Le petit Cirque (Fred)

Fred © Dargaud – 2012
Fred © Dargaud – 2012

Un couple parcourt les chemins avec leur petit cirque ambulant. Elle tire la roulotte pendant qu’il fume son cigare. Elle s’appelle Carmen. Lui c’est Léopold. Leur fils les suit partout.

Ce trio familial est le fil conducteur de cet album. En se déplaçant de lieu en lieu, ce petit cirque ambulant nous permet de découvrir un monde original et surprenant, aussi familier que saugrenu. Ils ne ratent jamais une opportunité de venir gonfler leur petite troupe mais les aléas en décident toujours autrement. Bon gré mal gré, ils poursuivent leur route sans s’attarder.

Vagabonds ! Saltimbanques ! Romanichels ! Artistes ! Tsiganes ! Bohémiens ! Métèques !

Des chevaux-clown ambulants aliénés dans leur accoutrement, des funambules migrateurs, trapézistes voyageurs bagués pour qu’on puisse les identifier, un clown cloué sur la porte d’une grange pour conjurer le malheur… Des numéros extravagants d’une femme en train de faire la vaisselle ou bien encore un numéro exceptionnel de fessée sur un pied. Les occasions de dresser le chapiteau se font rares dans cette société vacillante. Les temps sont durs, l’Etat veille au grain et la moindre entorse aux règles est sanctionnée.

Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012
Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012

Monde absurde qui singe les travers du nôtre. Peur de l’étranger. Caricature de liberté. L’univers est aussi féérique qu’impitoyable. Le ton est cynique, cruel, misogyne, poétique… drôle ! Fred – le papa de Philémon – nous embarque une nouvelle fois dans son imaginaire.

PictoOKDes histoires courtes prépubliées dans Hara-Kiri, « journal bête et méchant », puis éditées dans un album en 1973. A lire.

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Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine. Les liens sont aujourd’hui chez Noukette.

Le petit Cirque

One Shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : FRED

Dépôt légal : janvier 2012

60 pages, 13,99 euros, ISBN : 9782205007046

Bulles bulles bulles…

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Le petit Cirque – Fred © Dargaud – 2012

Time is money (Fred & Alexis)

Fred – Alexis © Dargaud – 2016
Fred – Alexis © Dargaud – 2016

La préface de Jean-Claude Mézières rappelle le contexte de la naissance de « Timoléon » et nous met l’eau à la bouche. Parlant de l’équipe de Pilote et du courant artistique de l’équipe, il explique que « c’est avec [Pierre] Christin que j’ai démarré la première histoire de Valérian, agent spatio-temporel qui installait le voyage dans l’Espace et le Temps durablement dans les pages de Pilote… Il n’en fallait pas plus pour que Fred, en compagnie d’Alexis (…) récupère Valérian au coin d’une bulle pour le citer en exemple, en compagnie de H.G. Wells, dans son discours triomphal sur le moyen de gagner de l’argent en voyageant dans le Temps ! ».

Tout commence ainsi : « Sur la lande inculte et désolée un homme inculte se désole de son manque de culture qui l’oblige à faire le désolant métier de marchand-de-machines-à-vapeur-pour rouler-les-cigarettes-une-à-une-sans-se-fatiguer. » C’est ainsi que ce commercial, à force de faire du porte-à-porte, arrive au seuil du manoir de Stanislas. Ce dernier invite Timoléon à lui montrer comment fonctionne la machine et sitôt la démonstration terminée, s’empresse de le débaucher pour son propre compte. Stanislas, scientifique excentrique et inventeur fou, souhaite que Timoléon vende sa machine révolutionnaire qui permettra de gagner de l’argent en voyageant dans le temps. Timoléon devient ainsi le premier « commerçant du temps » et, sitôt la collaboration conclue entre les deux protagonistes, se retrouve propulsé à Florence en 1469 afin de suggérer à Léonard de Vinci de peindre la Joconde, de lui acheter le tableau… qui lui permettra, ainsi qu’à son acolyte – de devenir richissime.

Les aventures de cette série furent publiées dans le magazine Pilote de 1969 à 1973. Dès 1974, les planches furent regroupées et éditées en trois albums : « Time is money », « 4 pas dans l’avenir » et « Joseph le borgne ».

Time is money – Fred – Alexis © Dargaud – 2016
Time is money – Fred – Alexis © Dargaud – 2016

Le trait ciselé d’Alexis va droit à l’essentiel et crée un univers à la fois loufoque et réaliste. L’intégrale propose des planches en noir et blanc, ce qui me en valeur les illustrations d’Alexis. Son trait ciselé prend soin de faire apparaître le moindre détail, notamment au niveau des expressions de visage. Ainsi, nous aurons l’occasion de nous poser à la terrasse du café « Les 3 Magots » au beau milieu du quartier de Ponte Vecchio à Florence… et de naviguer dans les couloirs du temps au risque d’y perdre notre latin ! Car le scénario de Fred met en scène deux personnages qui n’ont pas leur langue dans leur poche et font preuve d’un joli sens de la répartie. Quelle que soit la situation, la bonhommie de ces deux-là marque l’ambiance. Car même s’ils voyagent au gré des époques, nous, nous restons confortablement installés et profitons de leurs déboires drolatiques en ayant l’impression que partout où leurs pieds se posent, ils sont chez eux. Râleur, Timoléon se glisse bon an, mal an dans le rôle de l’homme à tout faire. Vêtu d’un maillot de corps, d’un pantalon de smoking noir et d’un chapeau melon, il se plie sans trop de difficultés aux caprices de Stanislas, son acolyte. Ce dernier quant à lui déambule dans une ample robe de chambre, les cheveux hirsutes et le regard ailleurs. Ils sont tellement aveuglés par l’idée de devenir riches grâce à leurs voyages temporels, qu’ils en oublient de tenir compte cupides et pris par l’envie de mener à bien leur plan, qu’ils en oublient d’envisager qu’un grain de sable peut venir gripper la machine et mettre en échec leur plan. Ils sont tellement maladroits et malchanceux qu’ils nous font drôle. Leur cupidité les rend obstinés et touchants.

PictoOKNée il y a presque 50 ans, la série n’apparaît ni vieillotte, ni décalée. De tout temps, l’appât du gain a toujours été la préoccupation de certaines personnes et « Time is money » est une bien belle manière de jouer avec le sujet.

Time is money

– Ils voyagent dans le temps pour de l’argent –

Intégrale de la série « Timoléon »

Editeur : Dargaud

Dessinateur : ALEXIS

Scénariste : FRED

Dépôt légal : juin 2016

206 pages, 29 euros, ISBN : 978-2205-07538-0

Bulles bulles bulles…

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Time is money – Fred – Alexis © Dargaud – 2016

Fred est mort

Il y a presque un mois de cela, Didier Comès nous quittait…

2013 est décidément morose.

J’apprends ce jour le décès de Fred, talentueux auteur de Philémon, du Petit cirque, de L’histoire du corbac aux baskets

fred

Reposez en paix Monsieur l’Artiste. Vous nous manquerez !!

Amis lecteurs, faites-moi plaisir : rendez-lui hommage en lisant ses œuvres 😉

Sources : Case Départ et Sud Ouest.

Philémon, Intégrale 3 et tome 16 (Fred)

Intégrale 3 – Fred © Dargaud – 2011
Intégrale 3 – Fred © Dargaud – 2011
Fred © Dargaud – 2013
Fred © Dargaud – 2013

Suite à mon coup de cœur du mois de janvier concernant les aventures de Philémon, je vous avais fait part de mon souhait de poursuivre l’exploration de cet univers. Voici chose faite puisque l’occasion m’a été donnée de découvrir la troisième intégrale de Philémon (regroupant les tomes 11 à 15) ainsi que le seizième et dernier tome de la série… fraichement paru en février dernier.

Pour ceux d’entre vous qui auraient oublié, Philémon est un jeune homme rêveur. Il vit à la campagne chez ses parents et va régulièrement chez son oncle Félicien pour lui rendre de menus services. Sa vie est paisible mais elle a pris un grand tournant suite à sa chute dans le puits qui se trouve non loin de la maison familiale.

Philemon © Fred
Philemon © Fred

Ce jour-là, la pompe à eau était cassée. Son père lui demande alors d’aller chercher de l’eau au puits. Philémon s’y rend en compagnie de son âne Anatole et lorsqu’il remonte le seau rempli d’eau, il découvre y une bouteille. Celle-ci contient un message contenant un appel à l’aide. Quelques instants plus tard, Philémon est intrigué par l’apparition d’une seconde bouteille qui contient elle aussi un message similaire. Surpris, Philémon se penche pour mieux voir… et tombe dans l’eau. Il sera aspiré par un tourbillon. Avant de perdre connaissance, il a le temps d’apercevoir un requin !

Quand il reprend ses esprits, il est étendu une plage. Grâce à sa rencontre avec Vendredi, un centaure, Philémon apprend qu’il est échoué sur l’île du « A » (le « A » est une des nombreuses îles du Pays des lettres de l’OCEAN ATLANTIQUE). Il fait également la connaissance du Naufragé du « A » (voir Le Naufragé du A, publié pour la première fois en 1972) qui n’est autre que Barthélémy, le puisatier de son village qui a disparu depuis quarante ans ! Barthélémy a passé toutes ces années sur cette île à tenter de trouver un moyen de rentrer chez lui… Grâce à Philémon, il y parviendra enfin. Mais de retour au bercail, Barthélémy se met à déprimer. Il a la nostalgie de son île et de son ami Vendredi.

Apprenant cela, Philémon décide de demander de l’aide à son oncle Félicien. Ce dernier leur révèle que le Pays des lettres de l’Océan Atlantique a peu de secrets pour lui. En revanche, il s’affole quand il apprend que Barthélémy et Philémon ont emprunté le même chemin pour passer d’un monde à l’autre. Car s’il y a bien une règle à respecter c’est de ne jamais utiliser le même passage deux fois de suite !!

Philémon © Fred
Philémon © Fred

Heureusement, cet homme connaît les nombreux chemins permettant de passer d’un monde à l’autre. Malheureusement, certains sont hasardeux et tous ne conduisent pas au A… La quête de Philémon et Barthélémy les amènera, malgré eux, à découvrir les autres lettres du Pays des lettres de l’Océan Atlantique.

Je m’arrête-là pour le synopsis mais il y aurait tant et tant à dire sur les périples que nous allons vivre en compagnie de ces trois personnages !! Pourtant, j’ai déjà spoilé une partie du tome 1 afin de vous présenter « rapidement » cette série de 16 tomes.

Je suis conquise par cet univers. En premier lieu, les couleurs nous accrochent et contribuent à créer une atmosphère atypique. Elles pétillent et véhiculent une ambiance qui varie au fil des pages. On sera tantôt serein, tantôt emporté par l’effervescence d’un moment, tantôt charmé par une rencontre ou la tristesse de Barthélémy qui désespère à l’idée de ne jamais retrouver le A. Le dessin de Fred est fluide, souple, spontané, vivant et surprenant. L’auteur a su innover et proposer de nouvelles compositions graphiques ce qui rend la lecture ludique. Ainsi, il n’est pas rare de voir les personnages sortir des cases ou enjamber les marges qui les séparent, ou de les voir interpeller indirectement l’auteur sur la cocasserie ou l’absurdité d’une situation…

Fred s’amuse d’eux et avec eux et cela, il le fait avec beaucoup de tendresse (même lorsqu’il soumet Barthélémy aux pires supplices !). Non content de tordre les codes de l’art séquentiel, Fred semble s’amuser à tordre les codes et les conventions sociales. Il les rend malléables, dénonce toute forme de bêtise humaine. De la magie, de la folie, de la poésie, de la fantaisie, de la malice… tout cela est présent ici.

Le plaisir de lire cette série est présent à chaque nouvelle aventure. Fred joue tout le temps avec son dessin, avec les mots ou les expressions de la langue française.

Comme un gosse espiègle, il semble vivre ses aventures en compagnie de ses personnages. Il a créé un monde monde à la fois si absurde et si cohérent qu’il en est parfois déroutant mais toujours, on s’amuse et on est complice de ce qui se passe dans l’histoire. Ce monde est poétique, il nous invite aussi à philosopher, à réfléchir mais tout cela se fait avec beaucoup de naturel. Fred a de l’humour, Fred fait de l’esprit… et Fred fait rêver tout le monde. Ainsi, le petit lecteur (comme mon fils de 7 ans) peut prendre ses histoires pour argent comptant (et trouver que les grands sont vraiment bizarres mais très rigolos ^^). Quant aux « grands lecteurs », ils pourront profiter d’une écoute au second degré. La série propose une belle critique de notre société mais le ton ironique des propos est sans animosité… Le calme et la naïveté de Philémon évacuent totalement toute forme d’agressivité dans ce regard décalé sur notre réalité.

PictoOKPictoOKLes voyages de Philémon me dépaysent et m’amusent. Petit bémol sur le tome 15 (Le Diable du peintre) que j’ai trouvé plus confus que les autres titres. Et une frustration liée à la lecture du tome 16 (Le train où vont les choses) qui vient clore la série. Ce tome arrive en effet 26 ans après son prédécesseur… et 48 ans après les débuts de Philémon dans le Journal Pilote !! Mais malgré cela, la volonté de Fred est restée intacte durant toutes ces années et a permis que cet album voie enfin le jour mais en 39 pages seulement… Pourtant, la préface de Marie-Ange Guillaume nous préparait à cette fin intrigante et mentionnant notamment les nombreux impondérables rencontrés par Fred durant ces deux dernières décennies, l’empêchant ainsi de finaliser cet album plus tôt. Mais le fait de découvrir cette Lokoapattes susceptible qui carbure à la vapeur d’imagination est un vrai régal. Maintenant, il m’avait semblé que ma chronique sur les deux premières intégrales avait fait mouche. Plusieurs lecteurs avaient semble-t-il noté cette série… je vous attends car j’aimerais réellement vous lire sur Philémon :mrgreen:

Une lecture que je partage avec Mango et vous… lecteurs BD du mercredi 😉

Logo BD Mango Noir

Un projet d’adaptation de la série au cinéma… j’ai hâte de voir ça !

La chronique de Du9La Griotte et une invitation à visiter Batbad (site d’un passionnée de Fred).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Prénom : Philémon

Lieux imaginaires : retour au Pays des lettres de l’Océan Atlantique

Challenge PetitBac LieuxImaginaires

Philémon

Série terminée

Intégrale 3 regroupant les tomes 11 à 15

Tome 16 : Le train où vont les choses

Editeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : FRED

Dépôt légal : 2011 (pour l’intégrale) et février 2013 (tome 16)

ISBN : 978-2205-03741-8 (t.16)

Bulles bulles bulles…

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Philémon, Intégrale 3 et tome 16 – Fred © Dargaud – 2011 et 2013

Philémon, Intégrales 1 et 2 (Fred)

Intégrale 1 – Fred © Dargaud – 2011
Intégrale 1 – Fred © Dargaud – 2011
Intégrale 2 – Fred © Dargaud – 2011
Intégrale 2 – Fred © Dargaud – 2011

Philémon est un adolescent intrépide et rêveur. Il vit à la campagne avec ses parents et passe ses journées à aider son père sur de menus travaux de la ferme. Couper du bois, aller chercher de l’eau au puits, approvisionner l’oncle Félicien. Philémon est aidé dans ses tâches par son âne Anatole.

Intégrales 1 et 2 – Fred © Dargaud – 2011
Intégrales 1 et 2 – Fred © Dargaud – 2011

Philémon est aussi facétieux. Il adore inventer des histoires qu’il raconte à ses proches ou aux habitants de son village. C’est pourquoi, lorsqu’il rapporte que son oncle Félicien l’a réduit avec sa lorgnette… personne ne le croit. Mais ce n’est que le début. Un jour, alors qu’il va chercher de l’eau, Philémon découvre que des bouteilles sortent par le puits ; elle contiennent les appels à l’aide d’un naufragé. Intrigué, Philémon souhaite explorer le fond du puits. Il est alors aspiré par un tourbillon et perd connaissance. Quand il reprend ses esprits, il est sur la plage de l’île du « A », le premier A d’une des nombreuses îles du pays des lettres de l’OCEAN ATLANTIQUE. Intrigué par l’étrangeté de la faune et de la flore, le jeune homme décide d’explorer l’archipel. Il y rencontre Monsieur Barthélémy, l’ancien puisatier de son village disparu depuis quarante ans. Après moult pérégrinations, Philémon et le naufragé du « A » retrouvent le chemin de leur monde mais rapidement, le vieil homme est nostalgique de son ile. L’Oncle Félicien et Philémon vont l’aider à retrouver son A…

En 2011, à l’occasion de la première monographie consacrée à Fred, les éditions Dargaud ont réédité en trois intégrales les albums de la série Philémon. Cette série a été publiée pour la première fois en 1965 dans le magazine Pilote. Ce n’est qu’en 1972 que ses épisodes sont compilés, elle compte aujourd’hui 15 albums.

« Formidable » !!…

… comme le dit si bien René Goscinny dans la préface qu’il avait rédigée pour la première édition du Naufragé du « A » (1978).

Philémon, c’est avant tout un voyage fascinant dans un lieu imaginaire. On navigue entre le rêve et la réalité, entre l’absurde et le magique. Pour accentuez l’impression de dépaysement, Fred n’hésite pas à jouer avec les codes de la BD. Il tord les cases, crée parfois un jeu interactif où Philémon sort de sa vignette pour aller redresser la case suivante qui est tombée. Et si Philémon ne s’adresse pas directement au lecteur, force est de constater qu’il y a une réelle interaction entre les agissements et les réflexions du personnage et le spectateur émerveillé qu’est le lecteur.

C’est l’absurde qui le [Fred] passionne, cette douce folie qui rend le monde sans limite, qui largue les amarres pour un univers où tout est possible

explique Emmanuel Papillon (un passionné de Fred) sur son site.

Intégrales 1 et 2 – Fred © Dargaud – 2011

A l’instar d’Alice au pays des merveilles, on va donc de découverte en découverte dans ce monde où tous nos codes sociaux sont déformés pourtant, la construction de cet univers répond à une logique imparable rendant le tout très crédible. On pourrait être sceptique à la vue d’un bateau-ivrogne, d’un charmeur de route, d’un zèbre-geôle ou d’un piano sauvage… mais leurs apparitions respectives dans les aventures de Philémon n’est que la suite logique d’un monde parallèle où chaque élément trouve naturellement sa place, où tout est à la fois déroutant et familier. Cet univers se construit autour de multiples références culturelles :

En compagnie de Philémon, un jeune homme pacifique et rêveur, nous flottons dans un ailleurs ensorcelant, nous rêvons de tourner la page afin de nous enfoncer toujours plus dans ce monde qui nous fait oublier notre réalité. Nous nous amusons, nous nous inquiétons de savoir comment Philémon peut se sortir d’un mauvais pas. Perdu au milieu de couleurs sucrées, le lecteur savoure des bleus ciel, des jaune paille, des roses bonbon. Visuellement, c’est un régal.

Une lecture que je partage avec Mango dans le cadre des BD du mercredi

Logo BD Mango NoirPictoOKPictoOKPremière lecture de l’année et un monstrueux coup de cœur. J’ai été charmée par cet univers à la fois tendre et poétique, où les différents éléments narratifs sont introduits avec beaucoup d’humour et de finesse. J’ai adoré, je ne sais pas comment vous le dire autrement. Promettez-moi une chose : lisez 😉

La besace du Gros Barbu était si remplie qu’il n’y avait plus de place pour la troisième intégrale… mais je compte bien y remédier sous peu.

En 2012, l’Exposition « Fred l’Enchanteur » a été inaugurée au Festival International de la Bande dessinée d’Angoulême. Je partageais quelques photos de l’événement dans cet article.

Exposition "Fred l'Enchanteur" (Angoulême 2012)
Exposition « Fred l’Enchanteur » (Angoulême 2012)

Le lien vers le site Batbad consacré à la série (à visiter !!)

Les liens : la fiche Wikipedia de la série, la chronique des Inrocks et celle de Gilles Barba.

Du côté des challenges :

Le Tour du Monde en 8 ans : France

Lieux imaginaires : le Pays des lettres de l’Océan Atlantique

Petit Bac 2013 : Prénom Philémon

TourDuMonde PetitBac LieuxImaginaires

Philémon

Série terminée (16 tomes)

Éditeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : FRED

Dépôt légal : mars 2011

ISBN : 978-2205-06388-2 (Intégrale 1) et 978-2205-06389-9 (Intégrale 2)

Bulles bulles bulles…

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Philémon, Intégrales 1 et 2 – Fred © Dargaud – 2011

L’Histoire du corbac aux baskets (Fred)

Histoire du corbac aux baskets
Fred © Dargaud – 1993

Armand Corbackobasket a, semble-t-il, un nom qui le prédestinait à vivre une expérience hors du commun. Nous le découvrons désabusé, au moment où il frappe à la porte du Docteur Verle Corbo, médecin psychiatre. Surprenante première rencontre pour Armand puisque le spécialiste se révèle un brin déjanté, le type d’homme qui ne semble pas avoir la carrure pour encaisser ce qu’il va devoir entendre.

L’histoire d’Armand est atypique. Un matin, au saut du lit, cet homme se rend compte qu’il s’est transformé en corbeau. Seules choses qu’il a conservées de sa « vie d’avant » : sa taille humaine et ses baskets. C’est donc tout de plumes vêtu qu’il se rend à son travail, qu’il essuie le courroux quotidien de son patron parce qu’il est en retard et qu’en prime, il se fait licencier à cause de son « déguisement »… Une excentricité qui ne plaît pas, de l’avis général de ses collègues. Mais ce n’est là que le début d’un parcours douloureux et d’une longue solitude. Confronté à un phénomène d’exclusion en raison de sa différence, c’est bien malgré lui qu’Armand va trouver un nouvel employeur, tenter de supporter sa différence et l’intolérance des autres à son égard…

Touchant personnage que celui d’Armand.

Étrange personnage qu’est son psychiatre, qui écoute sans entendre. Affublé de tous les symboles propres à sa fonction : un entonnoir en guise de couvre-chef, un stylo à plume aussi grand que lui et un carnet de notes aussi volumineux qu’une valise de duchesse… il fait mouche et nous amuse. Armand devra s’accommoder de cet hurluberlu pour engager sa thérapie, vider son sac et trouver sa solution pour aller de l’avant. Se résoudre au suicide n’est pas une fin en soit, Armand le sait bien. Il va donc se dire et son histoire fait écho en nous de manière troublante. Un mélange de souvenirs de cauchemars, d’échecs, d’humiliations… cette expérience est tout cela à la fois, entre le monde onirique et la réalité crue. Aussi improbable que cela paraisse, l’identification au personnage principal s’effectue rapidement.

Le ton est donné, l’absurdité de l’univers n’est pas niée au contraire, Fred le Poète joue avec les mots et le comique de situation. Il s’amuse et nous amuse.

Grand Prix de la Ville à Angoulême en 1980, Fred a logiquement endossé le costume de Président du Jury d’Angoulême l’année suivante ; une reconnaissance largement justifiée. A cette époque, 12 tomes de Philémon sont déjà publiés et une carrière d’auteur qui avait débuté 26 ans plus tôt. Entre temps, il avait pris la casquette de Directeur artistique d’Hara-Kiri avant de rejoindre Pilote cinq ans plus tard. C’est là qu’il accouchera de Philémon, une œuvre qui le fait entrer dans le Panthéon des auteurs qui ont marqué des générations de lecteurs. Trente ans après la naissance de Philémon, c’est au tour d’Armand de voir le jour. Nouveau petit bijou que le Jury d’Angoulême récompensera trois mois plus tard -en janvier 1994- avec l’Alph-Art du meilleur album français.

Ces dernières années, j’ai eu de nombreuses occasions de feuilleter cet album. J’ai longtemps cru qu’il était verbeux. J’ai longtemps pensé que son graphisme était lourd et maladroit. Et puis, lors d’une descente récente en librairie, la lecture des trois premières planches a eu raison de moi et m’a convaincu d’opter pour l’achat, un choix que je ne regrette absolument pas aujourd’hui.

Dès les premières pages, l’attitude et la posture d’Armand touchent le lecteur. Ses grands yeux tristes, son dos vouté, son look atypique et l’accoutrement de son psychiatre captent l’attention. Soixante pages plus loin, le lecteur débarque d’un voyage passionnant et éprouvant durant lequel il a côtoyé la folie des hommes. Racisme et préjugés, intolérance et peur de l’étranger… Un univers riche dans lequel les symboliques sont omniprésentes, lourdes de sens mais leur utilisation détournée rend le récit jubilatoire. Une bande dessinée peut-elle rendre intelligent ? Si Maus n’a pas suffi à vous convaincre (ce dont je doute), voici un album qui devrait effacer vos dernières réticences.

Entre humour noir et dérision, ce conte satirique nous emmène aux confins d’une société en perte de repères. Individualisme, importance du paraitre, les personnages rencontrés par Armand ont ici fait le deuil de la notion de libre-arbitre, cela ne les attriste pas. Grotesque et mal fagoté, tes est l’individu de cette société absurde imaginée par Fred. L’album est une fenêtre ouverte sur le paysage à la fois amusant et cruel de notre quotidien et de ses travers. Un humour sarcastique sert cette fable, on rit de nos travers humains bien qu’inquiet de la forte ressemblance entre ce monde et le nôtre. Lecteur n’a d’autre solution que de s’accrocher à Armand (seul individu censé dans cet univers de brutes) comme il s’accrocherait à une bouée trouvée après un naufrage. L’humanité et la sensibilité du volatile sensibilité réchauffent.

Quant au graphisme, si je n’accroche pas toujours avec le dessin de Fred, j’en ai pourtant savouré la finesse. Lorsqu’il illustre le trouble ressenti par Armand, désormais victime du « délit de sale gueule », on explore avec cet homme-oiseau le côté sombre de son monde. Le héros est comme un enfant qui découvre une vérité qu’il avait niée ou qu’on lui avait cachée jusque-là. Avec beaucoup de pudeur, l’auteur met en scène la quête de sens de l’homme-oiseau qui voit sa vie banale basculer du jour au lendemain. Contraint de supporter les frasques de sa métamorphose, il n’a d’autres choix que la marginalisation. Les teintes ocrées du petit cabinet psychiatrique seront un précieux soutien durant la lecture. Elles contrastent tantôt avec la grisaille des prolétaires, tantôt avec l’agression lumineuse et clinquante des intérieurs bourgeois (de magnifiques planches à découvrir !). En somme, un graphisme qui s’accorde à merveille aux propos déjà mordants de l’auteur.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants des

Mango

PictoOKPictoOKJe suis touchée par cet album dont je ressors grandie. Il offre une occasion originale de parcourir, via un biais mi onirique, mi fantastique, les frasques et les absurdités de nos sociétés dites civilisées. Les dialogues savoureux offrent une réflexion enrichissante sur la différence et l’intolérance véhiculée par cette œuvre pleine de tendresse et de poésie.

Les chroniques de Culture’s Pub et de Benjamin.

Extraits :

« La foule en a crucifié d’autres avant vous, des fantaisistes… avec ou sans baskets. Et moi, comme Ponce Pilate, Monsieur Corbackobasket : j’écoute la foule ! Pour le bien de la société » (L’histoire du corbac aux baskets).

« Si t’étais comme tout l’monde hier, ‘fallait venir hier, corbeau ! Ouais ! Parce qu’aujourd’hui, t’as beau dire, t’es pas tout à fait comme nous ! Même avec des baskets ! Et ici on ne sert pas les gens qui ne sont pas comme nous ! » (L’histoire du corbac aux baskets)

« – Si les corbeaux se mettent à chercher du travail maintenant, où allons-nous ?

-C’est vrai ça ! Comme si y avait pas assez de chômage entre nous !

– Les corbacs, c’est des fumiers ! » (L’histoire du corbac aux baskets)

L’histoire du Corbac aux baskets

PALsèches

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

One Shot

Éditeur : Dargaud

Dessinateur / Scénariste : Fred

Dépôt légal : octobre 1993

ISBN : 9782205041897

Bulles bulles bulles…

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L’histoire du corbac aux baskets – Fred © Dargaud – 1993