Alexandrin (Rabaté & Kokor)

Rabaté – Kokor © Futuropolis – 2017

Il baguenaude dans les rues de la ville. De-ci de-là, il se penche sur une fenêtre pour observer l’intérieur des maisons. Puis il repart, les yeux repus de ce qu’il a vu, l’esprit occupé à jauger si le maître des lieux sera à même d’apprécier sa prose. Il se fie à son instinct, tantôt reprend sa route tantôt sonne chez les gens. Vie errante, à cheval entre rêve et réalité. Poète vagabond. Un certain art de vivre.

Je me présente, Alexandrin de Vanneville, poète des campagnes et des villes, arpentant les chemins et les villes, de terre ou de bitume, par vent et par la pluie, sans me taire et sans amertume, je survis en proposant ma poésie

Il flâne, vaque à ses occupations, surveille son maigre budget et profite de la moindre brise qui souffle, de la moindre rencontre, d’un simple « bonjour » pour en savourer la moelle et trouver l’inspiration. Ce qui fait battre son cœur, c’est le plaisir des mots.

Les faire sonner, les faire rimer…

C’est ce jeu avec les mots qui me tient debout,
c’est cette quête du beau qui m’évite de rester à genoux

… et partager son regard sur la société.

Un jour, Alexandrin fait la connaissance de Kevin, un jeune fugueur, qu’il va prendre sous son aile.

Une histoire assez douce au demeurant même s’il est vrai que la précarité d’Alexandrin donne un autre sens aux propos. On ne côtoie pas un poète oisif mais un amoureux de la rime qui vit pour et par son Art. Ses idéaux semblent l’avoir poussé à vivre une vie miséreuse plutôt que de chercher à aménager les choses pour s’assurer un minimum de confort (un toit et trois repas quotidiens).

On ne sait rien de son histoire ce qui le rend mystérieux, vierge de toute vie. C’est un poète, rien de plus. Amoureux de la rime, foncièrement humain, bienveillant quelle que soit la situation, sa placidité étonne autant qu’elle rassure. Pascal Rabaté le rend parfois un peu trop bavard, comme si – sous l’influence de son personnage – il s’était laissé aller par ces mots qui coulent et qui riment. Alors oui, cette manie qu’à le « héros » de parler en alexandrin va contaminer les autres personnages (du moins ceux qui sont amenés à le côtoyer au quotidien). A la longue, j’ai craint un certain écœurement et j’ai même appréhendé que l’histoire se noie dans une sorte d’obstination de la-rime-à-tout-prix. Mais ce n’est pas le cas. Bien au contraire, je me suis même étonnée d’autant de fluidité et finalement, qu’il y ait autant de naturel dans les échanges entre les personnages. Le seul « hic » les concernant est visuel : les phylactères s’imposent comme s’ils étaient plaqués sur les illustrations (il y a un gros contraste avec les illustrations).

Et puis ce duo que nous observons tout au long de l’histoire. D’un côté un idéaliste qui accepte de quitter sa solitude pour accompagner un jeune adolescent en mal de liberté. Cet homme parvient parfaitement à nous faire croire à une forme de naïveté quant à la réalité de cet enfant. Certains passages nous prouvent régulièrement le contraire mais la magie du scénario parvient vite à nous faire oublier que le poète est lucide. Et puis de l’autre, nous sommes face à un adolescent qui défie ses parents et veut se prouver qu’il est capable de grandir sans eux. La rencontre avec le poète est pour lui une aubaine puisqu’il va se reposer sur l’adulte comme si c’était un père de substitution. Tous deux vont se soutenir dans les épreuves qu’ils vont traverser mais l’histoire n’est – somme toute – rien d’autre qu’une quête initiatique

Côté dessin, je fonds d’amour, définitivement love de ce coup de crayon, cet album ne vient que confirmer le talent d’Alain Kokor. Avec un plaisir non dissimulé, j’ai retrouvé les trognes que lui seul est capable de dessiner ces silhouettes nonchalantes, dépourvues de toute animosité même quand il s’agit d’olibrius désagréables. Alain Kokor brosse leur portrait puis trois petites cases et puis s’en vont. Je savoure cette manière qu’il a de caresser et d’accompagner ses personnages. Et ses couleurs, son bleu, ses ocres… Bref, l’alchimie était encore une fois au rendez-vous.

Un joli duo au cœur de ces pages. Des rimes qui sonnent agréablement à nos oreilles. Une parenthèse enchantée dans mes lectures.

A toi qui lit peut-être là,
J’ai trouvé ton Poilala.
Au tout début, dans un tableau, je crois.
Mais tu l’as mis deux fois ??!!
Plus loin dans un pot à crayons…
… J’ai bon ? 😛

Extraits :

« Liberté, liberté… Vous n’avez que ce mot à la bouche. Liberté de crever de faim, de froid, d’être sales à attirer les mouches. C’est un mot bien trop grand pour un si jeune enfant » (Alexandrin).

Alexandrin

– où l’art de faire des vers à pied –
One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Alain KOKOR
Scénariste : Pascal RABATE
Dépôt légal : août 2017
96 pages, 22 euros, ISBN : 978-2-7548-1843-8

Bulles bulles bulles…

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Alexandrin – Rabaté – Kokor © Futuropolis – 2017

Au-delà des mers (Kokor)

Kokor © Futuropolis – 2015
Kokor © Futuropolis – 2015

La vie est un éternel chassé-croisé entre ceux qui arrivent et qui partent. Ceux qui arrivent pour prendre un nouveau départ, ceux qui partent parce qu’ils ont fait leur temps sur cette terre, ceux qui partent parce qu’ils souhaitent panser leurs blessures, ceux qui arrivent pour accueillir tous ces voyageurs en transit.

Alain Kokor, c’est avant tout un univers, une sensiblerie et un cœur énorme lorsqu’il donne vie à un personnage. Il le prend au berceau, le berce lorsqu’il est fragile et le repose délicatement après lui avoir tenu compagnie plusieurs pages durant. « Balade balade », « Le commun des mortels », « Les voyages du Docteur Gulliver »… voici autant de voyages que ce conteur hors-normes nous a déjà offerts.

Un artiste rare, à la fois poète, philosophe et magicien de l’image, il propose à son lecteur des récits d’une tendresse incroyable. Amoureux de la vie, profondément altruiste, il injecte dans ses scenarii des réflexions contenant à la fois une sublime profondeur et une naïveté troublante. Enfin, Alain Kokor excelle dans l’art de la métaphore et « Au-delà des mers » n’y échappe pas… loin de là. Il me semble même que cet album soit celui qui regorge le plus de métaphores dans ceux qui composent la bibliographie de l’auteur.

« Au-delà des mers » est un prolongement de « Supplément d’âme », album où de mystérieux personnages marins avaient fait leur apparition. On les sentait désireux de nous emmener découvrir leurs profondeurs et c’est logiquement dans les grands fonds marins que cet ouvrage commence. Le lecteur est accueilli par une scène muette de 12 pages où nous tenons compagnie à deux inséparables bestioles aquatiques, fascinées par la lumière du soleil. Leur course folle vers la surface nous fait tournebouler dans les remous avant d’être happés par un horizon à perte de vue, ivres de pouvoir respirer à pleins poumons.

Puis ce préambule se referme. L’histoire peut commencer. Nous sommes au Havre. Quoi de mieux qu’un port pour servir la métaphore de nos vies. Le nouvel arrivant porte tous ses espoirs dans cette nouvelle vie qui s’offre à lui. Celui qui part en fait tout autant, regardant loin devant, espérant y voir peut-être la silhouette de jours meilleurs. Le port est le témoin de ces petites transhumances à taille humaine, de ces ruptures volontaires ou forcées, de ces accueils chaleureux ou méfiants.

Un ouvrage qui parle de la vie et de la mort, de départs et d’arrivées, de deuils et de naissances, de joies et de tristesses… et d’une certaine forme de solidarité humaine, celle qui réchauffe et permet de donner du sens à la vie.

Avec beaucoup d’humour, Alain Kokor mène son lecteur par le bout du nez. Il le fait languir, le mène sur de fausses pistes tout en lui faisant percevoir qu’il a de l’intuition et qu’il n’est jamais très loin de comprendre de quoi il en retourne. L’auteur réalise quelques ellipses ; le récit omet de mentionner des éléments qui pourtant faciliteraient la compréhension. Sur le moment, cela fait pester, cela nécessite éventuellement de reprendre la lecture quelques cases en amont… mais la lecture se poursuit, délicieuse et si mystérieuse. Il y est notamment question d’une certaine Sonia, belle adolescente qui – à défaut de parvenir à disparaitre totalement – parvient du moins à se cacher sous la capuche de son sweet rouge. Il est aussi question d’un certain « Matelot » qui, en attendant le jour de son grand départ et du fait de son grand âge, se rappelle quotidiennement tous ceux qu’il a aimé et qui sont partis avant lui.

PictoOKUne belle musicalité dans cet album qui traite de relations humaines, d’intégration, d’amitiés et de sentiments. L’auteur a certes eu la main un peu lourde sur la métaphore mais le juste dosage de poésie et de tendresse, Alain Kokor nous livre encore une fois un très bel album qu’il faudra laisser cependant décanter un peu afin de profiter de tout son arôme.

LABEL Lecture AccompagnéeUne lecture faite en compagnie de Marilyne qui découvre pour l’occasion le somptueux « Balade balade » !

Au-delà des mers

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Alain KOKOR

Dépôt légal : juin 2015

ISBN : 978-2-7548-1078-4

Bulles bulles bulles…

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Au-delà des mers – Kokor © Futuropolis – 2015

La Revue Dessinée, numéro 2 (Collectif)

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Second numéro de La Revue dessinée, une initiative que l’on doit à cinq auteurs et un journaliste (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Kris, Virginie Ollagnier et David Servenay). Grâce à leur impulsion, d’autres artistes se sont mobilisés sous ce leitmotiv :

« Parce qu’ils constatent la paupérisation des auteurs de bande dessinée, ils décident que La Revue Dessinée permettra aux auteurs de prépublier leurs travaux, avant de les proposer aux éditeurs classiques. Il faut le dire, les cofondateurs sont d’abord des créateurs qui veulent redonner de la valeur à leur métier ».

J’avais déjà partagé avec vous mon engouement pour le premier numéro de LRD. Mécontente de la manière que j’avais employée pour vous transmettre la richesse de ce magazine, je récidive et vous présente aujourd’hui le second numéro que vous pouvez trouver dans toutes les bonnes librairies depuis le mois de décembre (ou sur tablette puisque LRD sort simultanément en version papier et en version numérique). Chaque trimestre, le lecteur a ainsi l’opportunité d’accéder à une douzaine de reportages et de documentaires qui s’intéressent aux différents sujets d’actualité. Ils sont réalisés par des duos d’auteurs improbables composés de journalistes et d’auteurs BD ; pour exemple, dans ce numéro ont collaboré David Servenay & Alain Kokor, Jean-Marc Manach & Nicoby ou encore Sylvain Lapoix & Daniel Blancou. Tous se sont rassemblés pour enrichir davantage encore les travaux déjà édités dans le domaine de la BD reportage. Certains reportages s’étalent sur plusieurs numéros, à l’instar du travail réalisé par Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes ou celui de Sylvain Lapoix sur les gaz de schiste.

Les reportages et les documentaires

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Un VRP en guerre (David Servenay & Alain Kokor) revient sur le parcours atypique de Jacques Monsieur aujourd’hui âgé de 59 ans. David Servenay s’intéresse à ce célèbre trafiquant d’armes belge depuis plus de dix ans et avait eu l’occasion de l’interviewer en 2004. A l’occasion de la publication de ce reportage, le scénariste explique : « j’ai donc remis de nombreux éléments à Alain Kokor, qui a donné une interprétation aussi libre qu’imaginative du parcours du trafiquant d’armes, tout en respectant à la lettre le ʽʽfactuelʼʼ de ce destin hors norme ». En plus de l’intérêt que l’on accorde aux dires des auteurs durant la lecture, le résultat est plaisant à voir. Baignant dans les ambiances de Kokor, on navigue dans un récit intemporel où la réalité fait bon ménage avec les métaphores visuelles. Les propos sont cinglants du fait que le cynisme du personnage envahit le moindre recoin de page. Un homme sans scrupule qui joue avec des vies humaines comme il jouerait aux billes. Un reportage sur un homme amoral dont le business impacte fortement les marchés pétroliers… et fait donc la pluie et le beau temps sur les forces politiques internationales.

« Achat. Vente. De loin, cela ressemble à n’importe quel deal. Comme la guerre sur le terrain ressemble à n’importe quelle autre guerre ».

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Dans les pas des soigneurs, la suite et fin du reportage de Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes. L’auteure s’intéresse cette fois au personnel du zoo. J’avais apprécié le ton décalé que Marion Montaigne utilise dans le premier volet de son reportage. Pourtant ici, j’ai survolé la lecture d’un œil distrait, lui trouvant des longueurs malgré la brièveté du documentaire (une quinzaine de pages). C’est de loin la contribution que j’ai le moins apprécié dans ce deuxième numéro.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Les écoutes made in France – Amesys en Libye (Jean-Marc Manach & Nicoby). En 2010, Jean-Marc Manach reçoit un message anonyme d’une « gorge profonde » (nom utilisé par les journalistes pour désigner leur informateur. D’abord sceptique, Manach décide cependant de vérifier cette information qui « indique que Bull ne fait pas que protéger la vie privée, mais qu’elle aurait aussi vendu un système de surveillance de l’Internet à Kadhafi ». Ses recherches l’amènent à enquêter sur AMESYS, une P.M.E. rachetée par Bull en 2010 ; Amesys aurait créé un système de surveillance massive d’internet (appelé « Eagle ») à la demande du gouvernement libyen. C’est finalement grâce au Printemps arabe (voir également l’ouvrage de Pierre Filiu et Cyrille Pomès sur ce mouvement) qui va impacter la Libye en février 2011, qu’il va pouvoir accéder aux éléments qui lui manquaient et faire aboutir son investigation.

« Eagle, c’est un peu comme Google. Tu entres le nom de celui que tu veux surveiller et il te ressort la liste de tout ce qu’il a fait sur le Net, des gens avec qui il était en contact avec la liste des mails et fichiers qu’ils ont échangés. Tu peux aussi entrer un mot-clé et avoir la liste de tous ceux qui l’ont recherché dans Google ou écrit dans leur mail ».

Un reportage consistant parfaitement illustré par Nicoby. Une dérive numérique effarante tant la facilité avec laquelle s’utilise l’application de surveillance est enfantine. Des sous-entendus sont également présents, comme le fait que la Libye aurait été « un laboratoire d’expérimentation » pour les équipes d’Amesys soucieuse de tester leur produit… sous-entendant de fait que d’autres états ont également payé pour se procurer ce produit…

Pour aller plus loin, le site de Jean-Marc Manach et son blog, ainsi que la présentation du reportage sur le site de La Revue dessinée.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Opération lobbying, seconde partie du reportage sur les gaz de schiste (Sylvain Lapoix & Daniel Blancou). Les méandres de l’Administration (Ministère, Préfectures, Mairies… tous les échelons organisationnels sont concernés) mais aussi compagnies pétrolières. Le journaliste prend le temps de revenir sur chaque terme : fracturation hydraulique, pollution des nappes phréatiques, énergies extrêmes…

Gros gros travail d’investigation qui nous est livré ici. Extrêmement documenté, extrêmement argumenté. Le travail de Daniel Blancou m’a légèrement fait pensé à celui de Philippe Squarzoni sur l’utilisation de visuels issus de l’imagerie collective, un choix qui appuie parfaitement le propos de Sylvain Lapoix. La dernière partie de ce reportage se penchera sur « la dimension géopolitique de cette nouvelle industrie », propos extraits du dossier thématique figurant à la fin du reportage. Ce dossier thématique nous apprend aussi que les trois volets de ce reportage consacré aux gaz de schiste feront prochainement l’objet d’un album à paraître aux Editions Futuropolis. Un régal… pour ceux qui n’ont pas encore lu les deux premiers numéros de la Revue dessinée, je vous recommande vivement l’achat de cet album à venir 😉

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Les plaies de Fukushima, un reportage sur le nucléaire réalisé par Emmanuel Lepage. Il fait le point trois ans après la catastrophe. Trois ans ! 11 mars 2011 ! Déjà !!

« Le dessinateur Emmanuel Lepage s’est rendu sur place en novembre 2012. Il a obtenu le droit de pénétrer dans la zone d’exclusion et raconte dans ce reportage la désolation et la détresse de cette terre sinistrée pour une durée impossible à estimer » (extrait du texte de présentation du reportage).

Frappé par les images d’une réalité difficile à accepter, happé par les souvenirs de Tchernobyl, fort du recul et de la connaissance qu’il a de sa première expérience… le regard de l’auteur est juste, rempli d’émotions, il mesure parfaitement la gravité des constats qu’il fait et nous permet d’en prendre pleinement la mesure…

« Mon dosimètre indique un chiffre supérieur à celui observé au pied de la Centrale de Tchernobyl »

Il accueille le témoignage de locaux, à l’instar de celui de Monsieur Shigihara, propriétaire d’une maison située à deux pas de la centrale. Ce qu’il livre est édifiant : il parle du tremblement de terre, plus long qu’à l’accoutumée, il parle de ses petites filles qui étaient chez lui au moment de la catastrophe, il parle des démarches qu’il a faites pour se renseigner après avoir appris qu’il y avait eu un incident à la Centrale et « Je suis allé demandé des informations aux autorités. On m’a garanti qu’il n’y avait rien à craindre. Je suis allé interroger ces hommes en combinaison blanche. Ils nous confirment que les taux n’étaient pas dangereux pour notre santé. J’ai gardé mes petites-filles à la maison. Je faisais confiance aux hommes en blanc, au professeur Takamura qui était venu nous voir au Gouvernement, à Tepco. Ma peau a pelé. Le 22 juin, on nous a dit de partir. Trois mois plus tard. (…) On nous a menti ». Il s’arrête aussi sur l’incertitude dans laquelle on le maintient : conséquence sur sa santé et celle de ses petites-filles, possibilité de revenir un jour habiter dans sa maison…

Des morts forts, des mots honteux… comment ne pas être indignés par l’irrespect flagrant dont témoigne le gouvernement japonais dans la gestion de cette crise. Une gestion médiocre… jugez-en

« Tout semble neuf ici. Neuf et abandonné. Ce ne sont pas encore des ruines. Ca n’en est que plus troublant. Seule la maison de retraite est restée ouverte. Les autorités ont estimé que la contamination aurait peu d’effets chez les personnes déjà âgées… et qu’il n’était donc pas nécessaire de les déplacer ».

La couleur ici n’apparait pas ou timidement. Elle n’a pas sa place comme elle pouvait l’avoir, à juste titre, dans Un Printemps à Tchernobyl. « Paysage de désastre où tout n’est plus que camaïeu de bruns, d’ocres et de sépias »…

Les rubriques

Le Binôme propose de courtes chroniques économiques et met en scène Mister Eco, un personnage qui vulgarise les grands concepts économiques ; Le binôme se penche cette fois sur l’américain Robert Barro, un économiste libéral,

James et sa leçon de sémantique,

Hervé Bourhis & Adrien Ménielle s’associent pour alimenter la rubrique Informatique ; il s’agit cette fois de visiter l’histoire des jeux vidéo,

Olivier Jouvray & Maëlle Schaller alimentent quant à eux le registre anticipatif sur la place que pourraient prendre, dans un avenir plus ou moins proche, nos petits gadgets modernes en apparence anodins ; une rubrique cynique, hilarante… et un peu flippante tout de même,

Arnaud Le Gouëfflec & Marion Mousse nous embarquent dans une nouvelle chronique musicale qui présente cette fois le jamaïcain Lee Perry,

David Vandermeulen & Daniel Casanave ferment ce second numéro de LRD sur une chronique de culture générale qui brosse le portrait de Thalès de Milet

Et toujours des bonus

Outre les publications exclusives publiées sur le site, chaque reportage donne la possibilité de scanner un code QR pour accéder à des contenus complémentaires. Enfin, les documentaires et témoignages s’achèvent sur un mini-dossier thématique regroupant les informations importantes de manière concise, renvoient vers une bibliographie qui explore la thématique et qui est toujours très riche en informations.

Pour les derniers sceptiques qui hésitent encore (je me rappelle les commentaires déposés suite à mon article de présentation du numéro 1 de LRD) :

  • 15 euros certes MAIS :
  • Des reportages / documentaires / chroniques de qualité
  • 226 pages
  • Des auteurs talentueux qui maitrisent leur sujet
  • Pas un gramme de publicité

PictoOKPictoOKJe vous recommande cette revue. Faites l’essai, achetez un numéro. Jugez sur pied et abonnez-vous 😀

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2014 / Objet : revue

La Revue dessinée

Revue trimestrielle réalisée par un Collectif d’auteurs

Numéro 2 : hiver 2013-2014

Dépôt légal : décembre 2013

ISBN : 978-2-7548-1072-2

226 pages – 15 euros

Site de La Revue dessinée

Bulles bulles bulles…

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La Revue dessinée, numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Mon copain secret (Dauvillier & Kokor)

Mon copain secret
Dauvillier – Kokor © Editions La Gouttière – 2012

Manon ne s’entend pas avec son frère jumeau. Ce dernier ne cesse de se moquer d’elle devant leurs copains et à la maison, c’est jalousies, bouderies et compagnie ! Du coup, pour couper court aux chamailleries, maman demande souvent à Manon et à Tom (son frère) d’aller se calmer dans leurs chambres.

Pourtant, depuis quelques temps, cette punition n’en est plus réellement une pour Manon. Son copain secret – Eléphant – l’attend dans sa chambre. Avec lui, Manon parle de tout et de rien, mais surtout de ses petits soucis. Eléphant la conseille et la câline. Enfin, elle a trouvé quelqu’un qui fait attention à elle.

Mais ce n’est pas évident de garder le secret surtout qu’Eléphant fait de grosses bêtises !

Après Petite souris, grosse bêtise paru aux Éditions La Gouttière en octobre 2009, cet album est la seconde collaboration entre Loïc Dauvillier et Alain Kokor. C’est l’occasion pour les auteurs de revenir sur le thème de la solitude de l’enfant et celui des bêtises. Mais aussi amusantes soient-elles, quelles en sont les conséquences ?

Avec beaucoup de finesse et de douceur, Loïc Dauvillier puise de nouveau dans les mondes imaginaires de nos petites têtes blondes pour construire son récit. Le petit lecteur peut s’identifier facilement à Manon car avouons-le… lorsqu’enfant on est pris dans le jeu ou que l’on s’ennuie, c’est bien naturel d’imaginer un voire plusieurs « amis » à qui donner la réplique. Qui parmi vous ne s’est jamais inventé un ami fictif étant enfant ?

Mais le scénariste pousse la chansonnette un peu plus loin en donnant vie à un personnage que l’on imagine inventé de toutes pièces par la fillette… sauf qu’il agit de manière totalement autonome ! Certes, l’aspect pataud de l’éléphant sert parfaitement le comique de situation et permet d’aborder des thèmes douloureux (les moqueries, la solitude, le mensonge…) sans que l’on s’apitoie sur la petite fille. Mais à trop vouloir protéger la fillette, le pachyderme en devient revanchard, ce qui donne lieu à des scènes cocasses ! Mais ce n’est pas tout, et c’est là que c’est intéressant car l’héroïne n’est pas du tout d’accord avec les agissements de son « copain secret ». Manon est donc confrontée à un sérieux dilemme : comment dire à son ami qu’elle n’est pas d’accord avec ce qu’il fait… tout en préservant leur amitié ? Qu’est-ce qui est bien ? Qu’est-ce qui est mal ?

Face à ces questions, l’enfant-lecteur n’est pas insensible. Partagé entre l’envie de rire et celle de dénoncer, la première lecture a mis mon fils dans l’embarras. Autant dire que Mon copain secret l’a déstabilisé :

– Tu dis que ce sont les Messieurs qui ont écrit Petite souris, grosse bêtise qui ont fait Mon copain secret ?
– Oui.
– Et tu crois que ce qu’ils disent ça peut se passer pour de vrai ?
– Je ne pense pas bonhomme.
– Mais qui fait les bêtises alors ? C’est Manon ?
– Je pense que c’est son copain secret.
– Ah ! … [un moment de réflexion… son cerveau est en ébullition]… Alors je vais jouer un peu et on pourra lire encore l’histoire cet après-midi ?

En effet, ce n’est pas toujours évident de prendre du recul sur une histoire fictive lorsque celle-ci est si joliment amenée. D’autant que les chamailleries des jumeaux lui rappellent ses propres chamailleries avec son frère, d’autant que mon bonhomme a tendance à se perdre dans ses pensées (avec qui ?? ^^)… Et le fait que la jeune héroïne (âgée de 10 ans) soit la seule à donner son avis sur les faits et gestes de ce copain secret est visiblement déroutant. Qu’en pense l’adulte dans tout ça ?? La seconde lecture lui a permis de mieux appréhender le contenu de cet album et de garder son aplomb face à mes « non-réponses ». En effet, je voulais qu’il se positionne seul face à l’histoire, qu’il se fasse sa propre opinion avant de partir avec lui dans l’échange réciproque…

… et finalement, voici ce qu’il en dit :

C’est une histoire que je relirais parce qu’elle est rigolote. L’éléphant fait plein de bêtises et ça m’a fait penser aux animaux qui sont un peu zinzin.

Tom et Manon font pareil que moi et mon frère, ils se disputent fort pour des choses quand ils ne sont pas d’accord. C’est comme quand Manon a dit qu’elle a trouvé un éléphant dans son placard. Si mon frère me disait ça, je regarderais dans son placard et je lui donnerais un coup de pied dans les fesses parce que j’aime pas quand il se moque de moi !

Et un éléphant dans une chambre… euh… c’est pas sa place !!! Du coup, je trouve l’histoire très bizarre et c’est pour ça qu’elle me fait rire. Moi je rêve pas d’un copain secret mais j’aimerais quand même bien avoir un chien ! Pour le Monsieur qui a dessiné l’histoire, je voudrais lui dire que je l’ai trouvé très gentil et que je trouve le dragon qu’il m’a dessiné (*) très beau. En fait, je suis plus fâché, même s’il a oublié de lui dessiner des ailes. Et puis je trouve les trouve jolis [les dessins de Manon], j’aime bien ses dessins !

(*) pour la dédicace : voir cet article qui date de Novembre 2010.

Le graphisme justement, parlons-en. La douceur et la poésie se sont installées au bout des crayons d’Alain Kokor. L’ambiance pétille un peu moins que dans Petite souris, grosse bêtise, mais cela tient également aux personnalités différentes des fillettes. Suzie était plus spontanée que Manon, mais elle était aussi plus jeune. Manon a plus de retenue et de maturité. Les roses-orangés qui accompagnent son univers sont donc plus délicats mais tout aussi chaleureux. Visuellement, le voyage est très agréable.

Une lecture que je partage également avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Et découvrez les albums présentés par les autres lecteurs !

PictoOKDécidément, les choix éditoriaux de La Gouttière ne laissent pas les jeunes lecteurs insensibles. Après avoir refermé les albums, il y a toujours un temps d’échange durant lequel l’enfant (se) questionne spontanément. De publication en publication, la forme ludique sert habillement le fond qui est plus réflexif. Il y a un jeu de miroir entre l’univers raconté et la réalité de l’enfant… il revient donc au parent d’aider l’enfant à tisser les passerelles entre un monde et l’autre. Laissez-vous tenter !!

Mon copain secret

One shot

Éditeur : La Gouttière

Dessinateur : Alain KOKOR

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : novembre 2012

ISBN : 978-2-9539182-6-7

Bulles bulles bulles…

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Mon copain secret – Dauvillier – Kokor © Editions La Gouttière – 2012

Supplément d’âme (Kokor)

Supplément d'âme
Kokor © Futuropolis – 2012

« A Dublin, tous les jours, un homme à l’allure rondouillarde et anodine traverse la ville pour se rendre sur le port et toujours s’installer au bout d’un quai, pour tranquillement déjeuner. Il fait tout pour passer inaperçu. Nul ne sait qui il est, pourtant tout le monde l’épie. Pour les uns, il est muet, pour d’autres, c’est un auteur qui prépare un ouvrage sur la vie des mouettes ou des poissons, voire sur l’origine des espèces » (extrait du synopsis éditeur).

Là, tapis dans le lit de leurs vies ordinaires, Camille, Willie, Kelly, Sam’Body O’FLanagan, Ryan O’Slogan… projettent – sur la silhouette de cet homme-mystère – tous leurs rêves et leurs fantasmes au travers de questions sur l’origine de cet homme ; D’où vient-il ? Où va-t-il ? L’occasion pour nous de les découvrir, de les entendre vivre et de plonger une nouvelle fois dans l’univers magique d’Alain Kokor.

Un immense merci à Futuropolis pour cette découverte et mille compliments émerveillés à destination de l’auteur qui toujours parvient à me faire oublier la réalité.

Ce livre est une ode au bonheur. De ces petits bonheurs simples qui font le piment d’une vie, Kokor crée une histoire intrigante, à la croisée entre la réalité et le monde imaginaire. Un monde mi-réaliste, mi-virtuel où réseaux sociaux et sentiments parviennent à faire bon ménage. De pages en pages, nous naviguons parmi les personnages clés de l’histoire, vivons à leurs côtés des moments en apparence anodins de leurs parcours. Petit à petit, le lecteur assemble ces petits bouts d’existence jusqu’à parvenir à créer un ensemble cohérent où chacun devient une pièce maitresse de ce puzzle de 127 pages.

Un décor intemporel permet au lecteur de se déplacer à sa guise dans ce monde, d’y projeter ses propres représentations sur les zones d’ombre laissées graphiquement en chantier : un visage imprécis, une silhouette floue, un building en construction… quelques croquis épars livrés çà et là au lecteur montrent toute la sensibilité d’un individu, quelques strips mettant en scène les délires humoristiques d’un personnage du récit. Cet ensemble, loin de créer de la confusion, incite le lecteur à s’investir pour élucider la clé de l’énigme avant l’heure. Y parviendra-t-il ? Un univers qui se développe dans des teintes marrons-ocre et illustre les petits rituels rassurants d’un quotidien où parfois, un événement imprévisible surgit. Pour Kokor, ces imprévu semblent faire le sel de l’existence puisqu’il leur associe des couleurs vives, cassant régulièrement la morosité apparente de l’album. Durant ces épisodes colorés, on y retrouve les teintes que l’auteur emploie dans des récits comme Les voyages du Docteur Gulliver ou Le commun des mortels.

PictoOKIntriguée puis charmée, j’ai laissé la lenteur de ce récit m’emporter loin de ma réalité. Doux, tendre et poétique, voici un voyage agréable au pays des relations humaines. Le message qu’il délivre fait mouche sans heurter. Je vous invite à le découvrir en fredonnant :

Une lecture que je partage avec Mango et les lecteurs BD du mercredi

Les chroniques de PaKa, Culturebox, Jack et David Fournol. Ils n’ont pas accroché : William (sur SambaBD) et Jean Loup (sur Coin BD).

Extraits :

« J’ai toujours pensé que les ponts étaient des mains tendues à la poésie. Traverser tous les jours celui-ci m’amenait aux rimes, puis à l’appétit » (Supplément d’âme).

« Deux éléments principaux hantaient régulièrement notre sommeil. Le premier donne des ailes avec sa culminante majorité. 74% des humains peuplant la Terre avaient comme rêve récurrent de la survoler. On les appelle : les hommes oiseaux. Bien sûr, chaque décollage témoignait d’une originalité différente, mais tous se retrouvaient dans les nuages… C’est fou. 74% des Terriens en s’endormant montaient au ciel, leur élément. Moins nombreux dans le second élément, les 20% de Terriens qui s’y plongeaient n’en étaient pas déplumés de rêverie pour autant. Bien plus avides au milieu marin, ils avaient eux, en récurrence de se rêver en son sein. On les appelle : les hommes-poissons (Supplément d’âme).

« Quand on dit oui à un premier rendez-vous, on bascule aussitôt dans un rythme cardiaque nourri de petites phrases sans construction et de bafouillements charmants et crétins, qui n’ont pour seul but que l’immense plaisir de recaler ce oui dans la conversation en y ajoutant tout le piment d’un prénom nouveau » (Supplément d’âme).

Supplément d’âme

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Alain KOKOR

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 9782754803724

Bulles bulles bulles…

Les 6 premières planches sur Digibidi.

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Supplément d’âme – Kokor © Futuropolis – 2012

Infos du jour

Changement de programme aujourd’hui car la publication initialement prévue a été reportée. J’en profite donc pour consigner sur cet espace quelques articles qui ont retenus mon attention ces derniers jours.

Tout d’abord, Une métamorphose iranienne de Mana Neyestani a vraiment pris un bel envol et j’en suis ravie.

  • Hier, l’éditeur (Ça et Là) proposait sur son blog des illustrations de presse réalisées par Neyestani,

Ce week-end, j’apprenais qu’une caricature de Maus existait… ce qui m’intrigue. Je vous laisse découvrir Katz via l’article d’ActuaBD. Que pensez-vous de cela ?

Je me mets cette bonne nouvelle de côté mais je sais que les amateurs de Kokor sont nombreux. Installez-vous bien et accrochez-vous à votre siège car l’auteur sort un nouvel album cette année et ce sera chez Futuropolis. La preuve en image sur le blog de Futuro.

Hier toujours, et pour les amateurs de Guy Delisle, l’auteur partageait quelques secrets de fabrications de Chroniques de Jérusalem. Il nous montre les photos, objets… qui ont fait le chemin de la réalité à l’univers de sa BD. C’est amusant de voir comment des décors peuvent parfois prendre vie et cela réactive mon envie de découvrir son dernier titre.

On prend les mêmes et on recommence ?? L’Opération Restos du Cœur a repris. Amis blogueurs, attendez-vous à recevoir un gentil petit message dans votre boîte, une demande pour relayer l’info et « un article publié = 10 repas offerts !! ». Mardi, Sébastien Naeco présentait sur son blog les raisons qui l’on -cette fois- conduit à décliner ce partenariat. Et je trouve sa réaction saine et plus utile que les petits clapotis que je pourrais faire dans mon coin… Mais vous ? Que pensez-vous de ces opérations des Restos ?

Il y a 1 an, je vous parlais du P’tit Lu. Son univers, son blog… Je continue à suivre son actualité… Et hier (encore !!!), j’apprends la sortie d’un album collectif dont le thème est la pedocriminalité. J’espère que nous aurons l’occasion d’en reparler. En tout cas, c’est pour avril ou mai !

Et puis un petit rappel rapide : le concours de kbd pour gagner Habibi se termine demain à minuit ! C’est ici et la synthèse de kbd (8 lecteurs !) est également en ligne.