Django Main de feu (Rubio & Efa)

Django Reinhardt. Ce talentueux jazzman qui a fait naître le jazz manouche avec son ami et partenaire le violoniste Stéphane Grappelli. Pour leur seconde collaboration, Salva Rubio et Efa ont eu l’excellente idée de revenir sur une période de la vie peu connue : sa jeunesse. Ils explorent ainsi chaque facette de des premières années de Django Reinhardt, de sa naissance au début de son envol en tant qu’artiste. Minutieusement, les auteurs montrent comment la légende s’est construite et comment un guitariste virtuose a percé à force d’obstination.

Rubio – Efa © Dupuis – 2020

Django est tsigane. Impatient de poser ses yeux sur le monde, il est né au beau milieu de l’hiver. Au beau milieu d’un chemin enneigé, au beau milieu de nulle part… c’est du moins un symbole que Salva Rubio et Efa ont voulu faire apparaître. Il est né de rien, d’une famille manouche qui vivotait des petits concerts de musique donné çà et là, au gré de leurs haltes.

Sa mère l’a appelé « Django » , « celui qui réveille » . Un prénom prémonitoire.

Son enfance, il préfère la passer à faire les 400 coups plutôt qu’à user ses fonds de culottes sur les bancs de l’école. De toute sa vie, jamais il ne voudra apprendre à lire et à écrire.

Son enfance, il préfère la rêver avec un banjo dans les mains… instrument que sa mère finira par lui offrir à ses 12 ans. C’est une révélation pour lui. Comme un prolongement de sa pensée. Dès lors, il délaisse les affrontements avec les gamins des clans rivaux et préfère s’esquinter les mains sur les cordes de son instrument. Jour et nuit, il joue inlassablement et progresse à une vitesse vertigineuse. A force de ténacité, il parvient à intégrer le groupe que des membres de sa famille ont monté. Avec eux, il se produit sur scène pour la première fois. Son rêve de gosse.

Dès lors, le bouche-à-oreille fait son travail. Django est très vite remarqué. Vetese Guerino lui propose de l’accompagner. Puis Maurice Alexander, puis des artistes toujours plus célèbres, laissant espérer une carrière à l’international. Jusqu’à cet incendie dont il sortira vivant mais avec sa main gauche gravement mutilée. Malgré ce handicap majeur, Django reprend le chemin de la musique… pour épouser la carrière artistique que nous lui connaissons.

En annexe de l’album, Salva Rubio explique comment le projet de « Django, main de feu » s’est construit. Il revient généreusement sur sa démarche en tant qu’historien et scénariste. Il relate ses rencontres avec la communauté tsigane pour recueillir des témoignages (et notamment ceux des descendants de Django Reinhart) et le travail de recherche qu’il a mené en vue de la constitution d’une généreuse documentation autour du personnage historique de Reinhardt. Il s’arrête longuement sur le parcours de Reihnardt. Il explique enfin la collaboration avec Efa et les choix narratifs qu’ils ont dû prendre pour aboutir à une histoire cohérente.

Quant au scénario, il fait habillement cohabiter des faits précis et une part d’exagération.

« … dans l’univers manouche, c’était seulement par la tradition orale que l’histoire était transmise, volontairement embellie d’anecdotes, d’exagérations et de contes rarement fiables pour le chercheur. »

On est là dans une alternance entre quelque chose qui plaque le personnage au sol (sa condition sociale, le fait qu’il a grandi dans « la Zone » (un no man’s land dans lequel sa mère et son clan se sont installés, laissant les enfants en électrons libres, livrés à eux-mêmes et à leur plus folles envies) et ses rêves démesurés de reconnaissance, sa folle certitude d’être le meilleur dans son domaine, un leitmotiv qui revient à maintes reprises dans le récit.

« Je suis le meilleur de la Zone. Enfin, le meilleur de Paris. Peut-être même de toute la France ! »

Au dessin, Efa nous enchante d’illustrations magnifiques dans des tons pastel. Son trait a une rondeur enfantine très agréable. On a l’impression que la personnalité de Django est un mélange d’insouciance et d’obstination. Efa s’approprie parfaitement le ton parfois léger que le personnage emploie pour se dérober à tout ce qui n’aurait pas trait à la musique. Le dessinateur s’appuie aussi sur la complicité et les rapports très chaleureux qui relient l’ensemble des membres du clan tsigane. Nous voilà pris dans la communauté comme un membre à part entière. Il y a « l’ici » et le reste du monde où Django se produit sur scène. Django en est le centre de cet univers… un personnage solaire qui réchauffe quiconque se place dans son sillage.

Je ne connais rien de la vie de Django Reinhardt. Bien consciente que les faits exposés sont tantôt véridiques tantôt affabulés, le récit n’en est pas moins cohérent et réellement entraînant.

Django – Main de feu (récit complet)

Editeur : Dupuis / Collection : Aire Libre

Dessinateur : EFA / Scénariste : Salva RUBIO

Dépôt légal : janvier 2020 / 80 pages / 17,50 euros

ISBN : 979-1-0347-3124-4

Seule (Lapière & Efa)

Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Espagne, fin de l’été. Dans ce village de Catalogne, le calme n’est qu’apparent. Ailleurs, aux portes de ce village, la guerre gronde.

Lola a sept ans et ne se rappelle plus de ses parents. Séparée d’eux depuis trois ans pour une raison qui lui échappe, elle baguenaude à la manière des enfants.

Tous les soirs, allongée sur sa paillasse faite de feuilles de maïs séchées, l’enfant faisait des exercices de mémoire. Elle cherchait à ne pas oublier les visages de sa mère et de son père. Ce n’est pas facile de lutter contre le temps, ce n’est pas ce qui est demandé à une enfant de cet âge-là.

Les jours se suivent et Lola regarde les cochons et s’amuse avec des riens. Son grand-père lui a expliqué que le pays était en guerre mais Lola, du haut de ses sept ans, n’y comprend pas grand-chose. Et puis de guerre ici, elle ne voit rien. La vie se poursuit comme avant.

Jusqu’au jour-où la guerre devient une réalité. Où le bruit des bombes lâchées par les avions franquistes fait trembler les murs des maisons en pleine nuit, détruisant tout et obligeant les villageois à prendre la fuite. S’ouvre alors une période de sa vie où Lola va devoir apprendre à vivre dans les bois avec ses grands-parents pour tenter de survivre.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on apprend que « L’histoire de Seule est basée sur les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa, qui lui a raconté son incroyable périple à travers un pays en guerre » .

Ricard Efa dessine. Il nous montre ces paysages d’une autre époque, d’un temps où notre partie du continent ne trouvait pas encore le repos pacifique comme aujourd’hui. Vivre dans un pays occupé, dans un pays déchiré, nous ne connaissons plus. C’est délicatement que l’illustrateur nous montre l’envers du décor, qu’il accompagne un scénario qui contient bien plus de violence que ces tableaux qui s’exposent à notre regard. Nous ne sommes pas heurtés par les affres de la guerre. Le dessin est délicat, les couleurs sont printanières, Lola est rayonnante et échappe aux griffes du conflit et cela est en grande partie dû à son jeune âge. On évolue comme dans un tableau de Monet (peintre sur lequel il avait travaillé à l’occasion d’un précédent album réalisé avec Salva Rubio). Des touches de lumière se posent naturellement sur la végétation et adoucissent la chaleur étouffante de l’été.

La guerre découpe les familles.

Denis Lapière quant à lui couche si bien sur papier le témoignage de Lola qu’on a l’impression qu’il la connaît personnellement. Son meilleur récit reste pour moi « Le Bar du vieux français » mais j’ai retrouvé ici cette étroite relation avec le personnage permettant une forme d’attachement. Est-ce le fait que l’héroïne est une enfant qui provoque ainsi autant d’empathie chez le lecteur ? Quoi qu’il en soit, voilà une belle plongée teinte de nostalgie dans les méandres de la guerre civile espagnole.

Un témoignage tout en douceur qui ouvre une fenêtre sur un épisode douloureux de l’histoire espagnole. J’ai bien aimé.

La chronique de Mylène.

Seule – D’après les souvenirs de Lola

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Ricard EFA
Scénariste : Denis LAPIERE
Dépôt légal : janvier 2018
72 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-7548-2099-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018