Egratignures (Hureau)

Hureau © Jarjille – 2015
Hureau © Jarjille – 2015

Lorsqu’il était enfant, il rêvait d’un voilier qu’il ferait naviguer dans le bassin du parc. La vie lui a apporté autre chose.

Lorsqu’il était enfant, il passa une journée à tenir compagnies à deux dames dans un parc. Il les amusa, il les ravit, mais ce qui reste réellement de cette journée, c’est une carte de visite qu’un homme lui remit ; son avenir professionnel lui apparut alors comme une évidence.

Un jour, lorsqu’il était petit, il fit tout pour plaire à une fillette. Ce jour-là, il apprit à dompter sa peur.

Lorsqu’il était petit, il n’avait pas de toit. Sa maison, c’était la rue. Son occupation, c’était de trouver un moyen de survivre. Puis un soir, il rencontra cette fillette qui s’était perdue. Pour elle, il prît des risques. Il eut peur pour sa vie.

Puis il y a Numa, Lelio, Ninon, Thalia, Noé, Susa et cette fillette.

Sept enfants orphelins, abandonnés ou vendus à un contremaitre qui les fait travailler d’arrache-pied tous les jours de la semaine dans une briqueterie. Mais ce jour-là est à eux, il marque un tournant dans leurs vies. Au loin une révolution commence à se faire entendre. Le patron s’agite, préoccupé. Les outils resteront rangés.

La briqueterie n’est qu’une silhouette parmi d’autres dans le paysage. Ce jour-là elle dort, elle est silencieuse. Et eux ont toute la journée pour rêvasser. « Il devint clair que la journée s’ouvrait pour nous sur d’insondables possibles ». Alors, dans un même élan, ils partent découvrir d’autres lieux.

Nous n’avions plus qu’à inventer notre nouvelle vie, trouver de quoi en alimenter les besoins élémentaires.

Petites leçons de vie mises en images et en mots par Simon Hureau (« Mille parages » , « L’Empire des Hauts-Murs » , « Intrus à l’étrange » …) qui nous émerveille une fois de plus. La beauté des illustrations qu’il réalise est réelle. La minutie, le souci du détail, ce trait à la fois précieux et vivant sont autant d’éléments dont on se saisit et qui nous permettent de sauter la tête la première dans ce recueil. Une histoire principale, celle des sept enfants des rues. Le rêve fou qu’ils font et dans lequel ils croient. Rendus plus forts grâce à ce lien qui les unit. Ils sont une famille, unis, solidaires, ils veillent les uns sur les autres, insouciants du danger, ne sachant pas ce que la vie est capable de leur réserver le meilleur comme le pire. Carpe diem, c’est ainsi qu’ils vivent.

Au terme de chaque temps fort du récit, une parenthèse qui nous permet de découvrir d’autres enfants issus, quant à eux, d’un milieu social plus aisé. La richesse des uns contraste avec la pauvreté des autres mais tous ont ce point commun de croire en l’impossible. Le rêve, l’enfance, des bleus à l’âme, des bleus suite aux coups de bâtons reçus… autant d’accrocs que l’insouciance de l’enfance permet parfois de dépasser plus vite que d’ordinaire. Le tranchant de la vie et sa caresse.

PictoOKSept nouvelles, sept sucreries où l’on se régale les pupilles. Pour ne rien gâcher, l’objet-livre est superbe. Une belle invitation à la lecture.

Une lecture commune avec Jérôme (merci pour la découverte Monsieur ! 😉 )

Egratignures

One shot
Editeur : Jarjille
Dessinateur / Scénariste : Simon HUREAU
Dépôt légal : octobre 2015
120 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-918658-49-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Egratignures – Hureau © Jarjille – 2015

Mille parages, tome 1 (Hureau)

Hureau © La Boîte à bulles – 2015
Hureau © La Boîte à bulles – 2015

« Simon Hureau aime les chemins de traverse… Lors de ses périples, le bougre reste rarement sur les itinéraires touristiques : il préfère s’échapper, carnet en main, pour découvrir et croquer l’envers du décor, le mode de vie des personnages demeurant là ainsi que mille détails drôles ou sordides qui échappent généralement aux yeux de ses congénères.
Absorbé par ce qu’il observe, il ne peut éviter parfois certaines galères, le plus souvent sans gravité – et propres à amuser ses lecteurs…
Ce premier volume de Mille parages regroupe pêle-mêle une riche moisson de récits courts, inédits pour certains, égrainés, pour les autres, depuis une douzaine d’année au fil de publications plus ou moins confidentielles.
Simon nous invite à le suivre, des bords de Loire à la jungle thaïlandaise, d’un simple trajet en RER à un chantier d’entraide dans la brousse togolaise, de Bologne à Meknès…
Les prochains volumes devraient nous emmener vers d’autres ailleurs, de Surabaya à Padang Galak, de Xi’an à Dang Jia Cun, de Novella à Belgodère… » (texte accueillant le lecteur sur le rabat de couverture de l’album).

Le lecteur tient entre les mains un recueil contenant diverses anecdotes vécues lors de différents voyages, qu’ils soient touristiques, humanitaires ou professionnels.

On découvre ainsi l’aversion de Simon Hureau à dormir dans une chambre d’hôtel et on a désormais la certitude que cet homme-là est un amoureux de la nature. Si vous ne vous en doutiez pas, je vous invite à lire Palace (carnet de voyage réalisé suite à un séjour au Cambodge) mais aussi des ouvrages comme Intrus à l’Etrange ou Hautes œuvres où, à la moindre occasion, fourmillent des détails en tout genre sur la faune, la flore mais également toutes les vétilles qui décorent intérieurs, fleurissent dans les rues (un panneau publicitaire, un ornement architectural, le pli d’un vêtement…). Sur une ancienne fiche qui présentait l’auteur sur le site des Editions Ego comme X (chez qui il a été publié), on pouvait lire que Simon Hureau avait comme passions « l’ornithologie, les vieilles pierres, les odeurs, le monde souterrain, le jardinage, l’entomologie, la naturalisation, les cabinets de curiosités, l’Afrique, le patrimoine architectural, le cinéma, l’estampe, les arts plastiques et les livres »… ce qui promet déjà une somme de détails graphiques assez conséquente dans chacun de ses ouvrages.

Mille parages, tome 1 – Hureau © La Boîte à bulles – 2015
Mille parages, tome 1 – Hureau © La Boîte à bulles – 2015

Pourtant, malgré cette foisonnante récolte de babioles à regarder, on contemple avec régal les illustrations et on se délecte tout autant de la nature du propos. Graphiquement, les dessins de Simon Hureau sont d’une richesse et la lecture de ses ouvrages ne crée jamais [Ô grand jamais !] d’écœurement. Qui plus est, l’humour emprunté ainsi qu’une bonne dose d’autodérision viennent agrémenter le propos de façon astucieuse.

D’une acuité redoutable pour attraper du regard le moindre détail, l’auteur s’attarde ensuite à le croquer avec gourmandise. Il est en ainsi des différentes anecdotes de ce recueil, certaines trouvant leur origine dans un voyage, d’autres dans diverses déambulations de son quotidien. Ainsi, nous allons le suivre à différentes occasions (mariage, visite d’exposition, balade…) en Europe (Italie et France dont la Touraine, la Creuse, la Haute-Garonne…), en Afrique (Burkina Faso, Togo, Maroc) et l’Asie (Thaïlande). Une douzaine de ces courts récits ont déjà été publiés par le passé tandis que les autres (une petite vingtaine) sont totalement inédites.

Mille parages, tome 1 – Hureau © La Boîte à bulles – 2015
Mille parages, tome 1 – Hureau © La Boîte à bulles – 2015

Instant de lecture très agréable qui nous emmène de-ci de-là, au travers d’anecdotes, découvrir des moments totalement incongrus, des galères, des trouvailles. Simon Hureau fait prendre d’une curiosité insatiable à l’égard de son environnement, principalement concernant la faune et la flore mais cet homme fait preuve d’une grande humanité. Un éveil et une sensibilité permanents à l’égard de la nature.  Sa découverte permanente d’un ailleurs est communicative.

PictoOKPêle-mêle des errements de cet album : une collection de croquis d’insecte, un combat entre des termites et des fourmis, des tripes jetées aux chats, une balade en zone militaire, une panne de voiture, le sauvetage d’une corneille, un chantier d’entraide dans la jungle thaïlandaise, un croquis dans la rue, une auto-stoppeuse, la construction d’un pont, la préciosité de l’eau, la balade au plateau de Millevaches, un sac oublié…

Bien aimé ce carnet de voyage qui permet de s’extraire du quotidien de façon quasi instantanée. Il nous en faut finalement bien peu à Simon Hureau pour nous embarquer dans ses pérégrinations : une plume, de l’encre de Chine et une envie de partager quelques souvenirs.

LABEL LectureCommuneRavie d’avoir fait cette lecture en compagnie de Jérôme !! Sa chronique à lire.

Extraits :

« A quelques mètres près, du sentier aux broussailles, tu passes du paradis verdoyant à l’enfer vert » (Mille parages, tome 1).

« Pas d’avion dans le ciel, pas de ronronnement d’autoroute ou de périph’, pas de lampadaires, pas de pylônes ni de grésillement électrique, pas de mobylette qui passe ni de chien qui aboie, ni de train au loin, ni de carillon d’église, ni de soûlard vociférant… Pas de fumée d’usine, pas de pollution lumineuse ou publicitaire, aucune rumeur urbaine, aucun bruit domestique, frigo, VMC, tuyauterie… Juste les animaux de la nuit, le bruit du vent entre les planches disjointes et à l’aube, le chant des gibbons… » (Mille parages, tome 1).

« J’erre dans cette brèche et dans les rues de Casablanca sans aucun but, jouissant du simple plaisir de voir, sentir, entendre, marcher, découvrir. Je suis tout étourdi de l’incomparable légèreté que me procure l’absence de mon gros sac… Un sentiment d’aérienne liberté. Je ne suis plus relié à rien, je ne pèse rien et mes pieds avancent tout seuls… Ivresse de l’imprévu » (Mille parages, tome 1).

Mille Parages

– Fragments bourlingatoires d’ici et d’ailleurs –

Tome 1

Série en cours

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre cœur

Dessinateur / Scénariste : Simon HUREAU

Dépôt légal : janvier 2015

ISBN : 978-2-84953-217-1

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mille parages, tome 1 – Hureau © La Boîte à bulles – 2015

Chroniks Expresss #9

Le loup qui mangeait n’importe quoi – Donner – Larcenet © Mango – 2013

Donner – Larcenet © Mango – 2013
Donner – Larcenet © Mango – 2013

Un loup affamé plante ses griffes sur tout ce qu’il rencontre… sans savoir qu’il hérite de leurs flatulences intempestives : un mouton qui rote, un cochon qui pète… sans compter les enfants qui plongent les doigts dans leur nez… (synopsis éditeur).

Avouez que lorsque Jérôme et Noukette s’associent pour parler du premier album jeunesse illustré par Manu Larcenet (Blast, Le combat ordinaire…), il y a de quoi être intrigué. Pour l’occasion, il s’est associé à Christophe Donner qui a publié pléthore d’ouvrages jeunesse à L’Ecole des Loisirs. Tout cela me semblait donc de bonne augure.

Effectivement, la compagnie de ce loup affamé est ludique. A l’instar des contes classiques, nous sommes en présence d’un loup glouton. Le comique de situation tient au côté récurrent des mésaventures du canidé obstiné qui ne tire aucune expérience des leçons de la vie. Le mouton l’informe pourtant de ses éructations récurrentes et le met en garde : Ne me touche pas, le loup, ne fais pas ton méchant : tu pourrais hériter de mon vil penchant. Ce tic a gâché ma vie ancienne, pense qu’il pourrait aussi pourrir la tienne ! Qu’à cela ne tienne !! Le loup n’en fait qu’à sa tête et ne pourra que le regretter ensuite. Il en est de même lorsqu’il est en présence du cochon qui l’informe de ses flatulences incessantes etc… De quoi faire rire les enfants à la vue d’un loup caustique qui réunit à lui seul tous les interdits du quotidien…

Alors effectivement, ce loup amuse. Le texte de Christophe Donner est écrit en alexandrin, ce qui donne un rythme très agréable à la lecture. Seul grief : la présence de termes trop alambiqués qui ne font pas partie du vocabulaire courant d’un jeune enfant. Charge à l’adulte d’intervenir et de reformuler et/ou d’expliquer le terme, cassant le rythme de la mélodie narrative pourtant parfaitement huilée. Heureusement, cette histoire a un-petit-goût-de-reviens-y et de lecture en lecture, l’assimilation dudit vocabulaire permettra de profiter pleinement des nombreux rebondissements de cette amusante aventure.

Aâma, tome 3 – Peeters © Gallimard – 2013

Peeters © Gallimard – 2013
Peeters © Gallimard – 2013

« Verloc Nim et son frère Conrad partent en expédition pour récupérer la mystérieuse substance aâma, qui a complètement modifié l’environnement de la planète Ona(ji). Alors que le petit groupe progresse dans un univers aussi hostile que stupéfiant, la vérité sur la nature d’aâma reste inaccessible. Et la réalité a tendance à vaciller… » (synopsis éditeur).

Troisième opus de cette série qui a obtenu un Fauve (Prix de la série) au Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême en 2013. Le rythme de publication est réglé comme du papier à musique au rythme d’un album par an. Mais avec le projet d’adaptation en téléfilm de Pilules bleues, Frederik Peeters conservera-t-il la cadence qu’il s’est imposée sur Aâma ?

La quête aveugle dirigée par Conrad (le frère de Verloc) se poursuit sur la planète Ona(ji). En chemin, les protagonistes croiseront différentes formes de vies, étranges et inconnues, hostiles ou bienveillantes. Les situations rencontrées sont troublantes, au point que le réel se confonde avec l’irréel. Où est le vrai du faux ? Qu’est-ce qui est induit par aâma ? Le scénario suit un rythme fou, on profite de quelques rares respirations lorsqu’on retrouve la scène [du tome 1] où Verloc tente de reconstruire sa mémoire en lisant son journal intime. Le lecteur peut se raccrocher à peu de choses pour démêler les fils de cette aventure qui frôle la schizophrénie.

J’ai parfois cherché à me rappeler le but de cette expédition insensée (voire les avis précédents : tome 1, tome 2). Les personnages sont sonnés par les obstacles qui jalonnent leur route… J’avoue avoir perdu les quelques repères que je pensais détenir grâce aux tomes précédents. Une relecture de ces trois premiers tomes s’impose avant de découvrir [dans un an] les surprises que nous réserve le tome 4.

Filandreux, vieux clou indigeste – Hureau © Warum – 2012

Hureau © Warum - 2012
Hureau © Warum – 2012

« Filandreux, n’est pas loin de ce que l’on pourrait appeler un vieux grincheux. Il résiste à tout, au temps, aux modes, aux courants d’air. Filandreux est bavard, d’une mauvaise foi exemplaire, il est un peu cynique, un peu méchant.

Un peu vieux con grande gueule très jeune encore dans sa tête et très vert, comme les arbres qu’il aime tant.

De grandes déclarations en combines sournoises, Filandreux traîne se carcasse dans la ville qu’il déteste, vaticinant, tançant, critiquant sans répit » (synopsis éditeur).

Tous aux abris !! Un vieux de mauvais poil erre dans les rues de la ville. Canne à la main, il déambule un peu avant de venir se poser sur son banc, banc sur lequel il cohabite assez mal avec ses congénères humains.

Moins pervers et plus malin que les vieux chnoques de sa génération, Filandreux nous emmène dans des réflexions passionnées sur l’écologie, l’espère humaine, les files d’attentes pour des dédicaces, la vieillesse, l’utilité sociale… Ce recueil contient de courtes nouvelles qui mettent en scène le vieux. Le trait ciselé de Simon Hureau (Hautes-Œuvres, Intrus à l’étrange, L’empire des Hauts-Murs…) renforce l’ambiance cocasse des scènes qui décrivent un énergumène au mode de vie légèrement décalé mais qui témoigne de réflexions très lucides quant aux effets pervers du capitalisme.

Une amusante découverte que je dois à Jérôme. En fin connaisseur de mes habitudes de lecture, il avait repéré que je n’avais pas lu cet album-là de Hureau… merci !! 😉

Extrait :

« Répugnante vie organique, immonde machine humaine, transit intestinal sur pattes… Machines à engloutir, avaler les productions de la nature, végétaux, animaux… Ereintage des ressources… Nature engloutie pour engraisser des corps exsudant, excrémentant, expectorant, urinant, éructant, pétant, et, au final, puant. Puanteur évitée moyennant un lavage quotidien. Lavage qui salit l’eau, déjections qui salissent les fleuves, déchets qui salissent la Terre. Désespérant… Nous sommes des mécaniques à cochonner l’environnement. C’est irrémédiable » (Filandreux – Vieux clou indigeste).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Gros mot : Vieux clou

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Le Massacre (Hureau)

Hureau © La Boîte à bulles – 2013
Hureau © La Boîte à bulles – 2013

Limul Goma, lors d’une petite vente aux enchères de province, achète, contre toutes attentes et pour un prix faramineux, un massacre de buffle (trophée de chasse constitué des cornes de l’animal). Pour ce mystérieux collectionneur d’objets morbides et de petites histoires personnelles, éclairant d’un jour nouveau la Grande, celle de l’Humanité, ce « massacre » est une pièce rare qui trouvera une place de choix dans son « musée insolite ». Tour à tour, les récits, les documents, qu’il collecte auprès des différents protagonistes ayant eu entre leurs mains le trophée, nous permettent de comprendre sa satisfaction à posséder ce nouvel objet. En effet, « ce massacre CONTIENT, synthétise, par son histoire, le destin d’un pays emblématique des grandes tragédies du vingtième siècle ! ».

A l’instar de Hautes-Œuvres, Simon Hureau construit une nouvelle fois un récit où sont entrecroisées la petite histoire de la pièce de collection (et surtout de ses différents propriétaires) et la Grande Histoire de l’Humanité. L’auteur nous invite à suivre son enquête qui débute dans une salle de ventes aux enchères de Tours et se termine dans la jungle cambodgienne. On y croisera un ancien commissaire-priseur, le jeune Simon qui ne manque pas de ressemblance avec l’auteur, son amie Louise qui vient d’hériter de bien plus que quelques vieilleries de son grand père, un ancien boy devenu officier, et plusieurs personnages célèbres… On suivra surtout Magloire Desgravières, ancien soldat français de 14-18 qui crut pouvoir fuir la barbarie humaine en partant loin. Mais le récit autobiographique qu’il fait à Limul Goma, prouve que même au cœur de la jungle, les petites anecdotes personnelles font l’Histoire.

Tous ces récits, de la brève à la biographie s’étalant sur des décennies, constituent les pièces d’un puzzle. Le choix de leur agencement les unes avec les autres, l’utilisation du personnage de Limul Goma comme «  fil rouge » et un sens du suspens certain, permettent à l’auteur de nous tenir en haleine… et de ne pas nous perdre en route !

Kouprey
Kouprey

L’intrigue rassemble donc plusieurs personnages. Ils ont comme seul point commun le fait d’avoir, à un moment donné de leur vie, été en possession du même objet : le massacre d’un buffle. Pour se faire, Simon Hureau n’hésite pas à situer la genèse de son intrigue dans les années 1930… et à proposer un dénouement qui se passe de nos jours. Il met en exergue le fait que des parcours de vie individuels influencent l’histoire de l’Humanité, démontrant ainsi que la vie tient à bien peu de choses… Pour mettre en exergue ce constat, il ose faire porter la responsabilité du génocide cambodgien sur les frêles épaules d’un de ses personnages. Ironie du sort ?

Passé lointain, passé proche et présent trouve donc leur articulation autour d’un objet narratif : le trophée de buffle. Tout s’articule autour de cet élément central, c’est grâce à lui que l’on acquiert les informations essentielles sur chaque personnage, c’est par lui que l’intrigue s’installe et la tension de l’album s’articule.

Comme à mon habitude, je me retrouve en difficulté pour décrire le dessin de Simon Hureau. Riche, fouillé, réaliste, précis… tous ces qualificatifs se bousculent sans que je puisse les ordonner. Simon Hureau n’omet rien tant dans la construction de ses décors (enrichis de nombreux ornements) que dans la description de ses personnages. Il frôle souvent les limites raisonnables et il s’en faut peu pour que le dessin ne soit surchargé. Ma sa délicatesse justifie tous les accessoires dont il se dote, le graphisme en est presque précieux. Il dégage une ambiance presque intemporelle à l’instar de son intrigue qui se trouve à la croisée de plusieurs époques.

PictoOKSimon Hureau retient souvent sa plume pour ne rien dévoiler du dénouement. Ainsi, les trois époques narratives restent en suspens jusqu’à la scène finale où toutes les réponses sont livrées au lecteur. Les dernières zones d’ombre disparaissent et le lien entre l’ensemble des protagonistes s’impose comme une évidence. Une lecture plaisir qui force à la réflexion. J’aime le style de Hureau… et vous ?

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

Le Massacre

One shot qui s’inscrit dans l’univers du Musée Insolite de Limul Goma

(voir Hautes Œuvres)

Editeur : La Boîte à bulles

Collection  : Hors champ

Dessinateur / Scénariste : Simon HUREAU

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 978-2-84953-152-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Massacre – Hureau © La Boîte à bulles – 2013

Crève saucisse (Rabaté & Hureau)

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Didier, la quarantaine, boucher, marié, 1 enfant et bédéphile de surcroît.

Voici grosso modo le portrait vite brossé de ce quadragénaire en apparence ordinaire. Mais quand on y regarde de plus près, il a d’étranges pulsions de violence quand il se retrouve seul à la boucherie. Dans ces moments-là, équipé d’un bon couteau de boucher, le petit artisan charcute la carcasse de sa viande à grands coups en hurlant « crève saucisse ! ». Ça cache quelque chose.

On y ajoute une petite vie bien rangée. Métro, boulot, dodo pour faire simple. Tous les quinze jours, un bon gueuleton avec Eric et Laurence (un couple d’amis) ; ils font ça en alternance, un coup chez l’un, un coup chez l’autre… avec leurs femmes. Leurs femmes, parlons-en tiens !! Laurence, la femme de Didier, est le portrait type de la ménagère-de-moins-de-cinquante-ans. Sandrine en revanche est plus imprévisible… trop peut-être. Des variations d’humeur ponctuelles ? Des crises de larmes ponctuelles ? Et que penser de ses sorties impromptues dans la journée ??

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Cet album est le fruit d’une collaboration malicieuse entre Pascal Rabaté (Les petits ruisseaux, Le petit rien tout neuf avec un ventre jaune, Un ver dans le fruit…) et Simon Hureau (Intrus à l’Etrange, Hautes œuvres, L’empire des hauts-murs…).

Malicieuse et judicieuse collaboration pour quiconque aurait déjà eu l’occasion de lire ces auteurs « séparément ». Et dans le cas contraire, j’espère que cet album saura vous donner envie de partir à la découverte de leurs univers artistiques respectifs.

Ceci étant dit, venons-en à nos moutons : Crève saucisse.

Aux commandes du scénario : Pascal Rabaté. Il nous gratifie ici de son espièglerie habituelle et de son sens aiguisé de la narration. En divulguant goutte à goutte les principaux traits de caractère de son personnage principal, il permet au lecteur de reconstituer progressivement le puzzle. L’intrigue est ménagée et on tombe facilement dans le jeu de la supposition. En ce qui me concerne, mes hypothèses se sont toutes avérées fausses ! J’imagine que si j’avais lu un certain album de Gil Jourdan, il en aurait peut-être été autrement… malheureusement, s’il me restait encore quelques doutes quant à une éventuelle carrière d’enquêtrice, je n’en ai plus aucun désormais !

Rabaté - Hureau © Futuropolis - 2013
Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Côté dessin, Simon Hureau excelle une fois encore. Son style si personnel et atypique crée une fois encore une ambiance graphique qui flotte entre deux os eaux. Le coup de crayon est réaliste et son souci pour tout ce qui est ornemental (décor, motifs d’une tunique, lignes de la main, mouvement des cheveux etc.) saisit une fois encore. Ainsi, il nous permet de nous imprégner totalement de l’atmosphère des lieux. Il y a toujours le petit accessoire, le « petit plus » qui rend concret la représentations des choses (les proportions d’un objet, l’impact d’un son, une odeur…). Simon Hureau a une conception picturale qui force le lecteur à s’installer dans l’univers qui se présente à lui car cet univers lui est familier.

PictoOKEn ce moment, je radote lorsqu’il s’agit de conclure une chronique. Alors pour ne pas changer la petite mélodie, je vais vous dire que 1/ c’est une lecture très agréable, un bon thriller acide et ironique à souhait que 2/ je serais contente que vous découvriez plutôt bientôt que dans dix ans ^^

La chronique de Joy Raffin (France Inter).

Une lecture commune partagée avec… Jérôme ! Il faut que vous alliez lire sa chronique ^^

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Aliment : saucisse

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Crève saucisse

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Simon HUREAU

Scénariste : Pascal RABATE

Dépôt légal : janvier 2013

ISBN : 9782754808866

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Crève saucisse – Rabaté – Hureau © Futuropolis – 2013

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Intrus à L’Etrange (Hureau)

Intrus à L'Etrange
Hureau © La Boîte à Bulles – 2011

Martial vient d’apprendre le décès de son grand-père, Hector Grémiet. Il monte à Paris pour  passer à l’appartement de l’aïeul et récupérer quelques affaires. Étape d’autant plus douloureuse puisque le jeune homme était très lié à son GrandPa qu’il n’avait pas vu depuis trois mois. En faisant le tour de l’appartement, le jeune homme remarque deux grosses valises sous un canapé. Il tente de les ouvrir mais elles sont fermées à clés. Sur chacune d’elle, une étiquette avec cette inscription « Pour Félix Larose à Magnat – L’Étrange ». Intrigué, Martial poursuit ses recherches et découvre plusieurs boîtes de correspondances reçues par son grand-père, des lettres écrites par une certaine Georgette Blizard domiciliée à Magnat – L’Étrange. La coïncidence est trop grande, il n’en faut pas plus à Martial pour prendre la direction de ce bled, bien décidé à rencontrer cette femme et à donner en mains propres ces lourdes valises à Monsieur Larose… un moyen comme un autre de rendre un dernier service à son grand-père.

En route pour la Creuse ! Sur place, Martial rencontrera de sympathiques villageois mais au bout de quelques heures passées à Magnat, leurs us et coutumes pas très finaudes et ce mystère qui entoure Félix Larose conforte Martial dans l’envie de mener à bien son enquête.

Je ne mâcherais pas le plaisir que j’ai eu à lire cet album. Plusieurs raisons à cela, la première est liée au plaisir de retrouver ce graphisme si propre à l’auteur. Le trait, tout en finesse, mélange une forme de légèreté alliée à une grande richesse dans les détails des décors et accessoires. On ressent le bon air frais de la campagne et on se frotte à la mentalité de ses habitants sympathiques mais quelque peu réfractaire à l’intrusion d’un étranger… bref, le décor bucolique est rapidement campé. L’agencement des visuels est assez conventionnelle dans l’ensemble (une présentation des cases en trois ou quatre bandes) mais cet arrangement s’adapte régulièrement à la trame narrative : les contours de cases disparaissent, s’arrondissent et zooment sur un détail et ou un visage, s’arc-boutent bref, la mise en page m’a surprise, charmée. Pas d’effet de lassitude dans la lecture, l’album très agréable à parcourir.

Roaarrr ChallengePlaisir à lire un scénario original ensuite. J’ai rapidement abandonné l’idée de chercher à imaginer quel chemin allait prendre l’histoire pour profiter pleinement des rebondissements de l’intrigue. Celle-ci va chercher ses sources dans plusieurs genres : la quête (celle du personnage principal), le thriller (auquel Simon Hureau donne un petit côté fantastique) et la chronique sociale (en milieu rural avec cette peur de l’étranger et des jugements de valeur qui ont la peau dure). Le résultat est convaincant. Martial est entouré d’un panel intéressant de personnages secondaires : de la vieille mégère au blogueur gothique en passant par le bouc-émissaire de service… Une intrigue tarabiscotée en apparence, qui semble ne pouvoir aboutir que dans un cul-de-sac mais, comme je le disais, le fait d’avoir eu du mal à anticiper les rebondissements de l’histoire m’a fait profiter de l’effet de surprise permanent. Le récit est fluide, l’intrigue est ménagée tout du long jusqu’à cet étrange face-à-face qui s’étale sur 9 pages en toute fin d’album. Ce moment m’a apporté la majeure partie des clés de compréhension du récit puis, en une vingtaine de pages, l’auteur peaufine son dénouement et nous offre une conclusion pleine d’espoir et de poésie. Simon Hureau l’a travaillée en alternant passages muets et dialogues. Une belle boucle se boucle, les dernières pièces du puzzle trouve naturellement leur place… et un album qui se referme avec difficulté… un voyage imaginaire qui se termine et que je garderais en mémoire, d’autant que le mystère persiste mais il me revient d’imaginer la suite de cette aventure. Cet album a obtenu le Prix Nouvelle République au Festival BD Boum de Blois en 2011 et le Fauve/Prix Polar en 2012.

Je remercie une nouvelle fois La Boite à Bulles pour cette découverte d’album et pour la qualité de leur ligne éditoriale.

PictoOKPrenez une bonne dose de sentiments, une curiosité aiguisée et un petit bled perdu sur le Plateau de Millevaches. Mélanger le tout jusqu’à obtenir un soupçon de quiproquos, une bonne dose d’humour et une lichette de fantastique. Recouvrir et laissez reposer une heure. Vous pouvez servir l’album à température ambiante, la dégustation n’en sera que meilleure et la digestion fameuse !

L’avis de PaKa et de PlaneteBD.

Intrus à L’Étrange

One Shot

Éditeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-jour

Dessinateur / Scénariste : Simon HUREAU

Dépôt légal : juin 2011

ISBN : 978-2-84953-126-6

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Intrus à L’Etrange – Hureau © La Boîte à bulles – 2011