Les Vieux Fourneaux, tome 4 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Cet été-là, Antoine a accompagné Sophie durant toute la tournée du spectacle de marionnettes « Le Loup en slip » . Bien qu’Antoine ne soit pas parvenu à soutirer à Sophie des informations sur le père de Juliette (son arrière-petite-fille), il est tout de même ravi d’avoir passé du temps en famille… mais ses vieux os ne sont pas mécontents de retrouver un bon lit et les copains du bistrot du village. Par contre, pendant son absence, une espèce protégée a eu la mauvaise idée de venir s’installer dans le champ de Berthe. Et le champ de Berthe, c’est exactement l’endroit où Garan-Servier avait prévu de faire ses travaux pour agrandir son usine.
Alors voilà que les zadistes sont arrivés en renfort sur le site de Garan-Servier ! Et ce n’est pas les gens du coin qui vont s’en plaindre… Sauf peut-être Antoine qui voit d’un mauvais œil ce violent coup de frein à la reprise de l’activité économique de la région. « Moi j’ai fait ma véranda plein sud et… », « Pis c’est mon coin à champignons le bois de chez Berthe » , « sans compter que les nouveaux employés ne viendront pas à La Chope » … Autant de faux arguments qui chauffent suffisamment les oreilles d’Antoine pour que ce dernier décide d’aller s’expliquer avec les « rastaquouères » écolos.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Wilfrid Lupano passe au karcher des sujets d’actualité épineux et dont les médias font leurs choux gras. L’auteur décape, défrise, déride et décale ces questions de société à coup d’humour déjanté et un brin alcoolisé. Protection de l’environnement, migrants, délocalisation, relance économique, désert médical… et puis sans l’amouuuur, le tableau ne serait pas complet ! L’ambiance pourrait être électrique mais jamais ô grand jamais on se crispe ou on se lasse. C’est limpide, cinglant comme on aime et surtout, plein de bonne humeur. Parfaitement dans la continuité des tomes précédents, peut-être un poil plus affirmé, un scénario plus mordant et plus que jamais engagé. La qualité de chaque tome est réelle. Le scénariste est d’une lucidité aussi affutée qu’un couteau, fait fuser les répliques avec beaucoup de naturel. Les personnages sont plus vivants que jamais et on leur envie leur sens de la répartie. Il y a très peu de temps morts dans cet album mais on n’a pas l’impression d’être bombardé de rebondissements alambiqués qui seraient difficiles à répertorier. Bien au contraire, ces cinquante-quatre pages filent à la vitesse de la lumière et la fin de ce tome tombe comme un couperet et annonce un cinquième tome… que j’attends déjà avec impatience.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Paul Cauuet s’applique à dessiner ces silhouettes qui ne répondent à aucun des canons de la mode. Méticuleusement, il s’applique sur les rides et les bedaines, les cheveux hirsutes, les trognes improbables animées par des moues, des rictus, des bouches en cœur ou des grimaces de colère. Les illustrations nous réservent toujours une place de choix pour observer cette bande de sympathiques énergumènes se battre avec les aléas de la vie, se harpouiller et se serrer les coudes.

Ce quatrième tome est vraiment excellent. On retrouve le panache qui m’avait fait tant apprécier la série au premier tome. Une critique sociale loufoque que l’on a plaisir à lire et à relire.

Une belle lecture commune avec Sabine. Je vous laisse d’ailleurs avec les mots de Sabine qui sans nul doute en parlera mieux que moi.

Une lecture que nous partageons pour le rendez-vous de la « BD de la semaine » qui s’est posé [deuxième mercredi du mois oblige] chez Stephie !

Les Vieux Fourneaux

Tome 4 : La Magicienne
Série en cours
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2017
54 pages, 11.99 euros, ISBN : 978-2-5050-6542-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les vieux fourneaux, tome 4 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2017

Traquemage, tome 2 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

En pleine lande moyenâgeuse, Pistolin continue sa route. Accompagné de Myrtille, il se rend à Saint-Azur-en-Lagune afin de rencontrer le premier mage de la liste des mages à éradiquer : Kobéron.

On va commencer par lui. Je l’ai choisi parce qu’il fait un peu moins peur que les autres…

Rappelons ici que l’odyssée de Pistolin est motivée par un ras-le-bol à l’égard des mages qui se livrent une guerre sans merci et qui, tout occupés à se pourrir entre eux, n’ont que faire des dégâts collatéraux qu’ils occasionnent çà et là. Dégâts dont les paysans comme Pistolin (producteur de fromages de biques appelés Pécadou) font continuellement les frais [à de stade avancé de la chronique, je vous invite à relire ma chronique du premier tome].
Mais avant d’aller à la rencontre de Kobéron, Pistolin va devoir convaincre les sirènes afin qu’elles l’aident à récupérer l’épée du Traquemage qui git au fond de l’océan… Une épreuve de taille… et celles à venir ne sont pas plus à la portée du pauvre Picolin ! Sans compter qu’en chemin, il tombe nez-à-nez sur Merdin l’Enchianteur.

– Dites, c’est quoi exactement, un Enchianteur ?
– C’est un sorcier qui t’enchiante l’existence !

Farce déjantée où l’on croise pêle-mêle des personnages imaginaires de tout bord, revus et corrigés par Wilfrid Lupano. Une fée Clochette alcoolique, un grand magicien cupide et obnubilé par la folie des grandeurs, des sirènes dévergondées, un enchanteur dépité et qui porte la poisse, des paysans aux abois… un monde fou qui caricature les travers de notre société actuelle. Capitalisme, alcoolisme, opportunisme, individualisme… autant de concepts qui font le charme de la vie de tous les jours…

Au dessin, Relom donne de la consistance à toute la crasse de cet univers. Les paysans puent la sueur et c’est sans trop de difficultés que l’on pourrait entendre les poux qui grouillent dans la laine des biquettes. Une vase collante et gluante se répand sur de nombreuses cases et symbolise ce monde à l’agonie. La magie n’était qu’un leurre, le versant rouillé et oxydé d’une richesse qui était pourtant prometteuse. Les trognes expressives des personnages font écho aux propos cocasses qui sont énoncés. Des personnages qui semblent réagir au premier degré et pourtant le lecteur attrape sans se fatiguer toutes les allusions qui viennent critiquer la société et clins d’œil répandus généreusement dans le scénario. Je crois bien que l’intérêt de cette série est le travail qu’a réalisé Relom ; l’illustrateur donne vraiment une profondeur inattendue à cette épopée insensée. Il campe une ambiance, joue avec la caricature, donne de la consistance à tous ceux qu’on croise durant cette aventure. C’est bien dans le dessin qu’on trouve ce qui fait le sel de cet univers.

Sitôt lu sitôt chroniqué car je pense que je retiendrais seulement le côté cocasse de l’album. Un vent de folie très plaisant. Une lecture drôle et divertissante aux multiples et imprévisibles rebondissements dont je ne ferais pas un incontournable.

Traquemage

Tome 2 : Le Chant vaseux de la sirène
Série en cours
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de Légendes
Dessinateur : RELOM
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : octobre 2017
56 pages, 14.95 euros, ISBN : 978-2-7560-7482-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Traquemage, tome 2 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2017

Quand le cirque est venu (Lupano & Fert)

Lupano – Fert © Guy Delcourt Productions – 2017

Dans ce pays si triste, un despote fait la loi. Il règne ici en maître, décide de vie ou de mort sur ses sujets, décide de tout et absolument tout ! L’ordre est le maître mot à respecter et l’ordre, c’est lui.
Aussi, lorsqu’il apprend qu’un cirque vient s’installer non loin, il s’agace. Pourquoi ci ? Pourquoi ça ? « Ils viennent d’où ? Ils vont où ? Ils restent jusqu’à quand ? » Et le pire c’est qu’à toutes ses questions, personne n’a de réponse, même pas ses plus grands généraux.

Et c’est pourquoi j’ai pensé que peut-être il serait qu’il s’émerveille et qu’il rigole un grand coup, le peuple. Car quand le peuple rigole un grand coup, il accepte plus facilement sa vie difficile…

Ainsi convaincu par son Ministre du Divertissement, le Dictateur n’a pas d’autre choix que de les laisser s’installer. Le grand chapiteau se monte et la première représentation est annoncée. Bien sûr, le dictateur assistera au spectacle. Il a pris soin de préciser à la troupe de saltimbanques que c’était sous conditions, une question de limites à ne pas dépasser en leur faisant une petite démonstration d’autorité.

Un pays bien dirigé a des tas de limites ! (…) Il y a des choses qu’on ne peut pas faire ! Il y a des choses qu’on ne peut pas dire ! Il y a des choses qu’on ne peut pas PENSER !

Confiante, la troupe se prépare et le soir venu, une fois tout le monde installé, acrobates, dompteurs, magiciens, clowns défilent un à un pour présenter leur numéro. Mais dépourvu d’humour, le dictateur paranoïaque et égocentrique juge que toutes ces prestations nuisent à son prestige. Un à un, les troubadours vont être emprisonnés, jusqu’à ce que l’improbable se produise.

Très beau texte de Wilfrid Lupano qui explique ce que peut-être une dictature et les conséquences sur une société. Les enfants ont ainsi tout loisir de mesurer à quel point ce type de régime est nocif pour le bien-être de tous et nuit aux libertés : liberté d’agir, de penser, de sortir, de… rire ! Avec son humour si juste, il fait comprendre simplement, sur le ton de la farce, ce qu’est un dictateur et le danger que cela représente que tous les pouvoirs soient dans les mains d’une seule et même personne. Et quoi de mieux pour faire comprendre toute cette violence à des enfants que de la mettre face à ce qu’il y a de plus ludique et magique pour eux : un cirque ?

Jolie démonstration, aucun de jeux de force si ce n’est l’image de ce dictateur gesticulant et hurlant qui se ridiculise face à des saltimbanques pacifiques. Passé l’étonnement provoqué par cette attitude surprenante, l’enfant se pique au jeu et se moque du despote. Les langues se délie et le scénario se déplie, naturellement. Il montre pourtant toutes les aberrations d’un tel régime : la peur qu’il suscite pour gouverner un pays, ses caprices qui donnent naissent à des lois et sa soif inaltérable de pouvoir et d’argent.

Stéphane Fert accompagne parfaitement ce récit au pinceau. Les ocres dominent et parviennent facilement à détourner cette froideur pourtant ambiance. La peur est ténue, l’ambiance électrique mais la présence des gens du cirque et ce trait parviennent vite à chasser la dureté de ce monde.

Un album drôle et pertinent, aussi juste que loufoque. C’est, il me semble, un petit bijou à mettre entre les mains des enfants (à partir de 7 ans).

La chronique de Noukette.

Quand le cirque est venu

One shot
Editeur : Delcourt
Collection : Les Enfants gâtés
Dessinateur : Stéphane FERT
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : mai 2017
24 pages, 14.50 euros, ISBN : 978-2-7560-9421-2

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Quand le cirque est venu – Lupano – Fert © Guy Delcourt Productions – 2017

Le Loup en slip (Lupano & Cauuet & Itoïz)

Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Au-dessus de la forêt vit le loup.
Un cri qui glace, un regard fou.
Dans la forêt, on le sait,
Ne laisse pas traîner
tes fesses quand le loup
descend pour manger.

Nous voilà mis en garde et pourtant… pourtant… impossible de résister à la tentation de tourner la page et d’entrer dans cette forêt. Le loup y rôde, croque d’un coup de dents les malheureux qui avaient pourtant risqué d’aller promener leurs fesses dans les chemins de traverse. Alors la faune s’organise. Solidaires, les animaux de la forêt se concertent, s’informent, s’équipent de pièges à loup, installent leur cabane sur les hautes branches, prennent des cours de self-défense… Qu’ils soient à plumes ou dotés d’une carapace, qu’ils volent, rampent ou courent à quatre pattes, tous ont peur. Mais la rumeur est pire que tout. Car de loup aux poils hirsutes et aux dents tranchantes, voilà bien une légende.

Le vrai loup de ce bois ne ressemble pas à ça.
Le vrai loup de ce bois pourrait même se balader en pyjama.
Mais rien de tout cela.
Car le vrai loup de ce bois…
… est en slip.
Un beau slip à rayures rouges et blanches.
Un slip confortable qui a changé sa vie.

Un album jeunesse drôle et pétillant réalisé par le duo Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, auquel se joint pour l’occasion l’illustratrice Mayana Itoïz. On y parle de peur, de très grande peur même mais quand celle-ci vient à être révélée à tous forcément… elle fait moins peur puisque désormais, on sait la nommer, on en connaît la raison. De fait, on se trouve un peu bête d’avoir eu une si grande peur mais surtout, d’avoir écouté la rumeur.

Frais, beau, plein d’humour, un petit album qui donne le sourire et fait réfléchir. Le petit lecteur commente, analyse, objecte, rit… et relit ma foi. C’est bien bon !

Le chroniques de Jérôme, Leiloona et Sabine.

Le loup en slip

Album / Récit complet
Editeur : Dargaud
Dessinateurs : Mayana ITOÏZ & Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2016
36 pages, 9,99 euros, ISBN : 978-2-505-06720-7

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le loup en slip – Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Les Vieux Fourneaux, tome 3 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015

Antoine a repris son existence paisible dans le sud-ouest de la France. Pendant que Sophie – sa petite-fille – anime des spectacles de marionnettes dans la région, il garde Juliette (son arrière-petite-fille). Les soirées de papy-sitting sont animées d’autant plus qu’il les partage avec Mimile, son pote d’enfance qui a définitivement quitté la maison de retraite Meuricy.

Enfin, à Paris, Pierrot continue son combat avec le collectif « Ni Yeux ni Maître ». Sa dernière action sur la place publique lui vaut une garde-à-vue de quelques heures au Commissariat de Police. Au moment de sa sortie, il apprend que Mimile est tombé dans le coma. Il décide de se rendre illico au chevet du malade, dans le sud-ouest de la France.

Le trio de vieux baroudeurs est de nouveau reconstitué… pour le meilleur et pour le pire.

Autant dire que la sortie du troisième opus des « Vieux Fourneaux » était attendu de pieds fermes. La bonne humeur de la série y est pour beaucoup. Wilfrid Lupano scénarise son petit monde avec poigne et fait cohabiter des personnages au caractère bien trempé, chacun veillant au respect de ses valeurs et de ses opinions. Les désaccords donnent parfois lieu à de tonitruants conflits mais jamais ô grand jamais l’animosité ne s’enkyste dans les rapports des protagonistes. Deux générations se côtoient en permanence, celle des trois vieilles branches (Mimile, Pierrot et Antoine) et celle de Sophie. Un choc de culture dans lequel tout le monde trouve son compte, à la fois enrichissant et stimulant. Cette alchimie donne son rythme au récit et permet au lecteur de s’approprier l’histoire sitôt la lecture entamée. Ce troisième tome vient apporter de nouveaux détails à un univers que nous connaissons depuis deux albums. Et si le premier tome se consacrait en grande partie au parcours d’Antoine, si le second s’arrêtait plus longuement sur l’engagement militant de Pierrot, ce nouveau volume donne des clés de compréhension pour mieux cerner le mystérieux Mimile.

Au beau milieu de cette vieille testostérone d’un autre siècle, la jeune Sophie tire parfaitement son aiguille du jeu et parvient à se faire entendre… quitte à pousser la voix de temps en temps.

Au dessin, Paul Cauuet vient caresser une nouvelle fois de son crayon ces corps voûtés et ces crânes dégarnis. Les formes de Sophie contrastent dans ce microcosme de vieillards ; filiforme et tonique, elle donne une bouffée d’air et la perspective d’un avenir finalement assez doux pour ces trois hommes.

PictoOKSi vous ne l’avez pas déjà fait, cette série est à découvrir.

Le tome 1 et le tome 2 sont déjà présents sur ce blog.

Les chroniques de Sabine, Jérôme, Noukette, Yvan et Violette.

Extrait :

« Pfffiou ! Dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. A nos âges, on devrait être dispensés » (Les Vieux Fourneaux, tome 3).

Les Vieux Fourneaux

Tome 3 : Celui qui part

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : novembre 2015

ISBN : 978-2-5050-6352-0

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les Vieux Fourneaux, tome 3 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015

Traquemage, tome 1 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015
Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Pour faire un bon fromage, il faut que les brebis bénéficient d’un bon pâturage ! Tout bon berger sait cela c’est pourquoi, l’heure venue, Pistolin motive son troupeau à sortir de la bergerie. Mais les biques ne l’entendent pas de la même oreille et c’est contraintes et forcées qu’elles obéissent à l’injonction qui leur est faite. Car Pistolin est plein de bon sens…

Je fais des pécadous au lait de cornebique, moi ! Et le pécadou, c’est une fromage de haute montagne.

Pistolin se contremoque des rumeurs véhiculées sur la guerre des mages qui sévit dans les alpages. Et bien que la fois précédente, il ait été attaqué par une famille de trolls, il a des couilles le Pistolin… faut bien ça pour faire le pécadou.

Alors, guerre des mages ou pas, moi, j’emmène les bêtes aux pâtures, et puis c’est tout !

Et puis… ce qui devait arriver arriva… le temps d’un battement de cils et son troupeau se fait bouloter par des bestioles volantes. Il n’en faut pas plus pour que Pistolin fasse le serment de débarrasser la région de ses satanés mages qui terrorisent les villages. Il s’improvise Traquemage sans rien y connaitre à l’occultisme. Dans son périple, il fait la connaissance de la « Fée Pompette » qui va l’initier aux mystères de la magie.

Baptême d’un nouveau genre : la rural fantasy ! L’accroche marketing prête déjà à sourire et annonce l’univers bonhomme dans lequel on s’apprête à entrer. Pour peu que l’on s’attarde sur le visuel de couverture, on obtient quelques indices supplémentaires en voyant les trognes des personnages qui y figurent : un paysan un peu péquenaud qui semble être animé d’un élan de virilité soudain. A ses côtés, une brebis qui n’en mène pas large…

Wilfrid Lupano est un touche-à-tout. Il nous a montré depuis longtemps qu’il ne se cantonnait pas à un style. Dans son petit laboratoire d’auteur, il explore, teste et expérimente. Il sort de sa fabrique à histoires des aventures parfois déjantées, parfois très sérieuses. Du polar (« Ma Révérence ») à l’héroïc fantasy (« Alim le tanneur »), en passant par le roman graphique historique (« Le Singe de Hartlepool »), une aventure muette (« Un Océan d’amour ») ou une comédie dramatique (« Les Vieux Fourneaux »)… Quel que soit le ton, ça fait mouche auprès des lecteurs. Talentueux, Lupano mène ses scénarios à la baguette, travaillant le rythme, titillant les nerfs de son lecteur aux moments cruciaux, l’amadouant dans l’instant suivant…

Onze ans après « Alim », il revient à l’héroïc fantasy. Cette fois, les personnages ont beaucoup plus de gouaille et un franc parler qui n’est pas sans nous rappeler les anars des « Vieux Fourneaux ». L’humour est très présent dans le récit, ce genre d’humour potache, un peu brut… une bonne tape amicale et pataude qu’on se prendrait dans l’omoplate, une tape si chaleureuse qu’on n’est pas loin du décollement de poumon. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier tome de « Traquemage » même si je suis certaine qu’il ne m’en restera pas grand-chose. Avec cet univers rural et médiéval, on chausse les gros sabots sans mots dire, on se gausse des personnages et des situations catastrophiques dans lesquelles ils se mettent. Wilfrid Lupano se moque de tout et invente un nouveau royaume : celui de la poilade. Il place dans son récits quelques références à des événements qui ont marqué l’actualité médiatique de ces dernières années (l’affaire Omar Raddad par exemple) et en fait voir de toutes les couleurs à son trio de personnages : un berger pas très futé mais téméraire et qui fait preuve de bon sens dans des moments inattendus, une fée grassouillette et alcoolique qui n’a pas la langue dans sa poche et une brebis muette embarquée à l’insu de son plein gré dans cette épopée folklorique.

Au dessin : Relom. Il crée des trognes incroyables, des postures corporelles improbables. Son trait utilise allègrement cet humour décalé qui martèle son rythme sur la narration. Le trait est rond, les femmes ont des rondeurs généreuses que les pognes masculines viennent malaxer avec gaucherie. On sympathique rapidement avec les personnages, on scrute les détails graphiques qui se sont glissés dans les cases. Un univers frais qui nous arrache des éclats de rire au moment où l’on s’y attend le moins.

PictoOKJ’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album même si je suis loin du coup de cœur. Le genre d’album où l’humour vole souvent au ras des pâquerettes mais c’est cocasse.

LABEL LectureCommunela-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Noukette et Jérôme à l’occasion de ce mercredi BD (les liens des participants sont aujourd’hui chez Noukette). Merci à vous deux de m’avoir accompagnée dans cette lecture. Ça me réchauffe d’avoir pu publier avec vous aujourd’hui

Traquemage

Tome 1 : Le Serment des Pécadous

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Terres de Légendes

Dessinateur : RELOM

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-7560-6464-2

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Traquemage, tome 1 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Un océan d’Amour (Lupano & Panaccione)

Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014
Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014

Il y a des jours comme ça, où se lever semble être la chose la plus anodine qui soit. On pense inconsciemment que la journée à venir ressemblera à celle de la veille… tout est si normal.

C’est à n’en pas douter ce qu’Il se disait ce matin-là quand Il s’est levé à l’aube comme chaque matin. Dans la cuisine, sa femme lui a déjà préparé le petit-déjeuner. Pendant qu’Il écoute la météo, Elle finit de lui préparer sa gamelle pour le repas de midi. Il fronce en voyant la sempiternelle boite de sardines qui revient invariablement chaque midi, quelle que soit la saison. Mais Elle, attentionnée, n’en démord pas : les valeurs nutritives de la sardine sont réelles… et elle fourre la boite dans la gamelle.

Quant à lui, l’heure est venue de partir travailler. Même s’il fait encore nuit, être marin-pêcheur implique ça aussi. Alors Il monte dans son modeste et frêle chalutier pour affronter une nouvelle journée en mer. Et rentrer certainement les cales vides, une nouvelle fois. Mais le hasard voulait que ce jour-là, rien ne se passe comme prévu. Certes, les filets sont restés vides. Mais avant de rentrer, Il aura croisé un gigantesque chalutier, des pirates, des mouettes, une crêpe…

Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014
Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014

Rien ne laissait présager qu’une telle aventure se produirait en partant de ce petit coin en Bretagne complètement perdu et avec de tels protagonistes qui plus est. Lui, petit homme chétif et un brin renfrogné. Elle appétissante bigoudène que l’on imagine (à tort) casanière. Deux individus diamétralement opposés mais animés d’un amour réciproque et d’une bienveillance à l’égard de l’autre que l’on perçoit dès le premier coup d’œil.

Passées les premières pages où toute chose semble avoir une place précise, un grain de sable vient enrayer la machine. Poussés par un vent de folie, le scénario de Wilfrid Lupano prend son envol et nous fait quitter cette agréable mer d’huile. Dès lors, les événements s’enchaînent et nous entraînent dans un flot permanent de rebondissements. D’autant que ce n’est pas une mais deux histoires parallèles que nous suivons : celle de ce petit homme – pour commencer – qui va lutter contre les intempéries mais aussi contre une certaine férocité humaine ; celle de sa femme ensuite qui refuse de se soumettre à l’apparente réalité et décide de mettre tout en œuvre pour retrouver son compagnon.

Pour illustrer cet album muet, Grégory Panaccione impose une ambiance graphique originale. La douceur amusée et la rondeur de ses illustrations permettent au lecteur d’investir les personnages. De page en page, on entre dans le rythme de leurs épopées parallèles, deux quêtes complémentaires qui se répondent en permanence. Le yin et le yang qui s’équilibrent, comme cet homme qui subit l’accumulation d’événements tandis que cette femme prend la situation à bras-le-corps.

Pour les deux personnages, l’histoire racontée dans cet album semble être une interminable journée. Pris dans le rythme, il est aussi difficile de ne pas lire cet album d’une traite que de ne pas se perdre dans la contemplation des illustrations… et difficile également de ne pas remarquer les nombreux clins d’œil insérés çà et là tout au l’album avec Sabine… enfin, disons plutôt que l’œil affuté de Sabine n’a pas laissé passer des références comme Les Triplettes de Belleville, la mouette de Gaston Lagaffe… Lupano nous emmène dans une croisière improbable où l’on croise aussi bien des pirates que des jet-setter… De la fable écolo à la romance, en passant par le récit d’aventure, la parodie et la satire sociale, Un océan d’amour est à la croisée de plusieurs genres. Un ouvrage d’une grande richesse, drôle et sérieux à la fois. Mais avant toute chose, c’est cette explosion d’émotions qu’il véhicule que l’on retient. Les personnages sont d’une expressivité incroyable, la composition des planches ne souffre d’aucune répétition, portant ainsi le rythme du récit de façon tout à fait pertinente. On n’est jamais accablé par la gravité des situations dans lesquelles nos héros peuvent se retrouver et malgré le caractère parfois inextricable qu’elles peuvent revêtir, les auteurs parviennent aisément à retourner les choses à leur avantage et de façon amusée en venant taquiner des faits de société qui font régulièrement l’actualité. Politique, corruption, individualisme, capitalisme, environnement… des sujets qui tournent en boucle sur médias et à qui on accorde trop souvent une oreille distraite. En confrontant deux héros d’une bonhommie incroyable, absolument pacifiques, altruistes jusqu’au bout des ongles (surtout la femme) et assez naïfs à l’égard des situations dans lesquelles ils sont impliqués, cela désamorce toute tentative d’animosité des personnages secondaires. De fait, ces complications trouvent naturellement des voies de secours, laissant au lecteur le soin d’apprécier l’aspect onirique et réflexif du récit.

PictoOKPictoOKGregory Panaccione réalise ici de succulentes métaphores visuelles. Un ouvrage poétique, amusant, intelligent, de quoi faire frétiller les neurones et les pupilles. Que demander de plus !??

LABEL Lecture AccompagnéeEt, Mesdames et Messieurs, pour la première fois de l’histoire, voici ENFIN une lecture commune que j’ai l’honneur de partager avec Sabine ! Ouf !! Alors, pendant cette lecture, on s’est régalé de papotages, de sardines, de crêpes, de cannelés et j’en passe. Cliquez sur ce lien pour vous rendre dans son Petit Carré jaune et découvrir ce qu’elle en a pensé.

A lire également : la chronique de Noukette.

Un océan d’amour

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur : Grégory PANACCIONE

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-7560-6210-5

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014