Chroniks Expresss #35

Bandes dessinées : Beverly (N. Drnaso ; Ed. Presque Lune, 2017), Les Reflets changeants (A. Mermilliod ; Ed. Le Lombard, 2017).

Jeunesse / Ados : Journal d’un enfant de lune (J. Chamblain & A-L. Nalin ; Ed. Kennes, 2017), Hurluberland (O. Ka ; Ed. Du Rouergue, 2016), Cheval de bois, cheval de vent (W. Lupano & G. Smudja ; Ed. Delcourt, 2017), Le Journal de Gurty, tome 3 (B. Santini ; Ed. Sarbacane, 2017), Sweet sixteen (A. Heurtier ; Ed. Casterman, 2013).

Romans : L’Analphabète qui savait compter (J. Jonasson ; Ed. Pocket, 2014), D’après une histoire vraie (D. De Vigan ; Ed. Le Livre de Poche, 2017), Tropique de la violence (N. Appanah ; Ed. Gallimard, 2016), L’amour sans le faire (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2013).

Manifeste : Libres ! (Ovidie & Diglee ; Ed. Delcourt, 2017).

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Bande dessinée

 

Drnaso © Presque Lune – 2017

Recueil de plusieurs nouvelles qui nous montre des scènes du quotidien. Un groupe d’adolescents qui semble faire un T.I.G., une ménagère de 50 ans dont la candidature a été retenue par une chaine TV pour faire partie d’un groupe témoin, une famille qui part en vacances avec son ado… Tout est épars et finalement, assez rapidement, on comprend que nous assistons à la vie d’une seule et même famille.

Le dessin rectiligne, propre, enfantin… il m’a tenue en respect. L’apparence proprette des dessins est spéciale. Voir évoluer ces petits tonneaux sur pattes dans des couleurs simplistes est une expérience particulière. Ces personnages assez stoïques et inexpressifs m’ont peu intéressé. Ils en disent à la fois trop et trop peu à l’aide d’échanges trop souvent expédiés. Des personnages sur le fil. Pendant un long moment, j’ai imaginé que le pire allait arriver et quand il arrive, c’est sous forme d’hallucinations… nous invitant à imaginer le pire. Ambiance malsaine. Rebondissements inexistants. Vies banales.

Société de consommation, adolescence, relations humaines, libido adolescente, vie de famille, pulsions, instinct, drogues et alcool … Nick Drnaso manque d’un peu de folie, d’une petit quelque chose esthétique qui pourrait séduire mes pupilles.

De mon côté du livre : encéphalogramme plat. J’ai trouvé cela un peu malsain, sans vie, je ne suis pas parvenue à m’y intéresser. Abandon à la moitié de l’album.

 

Mermilliod © Le Lombard – 2017

Elle a une vingtaine d’années, elle est brillante, poursuit ses études et aimerait devenir professeur.

Il a une bonne cinquantaine d’année, refuse tout ce qui pourrait l’attacher à quelqu’un, caresse le fantasme d’être libre comme l’air sauf qu’il est papa. Sa fille est la prunelle de ses yeux mais assumer ses responsabilités reste pour lui un obstacle infranchissable.

Quant au troisième personnage, cela fait déjà plusieurs années qu’il est retraité. Ses journées sont toutes les mêmes. Se lever, sortir promener le chien, acheter le pain, … Sa compagne ? Il en est amoureux comme au premier jour et c’est bien pour cette raison qu’il rechigne à se foutre en l’air. Depuis qu’il a perdu l’ouïe, il est comme amputé d’une partie de lui, de sa raison d’être en ce bas monde. Isolé, seul au milieu de tous, ce vieil homme ressasse ses souvenirs jusqu’au jour où il trouve le courage de partir.

Trois personnages, trois destinées, trois histoires. A priori, elles n’ont rien en commun. Sauf qu’Aude Mermilliod ne l’entend pas de cette oreille. Un album qui offre une parenthèse de la vie de ces trois personnages et nous explique, une fois encore, que la vie ne tient à pas grand-chose et qu’il nous suffit de bien peu de chose pour la remuer un peu.

Je vous invite à lire la chronique de Sabine pour qui ce fut un coup de cœur.

 

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Jeunesse / Ado

 

Chamblain – Nalin © Kennes – 2017

Morgane a 16 ans quand elle emménage avec ses parents et son petit frère dans leur nouvelle maison. Pour elle, c’est un arrachement et la douleur d’être amputée de sa vie et d’être séparée de Lucie, sa meilleure amie. Alors qu’elle s’apprête à passer sa première nuit dans sa nouvelle chambre, elle trouve le journal intime de Maxime, le fils des précédents propriétaires.

Les premiers mots de Maxime l’invite à le lire. Maxime propose de raconter son histoire mais surtout ce que le Xeroderma Pigmentosum lui inflige. Maxime souffre de cette maladie de la peau qui l’oblige à se protéger du soleil et des UV émises notamment par les ampoules blanches et les néons. En lisant le journal de Maxime, Morgane va tomber amoureuse et elle va décider de tout faire pour le retrouver.

Joris Chamblain propose ici un récit touchant sur l’adolescence. Plus encore, son propos est didactique puisqu’il sensibilise le jeune lecteur à « la maladie des enfants de la lune » . L’occasion pour nous d’entrer au cœur du quotidien d’un adolescent, de comprendre les symptômes et les conséquences de cette maladie. Les dessins d’Anne-Lise Nalin accompagnent le propos de façon délicate. Je vous laisse apprécier :

A partir de 9 ans.

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur et la chronique de Sabine chez qui j’ai pioché cette lecture.

 

Ka © Editions du Rouergue – 2016

Une femme qui pleure des diamants, une échelle qui tombe du ciel, un homme qui porte une maison sur son dos, des chevaux qui tiennent dans la main…

C’est le monde un peu fou, mi-onirique mi-poétique, des habitants d’Hurluberland. Olivier Ka nous invite à découvrir son univers aussi tendre que déjanté. Lu à voix haute pour un petit lutin de 8 ans qui n’en a pas perdu une seule miette.

Lu avec un petit bonhomme de 8 ans : on a ri, on est restés bouche bée, on était intrigué, on a eu un peu peur… bref, on a mis les deux pieds a Hurluberland et on a adoré ça !

L’ouvrage fait partie des pépites jeunesse de Noukette et Jérôme et c’est une très jolie découverte.

 

Lupano – Smudja © Guy Delcourt Productions – 2017

Un gros roi capricieux va fêter son anniversaire. Alors plutôt que de se soucier des affaires du pays… il n’a qu’une idée en tête : manger son gâteau ! Sitôt réveillé, il se fait pomponner, chouchouter, coiffer, habiller… par ses servants qui ont bien du mal à canaliser l’excitation de leur souverain impatient.

De leur côté, deux enfants enfourchent le cheval de vent et sont bien décidé à réserver un sort au gros gâteau d’anniversaire de sa majesté…

Une douce, piquante et amusante réflexion sur les inégalités sociales, l’incarnation du pouvoir et l’altruisme.

Dès 8 ans… et c’est à découvrir plus généreusement dans la bibliothèque du Petit Carré jaune de Sabine.

 

Santini © Sarbacane – 2017

Les vacances d’automne sont arrivées. Gurty et son Gaspard arrivent en gare d’Aix-en-Provence pour passer ces quelques jours dans leur maison secondaire.

Gurty retrouve ses amis, Fleur la trouillarde, le mal-léché Tête de Fesses, l’écureuil qui fait hi hi et fait de nouvelles connaissances. Gurty tente notamment de lier amitié avec Fanette, une chienne solitaire qui se fait une bien triste opinion de l’amitié.

Plaisir non dissimulé de retrouver la facétieuse Gurty dans ces nouvelles aventures. Se rouler dans les feuilles, tenter de croquer les fesses de l’écureuil qui fait hi hi, s’amuser avec fleur, découvrir les joies du cerf-volant…

Bertrand Santini nous offre ici encore une joyeuse régalade et un moment de lecture très très très amusant.

Les deux premiers tomes de « Gurty » sont sur le blog bien évidemment 😛

 

Heurtier © Casterman – 2013

Août 1957. Dans une poignée de jours, Molly va faire son entrée au Lycée central de Little Rock. Elle a hâte, elle appréhende, elle a peur… Parfois elle regrette même ce jour où elle a levé la main pour proposer sa candidature, il y a de cela trois ans. Aujourd’hui, Molly a quinze ans et elle prend la mesure de ce qu’elle s’apprête à vivre…

« Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Il sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher » (quatrième de couverture).

Basé sur des faits réels, le personnage principal s’inspire et rend hommage à Melba Pattillo. Il est (rapidement) fait références à d’autres événements qui ont fait date dans l’histoire des Etats-Unis (le meurtre d’Emmett Till, la contestation de Rosa Parks, l’action de Martin Luther King…). repousser les inégalités, lutter contre la ségrégation raciale, militer en vue de l’obtention de droit civiques… Annelise Heurtier rend hommage à ces hommes et à ces femmes en saluant le courage des « Neuf de Little Rock » . Son roman permet de suivre les événements par le biais de deux adolescentes : Molly Castello qui est issue de la communauté noire de Little Rock et Grace Anderson qui est issue quant à elle d’une famille de la communauté blanche (et bourgeoise) de la ville.

Les mots me manquent pour parler simplement de ce roman jeunesse mais cet ouvrage est assurément à mettre dans les mains de nos têtes blondes.

La chronique de Nahe

 

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Romans


Jonasson © Pocket – 2014

Nombeko est née et a grandi dans un bidonville de Soweto. D’abord videuse de latrines, elle devient à 14 ans chef du bureau des latrines grâce à son don pour les chiffres et les calculs. C’est grâce à un vieux videur de latrines que la jeune analphabète apprend à lire. Un jour, elle trouve le corps de ce dernier. Il a visiblement passé un sale quart d’heure après quoi ses assaillants ont fouillé de fond en comble la cabane du vieux. Heureusement pour Nombeko, ils n’ont pas inspecté sa bouche de laquelle Nombeko extrait 14 diamants bruts. N’étant plus miséreuse, Nombeko décide de quitter son travail et de se rendre à Pretoria. Sur place, elle n’a pas le temps de découvrir la ville qu’elle se fait faucher par la voiture d’un ingénieur ivre qui, non content d’avoir failli la tuer, parvient à convaincre le juge que la jeune noire est fautive et qu’elle doit donc lui rembourser les frais de réparation. A 14 ans, Nombeko peut dire au revoir à sa liberté fraichement acquise. Durant 7 ans, elle devra servir de bonne à l’ingénieur qui se rendra rapidement compte de la facilité avec laquelle Nombeko manie les chiffres. Il utilisera ce don pour parvenir à réaliser les plans de la bombe nucléaire sud-africaine. Suite à quoi les choses ne se passèrent pas comme prévu et après moult rebondissements, Nomenko atterrit en Suède. Pensant récupérer dix kilos de viande séchée, elle se rend à l’ambassade pour découvrir que des colis ont été intervertis et Nombeko se retrouve avec une bombe nucléaire sur les bras…

Bon… mon résumé va être plus long que mon avis…

C’est parce que j’avais aimé « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » qu’il me plaisait de découvrir un autre roman de Jonas Jonasson. J’ai vite déchanté mais j’ai pourtant trouvé le contenu divertissant. On repère très vite les mêmes ficelles d’écriture : des personnages originaux et assez attachants, une pluie de rebondissements, un fourre-tout d’évènements qui mêlent des faits historiques au destin des personnages du roman, des quiproquos en veux-tu-en-voilà. C’est drôle, déjanté, bourré de bonne humeur et de bons mots, ludiques mais… il y a des longueurs et la présence de deux personnages vraiment horripilants (les concernant, j’ai rapidement espéré que l’auteur ferait un passage à l’acte en les faisant disparaître). Reste qu’on sourit pendant la lecture et qu’on est curieux de savoir comment l’auteur va conclure cette histoire totalement loufoque et qui manque malheureusement de crédibilité à plusieurs reprises.

Sympathique roman mais qui tente malheureusement de reprendre les ficelles de son premier ouvrage. Pour le coup, j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs et de l’acharnement inutile sur le couple de personnages principaux. J’ai plusieurs fois hésité à abandonner en cours de lecture.

 

De Vigan © Le Livre de Poche – 2017

Son dernier roman reçoit un accueil qui va au-delà de tout ce qu’elle avait pu imaginer. Son dernier roman, c’est celui qui parlait de sa mère, de la personnalité si délicate de cette dernière. De ce trouble qu’elle a eu durant toute sa vie, qui l’avait conduite à sombrer, à se faire hospitaliser, à laisser ses filles livrées à elle-même. Depuis, c’est la page blanche. Mais quand viendra l’heure d’arrêter la campagne de promotion, quand viendra l’heure de ne plus aller à la rencontre des lecteurs, quand viendra l’heure de se poser de nouveau pour écrire, qu’adviendra-t-il ?

C’est durant cette période de forte activité que Delphine de Vigan rencontre L. Une femme charismatique, épanouie qui souhaite lier des liens d’amitié avec l’auteure. Delphine se laisse faire. Peu à peu, la complicité qui les unit grandit, les confidences sont dévoilées… Delphine ne verra l’emprise de L. sur elle que bien trop tard.

Quelle est la part de vrai et quelle est la part de fiction dans ce roman ? Une question que je me suis posée à plusieurs reprises sachant très bien que la nature de la réponse n’a finalement pas d’importance. Pourtant oui, la possibilité qu’une personne parvienne à avoir une telle emprise sur une autre est réelle. D’autant que la narratrice – Delphine – est déstabilisée et démunie par la difficulté qu’elle a à retrouver la voie de l’écriture. « J’étais incapable d’expliquer la sensation d’impasse dans laquelle je me trouvais, le dégoût que tout cela m’inspirait, ce sentiment d’avoir tout perdu » et plus loin, d’expliquer la sidération dans laquelle elle se trouve chaque fois qu’elle constate que L. lit en elle comme dans un livre.

Ou bien L. avait adopté mes préoccupations comme elle eût enfilé un déguisement, afin de me tendre le miroir dans lequel je pouvais me reconnaître ?

Un roman en trois temps, trois chapitres respectivement titrés « Séduction » , « Dépression » et « Trahison » . Trois temps pour faire monter la tension. Un thriller psychologique troublant.

La chronique d’Antigone et parce que j’avais également adoré, ma chronique de « Rien ne s’oppose à la nuit » .

 

Appanah © Gallimard – 2016

Moïse a 15 ans. En un an, sa vie n’a plus rien à voir avec celle qu’il a connu. Adopté par l’infirmière de l’hôpital dans lequel sa mère – migrante – a atterri un soir de tempête, il a grandi dans un cocon douillet. A 14 ans, sa mère lui révèle les conditions de son arrivée à Mayotte et les circonstances de son arrivée dans la vie de Marie (celle qui deviendra sa mère). Et puis un soir, alors que Moïse est en pleine crise d’adolescence, qu’il a pléthores de question sur ses racines, sa mère meurt sous ses yeux, terrassée par un AVC ou une crise cardiaque. C’est pour lui le début de l’errance, d’une vie de misère, d’une vie dans la rue, d’une vie remplie par les mauvaises fréquentations, la peur, la faim, le faim et Bruce qui le terrorise mais dans le sillage duquel il vit. Jusqu’au jour où le coup part… Bruce meurt d’une balle en pleine tête.

Moïse se retrouve pour la première fois depuis un an avec la possibilité de pendre trois repas par jour et un toit sur la tête. Le refuge carcéral devient une opportunité de faire le point sur cette année passée.

Bidonville, violences, délinquance, drogues, rites de passage… le quotidien d’un « presqu’enfant » livré à lui-même. Superbe.


Joncour © J’ai Lu – 2013

Franck vit seul depuis sa séparation avec sa compagne. Après plus de 10 ans de vie commune, Franck s’est laissé prendre au piège par la routine et l’habitude. Depuis, Franck est rongé par les angoisses. Il ne fait rien pour chasser cette dépression qui s’est emparé de lui, le jeune photographe n’est plus que l’ombre de lui-même.

Louise vit seule depuis le décès brutal d’Alexandre. Depuis, elle s’est enfermée dans une bulle, se rassure avec des rituels quotidiens. Se lever, sortir pour aller prendre un café au bar du coin puis aller au travail. Elle fuit, la vie, les autres. Rien ne mérite d’être vécu sans Alexandre.

Hasard ou coïncidence, Franck et Louise se retrouvent chez les parents de Franck. Louise avait prévu d’y passer une semaine de vacances avec son fils. Franck quant à lui n’était pas attendu ; après dix ans de silence, il décide de renouer contact avec ses parents.

« L’Amour sans le faire » est la rencontre de deux solitudes. Au fil des pages, on voit deux personnages reprendre goût à la vie. Au contact l’un de l’autre, tous deux renaissent. Un amour platonique, une bienveillance délicate… Un roman qui se savoure, un roman qui nous fait faire fi de ce qui nous entoure. Un roman qui se dévore lentement. Merci ma Framboise de ce précieux cadeau ! 😉

 

Ovidie – Diglee © Guy Delcourt Productions – 2017

« Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels » … un titre Oh combien prometteur !

Plein de promesses oui. J’imaginais un propos non édulcoré, quelque chose qui remue, qui secoue un peu les idées préconçues bref, quelque chose qui rue franchement et délicieusement dans les brancards.

Alors oui, Ovidie n’y va pas forcément par quatre chemins pour pointer les choses et dire que les sociétés occidentales sont d’une suffisance dégueulasse, que malgré les différentes actions de ces dernières années pour casser le sexisme ancestral et bien… rien n’a vraiment bougé. Oui d’accord…

Et oui d’accord, les hommes parlent de leurs queues de façon débridées et alors que les femmes le font avec plus de discrétion et sans la grosse dose lourde de vantardise. Et encore oui, la sodomie reste un rapport sexuel qui décuple la virilité du partenaire masculin mais que ce dernier ne se pose que trop rarement la question du plaisir féminin. Sans parler de la question du consentement féminin… beaucoup trop de femmes se croient « obligées » de satisfaire le devoir conjugal et les hommes se remettent encore trop peu en cause quand leur partenaire émet le soupçon d’un constat que de désir… elle n’en a pas… ou plus du tout.

Oui, oui, oui. Mais tout ça, on le savait déjà. Pour le coup, je m’attendais à quelque chose de pertinent (ça l’est) et de percutant (ça ne l’est pas). Pour faire court, Ovidie n’apporte pas tellement d’eau au moulin. Rien de nouveau sous le soleil même s’il est parfois bon de répéter des évidences (car visiblement les hommes ont du mal à comprendre la question de l’égalité, du respect, du consentement, etc). Bref, quand on a une grande gueule comme Ovidie, je pense qu’on peut aussi se permettre de dire des choses qui n’ont pas été dites et rabâchées sur tous les toits.

Dans cet ouvrage, le travail de Diglee m’a en revanche réellement convaincue. Car pour le coup, le côté incisif, c’est dans ses planches que je l’ai trouvé ! Par contre quand on voit le nombre de planches (une dizaine) par rapport au nombre de pages (une centaine)… côté satisfaction, on reverra la copie une autre fois 😉

La chronique beaucoup plus convaincue de Stephie.

Capitaine Fripouille (Ka & Alfred)

Ka – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2017

Rien ne va plus à Palladipelledipollo.

La petite ville jadis si charmante, si gaie, si colorée est aujourd’hui devenue l’antre d’un monopole commercial qui pèse sur le moral des habitants. En effet Federico Jabot, un lugubre personnage avide de pouvoir et assoiffé d’argent, met tout en œuvre pour atteindre son objectif : posséder tous les commerces de la ville et asseoir sa suprématie. Hôtels, restaurants, épiceries, coiffeurs… tout absolument tous les commerces font apparaître l’enseigne Jabot.
A Palladipelledipollo, un seul bastion survit encore. C’est la petite librairie Fellini de Fabiola et Ernesto. Mais les temps sont durs, les rayonnages se vident, les fournisseurs leur tournent le dos et les dettes s’accumulent. Il semble que la seule issue possible soit d’accepter le rachat du fonds de commerce par l’odieux Jabot. Fabiola et Ernesto s’en désolent d’autant plus que le fameux Capitaine Fripouille, le père de Fabiola, a choisi ce moment pour rendre visite à sa fille et faire la connaissance d’Edna, sa petite-fille. Lorsque le vieux baroudeur se rend compte de l’ampleur du désastre, il décide d’agir afin de barrer la route de Jabot.

Cela fait plus de dix ans maintenant qu’Olivier Ka et Alfred nous avaient régalé avec « Pourquoi j’ai tué Pierre ». L’idée de voir ce duo d’auteurs se reformer était donc une idée bien alléchante. Pour l’occasion, c’est autour d’un projet jeunesse que leur nouvelle collaboration s’est réalisée.

« Capitaine Fripouille » vient enrichir la jeune collection des « Enfants gâtés » qui a vu le jour fin 2015 chez Delcourt et qui proposent des ouvrages cartonnés grand format dans lesquels on plonge littéralement.

La locomotive de ce récit est le Capitaine Fripouille. Un personnage généreux, charismatique, courageux et optimiste… Pour compléter le tableau, je reprends un extrait du quatrième de couverture de l’album qui le qualifie copieusement : « (…) un personnage bruyant, rigolard, tempétueux, espiègle, bagarreur, rageur, lumineux, grandiloquent, orageux, remuant, immature, aventureux, turbulent, bedonnant, tenace et entêté. »

Autant de qualités réunies en un seul personnage ne peuvent que nous inviter à mettre nos pieds dans ses traces et le suivre, presque les yeux fermés, dans le combat qu’il engage. Olivier Ka propose aux enfants une critique simple et pertinente du capitalisme sans pour autant les noyer dans un vocabulaire qui leur serait inaccessible. Le scénariste raconte également l’histoire d’une famille, le choix d’un père de prendre la mer pour découvrir d’autres horizons, l’admiration que lui porte sa fille qui ne peut pourtant pas s’empêcher de lui reprocher son absence. On découvre aussi un secret de famille, on côtoie un homme qui défend corps et âmes ses idéaux. On assiste à l’éveil des consciences, on dénonce les injustices.

Au dessin, Alfred parvient tout à fait à faire ressentir le contexte oppressant dans lequel vit la petite communauté des habitants de Palladipelledipollo. Pour autant, le lecteur ne se sent pas étriqué dans cet univers. On évolue dans un monde moyenâgeux plein de surprises. On accueille avec amusement les nombreux anachronismes que l’on attrape çà et là dans le décor. Des « Jabot Burger », « Jabot intérim » et autres références modernes qui donnent une touche de folie à l’histoire. Alfred pique également notre imagination en livrant un capitaine Fripouille vêtu comme un pirate. On l’imagine volant au secours de la veuve et de l’orphelin ou en train de foncer tête baissée dans une échauffourée afin de prêter main forte aux opprimés.

De l’action, du suspense, de l’humour et beaucoup de tendresse.
Une histoire qui, loin de nous cantonner aux remparts des murs d’un petit bourg, nous donne des ailes et nous invite à imaginer les combats que nous pourrions mener avec brio pour faire reculer l’injustice. Un récit drôle et entraînant malgré la présence de passages un peu plus brouillons qui peuvent laisser le jeune lecteur un peu perplexe (un petit coup de pouce du parent clarifiera les éventuelles incompréhensions).

Les chronique de Claire (La Soupe de l’espace) et de Madoka.

Capitaine Fripouille

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Les enfants Gâtés
Dessinateur : ALFRED
Scénariste : Olivier KA
Dépôt légal : mai 2017
24 pages, 14,50 euros, ISBN : 978-2-7560-9496-0

Bulles bulles bulles…

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Capitaine Fripouille – Ka – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2017

Pourquoi j’ai tué Pierre (Ka & Alfred)

Pourquoi j'ai tué Pierre
Ka – Alfred © Guy Delcourt Productions – 2006

Olivier a 7 ans et on apprend qu’il est en vacances chez ses grands-parents très croyants et très pratiquants.

A 8 ans, il part en vacances avec ses parents babas et passe un moment avec eux chez un couple hippies.

A 9 ans ses grands-parents viennent en vacances chez eux et font entrer Pierre dans la famille, un jeune prêtre remplaçant qui apporte avec lui une nouvelle image (pour Olivier) de ce que peut être la foi…

J’ai l’impression de lire des choses complètement bizarres en ce moment. Et pourtant, une fois de plus voilà un univers que j’ai aimé et que je voudrais vous faire découvrir.

De nouveau également un récit autobiographique d’un auteur, Olivier KA, qui nous laisse entrer très loin (trop loin ?) dans son intimité. Cet album se compose de plusieurs chapitres, certains peuvent être très courts (deux planches), d’autres sont plus développés. Chronologiquement, ils abordent des temps importants dans la vie de l’auteur. On le suit ainsi de ses 7 ans à ses 35 ans, chaque âge n’étant pas forcément représenté dans la BD.

Commencez par regarder la couverture et vous comprendrez déjà beaucoup de choses sur cet ouvrage. Voyez, imaginez comment les actes d’un adulte peuvent modeler un enfant, façonner l’adulte qu’il va devenir. Je croyais initialement que Pierre était un personnage imaginaire (certains enfants s’en créent parfois). Il n’en est rien puisque Pierre nous est rapidement présenté et va influer sur la vie de l’artiste à plusieurs niveaux.

Le rapport à la sexualité d’Olivier KA est quelque peu atypique : quand ses grands-parents lui proposent un modèle de couple très conventionnel (stabilité et rigueur auxquelles se mêle une Foi sans limite), ses parents vont lui offrir des repères parentaux moins attachés aux préjugés (voire licencieux ?) et… se rajoute à cela une expérience sexuelle à l’âge de 12 ans. Cette expérience va apporter son lot de malaises et de questionnements. Quoiqu’il en soit, c’est pendant les temps de regroupements familiaux que tout se joue.

On ne verra jamais Olivier à l’école ou chez un ami. Tout est centré sur la cellule familiale et les réponses qu’il a obtenues en son sein… (puisque Pierre est considéré comme un membre de la famille, je l’assimile donc à un relais familial pour les temps de « colos » estivales… Olivier disposant, de plus, d’un statut particulier à l’égard des autres enfants).

Ce livre représente pour l’auteur une énorme page qui se tourne, un énorme travail d’acceptation de soi. Nous sommes également témoins des prémices de la démarche qui aboutira à la publication de ce témoignage. Les questions sur le rapport à la religion ne sont pas occultées, à l’inverse du choix fait par Craig THOMPSON (cf Blankets). Ici, l’auteur va régler ses comptes (éducation, religion), s’approprier sa propre histoire et jalonner son œuvre de nombre de questions ouvertes (à destination du lecteur ?).

Le graphisme est simple et agréable. Les ambiances graphiques varient d’une planche à l’autre pour se marier au mieux à la tonalité du récit. Beaucoup de symboliques dans cet ouvrage, à commencer par son titre. Le témoignage est réellement de qualité… rien à redire.

PictoOKPictoOKJ’ai adoré cette BD. Je suis, comme d’habitude, émue et gênée qu’un auteur ose se livrer autant. Un récit qui fait naître tout de même beaucoup (trop) d’empathie à l’égard de l’auteur, je ne suis pas certaine que ce soit l’effet recherché. Ce que je ne parviens pas à comprendre, en revanche, c’est le secret dans lequel Olivier s’est laissé enfermer. Pourquoi l’a-t-il accepté alors qu’à plusieurs reprises, il nous montre des parents capables d’apporter écoute et soutien ?

Prix du Public Angoulême 2007.

A lire également : du9, la fiche éditeur et le blog d’Olivier KA.

Pourquoi j’ai tué Pierre

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur : ALFRED

Scénariste : Olivier KA

Dépôt légal : septembre 2006

ISBN : 978-2-7560-0380-1

Bulles bulles bulles…

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Pourquoi j’ai tué Pierre © Guy Delcourt productions – 2006