Emmet Till d’Arnaud Floch (mis en couleur par Christophe Bouchard)

couv-Emmett-TillCette BD qui a reçu le soutien d’Amnesty International retrace un épisode peu glorieux survenu au Mississippi en août 1955, celui du meurtre d’un adolescent de quatorze ans par deux blancs. Il lui était reproché d’avoir sifflé une épicière blanche alors qu’il était venu acheter des bonbons. Emmett Till est un personnage particulièrement intéressant (et je vais une fois pour toutes m’excuser de le traiter en personnage alors qu’il a vraiment existé) parce que c’est un noir américain qui a vécu à Chicago avant de venir passer un peu de temps chez son oncle resté au Mississipi. Bien que son oncle ne cesse de lui répéter ce qui se fait et ne se fait pas, il a envie de défier ces règles idiotes et décide de prouver aux autres que son argent a la même valeur que celle des blancs et que l’épicière blanche, réputée pour ne pas servir les noirs, sauf qu’ils sont métayers, va accepter de lui vendre des bonbons (pourquoi le mot bonbon n’a pas été traduit et est resté candies, mystère et boule de gomme). C’est ce défi qui le conduira à la mort.

Si ce qu’a subi Emmett Till est affreux, l’auteur de cette BD a décidé de ne pas trop insister sur la violence de la scène. Les scènes du passage à tabac sont bien présentes et reviennent comme un leitmotiv mais elles sont teintées de l’obscurité qui les entourent. C’est plutôt la violence de la situation en général qui est accentuée. Jérôme disait qu’il faudrait mettre cette BD dans tous les CDI et je suis tout çà fait d’accord avec lui. On comprend très bien la différence entre le nord et le sud concernant les noirs à cette époque. J’ai trouvé que ça manquait peut-être un peu de nuances dans le traitement du sujet mais ce n’est pas le but d’une BD commandée par Amnesty International, le but est pédagogique et il est atteint. Le dessin est d’ailleurs un peu simpliste, c’est très clairement une BD destinée aux jeunes. Je ne connaissais pas du tout l’histoire d’Emmett Till, je remercie donc Jérôme de m’avoir offert cette BD car il est fort possible que j’utilise l’histoire de ce garçon en cours. Comme l’explique le dossier très intéressant présenté à la fin, son histoire fait partie de ces évènements qui engendrèrent la lutte pour les droits civiques. La mère d’Emmett décida de laisser son cercueil ouvert afin que tous voient les violences qu’il avait subies. Des centaines de personnes assistèrent à son enterrement et des photos de son corps tuméfié furent publiées dans le monde entier.

Publié le 1er avril 2015 aux éditions Sarbacane. Allons voir l’avis de Mo’ avec qui je partage cette lecture commune (et rien de tel qu’un debriefing partagé sur FB juste après la lecture). Merci à toi Mo’ de m’avoir expliqué comment fonctionnent les partenariats avec Amnesty International.

3-5-hearts-on-a-line-510

Emmett Till (Floc’h)

Floc’h © Sarbacane – 2015
Floc’h © Sarbacane – 2015

Bryant et Milam, demi-frères inséparables, « copains comme cochon » dans leur commerce comme dans la stupidité.

Ils collent parfaitement à l’image typique du citoyen de race blanche qui pouvait exister dans les années 1950 dans l’état du Mississippi. Racistes jusqu’au bout des ongles, c’est à peine s’ils font la différence entre un Noir et un animal.

Août 1955. Emmett Till arrive à Money (Mississippi) pour passer une semaine de vacances chez son oncle. Emmett est âgé de 14 ans et il vit avec sa mère à Chicago. Cet été 1955 sera son dernier été car entre temps, sa route croisera celle de Roy et Milam.

Le plus grand tort d’Emmett était de méconnaître les règles qui avaient cours dans le Sud. Les « Dont’s » (lois de ségrégation) dont lui parle son oncle.

Ouvrir un album « estampillé » Amnesty International c’est savoir, à la base, que la lecture ne va pas être confortable. On l’a déjà vu à maintes reprises : Noxolo, Le Printemps des Arabes, En chemin elle rencontre… Sujets sensibles, sujets d’actualité qui nous concernent directement à condition que l’on souhaite s’en saisir. « Emmett Till » ne déroge pas à la règle et aborde la question du racisme. Alors certes, la période ségrégationniste est révolue… il paraît… une affirmation que l’on a pourtant apprit à relativiser. Des groupuscules continuent à agir, mus par une haine permanente de l’Autre qui lui est étranger, une haine qu’ils alimentent en permanence, une haine qui existe les extrémistes… Même sur notre propre territoire… mais ne mélangeons pas tout.

Emmett Till fut assassiné le 28 août 1955 à l’âge de 14 ans. Assassiné par deux hommes blancs. L’enfant fut attaché, roué de coups, torturé énucléé, tout cela parce qu’il avait eu l’idée saugrenue de rentrer dans un commerce habituellement fréquenté par des blancs. 1955. Le siècle dernier… hier en fait.

Un procès ridicule bâclé en une heure de délibérations… même une partie de la communauté blanche en a crevé de honte.

Arnaud Floc’h reprend la chronologie des événements à la demande d’Amnesty International. Il a trouvé le rythme narratif, il a su imbriquer les différents témoignages pour en faire un album qui, à défaut de transcender le lecteur, lui donne la volonté de tourner les pages, redécouvrir le drame et assister, impuissant au dénouement morbide de celui-ci. Un album qui dispose d’une certaine force. Une fois encore, je remarque à quel point je suis sensible à la présence d’une voix-off. Enfant à l’époque des faits, le narrateur aurait été le témoin direct des événements. Et c’est justement en décalant un peu son propos, en faisant en sorte que ce témoin soit un de nos contemporains, que l’auteur trouve le moyen de donner force et profondeur aux propos. Aujourd’hui, ce témoin est un homme d’âge mûr. La vie est passée sur le traumatisme qu’il a vécu enfant. Il relativise les détails et met le doigt sur ce qui dérange.

D’après la NAACP, en quelques années, plus de deux mille assassinats ont eu lieu… sans plaintes, sans témoins !

PictoOKPour autant, cette lecture demeure trop sage. On survole malgré tous les événements. Loin d’être verbeux, le scénario s’appuie en grande partie sur les non-dits et c’est justement dans ce qu’il ne dit pas, dans toute la partie suggérée, que le lecteur chemine et sent la colère monter en lui. On attrape les signaux d’alerte posés par le scénariste : les conseils du vieil oncle d’Emmett, la mise en garde que fait le Shérif à Roy Bryant… mais la machine était en marche et rien ne semblait être en mesure de l’arrêter. La douceur et les des dessins contrastent avec la violence de ce qui est raconté. Ça surprend mais c’est grâce à cette veine graphique que cet album pourra aller de mains en mains, lecteur après lecteur, du plus jeune (14-15 ans) au plus âgé.

LABEL LectureCommuneTout l’intérêt d’un tel ouvrage est aussi d’en parler après lecture. Et c’est ce que nous avons fait Valérie et moi. Et pour marquer le coup, nous en avons fait une lecture commune. Sa chronique est en ligne et vous n’avez que deux pas à faire pour la découvrir.

Les chroniques de Jérôme, Noukette et Moka.

Emmett Till

– Derniers jours d’une courte vie –

One shot

Editeur : Sarbacane

Avec le soutien d’Amnesty International

Dessinateur / Scénariste : Arnaud FLOC’H

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-84865-771-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Emmett Till – Floc’h © Sarbacane – 2015

Les otages (Floc’h & Germain)

Les Otages
Floc’h – Germain © Futuropolis – 2012

Sophie suit les cours de djembe que donne Pete. Originaire du Togo, ce dernier propose un jour à ses élèves de profiter d’un séjour en Afrique ; celui-ci se déroulerait loin des circuits touristiques, il leur explique qu’ils seront accueillis dans sa famille et qu’il leur servira de guide durant le voyage.

Pour diverses raisons personnelles, les membres du groupe déclinent la proposition de Pete excepté Sophie et Thomas, un autre élève. Suite à un accès de colère de Pete lors d’une réunion, Thomas se désiste. Seule Sophie et son compagnon, Antoine, feront partie du voyage. Mais à l’arrivée, l’excursion prend une mauvaise tournure.

Je n’ai pas lu le récit original de Claude K. Dubois, je n’ai donc aucun élément pour apprécier la justesse de cette adaptation ni la pertinence des propos de cet auteur.

En revanche, la lecture de cet album me laisse perplexe. Je déplore le caractère prévisible du scénario et l’emploi abusif de clichés. On situe rapidement les personnalités des protagonistes en raison de leur aspect caricatural, on devine prématurément l’issue tragique de l’histoire privant ainsi le lecteur de tout effet de surprise. L’intrigue n’est pas ménagée, le suspens n’est pas préservé, on ne ressent pas la tension qui devrait aller crescendo. Cette lecture n’offre pas de plaisir, elle ne nous apprend rien que nous ne saurions déjà.

Arnaud Floc’h et Christiane Germain campent des personnages stéréotypés ; naïfs et insouciants pour certains, colériques et manipulateurs pour d’autres, relativement dociles pour les derniers. Leurs réactions sont sur-jouées au point d’en perdre toute crédibilité, leurs accès d’humeur n’impressionnent pas et sonnent faux. De plus, je n’ai pas eu l’impression qu’il y ait réellement d’interactions entre les différents acteurs, chacun restant campé sur ses positions et ne voyant que son intérêt personnel. Je dois dire qu’excepté le passage où le jeune homme (Thomas) se rétracte et décide finalement de ne pas participer à ce voyage en Afrique, le reste du scénario m’a donné l’impression d’être cousu de fil blanc.

De même, après lecture, le titre me gêne. « Les otages ». On s’attend logiquement à une demande de rançon, à une privation des allées et venues des victimes, à une sorte de violence psychologique exercée sur eux… Ces éléments sont absents du scénario. Excepté que ce séjour ne se passe pas comme ils l’avaient projeté, excepté le fait qu’on leur donne de l’eau croupie pour faire leurs ablutions et se désaltérer, excepté le fait que les repas qu’on leur sert sont invariablement composés des mêmes aliments…  je n’ai pas ressenti cette pression sur ces prétendus otages. Tout au plus, je suis parvenue à ressentir leur contrariété face à cette situation, mais cela s’arrête ici. Enfin, si quelques marqueurs de temps sont explicitement indiqués en début d’album, donnant ainsi l’impression que ce projet de voyage a besoin d’un temps de maturation, j’ai eu l’impression d’être face à un récit linéaire qui se développait sur un espace-temps très court. L’histoire se conclut dans un dénouement là aussi assez prévisible.

Seul le travail graphique réalisé par Arnaud Floc’h m’a donné satisfaction.

pictobofpictobofPrévisible et décevant.

Un album à feuilleter pour la beauté des illustrations et des ambiances graphiques mais un discours trop caricatural sur un fait de société qui aurait mérité un traitement plus percutant et un travail plus approfondit quant à la psychologie des personnages. Ce n’est pas le genre de récit capable de mettre en garde contre la dangerosité des mouvements sectaires.

Je partage l’avis qu’un internaute a déposé sur bedetheque, je cherche à comprendre l’engouement de Samba à l’égard de ce livre.

Les Otages

One Shot

Adapté d’un récit de Claude K. DUBOIS

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Arnaud FLOC’H

Scénaristes : Arnaud FLOC’H & Christiane GERMAIN

Dépôt légal : avril 2012

ISBN : 9782754806725

Bulles bulles bulles…

Les 6 premières pages sur Digibidi.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les otages – Floc’h – Germain © Futuropolis – 2012