Seule (Lapière & Efa)

Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Espagne, fin de l’été. Dans ce village de Catalogne, le calme n’est qu’apparent. Ailleurs, aux portes de ce village, la guerre gronde.

Lola a sept ans et ne se rappelle plus de ses parents. Séparée d’eux depuis trois ans pour une raison qui lui échappe, elle baguenaude à la manière des enfants.

Tous les soirs, allongée sur sa paillasse faite de feuilles de maïs séchées, l’enfant faisait des exercices de mémoire. Elle cherchait à ne pas oublier les visages de sa mère et de son père. Ce n’est pas facile de lutter contre le temps, ce n’est pas ce qui est demandé à une enfant de cet âge-là.

Les jours se suivent et Lola regarde les cochons et s’amuse avec des riens. Son grand-père lui a expliqué que le pays était en guerre mais Lola, du haut de ses sept ans, n’y comprend pas grand-chose. Et puis de guerre ici, elle ne voit rien. La vie se poursuit comme avant.

Jusqu’au jour-où la guerre devient une réalité. Où le bruit des bombes lâchées par les avions franquistes fait trembler les murs des maisons en pleine nuit, détruisant tout et obligeant les villageois à prendre la fuite. S’ouvre alors une période de sa vie où Lola va devoir apprendre à vivre dans les bois avec ses grands-parents pour tenter de survivre.

Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Sur le site de l’éditeur, on apprend que « L’histoire de Seule est basée sur les souvenirs de Lola, 83 ans, la grand-mère de la femme de Ricard Efa, qui lui a raconté son incroyable périple à travers un pays en guerre » .

Ricard Efa dessine. Il nous montre ces paysages d’une autre époque, d’un temps où notre partie du continent ne trouvait pas encore le repos pacifique comme aujourd’hui. Vivre dans un pays occupé, dans un pays déchiré, nous ne connaissons plus. C’est délicatement que l’illustrateur nous montre l’envers du décor, qu’il accompagne un scénario qui contient bien plus de violence que ces tableaux qui s’exposent à notre regard. Nous ne sommes pas heurtés par les affres de la guerre. Le dessin est délicat, les couleurs sont printanières, Lola est rayonnante et échappe aux griffes du conflit et cela est en grande partie dû à son jeune âge. On évolue comme dans un tableau de Monet (peintre sur lequel il avait travaillé à l’occasion d’un précédent album réalisé avec Salva Rubio). Des touches de lumière se posent naturellement sur la végétation et adoucissent la chaleur étouffante de l’été.

La guerre découpe les familles.

Denis Lapière quant à lui couche si bien sur papier le témoignage de Lola qu’on a l’impression qu’il la connaît personnellement. Son meilleur récit reste pour moi « Le Bar du vieux français » mais j’ai retrouvé ici cette étroite relation avec le personnage permettant une forme d’attachement. Est-ce le fait que l’héroïne est une enfant qui provoque ainsi autant d’empathie chez le lecteur ? Quoi qu’il en soit, voilà une belle plongée teinte de nostalgie dans les méandres de la guerre civile espagnole.

Un témoignage tout en douceur qui ouvre une fenêtre sur un épisode douloureux de l’histoire espagnole. J’ai bien aimé.

La chronique de Mylène.

Seule – D’après les souvenirs de Lola

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur : Ricard EFA
Scénariste : Denis LAPIERE
Dépôt légal : janvier 2018
72 pages, 16 euros, ISBN : 978-2-7548-2099-8

Bulles bulles bulles…

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Seule – Lapière – Efa © Futuropolis – 2018

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités (Collectif d’auteurs)

Le jour où... France Info 25 ans d'actualités
Collectif d’auteurs © Futuropolis & France Info – 2012

1987-2012.

Cet album retrace les faits majeurs qui ont marqués l’actualité durant cette période : la chute du mur de Berlin, l’attentat du 11.09.2001, la tempête de 1999, l’élection d’Obama…

Chaque chapitre est couvert par un auteur ou un duo d’auteurs, mettant ainsi en exergue toute la richesse, la technicité et la variété de la bande dessinée.

Le lien vers la fiche éditeur est inséré dans les références de l’album (en bas d’article).

Cela faisait très longtemps que je souhaitais lire la première version de cette collaboration entre France Info et Futuropolis.

Mitchul présentait ici cette édition, celle dont je vais vous parler est une version augmentée de 7 chapitres (couvrant les années 2008-2012).

Chaque sujet est abordé de manière très personnelle. Le cahier des charges adressé aux auteurs semble large. Certains sont scrupuleux quant au sujet et partagent points de vue et connaissances sur l’événement. D’autres détournent le sujet et abordent ce « buzz médiatique » indirectement ; certes, quelques anecdotes rapportées ici n’apportent rien au sujet mais ce cas de figure se présente ponctuellement.

De David B. à Davodeau, de Jean-Denis Pendanx à Igort, de Stassen à Sacco… imaginez la richesse de styles, de graphismes et de points de vue !!

Je n’aborderais pas le détail de chaque nouvelle et la manière dont les sujets sont traités. Deux récits ont cependant retenu mon attention :

  • Le travail de Pierre Christin & Guillaume Martinez (repéré récemment dans Motherfucker) : la narration très journalistique tout d’abord. Christin énumère les impacts de l’événement aux quatre coins de la planète, mettant ainsi en exergue la diversité des accueils consacrés à cette information allant ainsi de la plus farouche des paranoïas (des chrétiens fondamentalistes de l’Arkansas au « obsessionnels du chiffre 11) à l’indifférence totale dans les régions les plus reculées d’Afrique Noire ou dans les communautés ouvrières du sud de la Chine. Le dénouement tombe comme un couperet au terme de 8 pages. Le graphisme de Guillaume Martinez est sombre, réaliste, délicat bref… le ton est juste de bout en bout pour ce volet d’actualité.
  • Le travail d’Etienne Davodeau sur la tempête de décembre 1999. C’est beau, poétique et la narration joue parfaitement avec une ambiguïté très bien dosée entre premier et second degré. La métaphore est belle et la narration… tant de charme et d’ironie s’en dégage ! Voici comment cela commence :

J’ai toujours bien aimé le vent. Là où je vis, c’est le vent d’ouest qui règne en maître, familier mais changeant. L’hiver, cet idiot fait du zèle, distribuant ses averses sans avarice. Pour se faire pardonner, certains soirs, il nous invite au spectacle et nous offre un crépuscule sanguine et ardoise. On pardonne. Au printemps, bon ouvrier, il se fait brise guillerette. Toujours prêt à rendre service, il transporte sans barguigner pollens et giboulées

… je vous laisse découvrir la suite lors de la lecture… Pour illustrer cette ode au vent et contrecarrer la douceur de ses mots, les visuels de l’auteur se teintent d‘ocres, de bruns et de gris et mettent en scène l’élément quand il se déchaîne. Superbe.

PictoOKLes amateurs de BD reportages devraient apprécier tant la qualité des compositions que les propos qu’elles contiennent.

Les chroniques : Jérôme, Eric Guillaud, Madoka, Gwordia et Bulles en Champagne (site consacré au Festival éponyme).

Extrait :

« Perdre sa liberté, c’est perdre sa dignité. Le rapport avec toi-même ne t’appartient plus. Tu ne peux plus décider seule ce que tu ressens dans ton cœur. Tu essaies de vivre dans ta tête… dans tes pensées. C’est là la seule liberté que l’on ne peut jamais t’enlever. Jamais. Et tu en arrives même à haïr ton corps, car il est source de douleur, même si c’est la seule chose qui te fasse sentir en vie » (Le jour où… France Info 25 ans d’actualitésLa Libération d’Ingrid Bettancourt par Igort).

Le jour où… France Info 25 ans d’actualités

Anthologie

Éditeurs : Futuropolis & Editions Radio France

Collectif d’auteurs :

en plus des auteurs pointés par les Catégories de publication de mon article (voir au début de l’article, en dessous du titre de l’album), ont également collaboré à cet ouvrage :

Thierry MARTIN, BLUTCH, Jean-Claude DENIS, Jacques FERRANDEZ, Mathieu BLANCHIN, Christian PERRISSIN, Emmanuel MOYNOT, Jean-Pierre FILIU, Cyrille POMES, TIGNOUS, Miles HYMAN & JUL

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-7548-0822-4

Bulles bulles bulles…

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Le jour où… France Info 25 ans d’actualités – Collectif d’auteurs © Futuropolis – 2012

Page noire (Giroud & Lapière & Meyer)

Page Noire
Giroud – Lapière – Meyer © Futuropolis – 2010

Côté cour, Kerry Stevens est une jeune critique littéraire embauchée par une Maison d’édition qui compte dans ses rangs l’un des romanciers les plus prometteurs de sa génération : Carson McNeal. Le mystère dont il s’entoure intrigue la jeune femme qui aimerait décrocher une interview, toujours en quête d’asseoir sa notoriété professionnelle. Côté jardin en revanche, c’est l’inquiétude. Son père est rongé par son cancer et ses jours son comptés. Suite à une vieille querelle entre eux, ils ne se voient plus depuis des années et malgré l’état de santé alarmant de cet homme, Kerry n’ira pas le voir. La visite de sa jeune soeur cadette ne parviendra pas à la faire revenir à de meilleurs sentiments.

Et puis Kerry a d’autres objectifs en tête. Son employeur, la sachant férue de McNeal, lui confie en avant-première un extrait du dernier roman de l’auteur… elle va se passionner pour Afia, la nouvelle héroïne de l’auteur et se résoudre à lever le mystère qui entoure cet homme.

J’avais repéré Page Noire ces derniers temps puisque quelques avis sont déjà publiés sur la blogosphère mais pour tout dire, ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est avant tout la présentation que l’éditeur fait de cet album. En avant-propos, une présentation de Claude Gendrot explique la genèse de ce récit née d’une rencontre en 2004 entre Denis Lapière et Franck Giroud et d’une envie commune d’écrire à quatre mains sur une idée originale de « destins croisés de deux femmes. Sur chaque double page, à gauche la destinée de l’une, à droite l’histoire de l’autre. Ainsi fut fait, à cette différence que le système, quelque peu rigide et artificiel, des doubles pages a été abandonné ». Quelques années plus tard, Ralph Meyer se joint à eux. « Il délaisse ici le trait réaliste, qui a longtemps été sa marque de fabrique, pour privilégier un graphisme traduisant toute l’ambivalence des personnages ».

Passé ce long préambule, parlons de l’album. L’exercice n’est pas évident car si certains ont envie de se lancer dans cette lecture, je ne voudrais pas non plus leur gâcher le plaisir de la découverte. Franck Giroud a écrit les passages concernant Kerry et Denis Lapière ceux d’Afia. Leurs styles se complètent bien et créent une intrigue intéressante. Le rythme est soutenu et bien dosé, la tension va crescendo, malgré un certain déséquilibre en milieu d’album, au moment même où les choses se posent pour Afia, il y a un gros passage à vide du côté de Kerry, ça manque de cohérence. Pour le reste, les auteurs nous trimbalent. On doute en permanence, les rares certitudes qu’on pense avoir sont rapidement balayées.

J’appréhendais des transitions difficiles mais la lecture est fluide et les graphismes de Ralph Meyer nous aident en cela. Il s’est adapté à chaque scénariste, créant ainsi une ambiance propre à aux deux univers identifiables du premier coup d’œil que ce soit par sa teinte ou son traitement. Pour Kerry, Ralph Meyer utilise un dessin assez basique sur lequel il applique des teintes de bleus (colorisation à l’ordinateur) ; l’ambiance se veut sereine mais on sent les personnage sur leurs gardes, ils tombent difficilement leurs masques et les faux-semblants sont nombreux. Pour Afia en revanche, le dessin est léché, une colorisation (au lavis ?) de rouge/marron crée instinctivement une tension alors que les personnages de cet univers sont plutôt francs, fragiles. J’ai bien accroché avec la seconde ambiance qui exploite sans complexe des jeux d’ombre et de lumière rendant le tout chaleureux. Ce jeu sur les contrastes des visuels donne une dynamique supplémentaire au récit et accentue l’idée que les récits se font écho. Un album assez prenant qu’on lâche difficilement… ou pas ^^

Je remercie les Éditions Futuropolis qui m’ont permis de découvrir cet album !

PictoOKOn se pique au jeu de faire des suppositions sur qui est qui et qui porte la casquette de marionnettiste. Quelques rares déceptions sur des dénouements prévisibles en cours de récit mais Page noire est un bon thriller et qui plus est, innovant par sa forme.

D’autres avis sur cet album : celui de Krinein et bd.blogs.sudouest.

Page Noire

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : Ralph MEYER

Scénaristes : Denis LAPIERE & Franck GIROUD

ISBN : 9782754808583

Dépôt légal : août 2010

Bulles bulles bulles…

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Page Noire – Lapière – Giroud – Meyer © Futuropolis – 2010

Le Bar du vieux français (Lapière & Stassen)

Le Bar du Vieux Français
Lapière – Stassen © Dupuis – 1999

Voici l’histoire de Leila et Célestin racontée par le Vieux Français.

Leila est une jeune beur. Née en France, elle décide de fuguer à 17 ans en laissant derrière elle cette famille assez traditionaliste d’immigrés hyper-protectrice. Elle se sent brimée, étouffée sous le poids de sa petite vie étriquée, des traditions et de la place préconçue accordée à la femme. Sur le chemin, elle s’arrête à Barcelone où elle rencontre un jeune français… une belle opportunité de poursuivre son voyage vers le Maroc avec un moyen de transport… et de l’argent.

Célestin quant à lui est né en Afrique. A 8 ans, il fuit son village natal en emportant avec lui sa petite sœur KUDI. Leurs parents sont décédés… ils partent vers la ville… ils fuient. Quoi ? On ne sait pas, peut-être cette vie toute tracée et cette absence de reconnaissance. Leur première halte se fera par hasard, dans le village construit pas un missionnaire irlandais. Il va apprendre à Célestin à lire et à écrire. Déjà à cet âge, Célestin a le gout du dessin et marque de son trait les murs et les feuilles qui croisent son chemin. La halte ne dure qu’un temps, Rudy décède rapidement… et Célestin souhaite reprendre son envol vers ses illusions. Il monte vers le Nord, il monte vers la France.

Galères et débrouilles pour les deux, de rencontres en opportunités, leurs pas les conduisent jusqu’à leur rencontre au Bar du Vieux Français, un endroit perdu en plein désert.

Un graphisme magnifique au service du récit.

« Ses planches, à Stassens, sont avant tout climat… ses paysages, sérénité » préambule de Denis LAPIERE.

La première fois que j’ai eu l’opportunité de lire cette œuvre, la similitude d’un lieu perdu au milieu de nulle part m’a frappée avec une référence cinématographique, celle de Bagdad Café.

Mais la musique et le style de Jevetta Steele représentent mal l’ambiance africaine du Bar du Vieux Français… Il y a bien ce côté suave et chaud de la relation qui se crée entre Leila et Célestin, ces rencontres qui se font dans les lieux improbables, ces personnalités qui nous marquent… comme celle du vieux français. Mais voilà, Leila et Célestin nous entraînent en plein cœur du désert africain et leurs musiques n’ont rien à envier à celles de Bagdad Café. Entre récit initiatique et transition entre l’adolescence et la vie adulte, Le Bar du vieux français est un magnifique road-movie, une magnifique plongée dans les sentiments de deux êtres qui vont puiser, dans leur amour réciproque, l’énergie pour attei

PictoOKPictoOKC’est l’une des meilleurs BD qu’il m’ait été donné de lire, l’histoire d’une tendresse particulière qui unit deux êtres… comme une magie.

En vadrouillant sur la toile :

– une interview de Stassen,
– une autre chronique,
– un dossier assez complet d’ART 9 et proposant un bon avis sur la série.

En 1993, le premier tome de la série a obtenu le Grand Prix de la Critique ACBD, l’Alph-Art coup de cœur à Angoulême et le Prix du Jury Œcuménique de la Bande Dessinée. En 2005, le Grand Prix de la Critique ACBD est attribué au diptyque à l’occasion des 20 ans de l’ACBD.

Extraits :

« On croit toujours que la vie est différente ailleurs… non, ce n’est pas la vie qui change, c’est le voyageur » (Le Bar du Vieux Français).

« J’ai une dette de vie. Je ne sais pas si on dit ça comme ça, mais c’est parce que ma petite sœur est morte à cause de moi » (Le Bar du Vieux Français).

Le Bar du Vieux Français

Roaarrr ChallengeIntégrale du Diptyque

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Dessinateur : Jean-Philippe STASSEN

Scénariste : Denis LAPIERE

Dépôt légal : septembre 1999

ISBN : 9782800156538

Bulles bulles bulles…

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Le Bar du Vieux Français, Intégrale – Lapière – Stassen © Dupuis – 1999