Les pieds bandés (Li)

Li © Kana – 2013
Li © Kana – 2013

« Le bandage des pieds est l’héritage de plusieurs dizaines de générations (…). Accompli chez une enfant trop jeune, il nuira à la vitalité du pied ; plus âgée, les os seront trop durs. L’âge idéal est six ou sept ans, quand la peau est douce et les articulations tendres. (…) Je m’en souviens encore. Ma mère s’en était bien sortie. Elle a tué le coq en deux temps trois mouvements. Son sang a immédiatement détendu mes pieds. Puis elle les a pris sur ses genoux, a saisi quatre orteils dans sa main… et les a recourbés avec force contre la plante de mon pied. Un coup rapide. Avant même que je comprenne ce qui se passait, mes orteils étaient déjà resserrés en boule. Tout en appuyant sur le gros orteil, elle effectuait un bandage de la plante vers le dos du pied qu’elle serrait, en entourant le coup-de-pied et en l’entourant autour du talon. Elle répétait plusieurs fois cette opération. Ma mère ne perdait pas une minute, un coup à gauche, un coup à droite, les cinq orteils étaient enveloppés et parfaitement serrés. A ce moment-là, même si vous l’aviez voulu, vous ne pouviez plus revenir en arrière » (Les pieds bandés).

Début du XXème siècle. Chunxiu a 6 ans lorsque sa mère la confie pendant trois jours à une amie de la famille. Cette dernière est bandeuse de pieds. L’enfant s’oppose pourtant farouchement à cette pratique mais elle doit céder face à la pression familiale. Dix ans plus tard, l’adolescente a totalement intégré les codes et les traditions de son pays. Ses petits pieds sont sa fierté et lui attire de nombreux prétendants. Mais Chunxiu n’aura pas l’occasion de convoler en justes noces. Elle a 16 ans lorsque l’interdiction de bander les pieds est énoncée par la République populaire de Chine. Les femmes aux pieds bandés doivent se signaler. Chunxiu décide alors de fuir et de revenir dans sa province natale.

A l’âge de 63 ans, elle décide de revenir en ville et se fait embaucher en tant que nourrice. Chunxiu fut ainsi la nourrice de l’auteur. Elle lui racontera les vieilles légendes chinoises mais témoignera également de ce qui fut sa vie. Devenu adulte, il décide à son tour de transmettre ce pan de la culture chinoise.

Madame Chunxiu nous racontait souvent la légende de Chang’e, la période féodale, le bandage des pieds, etc. Tout cela, je n’ai pas manqué de le dépeindre sous ma plume.

Li Kunwu, l’auteur d’Une vie chinoise, aborde donc les coutumes héritées de la période féodale. Son trait redonne vie à une Chine d’antan, où il était de bon ton d’aller faire ses courses au marché, où l’attraction principale était encore l’Opéra, où les hommes portaient la natte et les femmes se bandaient pieds et seins. Quant aux pratiques de bandages de pieds, on apprend notamment dans cet album qu’il existait trois catégories de pieds bandés, la quintessence étant le lotus d’or ; les « pieds en lotus d’or » étaient le nom donné aux pieds bandés qui ne dépassaient pas la taille idéale de 7,5 centimètres !

pieds bandes

Li © Kana – 2013
Li © Kana – 2013

On assiste horrifié au premier bandage de pieds de Chunxiu et on mesure le traumatisme infligé à la fillette, on compatit à la souffrance des premiers jours puis, des années plus tard, on ressent tout à fait la fierté qu’elle a de pouvoir répondre aux canons de beauté de l’époque.

Le récit est quelque peu saccadé, s’intéressant tantôt à Chunxiu, tantôt à un membre de son entourage, tantôt à la description plus générale du contexte historique. Pourtant, à aucun moment l’auteur ne perd de vue son sujet et peu à peu, on investit cette femme meurtrie.

PictoOKUn manhua que je vous invite à découvrir à votre tour.

Le lundi 18 mars 2013 aura lieu une conférence à la Maison de la Chine – Paris (18h30) intitulée « LES PIEDS BANDES, récit en images de Liu Kunwu. Liu Kunwu – est né en 1955 dans la province du Yunann. Il présentera son travail et expliquera comment ses dessins permettent de connaître l’histoire de la Chine ».

La chronique de Marie Rameau et celle de Zaelle.

Article sur Wikipedia consacré aux pieds bandés et le dossier de Kana consacré à l’album.

Extraits :

« Mais savez-vous, une paire de petits pieds, c’est une grande jarre de larmes. A l’époque, je souffrais tant que je désirais mourir » (Les pieds bandés).

« Les pieds bandés doivent obéir aux critères suivants : menus, minces, pointus, parfumés, souples ! Menus, c’est-à-dire mignons comme tout ; minces, mais ils doivent être bien proportionnés ; pointus mais avec un angle ravissant ; parfumés avec une odeur enivrante ; et souples… vous voyez mon petit doigt ? Exactement comme cela » (Les pieds bandés).

« Ce que l’on regarde en premier chez une jeune fille n’est pas son visage, ni même son corps, mais sa paire de pieds ! Avec des petits pieds, une jeune fille peut épouser un homme de haut rang et tout le monde la respectera. Elle mangera des plats raffinés, elle aura des vêtements de satin et de soie à profusion. Tout ce qu’elle désirera » (Les pieds bandés).

Du côté des challenges :

Challenge Histoire : la tradition chinoise des pieds bandés

Tour du monde en 8 ans : Chine

Petit Bac 2013 / Partie du corps : pieds

TourDuMonde PetitBac Histoire

Les Pieds bandés

One Shot

Editeur : Kana

Label : Made In

Dessinateur / Scénariste : Kunwu LI

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-5050-1691-5

Bulles bulles bulles…

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Les pieds bandés – Li © Kana – 2013