Notes pour une histoire de guerre (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2018

Ils sont trois amis : Christian, P’tit Killer et Giuliano.

– T’as perdu des points Killer.
« Perdre des points » . C’était une de nos expressions. « Perdre des points… » On perdait des points chaque fois qu’on n’était pas assez durs. Quand on tombait de mob ou qu’une gonzesse nous envoyait bouler. Et ça, ça arrivait déjà avant la guerre.

Trois adolescents livrés à eux-mêmes. Leur pays est en guerre. Pour s’en sortir, il faut montrer les dents, jouer des coudes et se débrouiller. Leur repaire, il est là-haut sur la colline. Les trois faisaient la loi, leurs propres lois, et vivaient de petits larcins. En bas, les villages sont en partie détruits par les bombes.

Les attaques avaient lieu la nuit. Il y avait un village à l’heure du diner, et le matin il n’y en avait plus.

Un jour, alors qu’ils cherchent à vendre des pièces détachées de voiture, les garçons font la connaissance de Felix, un milicien trafiquant. Et là, c’est d’un tout autre business dont il va être question. Felix remarque les capacités de P’tit Killer dans lequel il se voit quand il était jeune. Le mercenaire va alors prendre les trois ados sous son aile et former P’tit Killer. Ce dernier va devenir son homme de main.

Notes pour une histoire de guerre – Gipi © Futuropolis – 2018

« Notes pour une histoire de guerre » décrit un monde d’hommes dans lequel les rapports humains sont un rapport de force entre dominants et dominés. Un monde aux codes âpres, rugueux, anguleux. Un monde où l’on survit, où il n’y a de chance que celle que l’on sait saisir… comme à la roulette russe.

Gipi décrit un pays en guerre sous le regard de ceux qui sont à l’arrière des lignes. Il parle du quotidien des civils qui tentent de survivre en s’affranchissant des règles habituelles. Ces trois jeunes réinventent la vie à leur manière. Ils se déplacent dans des paysages en ruines, à l’affût du danger. Ils rejettent la peur et la terreur. Des gosses, ce ne sont rien d’autres que des gosses qui jouent aux adultes pendant que les adultes jouent à la guerre grandeur nature. Que savent ces gamins de leur patrie ? Que savent-ils des raisons du conflit ? Le scénario est silencieux à ce sujet, nous donnant l’impression d’un monde à la dérive.

– Mais quel rapport ? Cette guerre-là, c’était pas la nôtre.
– Ah non ? Et pourquoi ? A quelle distance de ta pomme doivent exploser les bombes pour te faire dire qu’une guerre est la tienne ?

« Notes pour une histoire de guerre » a été écrit bien avant « La Terre des fils » mais on retrouve ce thème de l’enfant livré à lui-même dans un monde décharné, au bord du gouffre, sans foi ni loi, un monde à modeler. Le dessin fragile campe des gueules imberbes et charismatiques. Les corps parfois désarticulés qui se déplacent sur de magnifiques paysages en noir et blanc d’où la couleur jaillit naturellement de notre imagination.

Malgré l’austérité de cet univers, on s’installe immédiatement dans le trio principal. Le devenir de ces gamins nous soucie, les solutions qu’ils bricolent pour survivre nous inquiètent et nous fascinent. Superbe album de Gipi qui a obtenu le Prix René Goscinny en 2005 et le Fauve du meilleur album en 2006.

Une lecture partagée avec les bulleurs de « La BD de la semaine » . Retrouvez tous les liens des participants chez Moka.

Notes pour une histoire de guerre

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Dépôt légal : janvier 2018
144 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2448-4

Bulles bulles bulles…

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Notes pour une histoire de guerre – Gipi © Futuropolis – 2018

La Terre des Fils (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2017

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin,
on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire.
Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit

Le livre s’ouvre sur ces mots. Puis plus rien, si ce n’est ce paysage déserté de toute vie et au beau milieu duquel, un garçon, torse nu, un pantalon qui part en lambeau, tenant un bâton à la main. Il est comme désœuvré, comprend-il ce qui se passe. Il appelle mais personne ne lui répond. Des champs à perte de vue. Rien, pas âme qui vive, pas même d’écho pour répondre à son appel. Puis, à l’horizon, des oiseaux qui volent en cercle. Il s’approche, observe une scène de combat entre un homme et un chien errant. L’homme l’emportera. Cet homme, c’est son frère. Il vient de gagner leur prochain repas.

Dessin fragile, comme esquissé. Comme un brouillon épuré de toute fantaisie, ne s’arrêtant que sur les détails essentiels. Les touffes d’herbe racontent le vent. Le paysage narre le dépouillement. Les têtes de ces garçons disent tout de leur simplicité de leurs besoins vitaux réduits au minimum vital.

Ils se mettent en marche. Ils rentrent. Ils retrouvent « Lui ». « Lui » qui dicte, organise, dit ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas. Ce qu’il aime et ce qu’il ne veut pas. Les garçons suivent. Le respect est de mise.

Lui c’est ce père. Cet homme abrupt. Froid. Incapable de féliciter. De sa bouche ne sorte que des reproches. Des injonctions.

Des émotions bouillonnent dans les veines des deux frères. Mais ils ne savent pas que faire de cet amalgame de ressentis, ils n’ont pas les mots. Colère, frustration, cri, faim, froid. Tout cela ils l’abordent de façon assez primaire, primale, brutale. Les mots sont limités. Ils ne sont pas faits pour philosopher mais pour s’organiser et survivre.

Le dessin est croqué, comme un premier jet que l’auteur n’aurait pas retouché. Un dessin en jachère pour montrer finalement l’âpreté de ce monde. Pour montrer sa crasse. Pour dire aussi le peu de sentiments que ces individus sont capables d’avoir. Tout ce qui est fait doit permettre de répondre à deux besoins vitaux : manger et dormir.

Gipi nous ancre dans ce monde silencieux. Le paysage n’est que désolation. Le lecteur cherche quelle catastrophe a bien pu donner naissance à ce monde cruel. Les réponses arrivent au compte-goutte, nous laissant tout le temps de savourer l’étrange ambiance de ce récit.

Un récit glaçant qu’on lit avec beaucoup d’appétit.

La chronique de Fanny et celle d’Yvan.

 

La Terre des fils

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : GIPI
Traduction : Hélène DAUNIOL-REMAUD
Dépôt légal : mars 2017
288 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-2252-7

Bulles bulles bulles…

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La Terre des fils – Gipi © Futuropolis – 2017

Chroniks Expresss #22

Je liquide quelques brouillons d’article qui ne verront jamais le jour. Souvent, j’ai pris trop de temps pour finaliser mon écrit et la lecture s’est déjà échappée… Je n’ai aucun regret si ce n’est pour l’ouvrage de Lola Lafon auquel j’aurai aimé rendre un meilleur hommage car il n’a pas sa place dans cette courte liste d’ouvrages.

Voici donc un petit bilan de quelques lectures faites çà et là :

BD : En descendant le fleuve et autres histoires (Gipi ; Ed. Futuropolis, 2015), Charly 9 (J. Teulé & R. Guérineau ; Ed. Delcourt, 2013), La Crise, quelle crise ? (Collectif ; Ed. de la Gouttière, 2013), Otto (F. de Decker ; Kramiek, 2014), Panthers in the Hole (D. Cénou ; La Boîte à bulles, 2014).

Romans : La petite Communiste qui ne souriait jamais (L. Lafon ; Ed. Actes Sud, 2014), Mama Black Widow (I. Slim ; Editions Points, 2012), Exploration sur le terrain du sexe ukrainien (O. Zaboujko ; Intervalles, 2015).

 

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Bandes dessinées

Gipi © Futuropolis – 2015
Gipi © Futuropolis – 2015

« Confrontés à la beauté sauvage de la nature comme de la ville, les personnages de Gipi, le plus souvent adolescents, sont en quête d’eux-mêmes. Publiés pour la première fois en volume, ces douze récits sont autant de fulgurances de la vie bien dessinée de l’auteur. Gipi accompagne le sillon de nos vies, travaille le motif de la mémoire et du passage d’un âge à l’autre, ses thèmes favoris que, de titres en titres il file, tissant ainsi le motif universel du temps qui passe… Chez Gipi, les hommes ont aussi le défi d’être heureux dans le présent mais le souvenir d’un drame est souvent plus fort. Trait simple et texte à l’os ; on se souvient longtemps de ses histoires de petits héros ordinaires… » (synopsis éditeur).

Un recueil de huit nouvelles.

La première nouvelle donne son nom à l’album. Deux hommes en canot, ils descendent la rivière jusqu’à la mer. Parcours difficile en raison des intempéries. La pénibilité de la tâche est compensée par le plaisir d’être ensemble et la beauté des paysages traversés. Beaucoup de silences et de respirations graphiques. D’une page à l’autre, le temps est laissé au temps, celui d’un voyage fluvial sans heurts et le travail d’illustration réalisé à l’aquarelle donne une impression de quiétude, une sorte d’harmonie entre l’homme et la nature, deux hommes parfaitement en accord d’ailleurs jusqu’à ce qu’ils décident de faire une halte dans une maison abandonnée. Au réveil, la tension accumulée par la nuit passée en ce lieu brise l’osmose entre eux, au point qu’ils ressentent le besoin de se séparer – le temps d’une journée – pour évacuer la tension accumulée durant la nuit. Solitude. Puis, les retrouvailles les conduisent dans un havre de paix que seules des sirènes fréquentent… métaphore. Voix-off, celle du journal intime, celle du témoignage, des mots que l’on couche sur le papier pour ne garder que pour soi. Aucun échange, seulement du narré sous le filtre de celui qui écrit. Un journal vivant, enrichit d’aquarelles réalisées lors du voyage. Un carnet de voyage.

Peu de récits se détachent du « lot » durant la lecture. Aucun fil rouge ne les relie excepté l’inspiration de l’auteur, ses errements silencieux, ses pensées… Des scénarios pas toujours construits, certains semblables à un premier jet qui mériterait d’être développé.

« C’était sûrement une idée pour une histoire. Un de ces trucs qui te rentrent dans la tête, tu sais pas pourquoi, mais qui ne partent plus »

Des notes sorties de carnets de croquis que l’auteur transporte sur lui en permanence. Des idées pour plus tard et puis des projets succèdent aux projets. Des histoires laissées en jachère que Gipi partage dans cet album patchwork. Croquis, aquarelles, pinceaux… tout y passe. Les souvenirs d’adolescence et de beuveries, les fictions à l’état pur, des sujets plus engagés comme celui des migrants, des univers oniriques. Le sexe, l’amitié, l’amour, le deuil… Autant de friches narratives que le lecteur peut ainsi découvrir. Un travail d’une rare sincérité que certains trouveront intéressants. Pour ma part, je n’ai pas accroché.

« Les dessins qui sont sur cette page ont été faits au stylo, ce même stylo avec lequel j’écris cette brève (inutile) note d’introduction. Ils ont été faits ces jours-ci. Mais l’histoire du boxeur, elle, est très vieille, elle date du siècle passé. Je me souviens bien de l’époque où je l’ai dessinée. C’était une sale période. J’étais dans la merde. Mon éditeur d’alors me téléphonait pour savoir comment avançait l’histoire et je répondais : “Bien.” La fin ? Énorme. Forte. Tout roule. »

 

Teulé – Guérineau © Guy Delcourt Productions - 2013
Teulé – Guérineau © Guy Delcourt Productions – 2013

« Charles IX fut de tous les rois de France l’un des plus calamiteux. À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint- Barthélemy qui épouvanta l’Europe entière. Abasourdi par l’énormité de son crime, il sombra dans la folie. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous… Pourtant, il avait un bon fond » (synopsis éditeur).

Adapté du roman éponyme de Jean Teulé, ce récit n’est pas une biographie de Charles IX mais une interprétation libre (dont la chronologie est cadrée par des faits réels) des deux dernières années de la vie du roi. Le récit commence à la veille du 24 août 1572, nuit funeste de la Saint-Barthélemy durant laquelle plus de deux mille protestants furent assassinés… La nouvelle du massacre se répand comme une trainée de poudre en France où d’autres meurtres seront commis (le nombre de protestants tués en Province est impressionnant). Le livre se referme sur les funérailles du roi.

Jean Teulé met en avant la personnalité de cet homme qui n’avait pas la carrure d’un roi. Un souverain plus disposé à promouvoir la culture qu’à parler de politique. Le scénario nous plonge dans les guerres de religions ; d’ailleurs, le ton est donné dès le début de l’album puisqu’il débute à la veille du massacre de la Saint-Barthélemy. On côtoie un monarque manipulé par sa mère (Catherine de Médicis), mis à mal par les prises de position de ses frères qui briguent son trône et insatisfait de son union avec Elisabeth d’Autriche.

Je ne sais pas si cette adaptation de Richard Guérineau est fidèle au roman éponyme de Jean Teulé. En revanche, je peux dire que j’ai trouvé le scénario laconique. Certes, il permet de suivre un fil narratif cohérent où l’on assiste à la lente descente aux enfers du personnage principal. Dès lors qu’il ordonne le massacre de la Saint-Barthélemy, il sera rongé par le remord et envahit par la folie (hallucinations visuelles, attitudes étranges, crises de colère…). Sa fascination pour la mort finit par le dévorer. L’auteur injecte régulièrement des anachronismes dans le récit ; celui qui m’a le plus marqué est certainement le passage dans lequel l’auteur montre que les conflits actuels (état islamique versus le reste du monde) ne sont en rien différents des guerres de religion de l’époque. La haine que se vouent les hommes en raisons de divergences de croyances religieuses est vieille comme le monde.

 

Collectif © La Gouttière – 2013
Collectif © La Gouttière – 2013

« Elle est là, parmi nous, depuis longtemps recyclée par toutes les idéologies, dans les éléments de langage des politiques, à la une des médias, omniprésente au café du coin. Mais c’est quoi cette crise ? La fin d’un système, le début d’un âge nouveau, un mal français, un spasme planétaire ?

Pour tenter de s’approcher d’elle, de la définir ou de s’en moquer, dix-huit auteurs de bande dessinée livrent leur regard, personnel et inévitablement impliqué, sur le monde qui nous entoure…

La Crise, quelle crise ?, ce sont dix histoires tournant autour de cette idée qu’il y aurait mille et une façons de vivre la crise, selon l’endroit où on se trouve, et donc mille et une façons d’en parler…

Dans chacune des histoires, l’un au moins des auteurs vit et travaille en Picardie. » (synopsis éditeur).

Dix nouvelles qui abordent sous différents angles un problème de société majeur et qui touche pêle-mêle à des sujets comme le chômage, la précarité, l’immigration, la spéculation, le capitalisme…

Tandis que les uns tentent difficilement de joindre les deux bouts, les autres jonglent avec les profits et cherchent à capitaliser davantage. Et si les plus précaires se débattent parfois vainement pour garder la tête hors de l’eau, les autres ont parfois conscience de leur chance et veillent à rester du bon côté de la « frontière » (et je ne parle pas là des privilégiés qui brassent l’argent comme on brasserait un tas de billes).

« La crise, quelle crise ? » permet de regarder les conséquences multiples de la crise. Ainsi, on va s’attendrir à la situation d’un père célibataire qui se laisse reconduire à la frontière avec son fils, laissant définitivement derrière lui ses illusions mais protégeant coûte que coûte les rêves d’enfant de son fils. On s’agace à la vue de ces jeunes traders qui ont décidément une vision tronquée du monde dans lequel ils vivent. Le matraquage médiatique continu qui passe sans transition des dégâts causés par un tsunami à la sortie du dernier Mario Bros, les images d’un enfant en train de mourir de faim ou celles du G20.

« Et au final, il ne restera rien d’autre que ma retraite de gérant de PME : plafonnée à 1200 euros net. Pas de stock option ou de parachute doré ici. On ne vit pas tous le même patronat »

L’ouvrage se referme sur un ultime récit, le plus remuant me concernant, qui imagine le déroulement d’un jeu télévisé des plus cyniques. Intitulée « Crisonomics », cette histoire réalisée par Philippe Thirault et Emem nous fait vivre une émission dans sa globalité. « Le jeu était un quiz sur la crise. Comme celles de la crise, les conséquences de Crazy Crisis n’étaient pas anodines. En cas d’échec, il y avait la sanction. Et elle était radicale. Mais même en cas de succès à une étape du jeu, il était impossible pour le candidat de s’arrêter. A chaque niveau réussi, une roue tournait et le hasard seul décidait ». Aussi malsain et aussi prenant que « Running man », des dérives médiatiques que l’on sait possible tant qu’il y aura des gens qui croiront encore à l’Eldorado providentiel… bien vu !

Auteurs : Alex-Imé, Noredine Allam, Emmanuel Baudry, Greg Blondin, Damien Cuvillier, Raoul Douglas, Emem, Fraco, Hardoc, Kris, Denis Lachaussée, Nicolas Lochon, Guillaume Magni, Luc Perdriset, Renard, Sylvain Savoïa, Philippe Thirault, Dominique Zay

De Decker © Kramiek – 2014
De Decker © Kramiek – 2014

J’ai remporté cet album l’année dernière via le Loto BD 2015 consacré aux albums muets (il était animé par Val). J’ai mis un temps certain à le lire et un peu hésité à en parler, ne voulant pas froisser la personne qui me l’a offert.

« Otto » est une série de Frodo De Decker qui a débuté en 2014 aux éditions Kramiek. C’est un recueil d’histoires courtes qui mettent en scène Otto – personnage principal relativement malchanceux. Le pauvre se retrouve dans des situations si incroyables qu’elles en perdent toute crédibilité et le degré d’humour employé est si lourds que les déboires d’Otto finissent par le rendre pathétique.

Quarante-huit pages durant nous assistons donc à une succession de gags. L’épopée ne souffre aucun temps mort de fait, nous manquons rapidement de souffle durant la lecture. Durant un bon tiers de l’album, de nouveaux personnages secondaires apparaissent, ce qui ajoute de la confusion à la confusion ambiante. Par la suite, on parvient à se familiariser avec chacun d’entre eux et l’on sera moins déstabilisé lorsqu’ils réapparaitront. L’état d’esprit de chaque protagoniste se résumerait à « chacun tente de tirer son épingle du jeu » car leur vie est souvent en jeu. En chemin, on rencontrera une baleine, un aigle, un pauvre singe, un capitaine d’arche (Noé ?), des extra-terrestres… et cette joyeuse clique va se croiser/se quitter/se tirer dans les pattes… en permanence. J’ai souffert…

Ça donne le tournis. Je ne comprends pas le but du jeu et je n’adhère pas à cet humour gras. De la découverte certes, mais je ne poursuivrais pas.

Cénou – Cénou © La Boîte à bulles – 2014
Cénou – Cénou © La Boîte à bulles – 2014

« Activistes et membres des Black Panthers, Robert Hillary King, Albert Woodfox et Herman Wallace se sont engagés pour la défense de leurs droits humains au sein même de leur centre de détention dit d’Angola, en Louisiane. Placés à l’isolement en 1972 après avoir été – a priori – injustement accusés du meurtre d’un gardien du pénitencier, le plus « chanceux » des trois, Robert King a été libéré en 2001. Herman Wallace aura, lui, peu profité de sa liberté puisqu’il est décédé le 4 octobre 2013, soit 3 jours à peine après sa remise en liberté. Quant à Albert Woodfox, il reste encore détenu…

Inspiré entre autres par le témoignage direct de Robert King (que les auteurs ont rencontré), Panthers in the hole reprend l’histoire de ces hommes pour en faire un récit poignant sur la ségrégation raciale aux États-Unis et sur l’inhumanité des conditions d’incarcération imposées à nombre de détenus, aux États-Unis… et ailleurs dans le monde » (synopsis éditeur).

Après avoir répondu à un appel à projet d’Amnesty International, David Cénou (Mirador – Tête de mort) se lance dans la réalisation graphique de cet album. Pour se faire, il collabore avec son frère, Bruno Cénou ; ce dernier se penche sur le scénario. Un premier tiers de l’album est dédié à la présentation des « trois d’Angola » : leur parcours jusqu’à leurs arrestations musclées et leur condamnation abusive. Chacun relate des conditions de détention extrême où l’on se demande par quel miracle ils n’ont pas sombré dans la folie. Le dessin charbonneux sert parfaitement le propos.

« Les trois d’Angola » se rencontrent en prison, lieu où ils se sensibiliseront au mouvement des Black Panthers… Les idéaux du mouvement vont être un fil rouge durant leur longue incarcération. Malgré les coups et les passages à tabac, ils n’hésiteront pas à militer pour dénoncer des règles carcérales abusives.

Un ouvrage didactique intéressant.

 

Romans

La petite communiste qui ne souriait jamais – Lafon © Actes Sud – 2014

Lafon © Actes Sud – 2014
Lafon © Actes Sud – 2014

« Retraçant le parcours d’une fée gymnaste qui, dans la Roumanie des années 1980 et sous les yeux émerveillés de la planète entière, mit à mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman dont la lecture politique n’épargne ni le bloc de l’Est ni la version falsifiée qu’en donnait à voir l’Occident délivre une passionnante méditation sur l’invention et l’impitoyable évaluation du corps féminin. » (synopsis éditeur)

Superbe ouvrage qui s’ouvre sur une note de l’auteure dans laquelle elle précise de façon explicite que le récit « ne prétend pas être une reconstitution historique précise de la vie de Nadia Comaneci. Lola Lafon réalise ici une libre interprétation de la vie de l’athlète, « l’échange entre la narratrice du roman et la gymnaste reste une fiction rêvée ». Une mise en garde nécessaire qui avertit donc le lecteur quant au contenu de ce qu’il va découvrir puis, la page se tourne, l’histoire commence et la magie opère. Le style de Lola Lafon est généreux en métaphores. Il emporte le lecteur dans le tourbillon des compétitions et brosse le portrait d’une fillette de 14 ans qui semble ne pas avoir conscience du danger. Il est enfin si proche du lecteur qu’il parvient à instaurer une forme de complicité entre le narrateur et le lecteur.

Elle jette la pesanteur par-dessus son épaule, son corps frêle se fait de la place dans l’atmosphère pour s’y lover

Le style de Lola Lafon transporte les sensations, l’émotion est à fleur de mots. Elle décrit l’évolution de l’héroïne et sa carrière de gymnaste qui a débuté en 1970 alors que l’enfant n’a que 8 ans. Les entrainements intensifs qui visent à repousser sans cesse les limites du corps au-delà de ce qui est entendable/réalisable. L’ouvrage revient régulièrement sur cette obsession à sculpter le corps féminin, nier les lois de la gravité sous prétexte d’atteindre la perfection (du geste, de la beauté…).

D’autres sujets sont traités comme le choc des cultures entre le bloc de l’Est et l’Ouest (les jeunes gymnastes roumaines sont confrontées à l’opulence capitaliste), les stratégies politiques (où Ceausescu utilise Nadia comme un symbole afin de servir sa propagande), le « marketing » psychologique pour impressionner l’adversaire, la modélisation du corps féminin permettant de répondre aux attentes esthétiques inhérentes à la compétition, l’idéologie politique, les méthodes de rationnement…

PictoOKPictoOKCoup de cœur pour ce roman passionnant. A lire si ce n’est pas déjà fait.

 

 

Slim © Editions Points – 2012
Slim © Editions Points – 2012

« Dans ce monde de Blancs haineux, un nègre vaut moins que rien. Otis, débarqué de son Mississippi natal dans un ghetto de Chicago, se débat entre une mère prête à tout pour quelques dollars, un prédicateur pédophile et des macs toxicos. Et Otis n’est pas seulement noir et pauvre, il est tiraillé entre son cœur qui le porte vers les jolies filles et sa chaire qui réclame de beaux mâles. » (synopsis éditeur).

Un roman écrit avec les tripes qui relate le parcours d’un jeune homme dont on ne sait, finalement, par quel miracle il est sorti vivant et entier de certaines situations qu’il a vécues… comme ce soir où, enivré d’alcool, il accepte de monter dans la voiture d’un beau noir viril qui est parvenu à le séduire… le prédateur profite de l’état semi-comateux de sa proie pour l’attirer dans un bouge, le violer et le passer à tabac. Iceberg Slim raconte un parcours de vie de façon chronologique, sans censure et sans tabou. Une découverte à l’état brut, un livre qui se dévore et dont on ressort un peu sonné. Une découverte faite grâce à Jérôme devant qui je m’incline car je suis bien incapable de parler de ce roman comme il le fait. Allez donc lire sa chronique.

 

Zaboujko © Intervalles – 2015
Zaboujko © Intervalles – 2015

« Tout commence par une histoire d’amour vouée à l’échec avant même ses prémices. La relation passionnelle que partagent un peintre ukrainien et la narratrice constitue une métaphore de l’Ukraine du XXIe siècle. L’héroïne d’ « Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » nous raconte la chute de l’URSS et du modèle soviétique qui a donné naissance à l’Ukraine indépendante, mais qui a également laissé dans ce pays une fracture et un traumatisme encore béants. À travers ses tentatives d’émancipation, la narratrice cherche à comprendre la force d’une identité et l’importance de se détacher du passé. Ce travail de deuil ne renvoie pas seulement au fait d’être ukrainien, mais au fait de se retrouver à genoux sous le poids d’une culture allogène. Oksana Zaboujko, dans cette fiction partiellement autobiographique, fait vivre cette langue et cette culture qui flotte dans la « non-existence ». Le corps d’une femme devient ainsi la métaphore d’un pays, de sa culture et de ses racines. « Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » nous donne de précieuses clés pour comprendre ce que signifie être humain, dans toute sa poésie et sa conscience.

« Explorations sur le terrain du sexe ukrainien » a été publié en 1996 : premier best-seller ukrainien, il a été traduit en onze langues et adapté au théâtre. » (synopsis éditeur).

J’étais pourtant partie enjouée dans la lecture de ce roman ukrainien. Tout d’abord parce que c’est un cadeau que l’on m’a fait et que la personne qui me l’a adressé a mis toute son attention dans la préparation de cet envoi. Ensuite, parce que j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que ça les littératures des anciens pays de l’Est et que, jusqu’à présent, leur lecture fut toujours un régal.

Le titre du roman de Oksana Zaboujko doit son nom à une conférence que la narratrice doit donner aux Etats-Unis. La narratrice parle de son rapport aux hommes et par conséquent au sexe (mais ce n’est qu’un thème secondaire dans cet ouvrage). Le récit débute sur une réflexion quant à une relation affective désormais terminée. Une relation à double visage, la narratrice repense à son ancien amant, au mal qu’ils se sont faits, au bonheur qu’ils ont partagé, à la routine qui étouffe peu à peu les sentiments. Le lecteur se confrontera ponctuellement aux propos cyniques sur les effets corrosifs de l’abstinence sexuelle sur un couple. A plusieurs reprises, j’ai pensé que cette façon d’écrire était très masculine ; l’auteure va droit au but, sans détours, elle est crue… mais la façon de formuler les piques est assez inhabituelle chez une plume masculine.

Le plaisir de lecture fut de courte durée. Je me suis épuisée à force de côtoyer ces phrases à la longueur indécente, si indécente que l’on en arrive à un point où l’on ne sait plus qui est le sujet ni en quoi consiste l’action. Je me suis surprise plusieurs fois à souffler, attendant désespérément la fin d’un paragraphe et son retour à la ligne qui permet de refermer le livre avec la certitude que l’on retrouvera l’endroit exact où l’on a quitté la lecture. Je me suis aussi noyée dans certaines réflexions sur la société, sur la politique, sur l’amitié, sur les peurs intimes de la narratrice… On la sent amère et en colère (en colère après elle, en colère après lui, en colère contre l’humanité entière). Je me suis perdue dans les métaphores, je me suis perdue… et j’ai quitté cette lecture peu après la page 100, incapable de trouver la curiosité et l’envie de poursuivre.

Une déconvenue.

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Ukraine

 

Vois comme ton ombre s’allonge (Gipi)

Gipi © Futuropolis – 2014
Gipi © Futuropolis – 2014

« Silvano Landi. Quarante-neuf ans. Aucun trouble de ce type jamais enregistré. Aucune hérédité ni épisodes reconstructibles dans l’histoire familiale. Aucune insuffisance physiologique. Bonne santé générale. Ne fume pas. Ne boit pas… excessivement. Un travail et une situation enviable. Aucun problème avec les femmes. Une schizophrénie subite avec attitudes obsessionnelles compulsives à orientation monothématique. Retrouvé un jour sur une plage en état de confusion. Hospitalisé ».

La première partie de l’album fait se succéder des parenthèses colorées et très descriptives – témoins d’un monde imaginaire et psychique riche et investit. Nous sommes également en présence de croquis dépouillés réalisés à l’aide d’un coup de crayon rapide. Gipi pose son regard sur l’Homme, insondable et imprévisible par nature. Parmi nous, les plus vieux repoussent la mort, les plus jeunes fuient la vie… autant de prétextes pour ne pas avoir à faire face à nos propres démons et à la folie qui nous ronge. Le personnage principal nous aspire dans un long monologue intérieur où nous tentons d’y défricher nos propres représentations de la maladie mentale, trompeuse et espiègle, mesquine et ravageuse. L’auteur emploie ici plusieurs ambiances graphiques qu’il pose toutes au même plan, chacune donnant vie à une facette différente de la réalité.

« Qui trop s’élève, chute souvent abruptement ».

Vois comme ton ombre s'allonge – Gipi © Futuropolis – 2014
Vois comme ton ombre s’allonge – Gipi © Futuropolis – 2014

Puis nous plongeons dans l’horreur des tranchées. Gris cendrés, marrons délavés… tout ici fait sentir la trouille et l’humidité de ce terrain de guerre hostile. Les yeux sont vitreux, les mines blafardes et les corps efflanqués. Une solidarité farouche lie ces moribonds. Une étincelle d’humanité survit grâce à de petits riens. Une cigarette donnée, un crayon prêté, un sourire échangé. L’instant est grave. Deux des hommes du bataillon ont été désignés pour partir en éclaireur. Pourquoi eux ?

Un bond dans le temps nous téléporte ensuite dans une soirée mondaine du siècle précédent. D’un inventeur épris d’une baronne. D’un inventeur qui pour épater sa belle, se met à inventer la plus terrible des armes. Cynisme dans le parallèle opéré, cynisme dans le décalage qui nous pète à la gueule entre cet intérieur bourgeois capiteux et ces troufions ressemblant à des brindilles, ces troufions qui n’ont que leur uniforme élimé comme protection.

Qu’est-ce qui vient ancrer ces trois scènes – appartenant à trois siècles différents – dans une seule et même histoire ? Un arbre. Sec, dépouillé. Un arbre qui fascine des hommes que tout sépare. Un arbre mort planté-là, incapable d’interagir avec quiconque… et pourtant…

Un récit intimiste où les choses échappent à tout contrôle. Où le corps médical n’est rien, même avec l’attirail de camisole chimique et d’échanges thérapeutiques. Où l’homme perd pied, incapable de dissocier le conscient de l’inconscient. Où l’intervention de l’auteur vient donner de la profondeur aux propos. Une pointe de paranormal vient épicer les choses. Il y a là une tension constante qui est maintenue et qui pèse à la fois sur le personnage principal et sur le lecteur. Cet homme subit les événements, tente d’attraper ce qui passe pour donner du sens. Le lecteur, en revanche, est à l’affût ; il observe, cherche à reconstruire le puzzle, tâtonne. Superbe.

PictoOKGipi nous emmène dans les dédales d’une mémoire tourmentée. Un aïeul qui transmet un lourd héritage aux générations futures. A lire.

Ailleurs : les avis de Fred (Point de fuite) et de Sullivan (Positive Rage).

Extrait :

« Les hommes qui respiraient il y a encore quelques instants, maintenant ne respirent plus. Amour… Où vont leurs désirs ? » (Vois comme ton ombre s’allonge).

Vois comme ton ombre s’allonge

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : GIPI

Dépôt légal : janvier 2014

ISBN : 9782754810319

Bulles bulles bulles…

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Vois comme ton ombre s’allonge – Gipi © Futuropolis – 2014

Chroniks Expresss #7

Ces derniers temps, je me retrouve confrontée à :

  • un manque d’envie de parler de certains titres,
  • un manque de temps…

… reprise de la rubrique Chroniks Expresss pour partager trois déceptions.

Bride stories, tome 1 – Mori © Ki-oon – 2011

Mori © Ki-oon – 2011
Mori © Ki-oon – 2011

« La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçon de huit ans son cadet ! Autre village, autres mœurs… La jeune fille, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, une ribambelle d’enfants et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions. Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune femme coûte que coûte… » (synopsis éditeur).

Vous avez été nombreux à encenser cette série dont j’appréhendais la lecture. Pourtant, le tome 1 ne s’étale pas réellement sur les émois amoureux d’une héroïne qui a tout pour plaire : jeune et jolie, sportive et intelligente, courageuse et émotive… elle a VRAIMENT tout pour plaire cette gentille jeune fille… un peu trop [gentille] peut-être.

Ce tome est l’occasion de découvrir les traditions et le mode de vie d’une famille installée quelque part en Asie Centrale. Si le trait de Kaoru Mori est raffiné et n’omet aucun détail (je me suis souvent perdue dans la contemplation d’un visuel), j’avoue que cette épopée – annoncée comme un seinen – ne m’a apporté aucune satisfaction. Malheureusement pour moi, j’ai déjà lu quelques chroniques sur les tomes suivants et je suis au courant que la romance amoureuse va prendre de plus en plus de place dans le scénario…

Je vais m’arrêter là puisqu’il m’a déjà fallu cinq semaines pour venir à bout de ce petit manga de 192 pages. L’histoire, loin d’être palpitante, n’a pas grand intérêt… mais j’ai essayé les copains ! 😉 (ah, vous vous disiez que je ne le lirais jamais !!?)

La synthèse de kbd et les chroniques de Jérôme et de Marilyne.

In vino veritas, tome 1 – Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013
Corbeyran – Malisan © Glénat – 2013

Une nouvelle saga débute avec ce premier opus de série. Il nous annonce la lutte fratricide entre Lionello et Tessa. Orphelins de père et de mère, ils ont été élevés par leurs grands-parents. Une enfance idyllique passée au milieu des vignes du patriarche qui leur a transmis son amour profond de la terre. Une grand-mère aimante et deux enfants unis pour les meilleurs et pour le pire. Malheureusement, la promesse qu’ils se sont faits enfants n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Devenus adultes, ils se vouent une haine de tout instant, une animosité que leurs proches ne parviennent pas à apaiser. Jusqu’au jour où la grand-mère décède. Cette dernière a pris soin de préciser dans son testament que s’ils souhaitent hériter de ses terres, ils devront unir leurs compétences et travailler ensemble…

Il y a à mon goût beaucoup trop de stéréotypes dans la présentation de cette série. Le travail de Luca Malisan parvient, malgré l’aspect assez lisse de son dessin, à créer deux ambiances assez distinctes. C’est propre mais ce type de dessin ne me fait ni chaud ni froid. La superficialité de Lionello nous saute immédiatement aux yeux tandis que Tessa apparait plus franche et spontanée. Bref, tout cela semble cousu de fil blanc ! Je ne m’arrêterais pas sur les couleurs criardes de l’album qui ont été posée à la palette, évitant ainsi toute trace de crayon, de hachure… il n’y a pas de profondeur, l’atmosphère est aseptisée, on ne ressent rien. Quant au scénario, il me semble bien trop classique et très convenu. L’ouvrage m’est tombé des mains avant que je ne parvienne à la fin de l’album.

La chronique de Planete BD.

Ils ont retrouvé la voiture – Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006
Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2006

Cet album est le second tome de la série Baci dalla provincia. Je vous avais présenté le tome 1 (Les Innocents) il y a trois ans. Mon sentiment était mitigé sur ce premier tome mais je souhaitais découvrir la suite du récit. Malheureusement, le voyage n’a pas été à la hauteur de mes attentes bien que l’on plonge très rapidement dans ce thriller.

On découvre deux hommes, deux anciennes racailles dont l’un semble avoir refait sa vie. Suite à la découverte d’une carcasse de voiture, les services de police sont sur le qui-vive, ce qui semble inquiéter l’un des deux hommes. Ils s’engagent dans une expédition punitive visant à effacer les dernières traces de leur délit et ainsi empêcher les forces de l’ordre de remonter jusqu’à eux.

Le lecteur ne tarde pas à donner du sens au titre de l’album. Gipi propose ici un huis-clos assez pesant. On est face à un rapport de force assez primal entre dominant et dominé, le second semblant appréhender les réactions du premier. La tension monte crescendo, elle suggère au lecteur que le dominant peut-être imprévisible, dangereux… On ne saura rien du passé de ces hommes, on devinera seulement qu’ils ont fait équipe à l’occasion d’un braquage ou quelque chose du genre. On devine aussi que le groupe s’est cassé suite à ce délit et que chacun a fait sa vie de son côté.

L’intrigue en elle-même s’étale sur une période très restreinte, une poignée d’heures tout au plus. L’action se déroule principalement dans une voiture. Plusieurs scènes présentent ainsi les deux hommes côte-à-côte, une disposition qui facilite les confidences et limite certaines effusions. J’ai vraiment apprécié la manière dont Gipi utilisait cette configuration pour travailler l’atmosphère.

En début de lecture, je pensais que nous étions face à deux amis qui se retrouvaient après une longue séparation mais les événements nous forcent à revoir constamment notre analyse et l’idée que nous nous faisions des liens qui les unissent.

Malgré tout, ça n’a pas pris. Je suis restée assez extérieure à cette histoire. A ce jour, la série Baci dalla provincia ne comporte que deux tomes.

La chronique de Frédéric Prilleux (Bedepolar).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment-Boisson : vino !

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Le Local (Gipi)

Le Local
Gipi © Gallimard – 2005

« Le Local est à moi tant que je ne fais pas de connerie. Telle est la règle de ce cadeau temporaire ».

Dès la première planche, Giuliano explique les termes du « contrat » que lui a fixé son père. Le quotidien de Giuliano, c’est sa famille… et la musique. Avec ses amis (Stefano, Alex et Alberto), il a monté un petit groupe. Le local leur ouvre de nouvelles perspectives car c’est la première fois qu’ils ont un endroit pour répéter, se retrouver. Mais tout cadeau a un prix et il est parfois difficile, au moment où les tentations de l’adolescence sont nombreuses, de devenir responsable.

Le scénario met en scène quatre adolescents en tous points différents si ce n’est leur besoin de composer et de jouer ensemble. L’originalité de Stefano, la discrétion d’Alberto, les icônes nazies d’Alex et la vie banale de Giuliano, quatre jeunes qui de prime abord n’auraient eu aucun prétexte à se retrouver. Leurs textes s’inspirent de leurs souffrances, de leurs rêves, de leurs quotidiens. Le récit est lent, il prend le temps de se poser sur chaque personnage, tantôt dans le groupe tantôt à l’extérieur. Les émotions sont bien mises en valeur par ce trait simple mais j’ai trouvé la colorisation un peu terne sur l’ensemble. Beaucoup de bleu marine, blanc, rouge qui viennent contraster avec les scènes d’extérieurs plus  vives et lumineuses. J’ai du mal à comprendre ce choix, contradictoire me semble-t-il, car le côté sombre des visuels est présent quand les jeunes sont ensemble, les couleurs sont toniques lorsqu’ils sont en famille. La découpe de planche  vient faire le contre-poids puisqu’elle donne une présence étonnante aux personnages et rythme le récit.

Un album qui m’avait été conseillé peu de temps après sa sortie et qui traînait dans ma PAL depuis. Plus récents, l’avis de David et le parallèle fait avec Je mourrai pas gibier sur HopBD m’ont donné l’envie de découvrir cet album. Un article qui rentre tout droit dans les « PAL sèches »

PictoOKUne parenthèse de la vie de quatre jeunes hommes que nous rencontrons au moment même où ils s’émancipent et se responsabilisent. Je trouve tout de même ces adolescents trop protégés et la fin du récit opte pour la facilité. Un élan d’optimisme surprenant.

Le Local

One Shot

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur / Scénariste : GIPI

Dépôt légal : octobre 2005

ISBN : 2070573001

Bulles bulles bulles…

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Le Local – Gipi © Gallimard – 2005

Les Innocents (Gipi)

Les innocents
Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2005

Un homme passe la journée avec son neveu. Initialement, il était prévu qu’ils aillent au Parc pour que Andréa puisse s’y amuser. Mais son oncle a reçu un coup de fil imprévu, un appel d’un vieil ami qu’il n’a pas revu depuis longtemps. Ils ne se sont pas revu depuis plus de 10 ans, c’était avant qu’ils n’aillent prison, avant qu’ils ne deviennent adulte…

Voici un album au rythme étrange qui se construit sur le poids des secrets et des non-dits. Un huis-clos, le temps d’une après-midi, où deux personnages sont mis en scène. Ils ne se connaissent pas. Le plus jeune fantasme le passé de l’autre pour qu’il il voue une admiration aveugle. Le plus âgé est partagé entre la peur de mal faire, l’envie de prendre enfin sa place d’oncle et de frère à l’égard et le besoin de se raccrocher à son passé.

Le récit est court et j’aurais aimé que certains points soient plus étoffés, les temps de silence sont parfois trop pesants, on ne dispose pas de suffisamment de clés pour comprendre les tenants et les aboutissants de la destinée de l’adulte. On suppose beaucoup et mon regard s’est logiquement tourné vers la relation naissante entre ces deux homme : l’un en devenir et l’autre qui souffre d’avoir du grandir trop vite. Un tiers intervient sur les dernières planches, personnage en souffrance, éparpillé, trop brouillon peut-être (?) et plein de rancœur à l’égard du monde.

Un univers intimiste que je n’ai pu m’empêcher de comparer à certains récits de Davodeau… mais peut-être est-ce la manière de dessiner de GIPI qui m’a influencée ? L’atmosphère est assez sereine, deux ambiances graphiques  se côtoient, donnent de la fluidité au récit puisqu’elles déchargent ainsi l’auteur des transitions narratives. Une bichromie timide à l’aquarelle pour les scènes du présent et de simples crayonnés pour les flashs-backs de l’oncle.

PictomouiUne timide entrée en la matière pour cette découverte d’auteur. Le rythme est lent, laissant planer comme une inquiétude latente. Mais ce n’est pas un thriller et le dénouement est déroutant. A quoi sert ce récit ? Cet album pourrait se suffire à lui-même… ou est-ce le peu d’engouement que je lui ais réservé qui ne m’incite pas à lire le second tome de cette série ?

Les Innocents

Tome 1 : Les innocents

Éditeur : Vertige Graphic & Coconino Press

Dessinateur / Scénariste : GIPI

Dépôt légal : février 2005

ISBN : 2-84999-005-1

Bulles bulles bulles…

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Les Innocents, tome 1 – Gipi © Vertige Graphic & Coconino Press – 2005