Le Loup en slip (Lupano & Cauuet & Itoïz)

Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Au-dessus de la forêt vit le loup.
Un cri qui glace, un regard fou.
Dans la forêt, on le sait,
Ne laisse pas traîner
tes fesses quand le loup
descend pour manger.

Nous voilà mis en garde et pourtant… pourtant… impossible de résister à la tentation de tourner la page et d’entrer dans cette forêt. Le loup y rôde, croque d’un coup de dents les malheureux qui avaient pourtant risqué d’aller promener leurs fesses dans les chemins de traverse. Alors la faune s’organise. Solidaires, les animaux de la forêt se concertent, s’informent, s’équipent de pièges à loup, installent leur cabane sur les hautes branches, prennent des cours de self-défense… Qu’ils soient à plumes ou dotés d’une carapace, qu’ils volent, rampent ou courent à quatre pattes, tous ont peur. Mais la rumeur est pire que tout. Car de loup aux poils hirsutes et aux dents tranchantes, voilà bien une légende.

Le vrai loup de ce bois ne ressemble pas à ça.
Le vrai loup de ce bois pourrait même se balader en pyjama.
Mais rien de tout cela.
Car le vrai loup de ce bois…
… est en slip.
Un beau slip à rayures rouges et blanches.
Un slip confortable qui a changé sa vie.

Un album jeunesse drôle et pétillant réalisé par le duo Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, auquel se joint pour l’occasion l’illustratrice Mayana Itoïz. On y parle de peur, de très grande peur même mais quand celle-ci vient à être révélée à tous forcément… elle fait moins peur puisque désormais, on sait la nommer, on en connaît la raison. De fait, on se trouve un peu bête d’avoir eu une si grande peur mais surtout, d’avoir écouté la rumeur.

Frais, beau, plein d’humour, un petit album qui donne le sourire et fait réfléchir. Le petit lecteur commente, analyse, objecte, rit… et relit ma foi. C’est bien bon !

Le chroniques de Jérôme, Leiloona et Sabine.

Le loup en slip

Album / Récit complet
Editeur : Dargaud
Dessinateurs : Mayana ITOÏZ & Paul CAUUET
Scénariste : Wilfrid LUPANO
Dépôt légal : novembre 2016
36 pages, 9,99 euros, ISBN : 978-2-505-06720-7

Bulles bulles bulles…

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Le loup en slip – Lupano – Itoïz – Cauuet © Dargaud – 2016

Les Vieux Fourneaux, tome 3 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015

Antoine a repris son existence paisible dans le sud-ouest de la France. Pendant que Sophie – sa petite-fille – anime des spectacles de marionnettes dans la région, il garde Juliette (son arrière-petite-fille). Les soirées de papy-sitting sont animées d’autant plus qu’il les partage avec Mimile, son pote d’enfance qui a définitivement quitté la maison de retraite Meuricy.

Enfin, à Paris, Pierrot continue son combat avec le collectif « Ni Yeux ni Maître ». Sa dernière action sur la place publique lui vaut une garde-à-vue de quelques heures au Commissariat de Police. Au moment de sa sortie, il apprend que Mimile est tombé dans le coma. Il décide de se rendre illico au chevet du malade, dans le sud-ouest de la France.

Le trio de vieux baroudeurs est de nouveau reconstitué… pour le meilleur et pour le pire.

Autant dire que la sortie du troisième opus des « Vieux Fourneaux » était attendu de pieds fermes. La bonne humeur de la série y est pour beaucoup. Wilfrid Lupano scénarise son petit monde avec poigne et fait cohabiter des personnages au caractère bien trempé, chacun veillant au respect de ses valeurs et de ses opinions. Les désaccords donnent parfois lieu à de tonitruants conflits mais jamais ô grand jamais l’animosité ne s’enkyste dans les rapports des protagonistes. Deux générations se côtoient en permanence, celle des trois vieilles branches (Mimile, Pierrot et Antoine) et celle de Sophie. Un choc de culture dans lequel tout le monde trouve son compte, à la fois enrichissant et stimulant. Cette alchimie donne son rythme au récit et permet au lecteur de s’approprier l’histoire sitôt la lecture entamée. Ce troisième tome vient apporter de nouveaux détails à un univers que nous connaissons depuis deux albums. Et si le premier tome se consacrait en grande partie au parcours d’Antoine, si le second s’arrêtait plus longuement sur l’engagement militant de Pierrot, ce nouveau volume donne des clés de compréhension pour mieux cerner le mystérieux Mimile.

Au beau milieu de cette vieille testostérone d’un autre siècle, la jeune Sophie tire parfaitement son aiguille du jeu et parvient à se faire entendre… quitte à pousser la voix de temps en temps.

Au dessin, Paul Cauuet vient caresser une nouvelle fois de son crayon ces corps voûtés et ces crânes dégarnis. Les formes de Sophie contrastent dans ce microcosme de vieillards ; filiforme et tonique, elle donne une bouffée d’air et la perspective d’un avenir finalement assez doux pour ces trois hommes.

PictoOKSi vous ne l’avez pas déjà fait, cette série est à découvrir.

Le tome 1 et le tome 2 sont déjà présents sur ce blog.

Les chroniques de Sabine, Jérôme, Noukette, Yvan et Violette.

Extrait :

« Pfffiou ! Dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. A nos âges, on devrait être dispensés » (Les Vieux Fourneaux, tome 3).

Les Vieux Fourneaux

Tome 3 : Celui qui part

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : novembre 2015

ISBN : 978-2-5050-6352-0

Bulles bulles bulles…

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Les Vieux Fourneaux, tome 3 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2015

Traquemage, tome 1 (Lupano & Relom)

Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015
Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Pour faire un bon fromage, il faut que les brebis bénéficient d’un bon pâturage ! Tout bon berger sait cela c’est pourquoi, l’heure venue, Pistolin motive son troupeau à sortir de la bergerie. Mais les biques ne l’entendent pas de la même oreille et c’est contraintes et forcées qu’elles obéissent à l’injonction qui leur est faite. Car Pistolin est plein de bon sens…

Je fais des pécadous au lait de cornebique, moi ! Et le pécadou, c’est une fromage de haute montagne.

Pistolin se contremoque des rumeurs véhiculées sur la guerre des mages qui sévit dans les alpages. Et bien que la fois précédente, il ait été attaqué par une famille de trolls, il a des couilles le Pistolin… faut bien ça pour faire le pécadou.

Alors, guerre des mages ou pas, moi, j’emmène les bêtes aux pâtures, et puis c’est tout !

Et puis… ce qui devait arriver arriva… le temps d’un battement de cils et son troupeau se fait bouloter par des bestioles volantes. Il n’en faut pas plus pour que Pistolin fasse le serment de débarrasser la région de ses satanés mages qui terrorisent les villages. Il s’improvise Traquemage sans rien y connaitre à l’occultisme. Dans son périple, il fait la connaissance de la « Fée Pompette » qui va l’initier aux mystères de la magie.

Baptême d’un nouveau genre : la rural fantasy ! L’accroche marketing prête déjà à sourire et annonce l’univers bonhomme dans lequel on s’apprête à entrer. Pour peu que l’on s’attarde sur le visuel de couverture, on obtient quelques indices supplémentaires en voyant les trognes des personnages qui y figurent : un paysan un peu péquenaud qui semble être animé d’un élan de virilité soudain. A ses côtés, une brebis qui n’en mène pas large…

Wilfrid Lupano est un touche-à-tout. Il nous a montré depuis longtemps qu’il ne se cantonnait pas à un style. Dans son petit laboratoire d’auteur, il explore, teste et expérimente. Il sort de sa fabrique à histoires des aventures parfois déjantées, parfois très sérieuses. Du polar (« Ma Révérence ») à l’héroïc fantasy (« Alim le tanneur »), en passant par le roman graphique historique (« Le Singe de Hartlepool »), une aventure muette (« Un Océan d’amour ») ou une comédie dramatique (« Les Vieux Fourneaux »)… Quel que soit le ton, ça fait mouche auprès des lecteurs. Talentueux, Lupano mène ses scénarios à la baguette, travaillant le rythme, titillant les nerfs de son lecteur aux moments cruciaux, l’amadouant dans l’instant suivant…

Onze ans après « Alim », il revient à l’héroïc fantasy. Cette fois, les personnages ont beaucoup plus de gouaille et un franc parler qui n’est pas sans nous rappeler les anars des « Vieux Fourneaux ». L’humour est très présent dans le récit, ce genre d’humour potache, un peu brut… une bonne tape amicale et pataude qu’on se prendrait dans l’omoplate, une tape si chaleureuse qu’on n’est pas loin du décollement de poumon. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier tome de « Traquemage » même si je suis certaine qu’il ne m’en restera pas grand-chose. Avec cet univers rural et médiéval, on chausse les gros sabots sans mots dire, on se gausse des personnages et des situations catastrophiques dans lesquelles ils se mettent. Wilfrid Lupano se moque de tout et invente un nouveau royaume : celui de la poilade. Il place dans son récits quelques références à des événements qui ont marqué l’actualité médiatique de ces dernières années (l’affaire Omar Raddad par exemple) et en fait voir de toutes les couleurs à son trio de personnages : un berger pas très futé mais téméraire et qui fait preuve de bon sens dans des moments inattendus, une fée grassouillette et alcoolique qui n’a pas la langue dans sa poche et une brebis muette embarquée à l’insu de son plein gré dans cette épopée folklorique.

Au dessin : Relom. Il crée des trognes incroyables, des postures corporelles improbables. Son trait utilise allègrement cet humour décalé qui martèle son rythme sur la narration. Le trait est rond, les femmes ont des rondeurs généreuses que les pognes masculines viennent malaxer avec gaucherie. On sympathique rapidement avec les personnages, on scrute les détails graphiques qui se sont glissés dans les cases. Un univers frais qui nous arrache des éclats de rire au moment où l’on s’y attend le moins.

PictoOKJ’ai passé un très bon moment en compagnie de cet album même si je suis loin du coup de cœur. Le genre d’album où l’humour vole souvent au ras des pâquerettes mais c’est cocasse.

LABEL LectureCommunela-bd-de-la-semaine-150x150Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Noukette et Jérôme à l’occasion de ce mercredi BD (les liens des participants sont aujourd’hui chez Noukette). Merci à vous deux de m’avoir accompagnée dans cette lecture. Ça me réchauffe d’avoir pu publier avec vous aujourd’hui

Traquemage

Tome 1 : Le Serment des Pécadous

Série en cours

Editeur : Delcourt

Collection : Terres de Légendes

Dessinateur : RELOM

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2015

ISBN : 978-2-7560-6464-2

Bulles bulles bulles…

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Traquemage, tome 1 – Lupano – Relom © Guy Delcourt Productions – 2015

Un océan d’Amour (Lupano & Panaccione)

Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014
Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014

Il y a des jours comme ça, où se lever semble être la chose la plus anodine qui soit. On pense inconsciemment que la journée à venir ressemblera à celle de la veille… tout est si normal.

C’est à n’en pas douter ce qu’Il se disait ce matin-là quand Il s’est levé à l’aube comme chaque matin. Dans la cuisine, sa femme lui a déjà préparé le petit-déjeuner. Pendant qu’Il écoute la météo, Elle finit de lui préparer sa gamelle pour le repas de midi. Il fronce en voyant la sempiternelle boite de sardines qui revient invariablement chaque midi, quelle que soit la saison. Mais Elle, attentionnée, n’en démord pas : les valeurs nutritives de la sardine sont réelles… et elle fourre la boite dans la gamelle.

Quant à lui, l’heure est venue de partir travailler. Même s’il fait encore nuit, être marin-pêcheur implique ça aussi. Alors Il monte dans son modeste et frêle chalutier pour affronter une nouvelle journée en mer. Et rentrer certainement les cales vides, une nouvelle fois. Mais le hasard voulait que ce jour-là, rien ne se passe comme prévu. Certes, les filets sont restés vides. Mais avant de rentrer, Il aura croisé un gigantesque chalutier, des pirates, des mouettes, une crêpe…

Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014
Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014

Rien ne laissait présager qu’une telle aventure se produirait en partant de ce petit coin en Bretagne complètement perdu et avec de tels protagonistes qui plus est. Lui, petit homme chétif et un brin renfrogné. Elle appétissante bigoudène que l’on imagine (à tort) casanière. Deux individus diamétralement opposés mais animés d’un amour réciproque et d’une bienveillance à l’égard de l’autre que l’on perçoit dès le premier coup d’œil.

Passées les premières pages où toute chose semble avoir une place précise, un grain de sable vient enrayer la machine. Poussés par un vent de folie, le scénario de Wilfrid Lupano prend son envol et nous fait quitter cette agréable mer d’huile. Dès lors, les événements s’enchaînent et nous entraînent dans un flot permanent de rebondissements. D’autant que ce n’est pas une mais deux histoires parallèles que nous suivons : celle de ce petit homme – pour commencer – qui va lutter contre les intempéries mais aussi contre une certaine férocité humaine ; celle de sa femme ensuite qui refuse de se soumettre à l’apparente réalité et décide de mettre tout en œuvre pour retrouver son compagnon.

Pour illustrer cet album muet, Grégory Panaccione impose une ambiance graphique originale. La douceur amusée et la rondeur de ses illustrations permettent au lecteur d’investir les personnages. De page en page, on entre dans le rythme de leurs épopées parallèles, deux quêtes complémentaires qui se répondent en permanence. Le yin et le yang qui s’équilibrent, comme cet homme qui subit l’accumulation d’événements tandis que cette femme prend la situation à bras-le-corps.

Pour les deux personnages, l’histoire racontée dans cet album semble être une interminable journée. Pris dans le rythme, il est aussi difficile de ne pas lire cet album d’une traite que de ne pas se perdre dans la contemplation des illustrations… et difficile également de ne pas remarquer les nombreux clins d’œil insérés çà et là tout au l’album avec Sabine… enfin, disons plutôt que l’œil affuté de Sabine n’a pas laissé passer des références comme Les Triplettes de Belleville, la mouette de Gaston Lagaffe… Lupano nous emmène dans une croisière improbable où l’on croise aussi bien des pirates que des jet-setter… De la fable écolo à la romance, en passant par le récit d’aventure, la parodie et la satire sociale, Un océan d’amour est à la croisée de plusieurs genres. Un ouvrage d’une grande richesse, drôle et sérieux à la fois. Mais avant toute chose, c’est cette explosion d’émotions qu’il véhicule que l’on retient. Les personnages sont d’une expressivité incroyable, la composition des planches ne souffre d’aucune répétition, portant ainsi le rythme du récit de façon tout à fait pertinente. On n’est jamais accablé par la gravité des situations dans lesquelles nos héros peuvent se retrouver et malgré le caractère parfois inextricable qu’elles peuvent revêtir, les auteurs parviennent aisément à retourner les choses à leur avantage et de façon amusée en venant taquiner des faits de société qui font régulièrement l’actualité. Politique, corruption, individualisme, capitalisme, environnement… des sujets qui tournent en boucle sur médias et à qui on accorde trop souvent une oreille distraite. En confrontant deux héros d’une bonhommie incroyable, absolument pacifiques, altruistes jusqu’au bout des ongles (surtout la femme) et assez naïfs à l’égard des situations dans lesquelles ils sont impliqués, cela désamorce toute tentative d’animosité des personnages secondaires. De fait, ces complications trouvent naturellement des voies de secours, laissant au lecteur le soin d’apprécier l’aspect onirique et réflexif du récit.

PictoOKPictoOKGregory Panaccione réalise ici de succulentes métaphores visuelles. Un ouvrage poétique, amusant, intelligent, de quoi faire frétiller les neurones et les pupilles. Que demander de plus !??

LABEL Lecture AccompagnéeEt, Mesdames et Messieurs, pour la première fois de l’histoire, voici ENFIN une lecture commune que j’ai l’honneur de partager avec Sabine ! Ouf !! Alors, pendant cette lecture, on s’est régalé de papotages, de sardines, de crêpes, de cannelés et j’en passe. Cliquez sur ce lien pour vous rendre dans son Petit Carré jaune et découvrir ce qu’elle en a pensé.

A lire également : la chronique de Noukette.

Un océan d’amour

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur : Grégory PANACCIONE

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-7560-6210-5

Bulles bulles bulles…

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Un océan d’amour – Lupano – Panaccione © Guy Delcourt Productions – 2014

Les vieux Fourneaux, tome 2 (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Et c’est reparti pour un tour avec le trio des vieux emmerdeurs que sont Mimile, Pierrot et Antoine. Ils ont quitté l’Italie de Ceux qui restent (voir chronique du tome 1) pour rentrer en France. Chacun a repris le fil de sa vie. Sophie a accouché d’une petite Juliette. Mimile est rentré à sa maison de retraite, Pierrot a repris ses activités militantes à « Ni Yeux ni maître » et Antoine a fait son deuil.

Ce nouvel opus démarre de façon fracassante puisque Pierrot reçoit un colis rempli de billets de banque. On imagine la déflagration que cela peut produire chez ce vieil anar’. Et comme le battement d’ailes d’un papillon a toujours des répercussions insoupçonnées, les deux autres s’agitent aussi dans leur coin. Antoine monte à Paris pour participer à une manifestation orchestrées par les vieux militants de « Ni Yeux ni Maître ». Il doit d’ailleurs retrouver Pierrot dans un rade parisien où il va contribuer, malgré lui, à un « attentat gériatrique »… (pour comprendre, vaut mieux lire l’album). Mais l’entrain de Pierrot a été stoppé net par l’arrivée du colis providentiel qui contenait une lettre signée « Ann Bonny »… le passé remonte de nouveau à la surface…

Complètement déjanté !

Voilà en deux mots ce que je pense de ce nouveau scénario concocté par Wilfrid Lupano. Loufoque et désopilant, le scénariste ne se refuse aucun délire et donne un grand coup de pied dans les clichés habituels. Les personnages se démènent pour soutenir des causes parfois absurdes pourtant, il y a un subtil fond de vérité qui permet au lecteur de ne jamais perdre le fil et d’investir des combats complètements insensés. Défrisante épopée menée tambours battants ; elle se nourrit de références surprenantes comme Skylanders® et de pirouettes narratives dont découlent d’improbables retournements de situations. On ne peut que se laisser surprendre et s’amuser de la tournure que prennent les choses. Cet enchaînement permanent d’événements fait le sel de cette série et le charme de ses personnages.

Ce second tome s’arrête un peu plus sur le personnage de Pierrot et nous permet de mieux comprendre l’état d’esprit du collectif des vieux anarchistes – « Ni Yeux Ni Maître » – qui ne se limite pas à une simple envie de semer la zizanie sur n’importe quel prétexte fallacieux.

Au programme de cette lecture, des rires, un peu d’émotions et beaucoup d’empathie. Comme dans le premier tome, le dessin sec et nerveux de Paul Cauuet porte parfaitement cet univers et son humour décapant. Surprise par le côté un peu rance des couleurs de la couverture, j’ai retrouvé le piquant qui m’avait fait accrocher au tome 1. Le fait que des sujets de sociétés soient présents « juste ce qu’il faut » permet de ne pas alourdir le propos ; le lecteur peut ainsi tricoter sa réflexion à sa guise. Sans papiers, société de consommation, environnement / écologie… autant de thèmes qui s’invitent pêle-mêle à la table des Vieux fourneaux.

PictoOKPictoOKCe que j’aime par-dessus tout dans ce récit, c’est l’impression que tout est possible, il suffit juste d’un peu de bonne volonté. Lupano ne s’encombre d’aucun tabou, il n’a aucun complexe et le résultat donne quelque chose de très optimiste. Même la cécité et l’incontinence peuvent être perçues comme des avantages… avouez qu’il fallait tout de même oser !

Sans compter les jeux de mots en tous genres du viager au « viajeune », de la colocation entre des individus appartenant à des générations très différentes et de cette solide amitié entre notre trio principal qui semble leur donner la force de repousser n’importe quelle montagne… Bref, si vous avez du mal à être de bonne humeur en ce moment, lisez Les Vieux Fourneaux… votre état devrait s’arranger !

LABEL LectureCommuneLecture commune faite en compagnie d’un duo de choc ! Je vous invite à lire les chroniques de Jérôme et de Noukette sur ce titre.

Une lecture que je partage également avec Mango :

Logo BD Mango Noir

Les Vieux Fourneaux

Tome 2 : Bonny and Pierrot

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-5050-6163-2

Bulles bulles bulles…

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Les Vieux Fourneaux, tome 2 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Les vieux fourneaux, tome 1 : Ceux qui restent (Lupano & Cauuet)

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Fourneau : « (Populaire) (Désuet) Vagabond, mendiant (par métonymie : habitué au fourneau de charité) ; d’où misérable, bon à rien, naïf, imbécile. Fourneau, signifie crétin, imbécile. Quand on imprime dans les journaux que nos ministres et nos députés sont des fourneaux, ils ne sont pas, je pense, habitués des asiles de nuit. — (Charles Virmaître, Dictionnaire d’argot fin-de-siècle, 1894) » (source : Wiktionary).

Trois amis d’enfance se retrouvent pour un enterrement. Cela faisait des années que Pierrot, Mimile et Antoine ne s’étaient pas vus. Pourtant, ils se connaissent tellement bien que c’est comme s’ils s’étaient quittés la veille. Et puis, quand on est septuagénaire, on relativise un peu les choses. Ce sont donc eux « les vieux fourneaux ». Un trio de choc que Sophie – la petite-fille d’Antoine qui est enceinte de 7 mois – va rejoindre. Ensemble, ils vont vivre une escapade dépaysante. En chemin, on croisera entre autres le « Théâtre du Loup en slip », une vieille bagnole truffée de fientes d’oiseaux, un mouroir qui répond au doux nom de « Meuricy » et des « privette joque ».

Tout commence donc avec la mort de Lucette, la femme d’Antoine. Après plus d’un demi siècle de vie commune, elle quitte la scène en laissant une lettre à son Antoine… lettre qu’il va devoir aller chercher chez le notaire. Lui, le vieux syndicaliste, plus enclin à monter au créneau qu’à se pencher sur la paperasse ! Il va pourtant respecter les dernières volontés de sa femme. Les révélations qu’elle lui fait dans cette lettre posthume vont mettre le feu aux poudres et marquer le début d’une escapade complètement déjantée qui nous conduira en Toscane.

L’histoire nous propose un mélange passé-présent très sympathique, où une douce nostalgie vient narguer de façon espiègle l’esprit bravache affiché par ce trio de vieilles canailles. L’arthrite, la cécité, l’incontinence… rien ne les arrête. Ces flibustiers décrépits balayent leurs maux d’un rapide revers de la main et affichent un sens de la répartie certain.

A l’instar de Ma révérence, Wilfrid Lupano reprend les ingrédients narratifs qui tordent les clichés habituels qu’on peut avoir ; en l’occurrence ici, on retrouve le même plaisir qu’on avait eu en découvrant les retraités présents dans Les petits ruisseaux ou Fais péter les basses Bruno [trop peu d’albums proposent ce genre de personnages, autant y faire référence].

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Le scénario ne manque pas de nous surprendre. On se retrouve à bord d’un vieux combi rouge en route vers la Toscane afin d’empêcher un acte improbable. De scènes cocasses en situations extravagantes, le récit nous installe aux côtés de personnages au caractère bien trempé. Difficile de retenir quelques éclats de rire tant on est pris au dépourvu par certaines réactions. Pour ne rien gâcher, le rythme du récit est enlevé et les quelques respirations qui nous sont accordées sont dues à des souvenirs que ces vieux ressassent et dont ils parlent avec un plaisir non dissimulé. On en vient à naviguer entre plusieurs ambiances graphiques ;  le noir et blanc est retenu pour l’enfance, la couleur marque le présent tandis que des tons sépia viendront plutôt compléter la période intermédiaire. Et je trouve qu’il est de bon ton d’avoir ainsi fait référence à cette habitude qu’ont les seniors de regarder sans cesse dans le rétroviseur ; d’autant qu’ici, avec sept décennies d’amitié, il y a réellement matière ! Les dialogues sont très imagés et donnent davantage de relief aux différentes personnalités. Le scénariste puise pour beaucoup dans le vocabulaire argotique ; il n’est pas une page qui passe sans que l’on profite d’une expression fleurie et d’une métaphore explicite. Cela accroît le charme de ces vieux.

Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014
Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Le dessin de Paul Cauuet ne cherche pas à épargner les protagonistes. Nerveux, fluide, il illustre de façon amusée les ventres bedonnants qu’un pantalon recouvre jusqu’au-dessus du nombril. Avec générosité, il s’arrête sur de larges sourires édentés, griffe avec humour les trognes parfois renfrognées de ces papis à qui on ne la raconte plus depuis longtemps. Et cette jeune femme – embarquée un peu malgré elle dans cette escapade – vient apporter un supplément de fraicheur à cette troupe atypique ; la rondeur de son ventre fécond ne sera en aucun cas un frein au projet déjanté des anciens. Quoiqu’il en soit, ces rides, ces nez poilus, tous ces petits défauts inesthétiques sont ici travaillés avec beaucoup de tendresse par l’auteur. Habitué au registre fantastique et totalement fictif, Paul Cauuet illustre pour la première fois un univers réaliste… et c’est une réussite.

PictoOKPictoOK Une comédie sociale déjantée.

Le premier tome des Vieux fourneaux nous apporte une histoire complète (présentation des personnages, intrigue et dénouement). On embarque facilement dans ce road-trip prenant dont le second tome est déjà annoncé pour la rentrée (octobre 2014) ! Cette série originale s’annonce prometteuse.

Les chroniques de Jérôme, Noukette, Pierre Darracq, Moka et la pétillante dame du Petit Carré Jaune ! Sans compter la très belle synthèse de kbd (regroupant les avis de Lunch, Yvan, Badelel et Legof).

Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Prix des libraires 2014 et Prix du Public Cultura (Angoulême 2015)

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Les vieux fourneaux

Tome 1 : Ceux qui restent

Série en cours

Editeur : Dargaud

Dessinateur : Paul CAUUET

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : avril 2014

ISBN : 978-2-5050-1993-0

Bulles bulles bulles…

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Les vieux fourneaux, tome 1 – Lupano – Cauuet © Dargaud – 2014

Ma Révérence (Lupano & Rodguen)

Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013
Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013

Cette révérence, c’est celle de Vincent. Il a la trentaine et il a déjà mis sa vie dans une belle impasse. Issu d’une famille modeste, il n’a pourtant manqué de rien, pas même les révélations posthumes de sa grand-mère sur ce qu’elle a eu à endurer. Je n’en connais pas une qui lui envierait sa vie et son mari. Quant à Vincent, son parcours se résume à bien peu de choses. Après une adolescence insignifiante de banalités, il hérite de sa grand-mère paternelle. Il utilise cet argent pour voyager et découvrir l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ? Ça, il ne le comprendra que plus tard.

Sauf que là-bas, il rencontre Rana, l’amour de sa vie. Mais comme beaucoup d’hommes, l’idée de s’installer en couple finit par l’angoisser. Il prend la fuite, rentre en France où il noie ses pensées dans toutes les substances qui passent à sa portée. Il est tellement défoncé que la question du travail en est secondaire. Il squatte où il peut. Et puis c’est l’overdose. Intervention du SAMU et placement forcé en psychiatrie. Contraint à un sevrage forcé, il sort de sa vie de débauche par la petite porte, revient un temps chez ses parents avant d’enchaîner les petits boulots qui lui permettent de louer une piaule. Mais son cœur est resté en Afrique mais pour y retourner, il a besoin d’argent. Une rencontre fortuite avec un convoyeur de fonds va faire naître l’idée qu’un casse pourrait l’aider à résoudre ses problèmes.

Pour se faire, il s’associe avec Gaby, un looser qui traine sa carcasse depuis 50 ans sans en avoir fait grand-chose non plus. Santiags aux pieds, banane défraichie sur la tête et « Gabrielle » de Johnny en guise de sonnerie de téléphone, Gaby est un pur et dur, un parasite, alcoolique et raciste de surcroît.

Maintenant que vous avez une petite idée de l’histoire, laissez-moi vous expliquer pourquoi on accroche aussi bien avec les personnages. Déjà, il faut noter que Wilfrid Lupano parvient très rapidement à coincer le lecteur dans un tête-à-tête avec le personnage principal. Ce dernier, sur le chemin du repentir, est enclin à la confidence mais il la fait à sa manière, un brin éparpillée… En fait, il ne sait pas trop par où commencer. Alors il commence à raconter plein de choses avec un œil assez lucide finalement sur son parcours. Et puis après quelques pages d’explications, et alors que le lecteur a déjà l’œil et l’oreille aux aguets, c’est le couperet. « Mais ça, on y reviendra » comme il dit. Alors forcément, on a envie de savoir la suite. Tourner la page. Continuer à l’écouter pour comprendre. Accéder à « cette suite » tant promise.

Dans un premier temps, c’est donc un scénario qui choisit de nous livrer des morceaux de choix sur la vie de cet homme. Progressivement, on le cerne. Inconsciemment, on l’adopte ! Et puis il y a ce Gaby, personnage haut en couleurs. Le genre d’anti-héros qu’on a déjà croisé, que ce soit au cinéma, dans la littérature ou en BD. Sauf qu’ici, l’énergumène a cette particularité c’est qu’on ne nous le présente pas de manière frontale mais par le biais du regard de Vincent, le narrateur. Donc le lecteur voit autre chose que l’image du beauf dans toute sa splendeur puisque le narrateur n’est pas avare et explique, à chaque anecdote sur Gaby, tout ce qu’il voit dans cet homme. On a donc toute la charge affective qui vient donner de la rondeur à l’image du rockeur. Avec une pointe de cynisme, beaucoup d’humour et de tendresse, le personnage principal va nous aider à décoder son acolyte que progressivement on va cerner… et adopter !

Drôle de duo en tout cas mais regroupant des personnalités parfaitement complémentaires. Et puis le rythme de l’intrigue s’appuie sur l’idée tacite que leur projet fonce à 200 à l’heure dans une impasse. On les voit déjà en taule alors qu’on ne les a même pas vus à l’œuvre ! Charge à eux de nous surprendre et en cela, le scénario de Lupano a de la ressource. Qu’on me dise que tout cela est bien convenu, je me charge de balayer ces arguments.

A l’instar du duo fictif, le duo Lupano – Rodguen est détonnant. Le dessinateur illustre la farce avec une facilité étonnante. Le coup de crayon est juste, fluide, expressif. C’est un régal. On les voit bouger, on remplit inconsciemment l’espace laissé entre chaque case par tout ce qu’on imagine pour permettre à l’action de se faire en continu (gestes, odeurs, bruits…). Bref, le lecteur est comme au cinéma. On est le troisième protagoniste. Avec Vincent et Gaby, on est un trio. C’est chouette cette sensation quand on la ressent pendant une lecture.

PictoOKPictoOKIl n’y a donc plus qu’à se laisser aller. Finalement, et malgré tous ses échecs, Vincent semble être serein quant à la réussite de son affaire… alors si c’est une histoire qui roule, il n’y a plus qu’à se laisser porter, à leur emboiter le pas et ma foi… on n’est pas déçu par le voyage.

Un album à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait !

Les chroniques de Noukette, Joëlle, Jérôme, Cristie, Sandrine, Mango, Stephie et Moka.

Du côté des Challenges :

Roaarrr Challenge : Fauve – Prix Polar 2014

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Ma révérence

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Machination

Dessinateur : RODGUEN

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-7560-4153-7

Bulles bulles bulles…

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Ma révérence – Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013