NoBody, Saison 1 – tome 3 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

La vie de cet homme est trouble, tourmentée. Elle semble s’achever là, dans la cellule d’un centre pénitentiaire. On est en 2007. Il a été arrêté sur le lieu d’un crime et dit en être l’auteur. Le juge ordonne une expertise psychiatrique mais les thérapeutes se heurtent à son mutisme et essuient échec sur échec. Jusqu’à l’arrivée d’une jeune psychologue. Là, le lien se noue et il accepte qu’elle remonte avec lui les différentes étapes de son parcours pour cerner sa personnalité si mystérieuse, si sauvage.
Cela fait donc un moment que nous l’observons et que nous découvrons son parcours sinueux et les risques qu’il prend comme si les bouffées d’adrénaline étaient pour lui aussi vitales que le simple fait de respirer le l’air.
Le tome 1 nous a amené dans les années 1960. Il sort d’une adolescence plutôt chaotique, flirte avec la délinquance jusqu’à sa rencontre avec le F.B.I. Pour lui, c’est le début d’une carrière de flic-caméléon qui l’endurcira un peu plus à chaque mission. Au tome suivant, on s’était retrouve parachuté à la fin des années 1970, au moment où il infiltre un gang de bikers.

Nous voilà cette fois dans les années 80. Il a quitté le F.B.I. et est désormais lieutenant de Police. Il enquête sur deux meurtres qui, au regard du modus operandi, semblent être l’œuvre d’un tueur en série.
Dénouer les nœuds de la pelote qu’il semble faire et défaire en permanence et savoir enfin si, oui ou non, à force de côtoyer malfrats, psychopathes et autres criminels en tous genres, il fait maintenant partie de la lie de la société.

Pourquoi l’homme accepte-t-il de se livrer à cette jeune thérapeute alors qu’il avait refusé de le faire avec les autres ? Quelle est la part d’affabulation, la part de mensonge et la part de vérité dans son récit ? Est-il la victime d’un système ou est-il un dangereux prédateur ?

Autant de questions sous-jacentes qui rendent cette histoire intrigante.

Sueurs froides. Frissons.

On entre dans la série aussi facilement qu’on mettrait les pieds dans des chaussons. Et pourtant à l’intérieur, c’est glaçant. Flippant. On en oublie totalement le premier meurtre – celui pour lequel l’homme est incarcéré – et on focalise sur son passé. On se dit qu’il est tombé au mauvais endroit au mauvais moment… tout le temps. Tous les 10 ans, il est au mauvais endroit. Christian De Metter signe ici un thriller palpitant et la seule chose que je peux regretter, c’est finalement ce découpage en quatre temps… une histoire prenante morcelée en quatre albums. Entre chaque parution, l’attente du prochain tome.

Empathie totale pour le personnage principal avec cette même fascination que j’ai pu avoir, par exemple, pour Dexter. On connaît totalement la dangerosité du bonhomme et pourtant, on baisse la garde.

L’atmosphère est à couper au couteau. Légèrement brumeuse, l’ambiance ici donne l’impression que le danger est tapi dans le moindre recoin. On ne sait trop d’où il va surgir et pourtant, on tourne la page avec avidité, avec cette gourmandise malsaine à l’idée de tomber enfin sur le pire.

C’est simple : je suis totalement conquise et j’espère bien que la sortie du quatrième et dernier tome de cette saison sera pour vous l’occasion de la découvrir à votre tour.

NoBody

Saison 1 – Tome 3 :  Entre le ciel et l’enfer
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : octobre 2017
76 pages, 15.95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

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NoBody, saison 1 – tome 3 – De Metter © Soleil Productions – 2017

NoBody, tome 2 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2017

En 2007, un homme est interpellé sur les lieux d’un crime. Il s’accuse du meurtre de son coéquipier. Son corps est recouvert de sang mais ce n’est visiblement pas le sien. Placé en détention, le détenu demande à être exécuté mais le juge demande une expertise psychologique pour établir son profil ainsi que les chefs d’inculpation. Pendant un an, les psychologues défilent sans parvenir à entrer en communication avec lui. Ils butent sur cet homme sarcastique, retors et ombrageux. Il impressionne. Sa voix tonne, sa carrure est imposante et son corps est recouvert de tatouages. Son charisme tient en respect les experts jusqu’à ce que Beatriz Brenwan, une jeune psychologue, intervienne à son tour. Entre eux, une relation de confiance va naître et au fil des entretiens, l’homme qui se fait appeler Nobody se confie.
Après l’adolescence et la première mission d’infiltration (voir tome 1), le récit se poursuit. Nous sommes maintenant en 1978, le personnage est maintenant proche de la trentaine. Désormais, le FBI l’a intégré dans ses effectifs. Les missions qu’on lui confie sont plus délicates. Il s’agit maintenant d’infiltrer un gang de bikers un-pourcentistes : les Napalm’s Soldiers. Il raconte sa vérité à la jeune thérapeute. Charge à elle d’objectiver les faits.

« – Bien. ‘Faut pas me mentir. Je vous dis la vérité.
– Votre vérité.
– Ah ! Ah ! Mais ma vérité est-elle la vérité ? »

Les premières pages nous replongent dans ce face à face carcéral où chaque protagoniste oscille entre confiance et méfiance. Entre eux, une distance respectueuse semble les préserver. Rappelez-vous dans « Le Silence des Agneaux », cette étrange et fascinante relation qui liait Hannibal Lecter et Clarice Starling…

Christian De Metter prend un malin plaisir à soigner l’ambiance de ce thriller psychologique et maintient le suspense. Dans ce tome, on oublie l’enquête pour meurtre qui est en cours et on en apprend davantage sur le parcours atypique de cet homme que le FBI a utilisé pour mener à bien des missions délicates et d’une rare violence. Un agent-caméléon contraint de jouer un rôle, habitué à se fondre dans la psyché des personnages qu’il devait incarner… au point d’y laisser son âme. Jeté très tôt dans la gueule du loup, quasiment seul sur le terrain, il s’est construit une carapace derrière laquelle il s’est réfugié. Il fait preuve d’un sang-froid redoutable. De fait, on hésite en permanence durant la lecture. On sait qu’il joue double-jeu mais on se sait jamais sur quel pied il danse, on ne sait jamais quelles informations il détourne ni la part de mensonge qu’elles contiennent.

Le trait parfois charbonneux nous montre des scènes d’une rare violence. Avec autant de finesse et de sournoiserie que le personnage principal, elle est largement suggérée. Torture, viol, amputation… les sueurs froides nous parcourent l’échine durant la lecture. L’image même des gangs de motards proches des Hells Angels suffit à elle seule à nous faire fantasmer toute la violence contenue entre ces cases. On suffoque de plaisir, la tension est électrique mais le lecteur est accroché à ce récit comme une moule à son rocher. On aimerait parfois revenir dans cette cellule où a lieu l’interrogatoire. Face à la violence de certains passages, le confinement carcéral nous semble finalement être un havre protecteur.

La mise en couleur de ces planches est superbe, le rythme est haletant. J’ai totalement plongé dans cet univers où l’on côtoie le trio diabolique des armes, du sexe et de la drogue. Le personnage principal évolue sur un fil ; le moindre faux-pas lui sera fatal. Est-il fou ou ne l’est-il pas ? Est-il dangereux ou la simple victime d’un piège qui s’est refermé sur lui ? Si Christian De Metter maintient son rythme de croisière, le troisième tome devrait débarquer à la rentrée… Je m’en régale d’avance.

Ma chronique du tome 1.

NoBody

Tome 2 : Rouler avec le diable
Tétralogie en cours
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER
Dépôt légal : avril 2017
76 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5973-3

Bulles bulles bulles…

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NoBody, tome 2 – De Metter © Soleil Productions – 2017

NoBody, Saison 1 – Tome 1 (De Metter)

De Metter © Soleil Productions – 2016
De Metter © Soleil Productions – 2016

2007, état du Montana. Un flic vient de tuer son équipier. Arrivés sur place, les services constatent le meurtre… et le fait que la victime a été découpée en morceaux. Le mobile : son ancien coéquipier aurait tué sa femme.

Incarcéré et condamné à la peine de mort, l’homme a déjà fait l’objet de plusieurs expertises psychologiques lorsque se présente Beatriz Brenwan, missionnée elle aussi pour une expertise. L’homme ne cherche pas à se défendre et reconnait les faits. Depuis le début, il plaide coupable et demande à être exécuté. Cependant, l’expertise semble pouvoir se mettre en place, contrairement aux précédentes qui ont été un échec. Le courant passe entre les deux protagonistes et ce, de façon assez inexpliquée. Les personnages semblent se défier, comme si le meurtrier était curieux de savoir ce que la jeune femme a réellement dans le coffre ; de son côté, la thérapeute fait preuve d’empathie, trouve les mots au moment opportun et laisse croire qu’elle est fascinée par ce personnage mystérieux. L’enquête commence.

« Je ne suis pas fou. Je suis cent pour cent coupable »

On n’est pas sans faire le parallèle avec la série « True Detective ». Mais plus encore, il me semble que l’on tombe dans un univers proche du « Silence des Agneaux ». Un face à face tendu entre un psychopathe et une novice mandatée pour le bien de l’enquête. Christian De Metter semble utiliser les mêmes ficelles du thriller. Ce premier tome retranscrit le contenu d’une seule rencontre qui marque le début d’une relation entre soignant et analysé ou plutôt, l’initiation d’un novice par son maître. Car outre le fait que cet homme a tué un autre homme pour des raisons qui nous sont encore obscures, l’ambiance de cet album incite le lecteur à scruter chaque case, à décortiquer chaque expression de visage. On fantasme, on découvre son parcours peu commun. C’est adolescent banal et ordinaire jusqu’à ce que son frère soit tué pendant la guerre du Vietnam. A partir de là, il s’enfonce dans la délinquance. Mais la petite canaille qu’il est prend peur lorsqu’un de ses braquages tourne au tragique ; l’une de ses victimes décède suite à une crise cardiaque, du moins c’est ce que l’on suppose. Il prend peur et les agents du F.B.I. utilisent cette peur pour le recruter, promettant d’effacer ses délits s’il coopère. Malgré lui, le jeune homme est embarqué dans une enquête qui le dépasse. Elle se conclut tragiquement et si le personnage anonyme avait déjà commencé à changer sa perception des choses, la manière dont il a été impliqué dans cette enquête marque un tournant décisif dans ses prises de décision et dans son comportement. Sa vie bascule à ce moment-là. Il a 18 ans.

No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016
No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016

La fiction se mélange à des faits historiques avérés et accentue la force d’attraction qui se dégage de l’album.  La fascination que le personnage opère sur le lecteur est immédiate. Dès la première page, on marque un temps d’arrêt. On l’observe. On remarque sa superbe, son charisme, son calme. Il a une gueule, on sent l’homme déterminé et instinctivement, on se méfie de sa force. Le couleurs sombres utilisées par l’illustrateur, les gros plans réalisés sur un détail du corps du suspect, la vue de ses tatouages, de l’étincelle qui jaillit de son regard vif (pervers ?), le fait que le dessinateur s’affranchisse régulièrement du cadre habituel de la case… sont autant d’éléments qui nous mettent en alerte, on reste sur le qui-vive sachant que tout ici peut voler en éclat à n’importe quel moment. Pour se construire, le scénario se sert de la personnalité morbide du meurtrier. On sent que l’homme diffuse des gouttes de son venin invisible dans l’air. On le sait imprévisible et dangereux mais en revanche, on se laisse bercer par l’idée d’un repentir… par l’idée que n’ayant plus rien à perdre, il puisse être sincère. Tant qu’il sera « personne », il aura l’ascendant psychologique. Alors on le laisse guider le récit, on quitte le présent et on retourne avec lui dans le passé, pour tenter de comprendre pourquoi cet homme se réfugie sous l’étiquette de l’assassin, niant jusqu’à sa propre identité.

PictoOKSceptique au démarrage, je me suis laissée prendre comme une bleue par le talent de narrateur de Christian De Metter. La première saison de cette série commence magistralement. La question est maintenant de savoir si elle saura garder le rythme et tenir ses promesses.

Extrait :

« – J’aimerais vraiment savoir qui vous êtes.
– C’est simple… un assassin.
– C’est comme ça que vous résumeriez votre vie ?
– Non… mais c’est ce qui restera.
– Et vous trouveriez ça juste ?
– Je mérite d’être jugé coupable. Je mérite la peine de mort » (NoBody, tome 1).

NoBody – Saison 1

Tome 1 : Soldat inconnu

Tétralogie en cours

Editeur : Soleil

Collection : Noctambule

Dessinateur / Scénariste : Christian DE METTER

Dépôt légal : octobre 2016

74 pages, 15,95 euros, ISBN : 978-2-3020-5388-5

Bulles bulles bulles…

Quelques planches sur le site du Monde.

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No body, tome 1 – De Metter © Soleil Productions – 2016