Infinity 8, tome 6 (Trondheim & Guibert & Biancarelli)

Trondheim – Guibert – Biancarelli © Rue de Sèvres – 2018

Sixième reboot lancé par le Capitaine de l’YSS « Infinity » pour tenter de découvrir qui est le commanditaire de cet énorme mausolée qui bloque le passage du vaisseau de croisière. Cette fois, il fait appel à l’agent Leïla Sherad de la Brigade volante des douanes. Sitôt mandatée, elle demande à pouvoir être secondée par l’historien Bert Numal qu’elle avait tenté d’épingler quelques heures auparavant pour détention illégale d’une antiquité.

Après un rapide point de la situation, le duo part en exploration et tombe rapidement sur un suspect. Cet « organisme végétal à l’appétit dévorant est prêt à s’étendre comme un cancer sur la nécropole et bien au-delà. Une plante qui pense, des morts qui parlent et des révélations décisives : une sixième mission qui sonne l’heure des premières répondes ! » (extrait du synopsis éditeur).

Pour cette sixième exploration du nœud du problème, Lewis Trondheim s’associe avec Emmanuel Guibert pour réaliser le scénario. Et si j’avais un peu fait la moue sur les derniers tomes de la série (disons plutôt que je les ai appréciés avec plus de retenue que les deux premiers tomes), ce tome 6 m’a davantage intéressée.

Impossible pour moi de comparer cette série à une autre œuvre tant son concept est atypique et original ; c’est comme si nous nous mettions à explorer les différentes facettes d’une même réalité (même espace-temps)… et c’est donc un peu comme si Lewis Trondheim (qui a imaginé cette série) avait été face à plusieurs story-board pour déplier son histoire et que plutôt que de retenir un seul projet, il décidait de les sélectionner tous [je tiens à préciser que ce n’est pas le cas ici, cette hypothèse est une pure invention de ma part].

Au dessin, Franck Biancarelli propose une ambiance assez douce qui convient bien aux personnalités des personnages principaux. Le résultat est très agréable, l’œil navigue tranquillement dans les illustrations et la présence du duo central est plutôt apaisante, même dans les scènes d’action.

Contrairement aux autres tomes déjà publiés, il faut avoir lu les cinq tomes précédents avant de découvrir celui-ci (alors qu’on peut faire une entorse dans l’ordre de lecture des tomes 1 à 5). On sait notamment qui a créé cette immense nécropole et dans quel but, mais ce ne sont que des premières réponses aux nombreuses questions ouvertes dans les tomes précédents.
Le septième et avant-dernier tome sort dans moins d’un mois et je suis assez curieuse de le découvrir. Il est étrangement intitulé « Et rien pour finir » …

Infinity 8

Tome 6 : Connaissance ultime
Série en cours
Editeur : Rue de Sèvres
Dessinateur : Franck BIANCARELI
Scénaristes : Lewis TRONDHEIM & Emmanuel GUIBERT
Dépôt légal : janvier 2018
94 pages, 17 euros, ISBN : 978-2-36981-269-2

Bulles bulles bulles…

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Infinity 8, tome 6 – Trondheim – Guibert – Biancarelli © Rue de Sèvres – 2018

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

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Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Rupestres ! (Prudhomme & Davodeau & Rabaté & Mathieu & Troub’s & Guibert)

Rupestres !
Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Pendant deux ans, six auteurs se sont régulièrement retrouvés autour d’un projet qui leur était cher. Le « réseau Clastres », puisque c’est ainsi qu’ils aiment à se nommer, a été impulsé par David Prudhomme. Ce dernier a invité Étienne Davodeau, Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, Pascal Rabaté et Troub’s à « rencontrer des grottes ornées du Paléolithique, pour observer et dessiner » (précision contenue dans le dossier de presse de Futuropolis).

Au final, ils sont descendus ensemble dans 6 grottes du sud-ouest de la France, ils ont confronté leurs regards. David Prudhomme revient sur cette expérience :

Nous sommes, ensemble, allés dans ces grottes, nous avons exactement marché dans les pas les uns des autres, nous avons observé les mêmes fresques. Nous avons mangé ensemble, nous avons bu ensemble… Et bien sûr, nous n’avons pas vu les mêmes choses !

Tout d’abord, je tiens à remercier les Éditions Futuropolis pour cette découverte.

C’est le fait d’être allée en novembre dernier au Festival BD de Colomiers et d’y avoir visité l’exposition collective « Dessins originaux, dessins originels » qui m’a conduit vers cet album. Voici quelques détails concernant cette exposition :

Ce travail commun était présenté dans une exposition collective « Dessins originaux, dessins originels », mis en scène de manière astucieuse par Marc-Antoine Mathieu. On entre dans une grotte (enfin, une pièce obscure :-)), lampe frontale allumée, à la découverte des dessins qui y sont accrochés. Tel un spéléologue, le visiteur aperçoit, à la lueur de sa lampe, les dessins qui surgissent de l’obscurité ! Sensations garanties ! (un article complet vous attend sur le site de Futuropolis quant à cette manifestation).

Le fait d’avoir vissé sur mon crâne la lampe frontale et de m’être plongée physiquement dans cette l’ambiance originale ne m’a pas permis d’accrocher outre mesure avec Rupestres !. Différents degrés de lecture se côtoient, ce qui offre une réelle richesse à l’album mais l’ensemble fait un peu trop « bourgeois-bohème » à mon goût (et cela me gêne de lier ce terme à Davodeau, Rabaté…). C’est la présence de pseudo-considérations métaphysiques qui crée cette impression, je les ai trouvées pompeuses sur certains passages. Cet échange par exemple :

– Ces dessins rupestres, c’est l’origine, c’est l’innocence du regard.
– Pour comprendre ces dessins, il faudrait recouvrer le regard de l’enfant ! Du nouveau-né !
– C’est ce que nous faisons, non ? Pénétrer la grotte c’est retourner au stade d’avant… d’avant la raison, d’avant l’entendement.
– Le stade du ventre.
– Celui de la présence pure.

Ou encore celui-là :

– C’est peut-être la nostalgie de la vie qu’ils ont peinte. Ces animaux ont dû leur manquer à un moment… C’est pour cela qu’ils les ont représentés, fixés.
– L’image comme une petite éternité contre la mort.
– D’où le mouvement… la farandole, la farandole de la vie.
– On sait que les animaux qu’ils représentaient n’étaient pas ceux qu’ils mangeaient… En les dessinant, peut-être les donnaient-ils en nourriture au ventre (la grotte) de la grande Mère (la nature).

Le mélange de plusieurs regards crée de la confusion dans les dialogues (on ne sait jamais avec certitude qui intervient) et dans les visuels de l’album : des expressions brutes, sauvages… préhistoriques ! certes… mais cela ne m’a pas convaincu. Plusieurs approches artistiques se relayent, de la technique de la carte à gratter à celle du crayonné (je ne les énumérerais pas toutes). Tous les styles se confrontent, se côtoient, se mélangent. Certains dessins, témoins d’une réaction instantanée à une situation donnée, ont une signification obscure (pour moi). De nombreux visuels en pleine page proposent tantôt de magnifiques aplats tantôt des masses informes. Dans l’ensemble, beaucoup de jeux d’ombre et de lumière, de contrastes… un ouvrage que je qualifierais d’expérimental. Pourtant…

… on ne pouvait rêver meilleurs guides dans cette exploration artistique et humaine, mais la manière dont s’imbriquent leurs pensées et leurs réactions complique la lecture.

Avec mon « degré de lecture », j’ai trouvé que l’aspect le plus intéressant de l’album était d’accéder à plusieurs approches créatives. Ces descentes en grottes forcent les auteurs à une remise en question personnelle/artistique. Ils nous livrent leurs réflexions, parfois à la volée ; cela permet au lecteur de percevoir un peu mieux du sens qu’ils donnent à leur démarche. Ce n’est qu’à mi-chemin de ce « grotte-book » de 200 pages que l’idée tenace que cet ouvrage allait me tomber des mains s’est estompée. L’impression d’être face à une sorte de quête artistique est apparue, comme si ces esthètes étaient lancés dans une recherche de filiation avec la volonté de donner une paternité à leur « vocation artistique » : rattacher leur démarche créative à quelque chose d’ancestral, mettre en valeur le rôle du medium au fil des siècles… Mais je n’ai aucune certitude, la question reste donc entière : qu’est-ce que les auteurs souhaitaient au juste nous transmettre ???

Je ne me suis pas saisie (non plus) des réponses données dans cette conférence réalisée lors du Festival BD de Bastia.

pictobofTrop expérimental pour que je puisse apprécier pleinement cet ouvrage. J’ai picoré ça et là, je me suis saisie de certains passages comme « la lettre à Dominique » que je pense pouvoir rattacher à Étienne Davodeau (??) et qui contient un regard très pertinent, très juste, très personnel sur le sens de la vie, le sens qu’on peut donner à une activité artistique, l’évolution des médias et des supports de diffusion des images (dessins rupestres, écriture, télévision, internet)…

L’avis de PlaneteBD et GDGest.

Extraits :

« Je ne dessine pas pour me mettre à l’abri, je dessine pour me mettre en difficulté dans un pré carré que j’ai choisi. Il m’arrive aussi de dessiner sur écorce, sur des concrétions argileuses ou calcaires et sur du sable. J’aime plutôt que mes dessins se conservent, mais ça ne m’ennuie pas de les voir s’abîmer et s’effacer. Je suis très démuni quand mes émotions me chamboulent et que je n’ai pas d’outil en main pour réfléchir et me protéger. Je suis plus rassuré avec mon charbon à dessin que sans mon charbon. Plus assuré en sachant que je peux avoir recours à mon charbon » (Rupestres !).

« J’ai infiniment de choses dans la tête, sans doute, mais très incomplètes, mal rangées, rarement disponibles. Rien à voir entre le choc que je reçois face à une scène et la besogne maladroite à laquelle je me tue plus tard, quand je tâche de la reproduire. Je dessine si bien quand je ne dessine pas, et si mal quand je dessine ! » (Rupestres !).

«  »Pour ma part, j’y vois une des plus belles inventions de l’homo sapiens, au point que j’en ai fait la vocation de l’essentiel de ce que je dessine. Sans bien savoir pourquoi, je me réchauffe à l’idée que mes dessins et ce qu’ils racontent soient accessibles à d’autres êtres humains, ici ou ailleurs, aujourd’hui ou demain. Combien de temps mes livres circuleront-ils ? Je ne leur demande rien, sinon que d’exister. Je n’espère pas grand chose. Au présent, le livre me convient. Au futur, il m’indiffère » (Rupestres !).

Rupestres !

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Auteurs : David PRUDHOMME – Étienne DAVODEAU – Emmanuel GUIBERT – Marc-Antoine MATHIEU – Pascal RABATE – TROUBS

Dépôt légal : avril 2001

ISBN : 9782754804325

Bulles bulles bulles…

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Rupestres – Prudhomme – Davodeau – Guibert – Mathieu – Rabaté – Troubs © Futuropolis – 2011

Demi-tour (Boilet & Peeters)

Demi tour
Peeters – Boilet – Guibert © Dupuis – 1997

C’est l’histoire du hasard et des coïncidences.

1995, jour des résultats du second tour des élections présidentielles.

Joachim descend d’Épinal et doit se rendre en Italie où il apporte une série d’images anciennes pour compléter une exposition. Il fait halte à Dijon.

Miryam vient d’Italie. Elle rentre chez elle. Sur le chemin, elle fait aussi une halte à Dijon, sa ville natale.

Le hasard les fait se rencontrer. L’un et l’autre se saisissent de cet interlocuteur de passage mis sur leur route pour échanger librement de politique, de projets et de sexe.

Dans les premières pages de la BD, les auteurs expliquent leur démarche de travail pour mener à bien cet album. Objectifs, moyens… tout y est… ce qui donne réellement l’impression d’être sur de l’expérimental et rien d’autre.

Le dessin de BOILET est assez « photographique », un peu chirurgical, même si je sais que je vais encore me faire aligner par certains puristes en utilisant ce terme. Mais j’ai tout de même le droit de ne pas aimer, c’est mon avis et il n’engage que moi. Je trouve que cela fige le dessin. Emmanuel GUIBERT a effectué la colorisation des planches de l’album. En faisant le choix d’attribuer une couleur à chaque personnage, il nous permet de nous glisser dans deux ambiances et deux personnalités. Quand vient la rencontre, les couleurs se mêlent pour créer une ambiance nouvelle. C’est assez intéressant et très beau.

Ensuite, le fond de l’histoire en elle-même est assez classique. Les décors sont triés sur la sellette, tout se passe dans un périmètre restreint autour de la Gare de Dijon et peu de personnages secondaires interviennent. BOILET et PEETERS ont pleinement utilisés la particularité du lieu central de leur ouvrage : la Gare. Lieu de rencontre, de passages, d’attentes, de conversations engagées pour faire passer le temps… Quelques clins d’œil de ci, de là, comme le serveur sur la seconde planche que j’ai mise (bas d’article) qui bénéficie du faciès de Benoît PEETERS et le personnage de Joachim qui n’est autre que le sosie de Frédéric BOILET. Mais on nous précise bien que cet ouvrage n’est pas autobiographique… excepté sur quelques expériences amoureuses et sur l’appartenance politique des auteurs.

Sur fond d’élections présidentielles, on va donc assister à l’attirance des contraires : un homme et une femme, l’un approche de la quarantaine l’autre est à l’aube de ses 20 ans, l’un va vers le Sud et l’autre remonte vers le Nord, l’un vote à droite et l’autre à gauche… j’en passe. Les jeux de coïncidences sont pleinement exploités mais j’adhère assez peu au personnage chargé de nous les rappeler.

PictomouiConseillé par Alan dans cet article, Demi-tour était avant tout une curiosité que je voulais découvrir.

Un bon moment de lecture auquel j’ai adhéré plus rapidement que pour Tokyo est mon jardin.

Ensuite, n’étant pas une fervente adepte de BOILET, je visualise peu comment cet ouvrage s’inscrit dans ses travaux en général.

Demi-tour

One Shot

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur : Frédéric BOILET

Scénariste : Benoît PEETERS & Frédéric BOILET

Coloriste : Emmanuel GUIBERT

Dépôt légal : février 1997

ISBN : 9782800124483

Bulles bulles bulles…

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Demi-Tour – Peeters – Boilet © Dupuis – 1997

Le Photographe, tome 3 (Lefevre & Guibert)

Le Photographe, tome 3
Lefevre – Guibert © Dupuis – 2006

La mission humanitaire touche à sa fin et les volontaires de MSF doivent, avant de rentrer, accomplir quelques dernières vérifications.

Didier LEFERVE, le Photographe, touche du doigt ses limites…  il a hâte de rentrer, de retrouver un minimum de confort et d’intimité. Il décide alors de quitter le groupe et de rentrer plus tôt, le reportage en lui-même étant terminé.

Avec l’aide de Juliette, responsable de la mission, il organise son retour accompagné d’un seul guide.

Enfin ! Je me suis procuré le troisième tome de cette série ! Le rythme est assez différent des deux premiers volets du triptyque.

Tout d’abord au niveau graphique, je trouvais déjà que le tome précédent accordait plus d’espace aux photos qu’aux dessins… passons une vitesse supérieure car ce dernier album comporte même des successions de plusieurs planches de photos.

Idem pour le scénario avec une prédominance de la narration au détriment des dialogues. En fait, ce qui m’étonne, c’est qu’habituellement dans mes lectures, j’ai l’occasion d’observer le personnage principal à la loupe du moins en début de série. L’univers s’élargissant progressivement à partir et autour de lui. Ici, c’est exactement l’inverse. On est partit du groupe, de l’effervescence procurée par l’organisation de la mission puis, de tome en tome, on en arrive à observer uniquement le personnage principal. Ce qui me gène foncièrement par rapport au thème abordé par cette série.

Un album très centré sur Didier et les difficultés qu’il rencontre. Des rapports difficiles voire conflictuels avec les gens de passage, une réelle détresse parfois.

On se rend compte à quel point la « bulle protectrice » de la mission humanitaire était prégnante tant les difficultés auxquelles se confrontent Didier LEFEVRE sont nombreuses… a tel point que ce dernier tome met réellement en avant ce qui a pu paraître secondaire dans les deux premiers tomes : le choc de deux cultures. Je ne dis pas que ce thème était totalement absent des deux premiers tomes, mais que le groupe a réellement pris Didier sous son aile et l’a emballé comme dans un cocon. Ici, nous saute aux yeux la question de l’acceptation nécessaire et du respect. Ce photographe aux habitudes étranges, ce non-musulman au visage atypique… Les rapports avec les Afghans semblaient si simples lorsqu’ils étaient gérés par Juliette… à double-tranchant dans les faits.

Pour Didier, la question de la photo va être, à certain moments, réellement secondaire, à d’autre totalement instrumentalisée (un témoin).

PictoOKQuoiqu’il en soit, la notion de plaisir  de photographier se perd dans des considérations plus prioritaires : celles qui concernent sa propre survie.Plutôt sceptique en début d’album, le rythme est assez saccadé et l’état d’esprit dans lequel se situe le personnage principal n’est pas des plus agréables.

Cependant, il me semble que des trois tomes du triptyque c’est cet album pour lequel j’ai le plus d’intérêt.

Une série récompensée en 2010 : Meilleure édition américaine d’une œuvre étrangère (Eisner Awards).

Mon avis sur le tome 1, sur le tome 2.

Le Photographe

Roaarrr ChallengeTome 3

Série terminée

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur : Emmanuel GUIBERT

Scénariste : Didier LEFEVRE

Dépôt légal : février 2006

ISBN : 9782800135441

Bulles bulles bulles…

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Le Photographe, tome 3 – Lefevre – Guibert © Dupuis – 2006

La Guerre d’Alan (Guibert & Cope)

La Guerre d'Alan
2000 © Emmanuel Guibert & L’Association
La Guerre d'Alan, tome 2
2002 © Emmanuel Guibert & L’Association
La guerre d'Alan, tome 3
2008 © Emmanuel Guibert & L’Association

Alan COPE a 18 ans lorsqu’il est appelé par l’Armée. A cette époque, les États-Unis sont engagés dans la Seconde Guerre Mondiale.

Il passe les tests d’aptitude et sort avec, en poche, un avis favorable pour être opérateur radio…

Le premier tome de ce triptyque suit Alan jusqu’à son 20ème anniversaire. Deux années d’entraînements et de formations diverses, dont celle d’opérateur radio, pour finalement débarquer en France le 19 Février 1945, jour de son vingtième anniversaire.

Ce triptyque est sa biographie.

Les dessins en noir et blanc sont assez hétérogènes. Le style de GUIBERT est reconnaissable et présente une grande variété de styles : pour les visages, cela peut aller du simple trait de caricature à des petites aquarelles aux variantes gris-noires assez jolies. Mais globalement, les visages sont dessinés de manière assez minimaliste dans la majeure partie de l’ouvrage ce qui contraste avec les décors qui, quand ils sont présents, pullulent de détails. Je reste donc assez partagée quant à la qualité des dessins trop fluctuante mais que l’on soit bien clairs : je ne suis pas capable d’imiter même le plus simple de ses dessins ^^. Tel est là le style de GUIBERT, tantôt affairé, tantôt laxiste… il en est de même dans Le Photographe.

La narration suit une trame chronologique qui démarre à la mobilisation d’Alan en 1943. Très peu de dialogues, essentiellement de la narration. Alan COPE décrit minutieusement, souvent par le biais d’anecdotes, le contexte de son enrôlement et ses différentes affectations pendant la Guerre. COPE é recourt à nombreux sauts dans le temps, se rappelant d’anecdotes ou de rencontres qu’il a vécu bien après la guerre. Tous ses détails jouent en faveur du scénario, tout comme les allers-retours réguliers passé – présent.

Sur la forme du récit en lui-même, il est flagrant que COPE s’adresse à GUIBERT, et indirectement à nous, lecteur. Il transmet son histoire et ce qu’il en a retenu, comme des petites leçons de vie qui, misent bout à bout, ont façonné l’homme qu’il est devenu (cet aspect-là n’apparaît réellement que dans le dernier tome). Il nous raconte SA guerre, ce qui rend le récit très spontané. Le scénario est tantôt identique à une conversation et fait appelle à des associations d’idées, tantôt plus construit (comme si les éléments avaient été regroupés pour maintenir une chronologie dans les événements). L’ensemble se lit très facilement… c’est fluide. Sobre, clair, pas d’étalage de science et de jeux de gros bras. Cet ouvrage est très abordable et nous confronte à un homme simple, sain et modeste.

On pourrait aussi dire que cette œuvre se découpe en trois grands axes :
– le Premier tome se consacre à la fin de l’adolescence : COPE est un jeune homme assez influençable, malléable et de nature optimiste. Ouvert aux changements, il s’adapte rapidement  aux situations et dispose d’une grande envie de découvrir et d’apprendre au contact des autres. A cette étape de la série, on voit que COPE est ballotté par les événements. C’est encore un enfant assez naïf.
– le Second tome quant à lui est celui de la découverte, de la surprise et des situations saugrenues. C’est le début de l’autonomie. Il s’ouvre aux autres et garde toujours à l’esprit le respect des valeurs et des positionnements de chacun. Dans la prolongation du tome précédent, c’est sa découverte  du monde.
– le Troisième et dernier tome est celui de la maturité. Il s’émancipe et on ne le découvre plus seulement au travers des autres… il verbalise ses goûts et ses choix clairement. Il est maintenant acteur de sa vie… fin de la passivité. Cela coïncide aussi avec la fin de la Guerre, il doit prendre des décisions le concernant et il ne fuit pas cette responsabilité. C’est en quelque sorte un aboutissement.

Ce qui est particulier dans cette œuvre, c’est qu’on ne verra rien des champs de bataille, des conflits, des morts, des prisonniers… Alan COPE ayant été relativement épargné par ses affectations. On observera donc de la guerre ses répercussions sur les civils : organisation quotidienne, ravitaillement, banalisation des réquisitions régulières de leur domicile au profit des soldats, culture et traditions des habitants…

PictoOKEn empruntant cette série à la Bibliothèque, je souhaitais avant tout créer l’occasion de connaître un peu plus la bibliographie d’Emmanuel GUIBERT dont la série Le Photographe a retenu mon attention (les trois tomes sont présents sur ce blog et accessibles via les index ou les tags).

Le bémol sera tout de même sur la qualité des dessins qui ne m’emballent que modérément. De même au niveau du scénario, mon engouement pour la série a été variable au fil des tomes et il me semble que plus on avance dans le temps et moins Alan m’est familier et accessible (car moins tolérant). J’ai eu l’impression que durant les deux premiers tomes, Alan observe le monde et que sur  le dernier tome… il s’observe… ça m’intéresse moins. On le sent nostalgique de sa vie de soldat. Le troisième tome est aussi plus saccadé que les autres, ce sont plus des bribes de souvenirs qui jalonnent ça et là sa mémoire, de rencontres en correspondances. Reste à savoir exactement à quel moment GUIBERT s’est-il retrouvé seul (décès de Cope) pour terminer le montage de ce triptyque ? Le décès de COPE aurait privé GUIBERT d’une quelconque forme de guidance narrative ?

Petite fenêtre sur le monde extérieur : du9 en parle, une fiche de GUIBERT sur le site de l’Asso (biographie), une chronique du tome 3….

Une interview de GUIBERT en anglais (certes) mais qui permet de voir quelques planches.

Un autre avis sur le Tome 3, quelques visuels sont également proposés :

La Guerre d’Alan

Triptyque terminé

Éditeur : L’Association

Collection : Ciboulette

Dessinateur : Emmanuel GUIBERT

Scénaristes : Emmanuel GUIBERT et Alan INGRAM COPE

Dépôt légal : avril 2000 pour le tome 1 (première parution de l’ouvrage dans la Revue LAPIN entre 1997 et 1999), janvier 2002 pour le tome 2 et février 2008 pour le tome 3

Bulles bulles bulles…

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La Guerre d’Alan, tomes 1 à 3 © 2000 à 2008, Emmanuel Guibert & L’Association