Babybox (Jung)

Un cœur saigne là-bas en Corée du Sud. C’est celui d’une mère contrainte d’abandonner son nourrisson. Pourtant, sa décision est prise. Elle ne peut élever cet enfant et se rend dans cette ruelle déserte pour déposer son bébé dans la trappe prévue à cet effet… son anonymat est garanti et de l’autre côté de la babybox, elle est certaine que des gens vont faire le nécessaire pour que sa fille ait le meilleur avenir possible.

Un déchirement que Claire n’a jamais ressenti dans sa chair. Jusqu’à ce qu’un accident de la route terrasse sa famille. Elle enterre sa mère et va traverser de longues semaines en espérant que son père sorte du coma.

Pour répondre à des exigences administratives, Claire doit fournir plusieurs documents. Elle n’a d’autre choix que de chercher dans les affaires de sa mère. C’est ainsi qu’en triant ses affaires, Claire découvre une boîte cachée au fond d’un placard. C’est en l’ouvrant qu’elle apprend qu’elle a été adoptée.

« En un instant, comme un missile qui serait venu détruire notre maison, j’ai tout perdu, tout ce que j’avais, tous mes repères, tout ce en quoi je croyais. »

Faire face au deuil et découvrir l’existence de son adoption sont deux nouvelles consécutives qui provoquent un réel raz-de-marée dans la tête de Claire. Du jour au lendemain, elle plaque tout. Boulot, copain… Tout. Et s’il n’y avait la présence de son petit frère de 10 ans, Claire aurait certainement commis l’irréparable. Lors de son combat contre cette tristesse dévastatrice, Claire décide de se rendre en Corée du Sud, à la recherche de ses origines… et de tout un pan de son identité.

Le scénario de Jung est une voix-off, solitaire, profonde et nostalgique. Quelques rares échanges directs apparaissent ça et là mais ils nous sont généralement rapportés par le filtre de la narratrice qui trie les informations auxquelles le lecteur a accès et les rempli d’une charge émotionnelle importante. On est totalement tributaires de sa pensée, on est bringuebalés comme elle par le doute et tenaillés par cette énorme tristesse trop lourde pour elle.

Un dessin aussi doux qu’une caresse. Une ambiance graphique léchée et légèrement charbonneuse où les personnages évoluent très souvent sur des fonds de cases totalement vierges, sans décor, faisant comprendre que le personnage est totalement absorbé par ses pensées. Son trouble est si grand qu’elle fait abstraction de tout ce qui se passe autour d’elle, plus rien n’existe. Et ce rouge qui pique de ci de là les planches pleine de cette palette infinie de gris… comme si le noir et et le blanc rivalisaient pour savoir lequel des deux parviendrait finalement à l’absorber. Elle est comme un fétu de paille qui se laisse balloter entre les ténèbres et la vie. Ce rouge qui rappelle l’héroïne à son enfance et au fait que sa fleur préférée et depuis longtemps le coquelicot. Le rouge du sang de l’accident, du sang de la coupure. Le rouge choisit pour teindre ses cheveux. Le rouge, enfin, de la douleur de certains souvenirs, de la chaleur du feu, de la couleur de la cuisine sud-coréenne… Le rouge en autant de déclinaisons possibles.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cet album malgré l’impression de déjà-vu. Il y avait là comme une familiarité avec le récit mais aussi avec son personnage central. Quelque chose qui m’a ramenée en permanence à « Couleur de peau miel » (lu avant le blog, je n’ai donc pas consacré de chronique à cette série) ainsi qu’au « Voyage de Phoenix » qui sont deux récits dans lesquels Jung abordait déjà les sujets de l’adoption, de l’histoire douloureuse de la Corée et de la quête identitaire.

Magnifique récit relatant la quête identitaire d’une jeune femme.

La chronique de Noukette.

 Babybox
One shot
Editeur : Soleil / Collection : Noctambule
Dessinateur / Scénariste : JUNG
Dépôt légal : septembre 2018 / 156 pages / 18,95 euros
ISBN : 978-2-302-07118-6

Le Voyage de Phoenix (Jung)

Jung © Soleil Productions – 2015
Jung © Soleil Productions – 2015

Jennifer respire la joie de vivre… du moins c’est ce que l’on ressent quand on l’aperçoit. Elle évolue avec nonchalance au milieu des herbes folles d’une prairie, sourire aux lèvres, heureuse de profiter de la douce chaleur des rayons du soleil. Pourtant, la vie de Jennifer n’a pas été sans heurts. Issue d’une famille d’immigrés norvégiens, elle est née aux Etats-Unis. Elle n’a jamais connu ses parents lorsqu’ils étaient ensemble. Quand sa mère était enceinte d’elle, elle vivait en Corée avec le père de Jennifer. Puis, pour une raison qu’elle ignore, sa mère a quitté la Corée, laissant son père sur place pour revenir habiter dans sa ville natale du Minnesota. Elle accouche de Jennifer quelques semaines plus tard.

Elle a grandi dans un environnement douillet mais a toujours été tiraillée par la question de savoir qui est (était ?) son père, pourquoi ses parents se sont-ils séparés et pourquoi sa grand-mère maternelle nourrit-elle des sentiments si haineux à l’égard de Jim (le père de Jennifer) ? Après ses études, Jennifer fait le choix de se rendre en Corée pour un séjour. Elle y retrouve des amis mais le but de son voyage est de retrouver son père ou du moins, retrouver sa trace, rencontrer d’anciens soldats qui – comme lui – ont couverts le conflit armé orchestré par les Etats-Unis. Jennifer souhaite comprendre.

A cette occasion, elle découvre un pays et ses habitants. Elle fait finalement le choix de s’y installer et de travailler dans un orphelinat. C’est dans ce contexte professionnel qu’elle fait la connaissance de Aron et Helen, un jeune couple américain qui désirent adopter un enfant. Helen est stérile, l’adoption est une évidence pour eux. Le dossier d’adoption les a « désignés » pour adopter Kim, un petit garçon d’environ quatre ans.

Jung traite plusieurs sujets de front : les traumatismes que les conflits armés peuvent générer chez les soldats, la situation en Corée du Sud où de nombreuses mères sont contraintes d’abandonner leur enfant, la filiation, l’adoption…

J’ai rencontré des mamans coréennes, souvent très jeunes, obligées par leur famille de laisser leur enfant à l’orphelinat. Les moyens de contraception, à l’époque, n’étaient pas très efficaces. En Corée, un enfant hors mariage est une honte. Pour pouvoir se refaire une vie, et espérer un meilleur avenir pour leur enfant, beaucoup de mères célibataires venaient à l’orphelinat. Je n’oublierai pas le jour où Kim est arrivé, accompagné de sa jeune maman… En pleurs, elle m’a demandé de lui donner à manger. Elle l’a serré fort dans ses bras en lui disant qu’elle l’aimait, puis elle est partie. J’ai appris plus tard qu’elle avait mis fin à ses jours, par culpabilité. Tout est inscrit dans le dossier d’adoption de Kim. On peut y lire que sa maman l’aimait…

Plusieurs récits s’enchevêtrent, celui de Jennifer et de Kim, celui de Kim et de ses parents adoptifs, celui de Jim (le père de Jennifer) ou de Douglas (l’oncle maternel de Kim)… Des liens invisibles se tissent entre leurs différents parcours, des liens d’amitié naissent au moment où l’on s’y attend le moins, des histoires d’amour se font et se défont… Le scénario leur donne tour à tour la parole, les porte et les met en valeur, souligne la tendresse d’un moment ou la détresse d’un homme. Spectateur, le lecteur se saisit de chaque bribe de texte, investit les personnages, aimerait les réconforter parfois et les encourager à d’autres moments. Jung, que l’on connaît déjà pour nous avoir livré un triptyque touchant sur l’adoption (« Couleur de Peau miel ») a installé une ambiance narrative très sereine. A l’aide d’une voix-off – souvent celle du personnage principal (Jennifer) – l’auteur pose un à un les éléments de récit. Le ton est juste et s’appuie sur de nombreux silences. La voix-off tout comme les dialogues sont laconiques et laissent au lecteur le soin de faire ce travail de réflexion quant aux thèmes qui sont abordés dans cet album.

PictoOKJe m’attendais pourtant à un album plus consistant, à une prise de position plus franche de la part de l’auteur. Jung développe en fait plusieurs sujets de front et si le propos est pertinent, il reste malgré tout en suspens. La seule moue que j’ai eue durant la lecture concerne un passage du dernier tiers de l’album où le propos devient assez didactique ce qui contraste assez avec la tranche de vie que l’on suivait jusqu’à présent. En revanche, un autre passage m’a marquée et émue. Il s’agit d’un échange entre un enfant et sa mère adoptive qui est superbement illustré par l’auteur (vous pouvez découvrir le texte « Le nombril » sur le blog « Petites conversations autour de l’adoption »).

La chronique de Moka.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Animal : phœnix

Le Voyage de Phoenix

One shot

Editeur : Soleil

Collection : Quadrants

Dessinateur / Scénariste : JUNG

Dépôt légal : octobre 2015

ISBN : 978-2-302-04785-3

Bulles bulles bulles…

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Le Voyage de Phoenix – Jung © Soleil Productions – 2015