Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

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Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

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Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

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Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.

Chroniks Expresss #26

Sélection de lectures estivales…

Romans : Juste avant le bonheur (A. Ledig ; Ed. Pocket, 2014), Le vieux qui lisait des romans d’amour (L. Sepulveda ; Ed. Points, 1995), Les Yeux jaunes des crocodiles (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2008), La Valse lente des tortues (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2009), Combien de fois je t’aime (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2015à

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Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014
Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014

Julie a vingt ans. Mère célibataire, caissière, locataire d’un petit studio HLM pour lequel elle parvient difficilement à payer le loyer. Pourtant, sa vie avait bien commencé. La mention en poche pour un bac scientifique, elle rêvait de faire des études supérieures et devenir ingénieur en biologie moléculaire. Mais une soirée d’anniversaire trop arrosée, ce rapport non protégé… cette grossesse qui a conduit son père à la mettre à la porte et ne lui laissant aucune possibilité de revenir l’a amputé de la possibilité de pouvoir faire ses études supérieures. Ce qui l’aide à tenir, c’est Lulu, son petit garçon de trois ans.

Un jour pourtant, elle fait la connaissance de Paul, un ingénieur à quelques années de la retraite. Sa femme vient de le quitter. Peu habitué à s’occuper de la maison, le frigo vide lui signale tout de même qu’il doit se décider à faire les courses. Celles-ci échouent sur le tapis roulant de la caisse de Julie. Touché par cette jeune caissière qui semble profondément triste, il engage la conversation.

Deux semaines plus tard, et sans aucune arrière-pensée, il lui propose de venir passer ses vacances dans sa maison de Bretagne. Jérôme, le fils de Paul, est du voyage. Après quelques hésitations, Julie accepte. Les quelques jours qu’ils vont passer ensemble vont les changer à tout jamais.

J’ai hésité à lire cet ouvrage qu’une collègue bien intentionnée m’avait prêté. Beaucoup de simplicité dans la manière dont les choses sont posées. Peut-être un peu trop, ce qui m’a étonnée. Un échange courtois au moment de passer quelques articles en caisse, une invitation au restaurant que la jeune femme accepte, un séjour en vacances avec deux inconnus… Connaissant ma collègue, autant de légèreté dans une lecture était surprenante. J’ai pourtant hésité à poursuivre, trouvant tout cela inconsistant et peu crédible.

Pourtant, la plus d’Agnès Ledig est fluide. On la suit sans difficulté. On ne bute sur aucun mot. Pire, on s’émerveille face à cette rencontre qui nous est racontée. Tout est simple, naturel. Jamais un mot plus haut que l’autre. Absolument rien de malsain. On est face à des personnages qui se dévoilent progressivement à nous, qui apprennent à se connaître. Tous ont cette fragilité en eux qui risque de les faire chanceler mais le scénario nous montre comment, au contact les uns des autres, ils vont dépasser leurs difficultés et chasser leurs vieux démons. Julie la fille-mère, Paul qui apprend la vie de célibataire, Jérôme qui noie dans l’alcool la tristesse provoquée par son récent veuvage.

PictoOK« Juste avant le bonheur » est un roman surprenant. Surprenant car on se surprend, contre toute attente, à le quitter à regret. On s’est lové là dans le quotidien de ces trois individus appartenant à des générations différentes que la joie et la naïveté d’un petit garçon de trois ans vient réchauffer.

Une lecture-détente qui nous laisse penser que la vie n’est finalement pas si compliquée qu’elle en a l’air et ça n’est pas désagréable. Un livre qui fait du bien… un peu comme cette chanson que l’on y croise régulièrement et qui dit qu’Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire

Le site d’Agnès Ledig.

Extraits :

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion » (Juste avant le bonheur)

« – Je n’ai guéri personne.
– Non, mais tu as mis du baume sur notre vie, comme on en met sur la peau pour l’aider à cicatriser.
– Et vous en voudrez encore, du baume, une fois que ce sera guéri, pour Jérôme et toi ?
– Ça ne guérit jamais vraiment. Et quand c’est guéri, il y a d’autres plaies à soigner. C’est ça, la vie. Des coupures, des écorchures, des entorses, et des baumes. » (Juste avant le bonheur)

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995
Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995

« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour ? seule échappatoire à la barbarie des hommes ? pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. » (synopsis éditeur)

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est le premier roman de Luis Sepulveda. Ecrit en 1992, il raconte l’histoire d’un homme – Antonio José Bolivar Proaño – qui a quitté la montagne pour s’installer en pleine forêt amazonienne avec sa femme. Celle-ci est décédée de la malaria deux ans après leur arrivée dans cette nouvelle contrée dont ils ne connaissaient pas. Les Shuars, voyant la détresse de cet homme, l’initie à la chasse et à la pêche, lui apprenne à reconnaître les fruits comestibles et à utiliser les ressources naturelles qui l’aideront notamment à construire sa maison. En quelques années à peine, Antonio José Bolivar Proaño – alias « le vieux qui lisait des romans d’amour » – apprend à vivre dans son nouvel environnement et à le respecter. Une ode à la nature.

Il était condamné à rester, avec ses souvenirs pour seule compagnie. Il voulait se venger de cette région maudite, de cet enfer vert qui lui avait pris son amour et ses rêves. Il rêvait d’un grand feu qui transformerait l’Amazonie entière en brasier. Et dans son impuissance, il découvrit qu’il ne connaissait pas assez la forêt pour pouvoir vraiment la haïr.

L’auteur nous permet de faire la connaissance du personnage principal en douceur. Dans un premier temps, il l’installe en tant que personnage secondaire puis, une fois le premier contact réalisé, nous apprend que le péché mignon du vieil homme est la lecture de romans d’amour.

« – Ecoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort : je t’ai apporté deux livres.
Les yeux du vieux s’allumèrent.
– D’amour ?
Le dentiste fit signe que oui.
Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
– Ils sont tristes ? demandait le vieux.
– A pleurer.
– Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
– Comme personne ne s’est jamais aimé.
– Et qui souffrent beaucoup ?
– J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. »

PictoOKUn roman qui nous emmène là où on ne l’attendant pas. Superbe.

Extrait :

« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. » (Le Vieux qui lisait des romans d’amour)

 

Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008
Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008

D’un côté, il y a Joséphine Cortès. Jeune quadra, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’histoire du XIIème siècle, Joséphine est le portrait craché de la gentille fille, un peu gourde, toujours prête à se saigner aux quatre veines pour venir en aide à celui qui le lui demande. Elle est mariée à Antoine et mère de deux filles, Hortense et Zoé. Ils vivent dans une ambiance doucereuse, mais la routine… la routine. Rien ne vient noircir leur quotidien si ce n’est le chômage d’Antoine. Sous nos yeux médusés, leur couple vole en éclats. Seule, Joséphine doit réapprendre à vivre et faire face à l’éducation de ses deux filles. Elle angoisse, notamment parce que son petit salaire ne lui permet pas de faire face aux charges. Elle culpabilise d’avoir laissé partir son homme. Elle s’en veut de n’avoir pas vu qu’il avait une relation avec Mylène, l’esthéticienne du quartier. Antoine part refaire sa vie en Afrique… avec Mylène.

Il y a aussi Iris, la sœur de Joséphine. Mère au foyer, elle est mariée à Philippe, un richissime avocat de la place parisienne. Iris est oisive et se roule dans l’oisiveté. Faire le shopping, se tenir informée des ragots qui circulent, s’occuper d’elle encore et encore, voilà ses passe-temps favoris. Elle élève vaguement Alexandre, leur fils unique, le complice de toujours de Zoé.

Il y a encore Henriette, la mère de Joséphine et d’Iris. Henriette est une carne. Après la mort de son premier époux alors que Joséphine n’avait que 10 ans, elle se remarie avec Marcel, un riche industriel. Henriette est une femme austère, méchante, vile, matérielle. Rien ne lui plait plus que de mener son monde à la baguette. Marcel avait espéré un temps qu’elle accepterait de lui faire un enfant mais la seule chose qui a toujours intéressé Henriette, c’est qu’il la mette à l’abri du besoin. Résigné, Marcel a fini par accepter la réalité. Il accepte même les brimades, les humiliations. Avec Henriette, il se vit comme un moins que rien. Heureusement pour lui que la petite entreprise qu’il a montée il y a quarante ans lui rapporte. Il a les moyens Marcel… il a les moyens de payer les moindres caprices de sa femme. Et Heureusement qu’il a Josiane, sa secrétaire, sa Choupette, son amante. Les parties de jambes en l’air qu’ils s’octroient lui offrent une seconde jeunesse.

Il y a enfin Shirley, la voisine de palier de Joséphine qui s’avère être un important soutient pour notre héroïne. Mystérieuse Shirley qui élève seule Gary, son fils unique, et vivote en tentant de faire prospérer son petit commerce de gâteaux. Avec le temps, Shirley devient la meilleure amie de Joséphine, celle à qui Joséphine se confie, celle qui prête son épaule rassurante pour que Joséphine puisse pleurer, celle qui fait preuve d’une écoute bienveillante et toujours de bons conseils.

Et puis il y a les autres…

« Les Yeux jaunes des crocodiles » ouvre avec brio le triptyque « Joséphine Cortès » qui se poursuit avec « La Valse lente des tortues » et « Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Un récit choral où chaque personnage de cette saga familial prend la parole et devient le narrateur, le temps de quelques pages. Bien sûr, Joséphine reste le noyau central de l’histoire mais la plume de Katherine Pancol et l’aisance de l’auteure à déplier son scénario permettent au lecteur de s’attacher à tous les protagonistes. Certains tarderont à se dévoiler, comme Philippe qui semble tout d’abord accessoire au récit principal et qui prend peu à peu de la consistance et parviendra même à provoquer un revirement radical dans le train-train de cette famille atypique, où l’argent coule souvent à flots.

Le lecteur ne se prend jamais les pieds dans les fils narratifs et voit son intérêt pour le récit croître à mesure qu’il tourne les pages. On se déplace facilement d’une maison à l’autre, d’un personnage à l’autre. On ajuste en permanence notre regard sur les faits. On se place tantôt sur l’épaule de Joséphine, tantôt sur celle d’Iris, de Shirley, d’Antoine, de Marcel… sans devenir girouette.

Le récit est prenant et l’on prend plaisir à s’enfoncer dans cet univers riche en rebondissements. On s’attendrit au contact de nombreux personnages, on espère que certains casseront rapidement leur pipe, comme Henriette à qui l’on souhaite les pires tourments. Une vieille peste aigrie que cette Henriette. Le premier tome du triptyque se finit en apothéose. Certes, il aurait pu se suffire à lui-même. Certes, si je n’avais pas eu l’information qu’une suite existait, je m’en serais contentée. Mais la suite est là… « La Valse lente des tortues », et je m’y suis engouffrée sitôt « Les Yeux jaunes des crocodiles » dévoré. De l’humour, quelques jeux de mots mais surtout, une écriture fluide qui permet un réel moment de détente. A chaque fois que je reprenais ma lecture, je faisais abstraction du reste.

PictoOKPictoOKDe l’humour, de la cruauté, de la cupidité, de la modestie, du suspens, des revirements de situations, des émotions, des sentiments, des métaphores, quelques réflexions à prendre sur le sens de la vie, aucune leçon de morale… Un divertissement que j’ai réellement apprécié en cette période estivale.

La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009
La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009

« La Valse lente des tortues » est une suite haletante de ce premier tome. Katherine Pancol n’hésite pas à malmener les personnages et les embarque dans un tourbillon. Joséphine – l’héroïne principale – doit une nouvelle fois trouver son équilibre mais c’est sans compter les meurtres perpétrés dans son quartier par un tueur en série, le fait qu’elle est tiraillée entre l’amour et la raison, qu’elle cherche à se réconcilier avec sa sœur, son obstination à éloigner sa propre mère et sa détermination à protéger ses filles.

Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » est d’ores et déjà sur ma PAL.

PictoOKLecture détente d’été que je vous recommande chaudement.

 

Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015
Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015

Ce recueil de nouvelles décline les différentes variantes de l’amour. De l’amour maternel à celui de l’amant, du quotidien écrasant de routine à la relation virtuelle fantasmée, différents narrateurs prennent la parole à tour de rôle et se confient. Qu’ils dessinent les contours d’une relation naissante ou décrivent les aspérités d’une union qui s’essouffle, il s’agit toujours pour eux de trouver leur place dans ce nouvel environnement qui se profile en tentant de comprendre l’autre, de relativiser pour ne pas s’emporter ou se laisser abattre.

pictobofUn livre prometteur pourtant, je suis restée de marbre face à ces personnages de papier. Les sentiments qu’ils expriment sont pourtant touchants, les situations qu’ils rencontrent sont pourtant crédibles… mais leurs récits m’ont paru si insipides que j’ai refermé définitivement ce livre avant d’atteindre le point final.