Emma G. Wildford (Zidrou & Edith)

Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

Emma est une jeune artiste anglaise qui attend que son fiancé revienne. Cela fait maintenant plusieurs mois qu’il est parti pour une expédition en Finlande et qu’il ne donne plus de nouvelles. Emma se languit de son explorateur et n’ose avouer son inquiétude qui grandit.

Elle se rend régulièrement au Royal Geographical Society – un club d’anciens explorateurs qui traditionnellement n’accepte aucune femme en ses murs – et questionne les membres sur ce qu’il a pu advenir à la mission de son futur époux. Emma refuse même d’ouvrir la lettre que son fiancé lui a remise avant de partir.

Si j’ouvrais cette lettre, ce serait comme admettre qu’il lui est arrivé malheur.

Au bout d’un an, au réveil d’une nuit de cauchemars durant laquelle elle a vu son homme en train de mourir, Emma décide de mettre ses pas dans ceux de son fiancé et de partir à sa recherche. Elle est amoureuse et déterminée, rien ni personne ne semble être en mesure de la faire changer d’avis.

Pris dans son écrin aimanté, l’histoire d’Emma n’attend que son lecteur. Elle nous attend tapie à l’ombre d’un arbre centenaire, en banlieue londonienne, dans un jardin écrasé par la chaleur estivale. La personnalité de l’héroïne devient vite palpable. Zidrou place au cœur de son récit une femme-enfant à la fois imprévisible, lunaire, capricieuse, romantique et très pragmatique. Un mélange détonnant pour ce personnage qui n’a pas la langue dans sa poche et auquel on s’attache assez vite.

Le dessin d’Edith nous immerge instantanément dans l’Angleterre victorienne qui sert de décor à l’intrigue. Les robes et costumes d’époque, les pièces richement décorées, l’ambiance graphique sert le récit. Il n’y a rien de pesant dans ce quotidien, pas même l’attente du fiancé parti explorer des contrées lointaines. Emma semble incroyablement sage et patiente malgré son jeune âge. Emma est née dans une famille bourgeoise et a ce côté « enfant gâté » qui obtient tout ce qu’il souhaite. Elle est culotée, un peu effrontée, parfois cynique et comme une adolescente, elle tient assez peu compte de ce que pense son entourage. Ce voyage tombe donc à point nommé pour Emma qui a visiblement beaucoup à découvrir sur elle-même… et sur le monde qui l’entoure.

Une lecture qui se lit d’une traite. J’étais curieuse de connaître les événements qu’Emma allait traverser et j’ai eu beaucoup de plaisir à trouver à plusieurs moments de l’album les petites attentions des auteurs pour leurs lecteurs : une photo, un billet d’embarquement, une lettre…
« Emma G. Wildford » est un album très agréable, à lire pour avoir un instant de détente.

Emma G. Wildford

One shot
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
Dessinateur : EDITH
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2017
100 pages, 22.95 euros, ISBN : 978-2-302-06397-6

Bulles bulles bulles…

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Emma G. Wildford – Zidrou – Edith © Soleil Productions – 2017

D’autres pépites à découvrir chez les bulleurs de la « BD de la semaine » :

Enna :                                                  Enna :                                                Madame :

Soukee :                                             Jérôme :                                             Stephie :

Blandine :                                          Jacques :                                          Nathalie :

Karine :                                                    Moka :                                                Amandine :

Brize :                                                  Sabine :                                            Noukette :

Antigone :                                           Iluze :                                                   Saxaoul :

Fanny :                                           Gambadou :                                           PatiVore :

Caro :                                              LaSardine :                                       Blondin :

Bouma :

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Le Jardin de Minuit (Edith)

Edith © Soleil Productions – 2015
Edith © Soleil Productions – 2015

Tom doit partir une quinzaine de jours chez son oncle et sa tante. En effet, son frère Peter a la rougeole et pour ne pas que Tom contracte le virus à son tour, la décision a été prise de mettre Tom en quarantaine dans la famille. La souffrance liée au fait qu’il va être séparé de son frère doublée à la perspective d’aller chez cet oncle taciturne font que Tom vit cela comme une double peine.

Dès son arrivée dans leur maison, Tom remarque l’horloge qui trône dans l’entrée. Une vieille horloge imposante qui appartient à la vieille Madame Bartholomée qui vit dans un des appartements de l’étage. On la lui présente comme quelqu’un d’extrêmement maniaque et qui insupporte les enfants. Outre le fait que Tom n’a pas le droit de toucher à cette pendule, il apprend aussi qu’il n’aura donc pas le droit de déambuler dans les communs de la maison au moment où Madame Bartholomée remonte son horloge. Un rituel qu’elle effectue chaque matin. Mais ce qui intrigue l’enfant, c’est d’apprendre que si l’horloge « indique l’heure juste, mais ne sonne jamais la bonne heure ».

Les jours passent. Tom s’ennuie. Il tue la solitude et l’inactivité en écrivant de longues lettres à son frère. Une nuit pourtant, alors qu’il n’arrive pas à dormir, il entend les coups d’horloge raisonner dans la maison.

« Dix. Onze. Douze/ Minuit, et je ne dors touj… Treize ?! Peter, je me suis demandé quelle heure pouvait indiquer une horloge quand elle sonne treize fois… J’ai décidé d’aller voir ».

Dès, lors, chaque nuit, Tom descendra à l’appel des treize coups de minuit. Et chaque nuit, un autre monde s’ouvre à lui. Dans ce monde, il rejoint Hatty, une fillette avec qui il lie amitié.

Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015
Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015

En postface, Frédéric Bézian partage quelques mots avec ses lecteurs. Il témoigne notamment de sa rencontre en août 2000 avec Philippa Pearce, auteure de « Tom’s Midnight Garden » (traduit en 1969 : « Tom et le jardin de minuit ») dont « Le Jardin de Minuit » est l’adaptation. « J’avais relu le livre une fois par an depuis mes onze ans, et les détails m’en sont devenus familiers pour toujours » et donne quelques pistes de réflexion supplémentaires.

Cette fiction nous plonge dans deux univers distincts. Tom, le personnage principal, est confronté à deux réalités différentes. Dans l’une, il s’agit de son quotidien, celui d’un enfant qui grandit au milieu du XXème siècle dans une Angleterre d’après-guerre. La seconde lui permet de rencontrer une jeune fille de son âge à une période qui se situe approximativement à la fin du règne de la reine Victoria. Un peu moins d’un siècle séparent leurs enfances respectives mais une amitié solide va peu à peu les unir. Très rapidement, Tom ressent de l’impatience. Chaque nuit promet une nouvelle rencontre avec Hatty avec qui il vit des aventures imaginaires, des jeux de cache-cache, des cabanes dans les arbres…

Edith propose ainsi deux ambiances graphiques différentes sur un dessin assez sombre. On remarque notamment ce choix d’apposer des couleurs chatoyantes au monde imaginaire tandis que le quotidien s’affiche dans des tons plus sombres, légèrement fades. A mesure que Tom enrichit sa connaissance de l’univers parallèle qu’il découvre chaque nuit, sa réalité s’égaye. La narration suit ce rythme coloré et les temps que Tom passe à écrire les lettres à son frère – lettres dans lesquelles il relate la richesse de ce monde intérieur, sont peu à peu baignés de couleur. Edith a su trouver l’équilibre adéquat pour retranscrire ces deux espaces temporels distincts.

Habituée des séries jeunesse (« Basil & Victoria », « Le Trio Bonaventure »…), l’auteure signe de nouveau une belle épopée aux confins de l’imaginaire. Elle ose franchir le passage entre passé et présent sans jamais créer de confusion et incite le lecteur à entreprendre une douce réflexion sur les questions de la mémoire, la fonction des rêves et des souvenirs.

« Dans le Jardin de Hatty et Tom, les fantômes sont des souvenirs – pas des rêves ! – qui se croisent. Ils s’y perdent un peu : « Tu es morte ! Tu es un fantôme ! » dit Tom à Hatty qui lui répond : « Non ! C’est toi le fantôme ! C’est toi qui es mort ! » Nous sommes tous le fantôme de quelqu’un, du moment que ce quelqu’un se souvient de nous » (propos de Frédéric Bézian en postface).

PictoOKUn album agréable cependant, malgré le plaisir à plonger dans cet univers, j’ai ressenti de la lassitude durant cette lecture. Je trouve que le récit s’essouffle sur la fin, traîne en longueur et surtout, ce que j’ai le plus regretté, c’est que le dénouement est trop prévisible.

Une lecture commune avec Jérôme et Noukette.

Sans compter les chroniques de Little Daisy, de Faelys et cette courte interview de l’auteure.

C’est une « BD de la semaine » qui est aujourd’hui chez Noukette.

Le jardin de Minuit

One shot

Editeur : Soleil

Collection : Noctambule

Dessinateur / Scénariste : EDITH

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-302-04505-7

Bulles bulles bulles…

 

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Le Jardin de Minuit – Edith © Soleil Productions – 2015