cet ouvrage.

Une lecture que je partage avec Noukette et Jérôme.

Les chroniques de Cristie, Stephie et de Pierre Darracq.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Animal : chien

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Le Chien qui louche

One shot

Editeurs : Futuropolis & Louvre Editions

Dessinateur / Scénariste : Etienne DAVODEAU

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-7548-0853-8

Bulles bulles bulles…

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Le chien qui louche – Davodeau © Futuropolis & Louvre Editions – 2013

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

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Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Les Ignorants (Davodeau)

Les Ignorants
Davodeau © Futuropolis – 2011

Deux copains de longue date, l’un est dessinateur et scénariste de bandes dessinées, l’autre est vigneron. Deux cinquantenaires et, qui plus est, deux bons vivants qui n’y connaissent absolument rien (ou presque) du monde professionnel de l’autre.

« C’est l’éditeur qui te dit quelles couleurs tu dois mettre ?… Quoi ?… J’ai dit une connerie ? ».

C’est la question que Richard posait à Étienne il y a quelques années. A ce moment-là, Étienne ne bronche pas mais n’en pense pas moins : « Toi, j’ai pensé, tu n’y connais rien. Tu m’intéresses ». Entre temps, chacun a fait sa petite vie, acquérant l’un et l’autre l’estime de leurs confrères : Richard Leroy dans le monde des producteurs viticoles et Étienne Davodeau dans celui de la bande dessinée. Mais l’idée a cheminé dans l’esprit de l’auteur jusqu’à ce jour de 2009 où Étienne propose le projet de l’album à son ami.- Si je comprends bien, pour faire un bouquin, tu veux venir bosser bénévolement dans mes vignes… c’est ça ?

– Je veux aussi que tu m’expliques ce qui se passe dans ta cave et que tu m’inities à la dégustation. Et c’est pas tout. En échange, tu découvriras la bande dessinée. Je t’amènerai des livres. On ira voir des auteurs… et des vignerons ».

Dans les faits, ces deux hommes ont passé un peu plus d’une année ensemble, de février 2010 à l’été 2011. Étienne a travaillé dans les vignes. Taille, ébourgeonnage, palissage, vendanges et processus de fermentation mais aussi dégustation, démonstration de tonnellerie, séjours chez des vignerons…, il montre l’implication du vigneron durant ce cycle annuel, un investissement sans relâche et une conception de son travail qui force à réfléchir :

« Je me suis moi-même déclassé en Vins de France. J’y gagne une vraie liberté. Je mène ma vigne et mon vin selon mes propres contraintes (…). J’admets que mon vin doit d’abord me plaire à MOI ».

En parallèle, Étienne Davodeau fait découvrir à Richard le monde du livre : visite d’un imprimeur, d’un éditeur, enjeux et difficultés du travail créatif, rencontres avec des auteurs, visites de Festivals (Quai des bulles, Bastia)… Ponctuellement, Davodeau répond au doute ou au scepticisme de Leroy par une rencontre avec tel ou tel confrère. Pour le lecteur, c’est l’occasion de découvrir les auteurs comme on les voit rarement car ils parlent à cœurs ouverts de leurs conditions de travail, de leurs objectifs personnels, de leur rapport à l’écriture et à leurs livres. Ainsi croise-ton Gibrat, Nicoby, Guibert, Marc-Antoine Mathieu, une rencontre très forte avec les deux médecins de M.S.F. (et personnages du Photographe) ou encore une humeur d’une planche de Lewis Trondheim en réaction à la perplexité de Richard (qui vient de lire Approximativement). Et puis découvrir la BD ne serait rien sans la découverte d’albums. La sélection de BD, concoctée par Davodeau, est alléchante !! A ce titre, un bonus des plus original est inséré en fin d’album. Intitulé « Bu / Lu », ce récapitulatif dresse le parcours des deux compères pendant l’année écoulée : les vins dégustés par Étienne et les albums lus par Richard.

Cet album offre une réflexion très intéressante sur les conceptions professionnelles des deux protagonistes. Le ton emprunté par la narration est convivial, un brin philosophe, une bonne ration de mauvaise foi mais surtout, beaucoup d’humour et de convivialité dans les rapports humains. Ces témoignages croisés, imbriqués et interactifs  tissent de nombreux points communs entre deux univers professionnels que tout oppose à première vue.

Je repense à notre balade à l’imprimerie. Ce qui était difficile pour toi, c’était ce moment où, pour la première fois, ton travail dépend de celui de quelqu’un d’autre. Je suis confronté à ça quand je dois choisir des barriques pour mon vin.

Graphiquement, rien à redire. Des ambiances en noir et blanc auxquelles nous sommes habitués lorsque Davodeau part en reportage (Rural !, Les Mauvaises gens). Beaucoup de finesse dans le trait, des décors réalisés avec minutie et réalisme. J’ai ressenti le plaisir qu’à Richard à travailler sa terre et la description graphique réalisée par Davodeau des différentes vignes qu’ils ont visitées m’a permis de percevoir les différences de sol, de végétation, de travail de la vigne. Bien que totalement ignare à l’égard du monde viticole, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire le témoignage de ce passionné qui sait rendre compte objectivement de son savoir-faire, de sa vocation et du plaisir qu’il en tire malgré les difficultés récurrentes qu’il rencontre.

Quant à la partie BD, cela m’a plus de pouvoir accéder au témoignage d’Etienne Davodeau. C’est un auteur pour lequel j’ai beaucoup d’estime et le regard qu’il porte sur le travail créatif, ses enjeux, le monde de l’édition… est enrichissant pour un lecteur (néophyte ou amateur de BD). Les rencontres organisées avec les différents auteurs sont passionnantes car elles semblent s’affranchir de toute retenue. Finalement, le récit de la rencontre avec Marc-Antoine Mathieu est celui qui a le plus retenu mon attention. Parce que j’ai eu l’occasion de le lire à plusieurs reprises sans jamais parvenir réellement à entrer dans son univers (excepté pour Dieu en personne, ouvrage que certains considèrent comme atypique dans son univers d’auteur), le fait de le lire sur sa conception de la bande-dessinée me permettra sans aucun doute d’appréhender ses albums avec un œil différent.

PictoOKUn récit accessible à tous, que l’on soit esthète ou néophyte du vin et/ou de la bande dessinée. Un maître-mot : l’amour du travail bien fait. Cet ouvrage fait bien sûr penser à Rural ! puisque le mode opératoire est le même (immersion de l’auteur pendant une année dans son « sujet d’étude »). Pourtant, je trouve que ce récit a une toute autre portée. Les va-et-viens permanents entre les deux témoignages, le partage et la transmission de savoirs en font un ouvrage vivant et interactif.

L’avis d’OliV.

Extraits :

« Ce que je regarde, qui m’intrigue et que je cherche à comprendre, c’est ce qui relie ce type à sa vigne. C’est bien plus que l’histoire d’une parcelle cadastrale et de son propriétaire. Aux yeux de Richard, Montbenault, c’est une entité vivante et complexe dont il serait le compagnon attentif et l’exigeant partenaire. Ce que je regarde, c’est la singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents » (Les Ignorants).

« Pourquoi un livre rencontre ou pas ses lecteurs ? Qu’est-ce qui fait la valeur d’un auteur ? C’est très mystérieux hein ! Moi, j’aime bien les livres et les auteurs qui ont une identité forte et je crois que ce qui fait notre identité, c’est entre autres, nos défauts. On doit les comprendre et les accepter. C’est comme une gueule : un visage prétendument sans défaut, c’est fade, ça emmerde tout le monde » (Les Ignorants).

« – Ah. Je voyais pas ça comme ça, un éditeur.
– C’est-à-dire ?
– J’imaginais un truc plus froid… Une entreprise quoi..
– C’est est une, hein, mais c’est une entreprise qui produit des livres. C’est un truc étrange, un livre… C’est des idées, des sentiments… C’est fragile et compliqué. Ça ne se fait pas comme des frigos ou des bagnoles.
– Voilà, on sent une vraie attention, une proximité humaine… Intéressant ! » (Les Ignorants).

Les Ignorants

– Récit d’une initiation croisée –

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Étienne DAVODEAU

Dépôt légal : septembre 2011

ISBN : 9782754803823

Bulles bulles bulles…

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Les Ignorants – Davodeau © Futuropolis – 2011

Rupestres ! (Prudhomme & Davodeau & Rabaté & Mathieu & Troub’s & Guibert)

Rupestres !
Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Pendant deux ans, six auteurs se sont régulièrement retrouvés autour d’un projet qui leur était cher. Le « réseau Clastres », puisque c’est ainsi qu’ils aiment à se nommer, a été impulsé par David Prudhomme. Ce dernier a invité Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, Pascal Rabaté et Troub’s à « rencontrer des grottes ornées du Paléolithique, pour observer et dessiner » (précision contenue dans le dossier de presse de Futuropolis).

Au final, ils sont descendus ensemble dans 6 grottes du sud-ouest de la France, ils ont confronté leurs regards. David Prudhomme revient sur cette expérience :

Nous sommes, ensemble, allés dans ces grottes, nous avons exactement marché dans les pas les uns des autres, nous avons observé les mêmes fresques. Nous avons mangé ensemble, nous avons bu ensemble… Et bien sûr, nous n’avons pas vu les mêmes choses !

Tout d’abord, je tiens à remercier les Éditions Futuropolis pour cette découverte.

C’est le fait d’être allée en novembre dernier au Festival BD de Colomiers et d’y avoir visité l’exposition collective « Dessins originaux, dessins originels » qui m’a conduit vers cet album. Voici quelques détails concernant cette exposition :

Ce travail commun était présenté dans une exposition collective « Dessins originaux, dessins originels », mis en scène de manière astucieuse par Marc-Antoine Mathieu. On entre dans une grotte (enfin, une pièce obscure :-)), lampe frontale allumée, à la découverte des dessins qui y sont accrochés. Tel un spéléologue, le visiteur aperçoit, à la lueur de sa lampe, les dessins qui surgissent de l’obscurité ! Sensations garanties ! (un article complet vous attend sur le site de Futuropolis quant à cette manifestation).

Le fait d’avoir vissé sur mon crâne la lampe frontale et de m’être plongée physiquement dans cette l’ambiance originale ne m’a pas permis d’accrocher outre mesure avec Rupestres !. Différents degrés de lecture se côtoient, ce qui offre une réelle richesse à l’album mais l’ensemble fait un peu trop « bourgeois-bohème » à mon goût (et cela me gêne de lier ce terme à Davodeau, Rabaté…). C’est la présence de pseudo-considérations métaphysiques qui crée cette impression, je les ai trouvées pompeuses sur certains passages. Cet échange par exemple :

– Ces dessins rupestres, c’est l’origine, c’est l’innocence du regard.
– Pour comprendre ces dessins, il faudrait recouvrer le regard de l’enfant ! Du nouveau-né !
– C’est ce que nous faisons, non ? Pénétrer la grotte c’est retourner au stade d’avant… d’avant la raison, d’avant l’entendement.
– Le stade du ventre.
– Celui de la présence pure.

Ou encore celui-là :

– C’est peut-être la nostalgie de la vie qu’ils ont peinte. Ces animaux ont dû leur manquer à un moment… C’est pour cela qu’ils les ont représentés, fixés.
– L’image comme une petite éternité contre la mort.
– D’où le mouvement… la farandole, la farandole de la vie.
– On sait que les animaux qu’ils représentaient n’étaient pas ceux qu’ils mangeaient… En les dessinant, peut-être les donnaient-ils en nourriture au ventre (la grotte) de la grande Mère (la nature).

Le mélange de plusieurs regards crée de la confusion dans les dialogues (on ne sait jamais avec certitude qui intervient) et dans les visuels de l’album : des expressions brutes, sauvages… préhistoriques ! certes… mais cela ne m’a pas convaincu. Plusieurs approches artistiques se relayent, de la technique de la carte à gratter à celle du crayonné (je ne les énumérerais pas toutes). Tous les styles se confrontent, se côtoient, se mélangent. Certains dessins, témoins d’une réaction instantanée à une situation donnée, ont une signification obscure (pour moi). De nombreux visuels en pleine page proposent tantôt de magnifiques aplats tantôt des masses informes. Dans l’ensemble, beaucoup de jeux d’ombre et de lumière, de contrastes… un ouvrage que je qualifierais d’expérimental. Pourtant…

… on ne pouvait rêver meilleurs guides dans cette exploration artistique et humaine, mais la manière dont s’imbriquent leurs pensées et leurs réactions complique la lecture.

Avec mon « degré de lecture », j’ai trouvé que l’aspect le plus intéressant de l’album était d’accéder à plusieurs approches créatives. Ces descentes en grottes forcent les auteurs à une remise en question personnelle/artistique. Ils nous livrent leurs réflexions, parfois à la volée ; cela permet au lecteur de percevoir un peu mieux du sens qu’ils donnent à leur démarche. Ce n’est qu’à mi-chemin de ce « grotte-book » de 200 pages que l’idée tenace que cet ouvrage allait me tomber des mains s’est estompée. L’impression d’être face à une sorte de quête artistique est apparue, comme si ces esthètes étaient lancés dans une recherche de filiation avec la volonté de donner une paternité à leur « vocation artistique » : rattacher leur démarche créative à quelque chose d’ancestral, mettre en valeur le rôle du medium au fil des siècles… Mais je n’ai aucune certitude, la question reste donc entière : qu’est-ce que les auteurs souhaitaient au juste nous transmettre ???

Je ne me suis pas saisie (non plus) des réponses données dans cette conférence réalisée lors du Festival BD de Bastia.

pictobofTrop expérimental pour que je puisse apprécier pleinement cet ouvrage. J’ai picoré ça et là, je me suis saisie de certains passages comme « la lettre à Dominique » que je pense pouvoir rattacher à Étienne Davodeau (??) et qui contient un regard très pertinent, très juste, très personnel sur le sens de la vie, le sens qu’on peut donner à une activité artistique, l’évolution des médias et des supports de diffusion des images (dessins rupestres, écriture, télévision, internet)…

L’avis de PlaneteBD et GDGest.

Extraits :

« Je ne dessine pas pour me mettre à l’abri, je dessine pour me mettre en difficulté dans un pré carré que j’ai choisi. Il m’arrive aussi de dessiner sur écorce, sur des concrétions argileuses ou calcaires et sur du sable. J’aime plutôt que mes dessins se conservent, mais ça ne m’ennuie pas de les voir s’abîmer et s’effacer. Je suis très démuni quand mes émotions me chamboulent et que je n’ai pas d’outil en main pour réfléchir et me protéger. Je suis plus rassuré avec mon charbon à dessin que sans mon charbon. Plus assuré en sachant que je peux avoir recours à mon charbon » (Rupestres !).

« J’ai infiniment de choses dans la tête, sans doute, mais très incomplètes, mal rangées, rarement disponibles. Rien à voir entre le choc que je reçois face à une scène et la besogne maladroite à laquelle je me tue plus tard, quand je tâche de la reproduire. Je dessine si bien quand je ne dessine pas, et si mal quand je dessine ! » (Rupestres !).

«  »Pour ma part, j’y vois une des plus belles inventions de l’homo sapiens, au point que j’en ai fait la vocation de l’essentiel de ce que je dessine. Sans bien savoir pourquoi, je me réchauffe à l’idée que mes dessins et ce qu’ils racontent soient accessibles à d’autres êtres humains, ici ou ailleurs, aujourd’hui ou demain. Combien de temps mes livres circuleront-ils ? Je ne leur demande rien, sinon que d’exister. Je n’espère pas grand chose. Au présent, le livre me convient. Au futur, il m’indiffère » (Rupestres !).

Rupestres !

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Auteurs : David PRUDHOMME – Étienne DAVODEAU – Emmanuel GUIBERT – Marc-Antoine MATHIEU – Pascal RABATE – TROUBS

Dépôt légal : avril 2001

ISBN : 9782754804325

Bulles bulles bulles…

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Rupestres – Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Immigrants (Dabitch & Collectif)

Immigrants
Dabitch – Collectif © Futuropolis – 2010

Autour de Christophe Dabitch se sont rassemblés 12 dessinateurs BD et 6 historiens (dont Gérard Noiriel). Ils ont rassemblés plusieurs témoignages de personnes venues en France pour des raisons politiques, médicales, familiales… Comment vivent-elles cette expérience ? Ont-elles rencontré des difficultés ? Si oui, lesquelles ? Quels liens ont-elles conservé avec leur pays natal ?

Le premier témoignage est celui d’une femme congolaise qui raconte les événements qui ont entraîné sa fuite, projet qui s’est imposé à elle. « C’est de la fiction ! C’est comme dans un film ! » dit-elle en se remémorant les violences qu’elle a subies, elle a encore du mal à croire ce qu’elle a vécu… nous aussi. Pourtant, les stigmates de son cauchemar sont bel et bien là, les cicatrices et les douleurs physiques aussi.

110 pages pour découvrir des parcours divers et constater la multiplicité des visages de l’immigrant. Certains de nos préjugés sont chahutés, les textes de Christophe Dabitch font mouche même si tous les témoignages n’ont pas la même qualité (le plus confus me semble être le récit de deux Kurdes, Günesh & Buket, mis en images par Diego Doña Solar… j’ai décroché). Les autres viennent d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Europe… ils ont été opprimés, menacés, ils sont commerçants ou politiciens… ils se racontent et décrivent le motif de leurs départs, leurs nouvelles vies et font le point sur ce que leur apporte ou leur refuse la France. On y parle d’accès à la culture, de lourdeurs administratives, de sentiment d’être déraciné, de racisme, de sécurité, d’accès aux soins…

Les récits sont intimistes et disposent chacun d’une ambiance graphique propre, certaines touches me sont familières (Simon Hureau, Étienne Le Roux…), d’autres totalement nouvelles (Kkrist Mirror, Christian Durieux…) et les dernières sont un mélange des deux comme les dessins de Sébastien Vassant mis en couleur alors que je ne l’avais lu qu’en noir et blanc. En intercalaires -tous les deux témoignages- des textes d’historiens reviennent sur l’évolution du phénomène de l’immigration à travers l’histoire. Ces six analyses zooment sur une spécificité du phénomène de l’immigration : femmes migrantes, communautés asiatiques…

Voici une BD engagée qui, sur la forme, n’est pas sans me rappeler En Chemin elle rencontre également réalisé par un collectif d’auteurs et dénonçant les violences faites aux femmes (nous en avons également parlé sur kbd en octobre dernier). En fin d’album, pour ceux qui seraient intéressés par ce type de publications, un rappel de l’importante (car nécessaire) participation de BD BOUM dans ce domaine de l’édition et son investissement auprès des collectifs de Paroles de…

Une lecture que j’inscris dans le cadre du Challenge Histoire de Jelydragon

PictoOKUn recueil très intéressant qui alterne témoignages et analyse d’historiens. Immigrants est le cri d’une réalité crue face à laquelle on préfère habituellement détourner le regard.

Je remercie les éditions Futuropolis pour cette découverte.

Extraits :

« J’ai perdu tout ce que j’avais. C’est pas un paradis ici, le paradis, c’est chez moi. quand je vivais là-bas, ce que je faisais. J’étais respectée, on m’appelait même maman dans mon quartier. J’ai perdu cette dignité et les gens savent ce qu’on m’a fait. J’ai perdu ma valeur, ça m’a détruite tout ça. Je veux ajouter une chose. Les gens vous regardent surtout quand vous avez demandé l’asile comme si vous étiez… je ne sais pas. Des choses » (Immigrants).

Immigrants

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateurs : Christian Durieux, Benjamin Flao, Manuele Fior, Christophe Gaultier, Simon Hureau, Étienne Le Roux,

Kkrist Mirror, Jeff Pourquié, Diego Dona Solar, Troub’s, Sébastien Vassant

Couverture : Étienne DAVODEAU

Scénariste : Christophe DABITCH

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 9782754804073

Bulles bulles bulles…

Difficile d’extraire un visuel de cet album tant les ambiances sont propres à chaque témoignage. Le blog de l’éditeur propose des extraits des trois premiers témoignages. Je vous laisse découvrir tout ça chez eux ! C’est ici !

Quelques jours avec un menteur (Davodeau)

Quelques jours avec un menteur
Davodeau © Guy Delcourt Productions – 1997

Victor, Phil, Charlie, Jeanjean et Domi. Cinq potes que les années avaient plus ou moins séparés et qui ont décidés de s’organiser des vacances dans le Jura. Femmes et enfants sont restés à la maison, les voilà entre hommes pour 9 jours.

Le rythme est serein et, fidèles à eux-mêmes, les cinq amis se sont prévus un programme bien chargé  : farniente, tournoi d’échecs, rigolades, bains de souvenirs et quelques vérités à se dire.

« Tranquillou ! » cet album respire les vacances. Le titre nous annonce clairement qu’il y a anguille sous roche donc forcément, on reste sur les gardes… Et Davodeau va mettre du temps avant de lâcher le morceau ! Je savais qu’il était capable de faire monter la pression en douceur (Le Réflexe de survie), mais pour cet album il y avait un peu trop de douceur justement. L’album se découpe en neuf chapitres – un jour par chapitre – et met du temps avant de s’installer !! C’est donc l’occasion de faire connaissance des différents protagonistes mais quand l’album passe à la vitesse supérieur vers le chapitre six… ça fait quand même du bien ! Mais qui est le menteur au fait ?

Quoiqu’il en soit, c’est toujours avec plaisir que je retrouve les univers de Davodeau. La touche, l’ambiance, les personnages si humains, si simples sans être simplistes… Ma dernière lecture d’un de ses albums remontait à mars dernier… cela commençait à dater. Ça fait bizarre pour le coup de se replonger dans des planches en noir et blanc (j’aimais les pastels de Lulu femme nue) mais il n’y a pas de fausse note ici. Une lecture agréable, peut-être un peut trop doucereuse mais les personnages sont attachants et drôles.

PictoOKUn « album détente » dont je garderais un bon souvenir, pas comme étant celui du meilleur Davodeau, loin de là. Un album qui met du temps à s’installer. Je me suis demandée pendant une partie de la lecture ce que ces cinq hommes là allaient pouvoir nous raconter et puis finalement, la mayonnaise a pris ! Une touche d’improbable savamment dosée, une bonne poignée d’humour pour arroser le tout et on ressort de l’album avec le sourire.

Trois chroniques : celle de CritiquesLibres, Bulles et Onomatopées et de Du9.

Quelques jours avec un menteur

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Étienne DAVODEAU

Dépôt légal : septembre 1997

ISBN : 978-2-84055-148-5

Bulles bulles bulles…

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Quelques jours avec un menteur – Davodeau © Guy Delcourt Productions – 1997