Lulu Femme Nue, second Livre (Davodeau)

Lulu Femme nue, second livre
Davodeau © Futuropolis – 2010

Lulu poursuit son voyage, sa quête. Elle se cherche.

Après avoir quitté Charles, elle reprend la route en aveugle.

Vendredi dernier, j’ai lu un avis assez critique sur cet album. Son auteur, bien qu’amateur de DAVODEAU, énonçait son scepticisme sur le dénouement du diptyque tout en reconnaissant la qualité du trait. J’en suis étonnée.

Le tome 1 nous avait invité à partager le voyage initiatique de cette femme, la quarantaine, qui du jour au lendemain décide de se prendre quelques jours pour se retrouver. Les ambiances graphiques sont effectivement magnifiques. On sent la maîtrise, des sensations nous parviennent, les mouvements sont palpables, réalistes. On scrute avec attention les réactions de chacun des personnages, les expressions de visages sont parlantes. Pas de doute, Davodeau a atteint là un niveau certain de savoir-faire.

Les pastels jaunes/orangés-bleus donnent un côté serein et chaleureux à l’ambiance graphique, ce qui contraste avec l’état d’esprit de Lulu. Si vous avez surfé un peu, vous avez certainement vu les planches que Futuropolis a mis en lignes depuis le début du mois sur leur blog (je vous ais mis le lien en bas d’article, après le visuel), et vous aurez donc vu l’errance de Lulu, contrainte de dormir à la belle étoile, le recoin d’une ruelle en guise d’abri de fortune.

Lulu va mal, elle se cherche, elle tente de donner un sens à son errance, elle est fragile. La colorisation ne vire pourtant  jamais dans les rouges agressifs (voir le code couleur). Ici de la finesse dans le trait et la colorisation, point n’est besoin de trop en faire. Le ton est juste… comme à l’habitude.

Le scénario, quant à lui, nous avait fait accepter l’impensable dans le Premier Livre (une mère de famille « bien sous tous rapports » qui plaque mari et enfants sans crier gare). Ce second volet va lentement nous ramener vers quelque chose de plus raisonné, de plus conventionnel (et là je rejoints assez le lecteur que j’avais mentionné plus haut). Pourtant, je n’irais pas, comme lui, jusqu’à dire que nous sommes face à du « lu, lu et relu ».

On a depuis longtemps accepté le rôle qui nous est dévolu : celui d’observateur. La narration est cette fois confiée à Morgane, la fille aînée de Lulu. Avec peut-être un peu trop d’affect, elle relate à la « petite assemblée » de la veillée funèbre, le parcours de Lulu sur les jours précédents. L’errance, la remise en question, les joies, les peines… Pour cet aspect par contre, j’étais plus convaincue lorsque Xavier (ami de la famille) avait la parole, pour des raisons simples : il affiche plus de neutralité (l’escapade de Lulu la confronte à des sentiments nouveaux et des expériences sexuelles, je trouvais plus opportun que ces éléments soient abordés par un adulte plutôt qu’un mineur, qui plus est enfant du personnage principal). Mais il ne m’a pas semblé pas non plus que Morgane déflore les propos et les émotions ressenties par sa mère. Cela permet de mettre en mot de la gêne, la sexualité sort de son tabou familial. Joints aux nombreux éléments déjà présents dans le récit, cela rend cet univers un peu plus humain, un peu plus crédible.

Ensuite, le suspens nous tient en haleine. Nous ne saurons qu’à la fin de l’ouvrage à qui est destinée cette veillée. Alors oui, on peut regarder les choses en disant que Davodeau nous gâte, il soigne son lecteur, il nous protège… Mais nombres de questions trouvent réponses, d’autres resteront en latence, comme s’il était convenu qu’elles ne se formuleront pas devant notre œil indiscret de lecteur…

Lulu, nous l’avions rencontrée vide de toutes certitudes, inconsciente de la portée de ses actes et de l’importance qu’elle pouvait avoir pour son petit monde, incapable du moindre recul sur le parcours jusqu’ici effectué. La quête qu’elle mène la confronte à elle-même. Progressivement, elle a revêtu sa personnalité, accepté ses défauts et fait le tri dans ses idéaux. Elle s’est affirmée. En même temps que Morgane a grandit et Tanguy (son mari) est sorti de sa toute-puissance.

On est loin du militantisme de Rural ! ou des Mauvaises Gens, pourtant Davodeau s’exprime ici encore sur ce sujet. N’est-ce pas militer que d’aspirer à une estime de soi et disposer d’un minimum de reconnaissance (de respect également) des membres de sa famille ?

PictoOKLe suspens nous tient jusqu’au bout, ou presque. Les amoureux de Lulu ne seront pas déçus je pense.

Un diptyque que je relirais avec plaisir. Une page se tourne donc pour l’auteur, le blog de Lulu va fermer (??), quant à lui, il fait le point… à suivre ^^

Un grand merci aux Futuropolis pour leur gentillesse et leur disponibilité !

Lecture de Mars pour k.bd. Voici le lien :

Lulu Femme Nue

Second Livre

Diptyque terminé

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Étienne DAVODEAU

Dépôt légal : 11 Mars 2010

ISBN : 9782754801034

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Lulu Femme nue, second livre – Davodeau © Futuropolis – 2010

Chute de Vélo (Davodeau)

Chute de vélo
Davodeau © Dupuis – 2004

Une fratrie se retrouve dans la maison parentale à l’occasion de l’été… Enfin, ce n’est pas vraiment les vacances estivales qui sont l’occasion, mais plus la nécessité de nettoyer la maison dans le but de la revendre.

Simon est allé cherché sa mère, Irène, à la maison de retraite afin qu’elle soit présente à ce moment particulier. L’âge lui grignote progressivement la mémoire et la raison.

Jeanne est également présente avec son compagnon et ses deux enfants.

Arnaud quant à lui, boude les réunions familiales depuis une vieille querelle avec ses parents. Pourtant, pour la première fois, il accepte que son fils Jimmy passe ses vacances en compagnie de ses cousins et de ses oncle et tante.

Les blessures familiales sont à fleur de peau.

Depuis l’ouverture de ce blog en avril 2009, il y a eu un grand chamboulement dans la liste des auteurs que j’affectionne. DAVODEAU en fait désormais partie, et depuis ma découverte de Lulu Femme nue en octobre dernier, je n’ai de cesse de découvrir ses œuvres.

L’effet « découverte d’auteur » étant digérée depuis un moment, mes premières impressions de lecture concernant cet ouvrage sont émaillées d’une légère déception. Tout dans cette petite sphère familiale chaleureuse et accueillante nous permet de nous sentir rapidement à l’aise en leur présence. Pourtant, de cette fiction, je ne retiendrais que le personnage de Jeanne qui, je trouve, est plus réel, plus palpable que les autres. Elle a réellement du « relief » sur ces planches. Avec Irène, sa mère, elles ne sont donc que deux femmes à évoluer dans cet univers lourdement chargé affectivement.

Sensibilisée à l’univers de DAVODEAU, je me suis habituée à voir évoluer ses personnages qui gardent toujours un côté mystérieux, respectueux et très humain, voire fragile. Dans cette présente fiction, je trouve qu’excepté Jeanne, ces hommes font pâle figure car assez stéréotypés : Simon le frère est l’archétype du gars rigolard mais mal dans sa peau, Arnaud (l’autre frère) celui du fier à bras borné, Clément (le compagnon) peu de choses : un homme courageux, soutenant, attentionné… le côté romantique qu’il affiche est trop fictif (j’ai notamment en tête la scène où il met en mots les sentiments qu’il a vis-à-vis de Jeanne pendant que cette dernière lave le dos d’Irène).

Roaarrr ChallengeMais c’est peut-être aussi cela qu’il faut accepter dans certaines œuvres de DAVODEAU : le côté simple des gens, car la vie est comme cela… et accepter que tout DAVODEAU n’est pas du « vécu » ou qu’il faut bien rêver quelques fois. On ne peut pas tous décider, comme Lulu, de donner un tournant majeur à sa vie en prenant le large pour quelques jours.

Un album qui a obtenu le Prix des Libraires en 2005.

PictoOKLe « pouce levé » de mon avis indique que j’ai plutôt un a priori favorable à l’égard de DAVODEAU et de ses univers qu’il sait si magnifiquement et justement créer. Quoiqu’il en soit, j’avais des attentes fortes sur cet album et je ne suis pas pleinement convaincue.

Chute de Vélo

One Shot

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur / Scénariste : Étienne DAVODEAU

Dépôt légal : avril 2004

ISBN : 9782800135397

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Chute de Vélo – Davodeau © Dupuis – 2004

Le Réflexe de survie (Davodeau)

Le réflexe de survie
Davodeau © Guy Delcourt Productions – 1998

Dans cette bourgade, les jours se ressemblent un peu.

Antoine est chef de Gare et jour après jour, inlassablement, son travail consiste à veiller au bon déroulement des trois moments forts de la journée : le départ du train matin pour les voyageurs qui travaillent en ville, l’arrivée du train du soir qui ramène ces mêmes voyageurs, et l’aiguillage à faire en milieu d’après-midi pour l’Express qui passe et qui ne fait pas correspondance. Tolsky rompt l’inactivité par des frasques de vocabulaire et, aussi inlassablement qu’Antoine s’affaire à sa Gare, il tente 1/ de convaincre Monsieur MESANGE de faire bleu une fois dans sa vie et 2/ de caser M’dame MURZEAU avec ce bon Antoine.

Les petites frappes des environs vaquent à différents larcins.

Mais sous cet bonhomie et cette visible harmonie, un chef d’entreprise voit d’un mauvais œil les prévisibles changements dans la région pendant que les voyageurs se mobilisent pour tenter de convaincre des têtes bien pensantes que l’Autorail ne doit pas s’arrêter de fonctionner.

Étrange que le titre de cet album. Agressive en est la couverture. Tous deux nous mènent sournoisement sur une fausse piste.

Pourtant, c’est une ambiance sereine, paisible qui nous accueille et des petits pics complices entre voisins. Mais DAVODEAU nous prend en traître. Après nous avoir confortablement inscrits dans cette lecture, mis en confiance par le biais de ses personnages offrant un panel de personnalités allant du gentil monsieur résigné à la petite frappe de bas étage, l’auteur va progressivement faire monter la tension tout au long de l’album. Des temps judicieux réservés aux principaux personnages qui se côtoient. Le souffle du changement opère minutieusement…

PictoOKAgréable DAVODEAU, comme à l’accoutumée. Cet album avait été nominé pour l’Alph-Art en 1999.

Paul B en parle également.

Le Réflexe de Survie

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Sang Froid

Dessinateur / Scénariste : Etienne DAVODEAU

Dépôt légal : Août 1998

ISBN : 978-2-84055-215-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Réflexe de Survie – Davodeau © Guy Delcourt productions – 1998

Les Mauvaises gens (Davodeau)

Les Mauvaises gens
Davodeau © Guy Delcourt Productions – 2005

Étienne DAVODEAU nous plonge cette fois dans les souvenirs d’un couple de militants syndicalistes des Mauges.

Nous parcourons ainsi le passé militant français de l’Après-Guerre jusqu’à l’élection de François Mitterrand en 1981. Une France rurale coincée entre le marteau et l’enclume : l’usine (le  Patronat) et la religion.

Quand la BD est utile et se charge de transmettre un capital culturel…

Etienne DAVODEAU a choisit de se baser sur les dires et l’expérience de ses parents pour bâtir Les Mauvaises Gens.

Pas de colorisation pour cet album, tout en noir et blanc, ce qui accentue la qualité du message qui y est passé (tout comme dans Rural ! d’ailleurs). Même si le trait de DAVODEAU est reconnaissable au premier coup d’œil, je trouve qu’il y a plus de rondeur, plus de chaleur dans ses dessins (inconsciemment ou non, il s’agit là du parcours de vie de ses parents… l’affect joue, on le sent prégnant).

Au niveau graphique, DAVODEAU alterne plusieurs regards.

Tantôt le lecteur est aux cotés de ses parents ou des acteurs de l’époque (on vit les événements en « temps réel »), tantôt la narration nous permet d’avoir du recul sur ce qui s’est passé (temps d’échange avec ses parents pour mener à bien le reportage), tantôt un entre-deux qui nous glisse progressivement dans l’ambiance des réunions associatives ou bien encore des décors (j’ai en tête la scène ou DAVODEAU est allé avec sa mère à son ancienne usine et où il s’évertue à retranscrire en dessins les lieux qu’elle lui décrit).

Le thème principal aborde donc une large page de l’histoire de la France : s’y côtoient un mélange de militantisme et de foi chrétienne si typiquement français. C’est par le biais de la religion que les premiers mouvements se créent : rassemblement de jeunes tout d’abord qui vont organiser progressivement des mouvements associatifs avec le soutien des premiers prêtres ouvriers (rencontres sportives pour les uns, groupes de paroles pour les autres)… Puis, le ciment commence à prendre et petit à petit, cet investissement dans la JOC et la JOCF va permettre à ces jeunes gens de prendre leurs envols, de s’émanciper, de gagner en confiance et en assurance. Progressivement, on assiste aussi à l’émergence des premiers mouvements militants  locaux destinés à défendre les travailleurs et permettre l’amélioration des conditions de travail des ouvriers… et l’essor de la gauche socialiste.

PictoOKA lire, à découvrir et à savourer de toute urgence !

Roaarrr ChallengeJe souhaitais lire cet ouvrage depuis un bon moment déjà, la proposition de lecture de Lo n’a fait que me confirmer qu’il s’agissait-là d’une BD plus qu’indispensable dans toute bonne BDthèque qui se respecte.

Prix du Meilleur scénario et Prix du public à Angoulême en 2006, Grand Prix de la critique ACBD en 2006

Pour en lire un peu plus : du9 et Krinein.

Autres albums de Davodeau sur le blog accessibles rapidement vers la page d’Index par auteurs.

Les Mauvaises Gens
 » Une Histoire de Militants « 

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Etienne DAVODEAU

Dépôt légal : Août 2005

ISBN : 978-2-84789-449-3

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Mauvaises Gens – Davodeau © Guy Delcourt Productions – 2005

Un homme est Mort (Kris & Davodeau)

Un Homme est mort
Kris – Davodeau © Futuropolis – 2006

1950, France.

René VAUTIER est originaire de Brest. Cinéaste, il revient dans sa région natale après avoir tourné « Afrique 50 » et couvert un événement en Irlande.

Sollicité par d’anciennes connaissances, il lui est demandé de réaliser un court-métrage pour le compte de la CGT – Section Brestoise du Bâtiment en filmant les réactions des ouvriers chargés de la reconstruction de Brest. La grève menée par les ouvriers a pris une ampleur inattendue puisque d’autres corps de métier sont venus se rallier au mouvement.

Bricollé avec des bouts de riens, le film que René VAUTIER va réalisera va mobiliser d’autant plus les grévistes.

Je ne me lasse réellement pas de lire les œuvres d’Étienne Davodeau que je connaissais depuis une dizaine d’années avec La Gloire d’Albert (premier tome de la série Un monde si tranquille). Mais La Gloire d’Albert ne m’avait pas convaincue, je n’ai pas poursuivi la série et mis de côté les productions de cet auteur jusqu’à ce que je découvre Lulu Femme nue et Rural ! Un Homme est mort s’inscrit dans la même veine humaniste.

Cet album est un reportage et non une fiction. Quelques éléments ont certainement été romancés, mais cela ne suit en rien à la lecture et rien ici ne sonne faux (ni scénario, ni découpe de planche, ni…).

Une fois n’est pas coutume, DAVODEAU a accepté de collaborer avec un scénariste, Kris, alors qu’habituellement il travaille seul sur ses propres scénarii.

Que dire de cet album !? Le graphisme tout d’abord. Teintées d’ocres, marron, gris. Des découpes de planches hétéroclites donnant une réelle dynamique au scénario… et un scénario tout à fait bien rythmé qui s’appuie sur des événements historiques chargés d’électricité. Tout est mis en exergue dans ce dessin : les faits, les émotions, les détails… C’est magnifique !

Le travail de René VAUTIER est aujourd’hui reconnu, il était déjà salué à l’époque. Le récit de cet événement est réellement poignant. Si j’ai du mal à parler de cet ouvrage, c’est aussi peut être parce que beaucoup d’émotions s’en dégagent… je dois bien avouer que je suis un peu émue.

Sinon, en ce moment, un BD Concert tourne pas mal en France… je vous laisse regarder.

Ces info sont linkées ici et . Les autres dates des BD Concert sont chez ActuaBD.

PictoOKPictoOKEt comme les petits bijoux font toujours parler d’eux, je vous propose des liens si vous voulez prendre d’autres avis (emballés… les avis sont emballés ^^ et non je n’oriente pas la lecture !! ^^)

Les avis d’ActuaBD, PlaneteBD, BDGest.

Cet album a obtenu le Prix du Jury Œcuménique de la Bande dessinée en 2007.

Un Homme est mort

Roaarrr ChallengeOne Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Etienne DAVODEAU

Scénariste : KRIS

Dépôt légal : octobre 2006

ISBN : 9782754800105

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un Homme est mort – Davodeau © Futuropolis – 2006