Palestine, dans quel état ? (Le Roy & Prost)

Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013
Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013

Février 2012.

A l’occasion de son troisième voyage au Proche-Orient, Maximilien Le Roy revient sur des lieux qui lui sont familiers. Il sollicite son réseau relationnel pour faire, cette fois, le bilan d’une réflexion amorcée dans ses précédents albums : Gaza décembre 2008 – janvier 2009 un pavé dans la mer, Les chemins de traverse et Faire le mur.

Ce nouveau voyage est d’ailleurs l’occasion de retrouver Mahmoud Abu Srour, jeune palestinien et ami de l’auteur que nous avions rencontré dans Faire le mur. Il sera l’hôte de Maximilien Le Roy et d’Emmanuel Prost, dessinateur qui s’associe à Le Roy pour ce séjour et le projet d’album qui y est associé. Mahmoud s’emballe pour la démarche des auteurs qui ont un objectif majeur : « raconter et relayer la réalité palestinienne par des récits concrets et quotidiens ».

Cette fois, outre l’objectif de sensibiliser l’opinion au conflit israélo-palestinien, Maximilien Le Roy propose surtout une prolongation – sorte d’état des lieux – d’une réflexion qu’il avait déjà fortement impulsée dans ses travaux précédent.

Palestine, dans quel état ? Un Etat ? Deux états ? Qu’est-ce qui est souhaitable ? Envisageable ? Crédible ?

Il ouvre cet album à l’aide d’une préface dans laquelle il effectue tout d’abord un récapitulatif concis des événements internationaux qui ont entachés la fin de l’année 2011 (demande officielle de Mahmoud Abbas à l’ONU pour que la Palestine obtienne le statut d’Etat membre, véto des Etats-Unis, positionnement de l’UNESCO…). Puis, c’est le voyage en tant qu’il relate. Les auteurs débarquent à Tel Aviv où ils passeront la première nuit puis, place au contraste, « les talons hauts et les jupes courtes des Israéliennes de la  ʽʽ ville qui ne dort jamais ʼʼ laissent place aux chapeaux noirs des juifs orthodoxes de la ʽʽ capitale éternelle ʼʼ, avant de pénétrer en territoire palestinien. Leur point de chute se trouve à Bethléem puisque Mahmoud réside dans le camp de réfugiés d’Aïda. Chaque soir, de retour chez Mahmoud après leurs excursions de la journée, un repas convivial précède une soirée durant laquelle les discussions se prolongent jusque tard dans la nuit.

Drapeau de la Palestine
Drapeau de la Palestine

L’ouvrage propose également d’autres échanges, comme ceux menés avec ces palestiniens rencontrés dans le cadre d’une journée de manifestations à Ramallah où les militants de deux mouvements réclament respectivement la libération de Marwan Barhouti et de Khader Adnan. Les auteurs y rencontrent Hamza qui les invite à prendre un café chez lui. Les discussions prennent très souvent un caractère politique. Maximilien Le Roy intègre également des extraits de de notes qu’il a prises en 2008, des comptes rendus d’interview et de rencontres, ainsi que de nombreuses références à une littérature du conflit israélo-palestinien né en 1948 (date de la création d’Israël).

Bethléem, Ramallah… ce séjour nous conduira également à Hébron, N’il’in, Bayt Nattif, Jérusalem…

Les croquis et aquarelles d’Emmanuel Prost viennent donner de la chaleur aux propos, comme si nous ouvrions des fenêtres sur une réalité que nous ne mesurons pas, à moins d’avoir eu la possibilité d’aller soi-même en ces lieux.

L’ouvrage ne cherche pas à polémiquer. Il est essentiellement question du quotidien des Palestiniens même si les discussions prennent quasi-systématiquement une tournure politique ou du moins un échange sur un aspect du conflit :

« – Il vient d’Israël ? demandé-je à Mahmoud.
– Évidemment. Israël est même allé jusqu’à s’accaparer tout le ciel.
– Dis-moi : on peut passer une journée en Palestine sans prononcer le mot « Israël » ?
– C’est difficile ! répond-il en souriant. »

Sauf erreur de ma part, j’en arrive à la conclusion que les personnes rencontrées à l’occasion de cet ouvrage sont plus favorables à la constitution d’un Etat unique plutôt que deux états distincts (Israël et Palestine), que nombre de ces personnes font part d’un grand respect à l’égard de Yasser Arafat et de ce qu’il a engagé pour la cause palestinienne, qu’ils ont le soucis d’insister sur le fait que le conflit n’est pas religieux, qu’ils espèrent qu’un jour qu’Israël sera sanctionné pour les exactions commises à l’égard du peuple palestinien, qu’ils ne nourrissent pas de haine à l’égard des Israéliens car le responsable est le Gouvernement israélien…

Outre les rencontres avec des civils palestiniens, l’ouvrage propose également des interviews avec différentes personnalités régulièrement amenées à intervenir pour traiter du sujet : Anne PAQ (n’ayant pu la rencontrer durant ce séjour de février 2012, Le Roy renvoie à son blog), Michel WARSCHAWSKI (voir également Les chemins de traverse), Frank BARAT et Dominique VIDAL.

PictoOKUn ouvrage sérieux, didactique et réflexif.

Le constat reste le même : les Politiques ne parviennent pas à sortir de l’impasse de ce conflit, que ce soit au niveau local ou international. En revanche, les populations semblent moins acerbes – du moins du côté palestinien. Beaucoup rêvent d’un pays unifié, avec une mixité entre Juifs et Arabes.

Extraits :

« Deux États, l’un palestinien, l’autre israélien, sur la base des frontières de 1967 ; voilà qui fait consensus depuis nombre d’années. J’ai longtemps souscrit sans réserve à la proposition. Mais la coquille diplomatique, lissée, polie et homologuée cent fois l’an par toutes les instances en présence, s’est quelque peu fissurée dans mon esprit, au fil des rencontres, des voyages et des lectures. Sur place, je ne voyais guère de traces de cet État palestinien : un mur de séparation haut de plusieurs mètres, oui ; des zones interdites aux Palestiniens, aussi ; des routes réservées aux seuls colons, bien sûr ; des implantations coloniales toujours plus nombreuses, assurément ; Jérusalem-Est judaïsé chaque jour davantage, naturellement ; la bande de Gaza isolée à l’autre bout du pays, évidemment. Mais d’État palestinien, point » (Maximilien Le Roy – préface – dans Palestine, dans quel état ?).

« La notion d’État spécifiquement juif doit disparaître : c’est une idée stupide. Un âne n’y penserait même pas. L’idée d’un État entièrement conçu pour une race ou une religion, c’est du même acabit que les idées d’Hitler. S’ils apprenaient à leurs enfants la paix, tout serait réglé depuis longtemps. » Ses sourcils se froncent et ses mâchoires se serrent. « Ils sont arrivés il y a soixante-dix ans alors que moi, mes arrière- arrière-grands-parents sont nés ici ! Et ils disent que tout leur appartient ? Avant Israël, il y avait des Juifs ici, des Juifs de Palestine, et nous vivions en paix ! Notre lutte n’est pas religieuse, Youssef a raison. Notre lutte est pour la terre. Ils sont venus de loin pour tuer nos enfants et ils viennent expliquer qu’ils sont pacifistes et que nous sommes les terroristes ! » (Mahmoud dans Palestine, dans quel état ?).

« Nous sommes tous nés ici ; nous nous battons pour la liberté mais nous ne connaissons pas son goût » (Saed dans Palestine, dans quel état ?).

« Le terrorisme, c’est l’arme du pauvre » (Michel Warschawski dans Palestine, dans quel état ?).

« Les bases d’un État Laïc mettront tout le monde sur un même pied d’égalité » (Frank Barat dans Palestine, dans quel état ?).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Lieu : Palestine

Challenge récit de voyage : Cisjordanie

Challenge PetitBac Voyage

Palestine, dans quel état ?

[Carnet de route] en Cisjordanie occupée

Récit complet

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : [Les Carnets] de la BàB

Dessinateur : Emmanuel PROST

Scénariste : Maximilien LE ROY

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 978-2-84953-167-9

Bulles bulles bulles…

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Palestine dans quel état – Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013

Je me souviendrai (Soulman & Collectif)

Je me souviendrai - 2012 : Mouvement social au Québec -
Soulman – Collectif © La Boîte à bulles – 2012

« Printemps 2012. Depuis de longs mois désormais, le Québec est témoin, spectateur, détracteur ou acteur d’une crise sociale qui, quoi qu’il advienne, a d’ores et déjà marqué son histoire, au même titre que les événements d’octobre 1970.

Initialement portée par un mouvement étudiant sans précédent au Canada – la lutte des carrés rouges contre la hausse des frais de scolarité – catalysée par la Journée de la Terre du 22 avril, cette lutte a pris une valeur et une dimension politiques inédites, après l’adoption par le parlement québécois de la loi spéciale 78 destinée à enrayer le mouvement (dénoncée par l’ONU et Amnesty International) puis l’adoption par le parlement fédéral de la loi C-38 officialisant le retrait du pays du Protocole de Kyoto.

Après des mois de manifestations quotidiennes, d’initiatives en tous genres, un collectif artistique est né : Je me souviendrai.

Journalistes, auteurs, illustrateurs, penseurs et musiciens ont répondu à cet appel pour donner une voix emplie d’optimisme et de promesses à ce « printemps québécois », à ces indignés du Nouveau Monde qui se sont levés pour dire non » (présentation officielle).

A l’instar de Gaza – Décembre 2008 – Janvier 2009, cet ouvrage collectif a été réalisé dans l’urgence. Il est destiné à sensibiliser l’opinion publique (internationale) sur ce mouvement social québécois, comprendre ce conflit… et ne pas l’oublier. Parmi les auteurs ayant collaboré, je vous avais déjà présenté sur ce blog quelques ouvrages de Soulman, Jimmy Beaulieu, Johanna, Jérôme D’Aviau, Maximilien Le Roy, Clément Baloup, Laureline Mattiussi. Ce recueil collectif m’a également permis de découvrir d’autres univers artistiques : Fred Jourdain, Jeik Dion, Antoine Corriveau, Geneviève Lafleur-Laplante, Julie Fontaine Ferron, Chloé Germain-Thérien, Gautier Langevin… Mes excuses envers ceux que je n’ai pas cités.

J’avais quelques notions – bien maigres – de ce qui s’est passé au Québec entre février et septembre 2012. En une dizaine de pages, le premier chapitre revient sur les causes de l’émergence du conflit social (décembre 2010-février 2012). Les quatre chapitres suivants s’arrêtent mois par mois, de mars à juin 2012, sur l’enlisement des négociations entre le peuple et le gouvernement, les tentatives de négociations amenant systématiquement le dialogue dans des impasses.

Faits marquants, prises de position, initiatives individuelles ou collectives, Je me souviendrai fait un état des lieux complet des événements. Le rouge qui nous accueille dès le visuel de couverture et indique l’orientation prise par ce recueil. Ainsi, les témoignages qu’il contient marquent leur opposition à la hausse des frais de scolarité (une très forte hausse étalée sur 5 ans) mais le ton n’est pas à l’animosité. Les propos sont argumentés et rappellent sans cesse l’état d’esprit pacifique de ce mouvement social.

En tant que lecteur, on a lieu d’être agacé par la stratégie d’évitement du Gouvernement de Jean Charest. En effet, on ne peut que constater l’obstination des politiques à fuir le débat, à refuser de s’asseoir à la table des négociations et à apporter des réponses stériles. Au fil des pages, on revit les temps forts de ce mouvement comme le vote de la Loi 78, la signification des Carrés rouge / vert / noir / blanc (détails également sur Wiki), l’action menée par les porte-paroles étudiants, les débordements du SPVM (Service de police de la ville de Montréal), …

PictoOKLe résultat est un album patchwork composé de textes, de poèmes, d’illustrations, de BD ou de strips, de photos. Le lecteur n’est pas pris à parti même s’il me semble, à l’évidence, que la lutte engagée par les étudiants québécois me semble relever du bon sens. Une bonne sensibilisation au Printemps Erable.

Rajouter 1625 dollars par an, certains disent que cela ne nuira à personne, mais ceux-là ne réalisent pas que la valeur de l’argent n’est pas la même pour tous.

Une lecture que je partage également avec Mango à l’occasion de ce mercredi BD

Et découvrez les albums présentés par les autres lecteurs !

Pour aller plus loin sur le sujet : http://greve2012.org/ et http://rouge.onf.ca/

Les chroniques : Annabelle Moreau et Fabien Deglise.

« Si nous nous endormons ici, nous rêverons si mal que plus rien ne sera possible » (Réjean Ducharme).

Je me souviendrai

– 2012 : Mouvement social au Québec –

One shot

Éditeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre-Cœur

Ouvrage collectif coordonnée par SOULMAN

Dépôt légal : octobre 2012

ISBN : 978-2-84953-160-0

Bulles bulles bulles…

La preview sur Digibidi.

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Je me souviendrai – Soulman – Collectif © La Boîte à bulles – 2012

Gaza décembre 2008 – janvier 2009, Un pavé dans la mer (Le Roy & Collectif)

Gaza Décembre 2008 - Janvier 2009, Un pavé dans la mer
Le Roy – Collectif © La Boîte à Bulles – 2009

« Qu’elle était naïve, décidément, cette idée selon laquelle, avec l’expansion des moyens de communications, il ne serait plus possible de commettre une exaction sans que l’opinion internationale, aussitôt alertée, réagisse par une protestation unanime… » (Gaza, décembre 2008 – janvier 2009).

En décembre 2008, sous l’impulsion de Maximilien Le Roy, un collectif se mobilise. L’auteur nous explique en préface les étapes de cette initiative. Rapidement, Vincent Henry s’engage sur le versant éditorial, assurant ainsi la viabilité du projet…

Pris entre urgence et impuissance, je tournais en rond, me demandant comment contribuer à cet élan contestataire symbolique mais néanmoins crucial – puisque qui ne dit mot… (…) L’idée d’un livre collectif, de dessins, de textes et de photos, rassemblant quantité d’individualités de tous horizons m’apparut alors comme le moyen le plus pertinent. Un livre de témoignages et d’analyses pour pousser les perspectives que le petit écran médiatique réduisait singulièrement.

L’ouvrage se concentre sur une courte période qui correspond à l’opération « Plomb durci » menée par Israël sur la Bande de Gaza (du 27 décembre 2008 au 20 janvier 2009) ; 317 pages en partie rythmées par cette comptabilisation insoutenable :

          (page 30) – « Je viens de recevoir un appel général sur mon portable : les Israéliens menacent de bombarder toutes les maisons où se trouvent des armes. 285 martyrs et 1000 blessés en 24 heures ».

          …

          (page 117) – « Au matin du sixième jour des massacres, on compte 412 martyrs. Il y a plus de 2000 blessés, dont 261 enfants. Étaient-ils eux aussi des terroristes ? ».

Cliquez pour agrandir

Peut-on mettre en parallèle la construction de cet album avec Passage Afghan de Ted Rall ? En partie puisque l’un et l’autre utilisent deux supports pour faire passer leur message : la bédé et des articles de presse. Mais contrairement au journaliste américain (Ted Rall) – qui avait opté pour un ouvrage à double entrée (d’un côté la BD, de l’autre les articles) – Gaza un pavé dans la mer fait cohabiter les différents médiums. A tous points de vue, l’album fait preuve d’une grande hétérogénéité (diversité des textes, des modes d’expressions narratifs et graphiques) et malgré un parti pris prononcé pour la cause palestinienne, il n’omet pas la vision israélienne (si succincte soit-elle).

Les acteurs de ce recueil sont nombreux. Leurs multiples regards donnent une vision très complète de la situation. Politologue, photographes, grands reporters, journalistes du Monde et du Monde diplomatique, citoyens palestiniens et israéliens, historiens, cinéaste, poète, intervenants issus d’Organisations comme MSF, l’Union juive française pour la Paix ou le Collectif israélien ActiveStills. On remarquera également plusieurs interventions de Michel Warschawski (qui a de nouveau collaboré avec Max Le Roy en 2010 dans Les Chemins de traverse). Leurs regards croisés sont complémentaires, chaque contribution aborde le conflit israélo-palestinien sous un angle spécifique permettant ainsi au lecteur d’accéder à un patchwork de cultures, de références et d’opinions sur la situation de/dans la Bande de Gaza.

Vous l’aurez compris, les supports sont nombreux : articles de presse, interview, témoignages de civils, photos, manifeste, fiches techniques (« Hamas », « Sionisme et Antisémitisme » ou encore « L’économie palestinienne »). Ce documentaire est didactique notamment lorsqu’il définit clairement des notions dans lesquelles on a tendance à se noyer (Intifada, Juif/Sioniste/Israélite…). Tabous et non-dits n’ont pas leur place ici. Enfin, si le soutien au peuple palestinien est très marqué, les prises de position le sont également ; ainsi, l’attitude de l’État français et des États-Unis est dénoncée et leur indulgence à l’égard d’Israël – coupable de crimes de guerre (non-respect des accords de Genève, des cessez-le-feu…) – sont passées au crible. Hypocrisie et diplomatie font bon ménage… surtout lorsqu’il s’agit de préserver leurs intérêts financiers.

Disséminés tout au long de l’album, les dessins humoristiques et mordants de Carali, Lacombe, Goubelle, Chimulus… décalent le regard et donnent une portée plus incisive encore aux propos. Quant aux témoignages de civils palestiniens, ils sont soit insérés de manière totalement brute (sous forme de lettre), soit illustrés par des auteurs comme Clément Baloup, Maximilien Le Roy, Renart, Jérôme Presti, JC Pol, Ted Rall, Soulmanclic pour voir l’ensemble des personnes ayant collaboré à cet album. Tantôt minimalistes ou oniriques, tantôt incisives et crues, les réalisations graphiques sont autant d’expressions et de regards sur le conflit que ne le sont les articles.

L’album dérange et révolte. Occupation, blocus, privations de libertés, chômage, misère, malnutrition, accès aux soins impossible, rationnements alimentaires, pas d’eau, pas électricité, peur, violences, tortures, morts… On en prend littéralement plein la tronche… Les Gazaouis baignent dans cette violence depuis plus de 40 ans, ils vivant dans « la plus grande prison à ciel ouvert ».

Il est toujours aussi désagréable de constater à quel point les médias internationaux procèdent à une désinformation de grande ampleur et toujours aussi désagréable d’être confronté, une fois encore, aux dérives que cela génère au quotidien (en France) :

Le résultat, c’est qu’un type qui insulte une femme voilée dans le métro parisien n’a pas l’impression de s’en prendre à plus faible que lui, mais de poser un acte de résistance héroïque !

PictoOKAtteintes aux Droits de l’Homme, atteinte aux Libertés fondamentales, atteinte à la Liberté de la presse, au Droit de manifester… Il y a tant à dire sur cet album ! J’oublie tant de choses !! Il me semble que cet album-là est à lire car ce n’est pas les quelques citations que j’ai extraites qui vous suffiront à vous faire une idée sur la pertinence de cette œuvre…

A voir aussi : http://gaza-sderot.arte.tv/fr/ (ou également en allant sur le site d’Arte et en tapant « Gaza » dans le module de recherche), http://www.othervoice.org/welcome-eng.htm, http://gaza-sderot.blogspot.com/, Anne Paq, Simone Bitton et son film Rachel (il me semble que Joe Sacco avait fait référence à cette jeune américaine, Rachel Corrie, dans Gaza 1956, en marge de l’Histoire).

Les avis en ligne : celui de l’Association France Palestine Solidarité, de la Ligue des Droits de l’Homme, du Monde diplomatique…  Blogueurs !! Je n’ai pas trouvé vos avis !!

Extraits :

« Dans une déclaration datée du 6 janvier, le haut-Commissaire des Nations Unies aux réfugiés Antònio Guterres affirmait que Gaza était le seul conflit au monde dans lequel la population n’avait même pas le droit de fuir » (Gaza).

« J’ai 64 ans et je n’ai jamais vu un jour doux de toute ma vie. Depuis ma naissance, mon pays est en guerre » (Gaza).

Gaza – Décembre 2008 – Janvier 2009

Challenge Carnet de Voyage– Un pavé dans la mer –

Éditeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-Cœur

Réalisé par un collectif d’auteurs

Coordonné par Maximilien LE ROY

Dépôt légal : février 2009

ISBN : 978-2-84953-079-5

Bulles bulles bulles…

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Gaza, Décembre 2008 – Janvier 2009 – Le Roy – Collectif © La Boîte à Bulles – 2009

Amazon :

Dans la nuit la liberté nous écoute (Le Roy)

Dans la nuit la liberté nous écoute
Le Roy © Le Lombard – 2011

« En 1943, Albert a 16 ans. Ulcéré par l’occupation de son pays, il épouse les idéaux communistes… Trois ans plus tard, la France est libre et il s’engage dans l’armée, pour voyager et sortir de sa misère sociale. Dépêché en Indochine « pour combattre les terroristes du Viêt-minh », il ne tarde guère à frayer avec les indigènes, en dépit des consignes de l’état-major. Les exactions commises par ses camarades au nom de la liberté le dégoûtant un peu plus chaque jour, Albert comprend alors qu’être libre, c’est aussi faire des choix, parfois radicaux ! » (synopsis éditeur).

Au gré des rencontres, Albert Clavier sympathisera avec Bat, un jeune Vietnamien. Les mois passent, les deux hommes se lient d’amitié, Bat lui dévoile sa véritable identité et lui propose de rejoindre les opposants vietnamiens. En 1949, Albert déserte l’Armée française pour défendre la Liberté du peuple vietnamien. Il devient Ngô-An : « Le Pacifique ». Peu à peu, il trouve sa place dans cette organisation, apprend à parler le vietnamien et devient un instrument de la propagande communiste sous l’égide de Hô Chi Minh.

Cet album est la biographie d’Albert Clavier. En entame d’album, Maximilien explique la genèse de cet ouvrage. En sortant de la lecture De l’Indochine coloniale au Vietnam libre, je ne regrette rien d’Albert Clavier, l’envie d’adapter ce récit voit le jour. Maximilien Le Roy rencontre l’auteur et organise un séjour d’un mois au Vietnam en février 2010 afin de faire des repérages pour l’album.

En se basant sur les mémoires écrites de Clavier, Maximilien Le Roy réalise une nouvelle fois une œuvre engagée (cf Hosni, Les chemins de Traverse…) qui dénonce cette fois les dérives du dictat français et les comportements colonialistes. Nous découvrons donc la vie de garnison d’un soldat à l’étranger dans un conflit politico-économique sensible. De la France au Vietnam, de Saigon à Hanoï en passant par la jungle tropicale, de l’emprise française à l’arrivée des troupes américaines en passant par le culte de la personnalité d’Hô Chi Minh, cet ouvrage est pour nous l’occasion de revisiter un pan de l’Histoire via la destinée d’un homme. Son combat l’a entrainé dans un long exil de 21 ans, il ne rentrera en France qu’en 1968. En chemin, cet homme a eu le courage de défendre ses convictions au point de mettre sa vie en péril :

« Je suis certain d’une chose en tout cas : tous les peuples doivent disposer d’eux-mêmes, aucun territoire ne doit être soumis à une puissance étrangère (…). On déserte quand on a quelque chose à se reprocher, pour échapper à la Justice ou pour ne pas se battre, par lâcheté. Mais je ne peux pas me résigner à combattre dans une armée au service d’une doctrine coloniale, qui réprime dans le sang la lutte d’un peuple pour son indépendance et sa liberté. Non, je ne suis pas un traître. Je ne trahis pas ma Patrie… Je l’aime et je reste fidèle à ses idéaux : Liberté – Egalité – Fraternité ».

Il se consacre corps et âme pour défendre cette cause. Il sera tour à tour journaliste pour une presse vietnamienne, speaker radio, comptable… Maximilien Le Roy complète régulièrement le récit de quelques annotations à l’usage du lecteur et permettant à ce dernier de disposer du degré d’informations nécessaire à la bonne compréhension des événements et du contexte historique.

Tout en bichromie, le graphisme est totalement au service du récit qui se compose essentiellement d’une voix-off : celle d’Albert Clavier. Les dialoguent ponctuent les mémoires du personnage principal et dynamisent le récit.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoPictoOKUne nouvelle fois, la bande dessinée est utilisée à bon escient. Le médium permet non seulement de retranscrire un fait historique mais aussi une aventure humaine. Il dénonce également les dérives d’une suprématie idéologique d’un pays sur un autre. Sous couvert d’un discours théorique, l’Etat français a envoyé des milliers de soldats en Indochine à des fins avant tout économiques (ce pied-à-terre en Asie permettait également de maintenir un pont commercial de la France sur cette partie du Globe). On assiste donc à des bataillons entiers presque livrés à eux-mêmes qui ont bien vite oublié le but premier de leur intervention et le souvenir des abus que les nazis ont perpétrés durant la Seconde Guerre Mondiale. Ils sont avides, zélés, démunis face à ce fossé culturel et linguistique qui les sépare de la société vietnamienne, dépassés par les conditions de vie difficiles dans la jungle vietnamienne… tortures, jeux de massacres, décapitations… autant d’actes barbares et malsain pour contraindre un peuple au silence et à l’avilissement. L’occasion également de constater à quel point le culte de la personnalité voué à « L’Oncle Hô » prive les hommes de toute remise en question du régime, ils sont comme aveugles face aux dérives dictatoriales du Parti Communiste.

Albert Clavier est décédé le 9 mars 2011. En février 2011, Maximilien Le Roy avait eu l’occasion d’échanger avec lui une dernière fois, lui montrer la majeure partie des planches de l’album et l’informer qu’il serait publié en septembre 2011. Un témoignage essentiel complété par les bonus de l’album : galerie de photos et retranscription de l’interview que Maximilien Le Roy a réalisée auprès d’Alain Ruscio.

Extraits :

« Ils mettent vraiment le paquet pour la préparation idéologique et le conditionnement psychologique, ne laissant pas le temps de réfléchir à ceux qui en auraient encore la volonté » (Dans la nuit la liberté nous écoute).

« Vous savez, les petits esprits calculateurs nous parlent de kilomètres de routes, de canaux ou de ponts… mais construits par qui ? Les indigènes. Pour qui ? Le colonat. Nous, nous avons à répondre, plutôt que par de la comptabilité, par toutes ces vies humaines sacrifiées, à qui on a enseigné l’agenouillement. Ils nous parlent de progrès, nous répondons qu’ils ont piétiné nos traditions, vidé nos sociétés et volé nos terres » (Dans la nuit la liberté nous écoute).

Dans la nuit la liberté nous écoute

Challenge Carnet de VoyageOne Shot

Éditeur : Le Lombard

Dessinateur : Maximilien LE ROY

Scénariste : Maximilien LE ROY,

d’après le récit d’Albert CLAVIER

Dépôt légal : septembre 2011

ISBN : 9782803629824

Bulles bulles bulles…

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Dans la nuit la liberté nous écoute – Le Roy © Le Lombard – 2011

Appel aux dons : « Un bateau français pour Gaza »

Bonjour à tous,

Je me contente de relayer un appel de Maximilien Le Roy, auteur de bandes dessinées.

Afin de soutenir l’initiative « Un bateau français pour Gaza » (dans le prolongement de la Flottille de la Liberté de 2010), avec les moyens et possibilités qui sont les nôtres en tant que dessinateurs, nous mettons aux enchères, sur ce site, des planches et des dessins originaux.
Cette initiative, bien que dans sa dernière ligne droite, fait encore appel à des dons. Symboliquement, elle signale que 10 euros permettent de faire avancer le convoi en question de 100 mètres, 50 euros de 500 mètres et 100 euros d’un kilomètre. Ce convoi, pacifiste et humanitaire, devrait partir pour Gaza au mois de mai.
Je n’ai pour l’instant que mes propres travaux à mettre en vente, mais j’appelle tous les dessinateurs désireux de participer à me contacter dès maintenant.
Pour qui souhaiterait apporter sa contribution, il suffira d’enchérir dans les commentaires correspondant au dessin souhaité (chaque commentaire sera validé en amont).
Les enchères s’arrêteront dix jours après leur lancement.
L’intégralité des fonds sera ensuite reversée.
Merci à tous.
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Les travaux qu’il met en vente sont visibles sur son blog ainsi que des informations complémentaires : unpavedanslamer.blogspot.com.
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Toutes les informations sur cette action est disponible sur ce site : http://www.unbateaupourgaza.fr/

En marge du Festival d’Angoulême

Il y a quelques temps, je vous avais présenté un gros coup de cœur de lecture sur ce blog :

Les Chemins de traverse
Le Roy - Soulman © La Boite à bulles - 2010

Pour lire mon avis, c’est là.

J’avais été déçue en constatant que cet album de Maximilien Le Roy n’était pas dans la liste des nominés pour le Festival d’Angoulême 2011.

Cependant, en marge du Festival, d’autres événements se déroulent visant eux aussi à récompenser le talent des auteurs. C’est le cas du Jury Œcuménique du Festival d’Angoulême :

« Composé d’historiens, de journalistes, de spécialistes et d’amateurs de bande dessinée, le Jury Œcuménique de la Bande dessinée décerne chaque année à l’occasion du Festival d’Angoulême, le Prix du Jury Œcuménique de la Bande Dessinée, récompensant parmi l’ensemble des parutions de l’espace francophone européen l’album qui allie à l’élégance du trait la profondeur des causes défendues par ses valeurs humaines et esthétiques. Le Jury se réserve le droit de promouvoir cet album et sa diffusion en France et à l’étranger, par tous les moyens adéquats ».

Cette année, ce jury a récompensé deux albums publiés chez La Boîte à Bulles :

  • La mention spéciale du Jury va aux Chemins de Traverse de Maximilien Le Roy et Soulman

Une reconnaissance qui me ravit !

Je vous invite réellement à lire Les Chemins de traverse !!

Pour informations,

  • un petit rappel des ouvrages récompensés par ce Jury et dont vous trouverez ici mes avis en ligne :

1993 : Le Bar du Vieux français de Jean-Philippe Stassen et Denis Lapière,

2001 : Le Journal de mon père de Jiro Taniguchi,

2005 : Le Combat ordinaire, tome 2 de Manu Larcenet.

  • un petit rappel des albums ayant obtenus la mention spéciale du Jury :

2008 : Là où vont nos pères de Shaun Tan,

2005 : Le Photographe, tome 2 de Didier Lefevre et Emmanuel Guibert,

2002 : plusieurs Chabouté dont Pleine Lune,

2000 : Le Journal de mon père, tome 1 de Jiro Taniguchi,

1998 : Un Ver dans le fruit de Rabaté.

Bonnes lectures à tous !!