Magisk Magi ! (Alfred & Lejonc)

Alfred – Lejonc © La Gouttière – 2018

A la télévision, il y a des publicités pour vanter les mérites de la Magi ! Box, une boite qui garantit à celui qui la possède de faire des tours de magie sensationnels et de transformer tout ce qu’il veut ! Ni une ni deux, voilà un bonhomme que cette boite fait rêver. Alors il dévale les escaliers et, face à la concierge mal embouchée, s’excuse d’un sourire gêné de tout ce remue-ménage et fonce à la boutique la plus proche pour s’acheter sa Magi ! Box. Mais voilà, ce n’est pas tout d’avoir un bon matériel… il faut aussi apprendre à ne pas faire n’importe quoi avec les formules magiques !

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures, non ? Comme les auteurs le soulignent dès le début de l’album, « ce livre a eu une première vie en noir et blanc, en 2006 aux éditions Thierry Magnier » … Alors vous prenez un album jeunesse qui avait peu fonctionné au moment de sa sortie en 2006. Vous remplacez le noir et blanc par un coup de couleurs (ici : rouge, vert et bleu) et lui offrez un titre plus pétillant et hop, le tour est joué !

Alfred – Lejonc © Édition Thierry Magnier – 2006

Il faut reconnaître que dans le catalogue de La Gouttière, l’album ne dénote pas du tout et la présence de la couleur vient renforcer le côté pétillant de l’album. On a l’impression que les personnages rebondissent en permanence et les nombreuses onomatopées rythment à merveille les péripéties du héros. Le scénario d’Alfred invente un langage totalement loufoque, entre le franglais et des expressions phonétiques entre le russe et le mot déglingué. En lecture à voix haute, c’est un régal pour les petites oreilles. Pour Régis Lejonc qui sévit au dessin, cet album semble avoir été une immense cour de récréation ; les illustrations semblent n’en faire qu’à leur tête et ça n’a pas dû être simple de les faire tenir « sagement » dans des cases. Son trait nerveux nous montre à quel point le personnage se laisse emporter par l’euphorie et l’excitation de tenir une baguette magique aussi efficace !

Bref, ce petit coup de jeune pour un album jeunesse qui n’était pas si vieux es une aubaine. A mettre entre les mains de tous les petits chenapans car cette histoire contient aussi une morale… pour le moins surprenante !

A partir de 4-5 ans.

La chronique de Stephie.

Magisk Magi !

One shot
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Régis LEJONC
Scénariste : ALFRED
Dépôt légal : janvier 2018
56 pages, 9.70 euros, ISBN : 979-10-92111-67-5

Bulles bulles bulles…

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Magisk Magi ! – Alfred – Lejonc © La Gouttière – 2018

Qu’ils y restent (Lejonc & Mériaux & Reb’s)

Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016
Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016

Monstres des contes, figures mythiques de nos peurs les plus primaires. De tous temps, ces créatures imaginaires ont alimenté les récits. Ils reviennent dans cette nouvelle lecture des contes qui nous est proposée par un duo d’auteurs (Riff Reb’s & Régis Lejonc) qui nous avaient déjà gratifiés de l’excellent « La Carotte aux étoiles » (Edition La Gouttière, 2010). Cette fois, point n’est question de société de consommation ou de capitalisme mis à la portée des enfants, mais bel et bien de ces personnages effrayants qui peuplent l’imaginaire. A ce duo s’ajoute Pascal Mériaux que l’on ne présente plus : l’un des neuf créateurs et organisateur du festival d’Amiens (les rendez-Vous de la bande dessinée), fer de lance des Editions de La Gouttière.

De cette collaboration a jailli « Qu’ils y restent », un récit intriguant mettant en scène quatre créatures terrifiantes et affamées…

Au nord, un loup
A l’ouest, un ogre
A l’est, un vampire
Au sud, un sorcier

Leur méchanceté sort par le moindre pore de leur peau. Leur cruauté se voit dès le premier coup d’œil. Les terres sur lesquelles ils vivent sont désormais désolées, dépeuplées… ils les ont pillées, ont grignoté à pleines dents les populations qui vivaient dessus. Il n’y a désormais plus rien pour les rassasier alors… autant partir conquérir de nouveaux territoires et y trouver bonne pitance.

Pour la forme, Riff Reb’s met les petits plats dans les grands. Un unique encart narratif par page laisse le lecteur seul face à des illustrations riches et détaillées. Chaque planche s’impose magnifiquement au lecteur. S’inspirant des travaux d’Ivan Bilibine, Riff Reb’s encadre ses illustrations de bandes ornementales. Aucune impression d’étouffement ou de visuels surchargés, exit le style rococo car les couleurs employées pour camper ces quatre univers fantastiques ont un panache qui rend tout cela terriblement ludique. Le format de l’album (26 par 3 cm) nous permet de profiter de chaque détail. Le plus oppressant est encore ces quatre créatures démoniaques. Les illustrations du dessinateur les font évoluer sur des décors sobres, le dessin est efficace et va à l’essentiel. Riff Reb’s installe une atmosphère humide et collant à la peau lorsqu’on se faufile prudemment dans les bois du nord, il dresse un temple imposant au milieu de nulle part, il fait tomber la nuit sur les terres froides et hostiles de la Transylvanie, et plaque un soleil de plomb sur les huttes africaines.

L’ambiance ne prête pas à rire et incite le lecteur à se nicher dans les creux de son canapé pourtant. Si la peur de voir ces créatures apparaitre n’est jamais loin, on se rassure vite de les savoir pris au piège du papier glacé des pages de l’album. Le talent des deux scénaristes vient poser une pointe d’humour dans la narration. Il réconforte le jeune lecteur en lui rappelant habilement que ce qu’il est en train de lire appartient bien au registre de l’imaginaire et ces petits clins d’œil rassurants font mouche. Ainsi, la lecture de certains passages où « des mères-grand sous leur couette », d’un ogre qui avait « par inadvertance, grignoté son dernier serviteur » ou d’un vampire qui proteste à l’idée de ne plus pouvoir siroter une jeune vierge à l’apéro permet d’éviter que le lecteur ne soit totalement tétanisé face à ces gros méchants qui évoluent sous ses yeux. Le bon équilibre est trouvé, juste à la frontière entre la farce et le thriller pour enfant.

PictoOKConseillé à partir de 8 ans. La taille maousse de l’album, la pointe d’humour tapie dans les mots, la peur qui vient saisir délicatement le lecteur… une bonne recette pour un album jeunesse.

La chronique de Moka.

Qu’ils y restent

One shot

Editeur : La Gouttière

Dessinateur : RIFF REB’S

Scénaristes : Régis LEJONC & Pascal MERIAUX

Dépôt légal : avril 2016

48 pages, 16 euros, ISBN : 979-10-92111-34-7

Bulles bulles bulles…

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Qu’ils y restent – Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016

Le Phare des sirènes (Rascal & Lejonc)

Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007
Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007

« Elle est là.

A l’endroit exact où bat mon cœur et quelque part sous ces flots bleus.

Je suis là.

A l’endroit exact où les cosmographes inscrivaient jadis sur leurs cartes Hic sunt sirenae – Ici sont les sirènes ».

Ange a été élevé par son oncle, un marin pêcheur. Sa mère est morte en le mettant au monde quant à son père, il a préféré prendre la fuite plutôt que d’assumer sa paternité. Malgré tout, il était heureux avec son oncle jusqu’à ce que celui-ci disparaisse en pleine mer par une nuit de gros temps. Ange n’était alors qu’un enfant.

Au lendemain du naufrage de son oncle, Ange se porte au secours de Swidja, une jeune sirène. Il l’assistera durant toute sa convalescence. Peu à peu, une histoire d’amour va naître entre ces deux êtres mais la guerre éclate et les sépare… A son retour des tranchées, Ange postule pour le seul emploi capable de le soustraire à toute vie sociale et de le rapprocher de celle qui a jadis fait chavirer son cœur. Il devient gardien de phare…

Je m’appelle Ange, mais depuis mon retour de la guerre, on m’appelle Gueule cassée. Ici, il n’y a rien ni personne pour me rappeler chaque jour que j’ai la gueule d’un monstre. La gueule à faire peur.

Mes chroniques sur Gueule d’amour et sur Au vent mauvais (dernier album de Rascal) avaient permis à Jérôme d’attirer mon attention sur Le phare des sirènes. Il aura fallu que Jérôme force un peu les choses et m’offre cet ouvrage pour que je me décide enfin à le lire. Même traitement à l’égard de Noukette… nous donnant ainsi l’opportunité de réaliser une lecture commune à trois lecteurs.

Le fait de savoir que je tenais entre les mains un ouvrage d’une rare qualité n’a pas fait taire mes appréhensions (ouvrage jeunesse = difficulté à trouver la distance appropriée à l’égard du récit, me privant souvent de la possibilité de profiter pleinement de l’aventure…). Quel ne fut donc pas mon étonnement de constater que très vite, cet ouvrage m’a happée.

La carte © Rascal & Lejonc – Didier Jeunesse – 2007
La carte © Rascal & Lejonc – Didier Jeunesse – 2007

Dès la première page, j’ai été conquise par la nostalgie et la tendresse du témoignage de ce gardien de phare. Rascal a su créer une ambiance intime, l’heure est à la confidence et la retenue du personnage exclu toute forme de voyeurisme. Ce récit dispose du juste équilibre entre les éléments dévoilés et ce qui est suggéré au lecteur… lui laissant ainsi la possibilité d’investir à sa guise l’histoire de cet homme pour qui chaque étape de la vie est une souffrance. Malgré les deuils qui ont entaché sa jeunesse, l’amour impossible, l’enrôlement forcé et la plongée dans les horreurs de la guerre… ce héros anonyme s’accroche à ses espoirs pour ne pas partir à la dérive. Serait-il devenu fou s’il n’était parvenu à se réfugier dans un monde imaginaire ?

Le travail de Régis Lejonc est propice au voyage. Ses illustrations à la craie grasse atténuent beaucoup la dureté des propos du narrateur et créent une ambiance graphique à la croisée entre réalité et monde onirique. Libre à chacun de choisir s’il franchira la frontière ténue entre ces deux univers, s’il acceptera d’être affecté par les maux du gardien de phare ou s’il préférera rêver à un jour meilleur…

PictoOKTrès bel ouvrage dans lequel on plonge très facilement aidé en cela par une narration à la première personne. Durant la lecture, nos sens sont en éveil et nos émotions sont à fleur de peau.

Superbe compte-rendu sur Yakalire qui présente des avis d’enfants (CM1-CM2) et une interview de Régis Lejonc que je ne me lasse pas de relire.

La chronique de Mademoiselle Armance.

Une lecture que je partage avec Jérôme et Noukette. Je vous invite à découvrir leurs avis 😉

Extrait :

« Je suis gardien de phare. J’éclaire la nuit des hommes » (Le phare des sirènes).

Le phare des sirènes

Récit illustré

Editeur : Didier Jeunesse

Collection : Les Albums

Auteur : RASCAL

Illustrateur : Régis LEJONC

Dépôt légal : octobre 2007

ISBN : 978-2-278-05718-4

Bulles bulles bulles…

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Le phare des sirènes – Rascal – Lejonc © Didier Jeunesse – 2007

La Carotte aux étoiles (Lejonc & Murat & Riff Reb’s)

La Carotte aux étoiles
Lejonc – Murat – Riff Reb’s © La Gouttière – 2010

Dans son laboratoire, un lapin savant travaille d’arrache-pied. Il voudrait offrir du rêve aux gens, émerveiller petits et grands mais son invention sera-t-elle à la hauteur de ses attentes ? Rien n’est certain jusqu’au Jour J, jusqu’à l’Heure H. Et quand tout est enfin prêt, il s’affaire encore sur les derniers réglages de sa carotte-fusée pour que ses innombrables heures de travail soient enfin récompensées. Et ça marche !! La carotte aux étoiles rempli le ciel étoilé de mille feux, les gens ouvrent leurs fenêtres et sortent dans la rue pour assister au spectacle impromptu. Le lapin devient célèbre, tout le monde parle de lui, un riche industriel le contacte même pour lui faire part de projets ambitieux pour la carotte aux étoiles. Des contrats sont signés, le brevet est vendu et une nouvelle fois, le lapin s’affaire à ce nouvel objectif : régler les machines, trouver le juste dosage pour une production à grande échelle… tout le monde va profiter du spectacle de sa carotte aux étoiles !!

Oui mais voilà, le riche industriel n’est intéressé que par le profit. Le lapin est instrumentalisé et rapidement, son invention lui échappe. Il se demande s’il est bon « qu’un rêve se transforme en argent »…

Cet album est un conte philosophique qui s’adresse aux jeunes lecteurs. C’est l’occasion de parler avec eux de mondialisation, d’industrialisation, de productivisme, de stratégies… Autant de termes qu’on évite soigneusement d’aborder avec un enfant – par flemme certainement – mais force est de constater que La Carotte aux étoiles offre aux parents un très bon support intermédiaire pour aborder ces sujets ou du moins, amorcer avec eux une réflexion non dénuée d’intérêt.

Côté narratif, l’histoire se base entièrement sur une voix-off qui contient à la fois les réflexions du héros et le regard plus décalé d’un narrateur invisible. Les textes de Régis Lejonc sont concis. Les courtes phrases donnent à la fois un rythme agréable à l’ensemble tout en permettant au jeune lecteur de ne pas être abasourdi par une foule de détails abrutissants. Des notions apparaissent çà et là dans la narration : « marketing », « brevet », « production de masse »… mais le scénariste a donné le juste équilibre à ses propos, permettant de sensibiliser l’enfant à des concepts en apparence compliqués tout en lui faisant vivre une aventure qui le capte. L’enfant se saisit pleinement de cette fable. Une lecture interactive puisqu’elle l’invite également à interpeller son parent-lecteur qui devra lui fournir les informations complémentaires dont il a besoin. La réflexion impulsée par cet album se prolonge au-delà du temps de lecture.

Les illustrations de Riff Reb’s donnent une touche de poésie à cet univers. La trame graphique offre un rythme de lecture très agréable : une découpe de planche originale et de nombreux visuels qui s’étalent en pleine page, permettant ainsi de faire des pauses dans la lecture et de discuter. Depuis la sortie de cet album en mars 2010, j’avais eu l’occasion de feuilleter cet ouvrage à plusieurs reprises mais je restais très hésitante à l’idée de le faire découvrir à mon fils. En effet, les ambiances graphiques sont très sombres : des bleus soutenus, des violets, des verts et beaucoup de noirs qui me semblaient écraser les quelques ocres présents dans les visuels. Un échange avec l’éditrice (lors d’un Festival BD l’année dernière) avait balayé certaines appréhensions mais je n’étais pas parvenue à concrétiser ma démarche d’achat. Récemment, le partenariat proposé par Lire pour le Plaisir est venu me rappeler à l’ordre… Depuis, mon fils et moi avons eu l’occasion de lire cet album à plusieurs reprises et d’une lecture à l’autre, je ne peux que faire le constat que la colorisation retenue sert à merveille cette histoire. Et je ne suis pas la seule à apprécier cette lecture. Voici ce qu’en dit Monsieur Lutin (petit lecteur qui aura 6 ans en février prochain) :

J’aime bien mon livre. Il y a un petit lapin sympathique parce qu’en fait lui, il voulait faire des feux d’artifices. J’aime le lapin parce qu’il voulait faire rêver les gens. Mais il y a des hommes qui lui ont menti. Ils lui ont tous menti. Le Requin, il est méchant. Il a fait signer le lapin juste pour faire des carottes. Le Requin ne voulait pas faire rêver les gens, il voulait juste avoir plein d’argent. Et le Roi aussi. Lui, c’est moche ce qu’il voulait. Avec la carotte, il a fait exploser la Lune parce qu’il ne l’aimait pas. Mais il ne l’a pas dit au lapin et ça, ça l’a rendu triste le lapin. L’histoire elle dit que lapin ou pas, il faut faire attention aux autres car il y a des menteurs. Les dessins sont très beaux, ils m’ont fait rêver avec toutes les couleurs des feux d’artifice et puis les dessins m’ont bien expliqué ce que voulait dire l’histoire.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoJe remercie Lire pour le Plaisir et Les Éditions de La Gouttière pour cette découverte !

PictoOKUn album qui a fait mouche et que l’on relit sans lassitude. Petit à petit, mon jeune lecteur affine ses questions et élargit son regard et l’aide un peu plus à comprendre le monde qui l’entoure. Pour moi, en tant que parent, c’est très agréable de constater qu’un ouvrage sait aussi bien allier le côté ludique et le coté instructif. Les éditions de La Gouttière sont d’ailleurs soucieuses d’allier ces deux registres. Chaque parution est, pour cet éditeur, l’occasion de réfléchir à la manière dont l’ouvrage peut servir de support pédagogique. Ainsi, l’éditeur propose souvent des fiches techniques. Un espace de leur site est d’ailleurs dédié à ce partage d’outils pédagogiques. Pour accompagner La Carotte aux étoiles, différentes fiches sont mises à la disposition des enseignants (je vous invite à suivre ce lien).

D’autres avis sur cet album : Lire pour le plaisir, On a marché sur la bulle.

La Carotte aux étoiles

One Shot

Éditeur : Éditions de La Gouttière

Dessinateur : Riff Reb’s

Scénariste : Régis LEJONC

D’après une histoire de Thierry MURAT

Dépôt légal : mars 2010

ISBN : 978-2-9524075-4-0

Bulles bulles bulles…

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La carotte aux étoiles – Lejonc – Murat – Riff Reb’s © La Gouttière – 2010

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