Sixtine, tome 3 (Maupomé & Soleilhac)

Maupomé – Soleilhac © Editions de La Gouttière – 2020

Sixtine est orpheline. Adolescente intrépide, elle a grandi sous le regard aimant de de sa mère. Toutes deux vivent modestement. Au décès de son père, les grands-parents paternels de Sixtine ont définitivement tourné le dos à leur belle-fille. D’ailleurs, ils n’avaient jamais accepté que leur fils se marie avec une femme de si modeste condition.

Depuis toute petite, Sixtine ne passe pas un jour sans Igor le Muet, Tranche-trogne et Archembeau, trois pirates fantômes. Ce sont ses amis, ses confidents et ses compagnons de jeu. Ils l’ont initiée à l’art du combat au sabre, à celui de l’esquive, de l’habileté et… de la répartie. Ces derniers temps pourtant, Sixtine se pose des questions et elle ne sait pas trop où trouver ses réponses. Les pirates sont de bons vivants mais qu’en savent-ils eux… sur son père par exemple ?

Oui, depuis quelques temps, le regard de Sixtine sur son environnement change. Cela a commencé il y a quelques mois, quand sa mère et elle – croulant sous les dettes – furent menacées d’expulsion. Voulant à tout pris aider sa mère à trouver une solution, Sixtine cherche à entrer en lien avec les parents de son père. Son initiative se solde par un échec. Pour Sixtine, il n’y a plus qu’une seule chose à faire : voler un trésor aztèque précieusement conservé dans un musée et le revendre ensuite ; le prix qu’elle devrait en tirer couvrira amplement les créances. Elle parvient effectivement à dérober le trésor mais Sixtine n’a d’autre choix que de l’enterrer dans un endroit sûr en attendant que les choses s’apaisent. Car depuis cette aventure, Sixtine est témoin d’étranges événements qui bousculent sa vie. De terrifiantes créatures rodent dans son sillage et la menacent.

Et comme la vie a toujours son lot de belles surprises, et comme pour atténuer toute cette tension, Sixtine découvre qu’un mystérieux ange gardien agit dans l’ombre et veille à la protéger.

J’ai embarqué dans l’univers de Sixtine en juin 2016 et vous ai brièvement parlé du premier tome de la série au moment de sa sortie en octobre 2017. Pour d’obscures raisons [je prendrai peut-être le temps de vous expliquer ça bientôt], le second tome de Sixtine n’est jamais arrivé jusqu’au Bar à BD [même s’il est arrivé chez moi et qu’il a été dévoré comme le précédent].

Sixtine, cela parle de l’adolescence en premier lieu. De ce moment si particulier de la vie où un individu quitte douloureusement le monde de l’enfance (avec tout ce que cela implique au niveau de l’imaginaire, des centres d’intérêt qui changent, de son rapport à l’autre qui se modifie, de son corps qui se transforme…) pour entrer doucement, pas à pas, dans le monde des adultes.

Sixtine, cela parle aussi d’identité. De ce que c’est que d’être orphelin et de ce que cela implique sur ce que l’on ne sait pas (ou de ce que l’on sait par la bouche des autres) sur la personnalité d’un parent que l’on n’a pas eu l’occasion de connaître. Lui ressemble-t-on ? A-t-on les mêmes tics ? Le même accent ? Les mêmes goûts musicaux ? Le(s) même(s) don(s) ?…

Sixtine, c’est aussi la chaleur d’une famille même si celle-ci est réduite à presque rien, à la bulle qu’une mère et sa fille ont créé et qu’elles parviennent à entretenir. Puis de la famille en général : cette manière de s’appuyer les uns sur les autres, de s’épauler… de s’opposer quand il y a désaccords. De se réconcilier ensuite.

Sixtine, c’est aussi la question du rejet. Du pourquoi certains se retrouvent amputés d’un pan de leur famille alors que la cassure s’est opérée avant même qu’ils puissent avoir voix au chapitre… ou parce que leur voix ne compte pas, comme s’ils étaient muets… ou parce que les adultes – trop affairés pour les écouter – ne tiennent pas compte de leur opinion.

Sixtine, c’est enfin une histoire d’amitiés. Parce qu’il y a la famille de sang dans laquelle on grandit… mais il y a aussi et surtout la famille qu’on se crée avec certains amis.

Parce qu’entre un adulte et un enfant, ces sujets que je viens de lister sont trop souvent abordés avec retenue. Il est plus simple de parler du doigt qu’on se met dans le nez plutôt que du parent qui n’a jamais été présent dans la cellule familiale. Difficile d’en parler spontanément, de façon décontractée. Et quand (enfin) la discussion est engagée, les premiers mots échangés donnent (souvent) l’impression qu’on vient de mettre les deux pieds sur une planche savonneuse… On y va maladroitement… D’autant qu’il est difficile d’aborder ces sujets parce qu’ils font (aussi) naitre des questions [compliquées] dans la tête de nos enfants… et que l’on sait d’avance qu’on n’aura pas de réponse (cohérente/intelligente/rassurante) à apporter. Frédéric Maupomé pourtant nous livre des pépites comme Sixtine, SuperS et Anuki qui sont de réels leviers à tous ces sujets compliqués. Pêle-mêle, Anuki (pour les pitchouns de 3-4 ans), SuperS et Sixtine (pour les plus grands dès 8 ans) abordent avec humour et finesse des sujets comme l’identité, l’amitié, les migrants, le deuil, l’environnement, le racisme… j’en passe.

Des ouvrages jeunesse qui sont donc de remarquables supports intermédiaires pour lancer la conversation. Pour un adulte, c’est un régal ; les métaphores contenues dans ces histoires sont un magnifique plongeoir pour faire enfin le grand saut. Plouf ! Du côté de l’enfant, ces séries [bien sûr, il y en aurait d’autres mais déjà, il y a une vraie richesse dans celles écrites par Fred] permettent au jeune lecteur de continuer à nourrir sa réflexion à bas bruit jusqu’au jour où il constate qu’il/elle a à peu près cerné ce qui le/la gêne et se sent prêt à questionner ses/ses parent(s).

Le scénario de Sixtine est ciselé. Il déplie dans un même mouvement un sujet sérieux et un élément plus ludique. Le message passe parfaitement, sans donner l’impression qu’un adulte fait une leçon de morale. Le scénario est parfaitement accessible à son lectorat et sans recourir à un vocabulaire générationnel saturé de termes « à la mode » , influencés par les médias sociaux existant, les séries du moment ou les peoples qui font le buzz. Frédéric Maupomé a créé un univers que des lecteurs de tous les âges vont visiter, investir et apprécier.

Après, si Sixtine plait autant, c’est aussi (surtout ? 😛 ) grâce au travail d’Aude Soleilhac qui a su trouver les couleurs, les trognes et la dynamique visuelle qui convenaient. Son trait ludique, joyeux et plein de mouvements se montre tout à fait capable de tenir sur ses fortes épaules ce scénario aussi solide. Quand le propos est grave ou que la scène est pleine de tension, le trait de l’artiste fait passer ce moment de tension comme une lettre à la Poste… c’est un album jeunesse ne l’oublions pas, il ne s’agit pas d’effrayer les foules non plus.

Bref, Sixtine, c’est l’alchimie entre un personnage et son univers. Entre un scénario et ses illustrations. Entre la série et ses lecteurs. Je kiffe… et mes gamins encore plus.

Sixtine / Tome 3 : Le Salut du Pirate

Editeur : Editions de La Gouttière

Dessinateur : Aude SOLEILHAC / Scénariste : Frédéric MAUPOME

Dépôt légal : janvier 2020 / 80 pages / 13,70 euros

ISBN : 979-10-92111-98-9

Anuki, tome 9 (Maupomé & Sénégas)

Petite chronique pour ce neuvième tome d’Anuki…

Maupomé – Sénégas © Editions de La Gouttière – 2019

C’est l’été. Le temps de l’insouciance. Anuki est avec ses amis, au bord de l’eau. Au programme, de joyeux sauts au milieu des éclats de rire. Pendant que les enfants s’en donnent à cœur-joie, un sanglier et un putois tentent de se désaltérer au bord de l’eau. L’instant est comme suspendu, les amis sont légers lorsqu’ils rentrent au camp. Loin de se soucier qu’un terrible incendie est en train de dévorer la forêt.

Lorsque les fumées se dissipent, c’est un paysage ravagé qui apparaît. Au milieu des arbres calcinés, c’est toute une famille d’une tribu étrangère qui se présente au seuil de leur campement. Le feu les a contraints à quitter leurs terres.

Au rythme d’un album par an depuis neuf années, l’univers d’Anuki poursuit son bonhomme de chemin. Si l’amitié et l’entraide sont au cœur de chacun des tomes de la série, chaque album apporte sa pierre à l’édifice et sensibilise le jeune lecteur à un sujet d’actualité. Cette fois il est question de migrants et de l’accueil qui leur est réservé. Des individus qui ont tout perdu, qui n’ont eu d’autres choix que de fuir et de livrer leur survie au destin et aux hasards des rencontres. L’exil. Le contact avec une autre langue, une autre culture, une autre terre. Autant de différences qui ravivent les jalousies et la méfiance. Frédéric Maupomé traite de ce sujet avec toute la pudeur nécessaire. Cela rend l’histoire bienveillante et surtout accessible à son lectorat. Aborder la question des migrants pour des petites têtes blondes de 4-5 ans, cela implique tout de même une certaine finesse et une grosse dose de talent !

Les autres ingrédients qui font le sel de la série sont présents : péripéties, courses poursuites effrénées, quelques jalousies enfantines, beaucoup d’entraide, de l’humour… tout y est. Stéphane Sénégas illustre le tout d’un trait vif. Les trognes des gamins sont impayables, l’absence de textes n’est pas un frein à la compréhension de l’histoire car elle est largement compensée par la qualité du graphisme. Beaucoup de dynamisme et un découpage des planches qui se met au service de l’histoire. Les cases s’agrandissent et rétrécissent au gré des pages… tout est bon pour éviter que le récit ne s’appesantisse trop et que la lecture reste ludique.

Un album amusant et un bon support intermédiaire pour parler des migrants avec son enfant.

Album muet, à partir de 4 ans.

En fouillant le site, vous trouverez les précédents tomes de la série (excepté le tome 8 !).

 Anuki, tome 9 : L'Eau et le Feu (série en cours)
Editeur : Editions de La Gouttière
Dessinateur : Stéphane SENEGAS / Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : septembre 2019 / 40 pages / 10,70 euros
ISBN : 978-2-35796-002-2

Anuki, tome 7 (Maupomé & Sénégas)

Maupomé – Sénégas © Editions de la Gouttière – 2017

Il n’est pas simple de se repérer sur ce sentier ! Anuki peste et râle tout ce qu’il peu. Parti explorer la forêt avec Nuna, voilà notre petit indien pris à son propre jeu.
Mais voilà qu’Anuki à force de pester décide de s’asseoir pendant que son amie réfléchis sur la direction à prendre. Malheur à lui ! Car le voilà qui pose ses fesses sur un hérisson et ce dernier n’est pas d’humeur à se laisser faire. Anuki détale au quatrième galop, emportant dans sa course son amie Nuna. Ils roulent jusqu’en bas d’un talus, rebondissent… et atterrissent au pied d’un arbre majestueux. Joie ! Les voilà qui ont trouvé l’endroit idéal pour procrastiner, jouer, construire une cabane, regarder l’horizon… !!! Mais un polatouche avait trouvé ce havre de paix avant eux et il ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée des deux marmots.

Je doute qu’il soit encore nécessaire de présenter Anuki ! Ce petit indien espiègle et imaginatif nous amuse depuis quelques années déjà. Le mois dernier, il est revenu à l’occasion de la sortie du septième album de la série.

Toujours frais, drôle, pétillant, Anuki réveille le lecteur endormi et lui donne envie d’aller faire les quatre cent coups en pleine nature. Un album muet accessible dès le plus jeune âge, « Anuki » c’est une série d’aventures ludiques qui met de bonne humeur. Les enfants se tordent de rire pendant la lecture, les adultes ne sont pas mécontents même s’ils sont moins expansifs…

D’album en album, aucune pointe de lassitude à lire ou à relire Anuki. De son côté le duo Frédéric Maupomé (scénario) et Stéphane Sénégas (dessin) semblent continuer à se régaler et à faire tourner expositions et spectacles autour de cet univers. Au menu : des trognes sympathiques, des cascades imprévues et des coups de sang qui virent au fou rire.

A voir & à lire, je doute que le voyage vous déplaise !

A partir de 4 ans.

Les autres albums de la série sont sur le blog. Allez donc faire un tour du côté de la biblio-jeunesse pour y trouver votre bonheur 😉

Anuki

Tome 7 : L’Arbre de vie
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Stéphane SENEGAS
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : septembre 2017
36 pages, 10.70 euros, ISBN : 979-10-92111-62-0

Bulles bulles bulles…

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Anuki, tome 7 – Maupomé – Sénégas © Editions de la Gouttière – 2017

Sixtine, tome 1 (Maupomé & Soleilhac)

Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Il y a un peu plus d’un an, je vous présentais Sixtine. Voilà ce que j’en disais :

« Depuis que son père est décédé lorsqu’elle avait cinq ans, Sixtine vit seule avec sa mère. Cette dernière cumule les petits boulots pour faire face au quotidien mais les dettes s’accumulent dangereusement. D’ailleurs, un avis d’expulsion vient d’être remis à la mère de Sixtine.
Sixtine est une adolescente espiègle. A l’école, Sixtine peut compter sur Martin et Sophie, ses amis d’enfance. Mais Sixtine a un secret. Le jour où sa mère a disséminé les cendres de son père sur la plage, elle a rencontré Igor le Muet, Tranche-trogne et Archembeau. Depuis, ils sont inséparables. Avec eux, elle fait les quatre cents coups et ces derniers lui apprennent tout ce qu’ils savent, à commencer par le code d’honneur des pirates. Car les trois lascars ont écumé les mers et pillés des navires. Mais c’était il y a longtemps et aujourd’hui, ces fantômes se sont pris d’affection pour Sixtine et partagent sa vie » (extrait de mon premier article de Sixtine).

Oui… parce que sur ce coup-là, j’ai eu l’honneur d’être dans le secret des dieux. Des dieux bien nommés (et qui vont m’en vouloir de les qualifier ainsi 😛 ) puisqu’il s’agit de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac. Une belle aventure que j’aurais aimé pouvoir partager davantage avec vous mais il y a toujours ce fichu mauvais temps libre qui nous file entre les pattes…

Sixtine enfant

« Sixtine » c’est avant tout une histoire d’amitié que l’héroïne tisse avec ses camarades d’école et avec trois drôles d’énergumènes qui sont en réalité des fantômes. Depuis que Sixtine les a rencontrés sur une place lorsqu’elle était enfant, il ne se passe pas un jour sans qu’elle ne les voit. Elle se confie à eux, grandit à leurs côtés et se forge une personnalité pour le moins étonnante. Elle tire sa force de cette amitié, une confiance en elle et en ses convictions qu’elle n’a à envier à personne. Dans cette nouvelle série, on retrouve des thèmes chers à Frédéric Maupomé : l’amitié, l’enfance, l’aventure, l’intégrité. De nouveau, la question du trio : le trio des fantômes, celui que Sixtine a construit avec Martin et Sophie (dans d’autres albums, il y a celui de SuperS aussi avec la fratrie de Mat, Benji et Lili, ou bien encore celui d’Anuki). Des trios qui permettent aux dialogues de fuser, aux idées de jaillir et au scénario de rebondir en permanence.

La place de l’adulte aussi ; elle se décline différemment dans ces séries. Pour Sixtine, qui est orpheline de père, le lien à la mère est sa bouée, son phare. Pour que sa maman ne s’inquiète pas, Sixtine se montre forte et si elle garde le cap, c’est en partie dû à la présence des trois flibustiers ; ils lui ont appris bien plus qu’un vocabulaire pour le moins poussiéreux. Le fait que Sixtine soit la seule à les voir donne lieu à des scènes cocasses et entraîne la jeune fille dans des aventures rocambolesques.

« Sixtine » fut aussi l’occasion de découvrir le talent d’Aude Soleilhac. Un dessin doux, fluide, expressif qui illustre avec beaucoup de douceur cet univers mi-réaliste mi-fantastique. Elle accompagne Sixtine dans cette période si particulière où l’on se bien que sa vie va prendre un tournant décisif. La dessinatrice marque avec justesse les coups durs et les instants chargés d’émotion. Elle met en valeur les traits de caractère de l’héroïne, pointe avec pudeur ce qui la fragilise, une question d’identité, de filiation… Sixtine ne sait rien de son père et toutes les questions qu’elle a le concernant, et qui restent sans réponse, la mettent à mal.

Pour toutes ces raisons (et bien plus encore !), j’aimerais vraiment que vous découvriez Sixtine. Je vous garantis que cette série jeunesse vous réserve bien des surprises ! 😉

Sixtine est sur ce blog depuis 2016 !

Un album que je partage à l’occasion de « La BD de la semaine » qui se donne aujourd’hui rendez-vous chez Moka !

Sixtine

Tome 1 : L’Or des Aztèques
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : Aude SOLEILHAC
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : septembre 2017
80 pages, 13.70 euros, ISBN : 979-10-92111-54-5

Bulles bulles bulles…

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Sixtine, tome 1 – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

SuperS, tome 3 (Maupomé & Dawid)

Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Les policiers continuent de piétiner dans leur enquête. Mais qui sont donc ces trois supers-héros qui viennent au secours de la veuve et de l’orphelin. D’autant que ces mystérieux alliés leurs ont livré, sur un plateau, un pyromane qui sévissait depuis quelques temps dans la ville. Sauf que lors de son interrogatoire, le pyromane a donné de précieux renseignements sur le profil de des trois super-héros qui l’ont pris la main dans le sac : il s’agit d’enfants.
Autour de Benji, Lili et Mat, l’étau se resserre. Vont-ils parvenir à garder l’anonymat ? Et l’enquête de l’assistante sociale ne va-t-elle pas conduire au fait qu’ils vont être placés ? Y a-t-il une autre solution qu la fuite ?
Dans leur cavale, ils vont pourtant trouver des alliés inattendus.

L’année 2015 était pour nous l’occasion de découvrir le premier tome de la série Supers. L’intrigue principale s’intéresse à trois enfants orphelins puis, en tournant les pages, on apprend qu’ils sont nés sur une autre planète. Un peu comme Superman, leurs parents les ont mis à l’abri sur notre planète et ils ont des super-pouvoirs ; ils peuvent voler, hypnotiser, porter des charges très lourdes… C’est leur secret et il est parfois lourd à porter. La journée, ils vont à l’école comme les autres enfants. Une fois chez eux, c’est Mat, le grand frère âgé de 13 ans, qui s’assure que les devoirs sont faits et que personne ne se couche trop tard. Mat veille au grain et est secondé par Al. Ce dernier est une nounou un peu particulière puisque c’est un robot qui les aide à grandir, à s’organiser, à entretenir la maison…

Le scénario imaginé par Frédéric Maupomé se construit donc autour de ces trois orphelins. Chaque tome nous permet de rentrer un peu plus dans le vif du sujet et de prendre conscience, en douceur, du fait que ce n’est pas toujours simple de vivre sans adulte. Bien sûr, pour l’enfant qui lit la série, il y a quelque chose de fascinant dans le postulat de départ. Il voit des enfants complètement autonomes. Leur situation a quelque chose de fantaisiste, de bricolé, un peu comme ces raviolis qui composent l’essentiel de leur alimentation.

Ces enfants imaginaires ont aussi beaucoup de point commun avec leurs lecteurs. Pour bien grandir et s’intégrer, ils font exactement la même chose : ils vont à l’école et font leurs devoirs, ils se couchent tôt, ils doivent respecter des règles, ils ont des amis. Petite touche de réalité supplémentaire : les relations entre les trois enfants sont plutôt bonnes malgré quelques désaccords ponctuels… des rivalités et des petites tensions qu’on retrouve dans toutes les fratries. Bien sûr, ce qui nous en met plein les yeux est à n’en pas douter le fait que les trois héros aient des pouvoirs surnaturels. De fait, on baigne entre un quotidien qui nous est familier et le monde des supers-héros où des gens seraient capables de voler ! Et c’est encore plus fascinant quand les super-pouvoirs sont utilisés pour faire le bien !

Tout est sans cesse sur un fil dans le scénario et cela donne l’impression que cette histoire est une aventure permanente, où chaque jour passé est une petite victoire en soi. Le jour, Mat (l’aîné) s’assure que le secret est bien gardé et la nuit, il prend la tête des opérations quand les enfants partent détrousser les délinquants, voleurs et autres tordus qui peuvent circuler en liberté.

Depuis le début, la série nous emmène dans son rythme d’autant que les illustrations de Dawid sont un petit voyage à elles seules. Des couleurs chaudes qu’il utilise pour certaines scènes aux teintes plus sombres qui nous font ressentir le froid mordant des nuits d’hiver, on est aux premières loges à chaque instant. Le dessin vit, les personnages s’animent sous nos yeux. Dans cet univers hyper réaliste, on se met à croire à quelque chose d’incroyable.

Un régal. A ce stade de la série, ce tome est plus posé et plus sombre que les autres. C’est aussi mon préféré. On est entré au cœur de cette famille atypique et passé le côté fascinant que peut avoir leur vie, on rentre dans le vif du sujet et on se rend compte que tout n’est pas si simple qu’il n’y paraît. J’aime beaucoup les questions soulevées par cette histoire.

Ma chronique du tome 1 et celle du tome 2.

SuperS

Tome 3 : Home Sweet Home
Série en cours
Editeur : La Gouttière
Dessinateur : DAWID
Scénariste : Frédéric MAUPOME
Dépôt légal : août 2017
112 pages, 18 euros, ISBN : 979-10-92111-53-8

Bulles bulles bulles…

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SuperS, tome 3 – Maupomé – Dawid © La Gouttière – 2017

Sixtine #3

Après moult péripéties, il était grand temps de vous parler de nouveau de Sixtine !

Je ne vous ai rien dit la concernant depuis bien trop longtemps et l’heure est venue de vous donner de ses nouvelles. Dans mon dernier article, vous aviez eu l’occasion de découvrir les grandes lignes de l’univers. Je vous avais alors proposé de consacrer un article à Sixtine afin que vous puissiez faire la connaissance de l’héroïne de la série. On va donc profiter de cet article pour entrer un peu plus loin dans les coulisses de ce projet et parler du travail de collaboration entre Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac.

Comment ce personnage a évolué dans les différents travaux, trouvé sa silhouette, une gestuelle qui lui est propre ? Comment ses traits de caractères se sont peu à peu imposés aux auteurs, comme une évidence ? Comment « Sixtine » a trouvé son rythme, le ton adéquat pour le récit… un crédo en quelque sorte qui rend l’univers original ?

Place au travail de création.

L’idée de cette série a germé dans l’esprit de Frédéric Maupomé après avoir vu une série de dessins réalisés par Cécile (je vous invite réellement à vous rafraîchir la mémoire en relisant l’article Sixtine #2), les éléments qui ont par la suite enrichit l’univers viennent d’autres référence. Il y eu cette envie de créer un personnage qui soit un mélange de Sophie et de Fido (fans de la série « Inspecteur Gadget », j’en appelle à vos souvenirs) ? Alors oui, Sixtine avait une personnalité qui se dessinait déjà lorsque le projet – entièrement écrit en dialogues – arrive sur la table à dessin d’Aude Soleilhac. En revanche, Frédéric n’a rien dit à Aude – excepté pour Sophie (l’amie de Sixtine) pour laquelle la consigne était que le personnage devait obligatoirement être une jeune fille caribéenne (élément qui devrait servir dans les tomes à venir) – concernant le physique des personnages. La dessinatrice a ainsi eu tout loisir d’inventer et de les construire en fonction de son propre ressenti.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Si la trame de l’histoire narrative était déjà construite, il restait cependant à trouver le bon compromis graphique pour installer certaines précisions (émotions ressenties par les personnages, trouver les bonnes expressions pour que, d’un coup d’œil, le lecteur comprenne qu’il est face à une scène comique ou qu’au contraire, il est à un moment crucial de l’histoire et que la suite de l’aventure va dépendre du dénouement d’une scène ou d’un choix fait par tel ou tel protagoniste…).

Sixtine est donc « née » une première fois dans l’imagination du scénariste et ses traits de caractères se sont précisés lorsqu’il a couché par écrit les premiers dialogues de cette fiction. L’illustratrice peut ensuite corroborer certaines orientations. En ayant une liberté de création totale, Aude Soleilhac a ainsi apporté les compléments nécessaires au travail du scénariste. De la silhouette de Sixtine à l’ambiance de cet univers en passant aussi par un choix d’appliquer telle ou telle structuration à ses planches, elle a eu une influence importance sur la dynamique de cette histoire, sur la vitesse de lecture qu’on va choisir, sur le moment où – inconsciemment – on va s’attendrir face à la réaction d’un personnage où sur le moment précis où on va sourire ou encore être en alerte face à un danger imminent. Son dessin, ses couleurs et la taille de ses vignettes sont nos antennes.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine va donc « naître » une seconde fois sous le crayon de l’illustratrice. Il s’agit pour elle d’organiser des idées, d’attraper son ressenti, de préciser une forme puis, crayon en main, d’assembler ces éléments et d’en faire un univers graphique cohérent. Frédéric en construit l’ossature et donne les premiers repères. Aude le complète, l’enrichit et y apporte des détails nouveaux qui lui donneront de la rondeur.

« (…) pour chacun des personnages, je suis allée puisée dans mes expériences d’adolescence, le côté geek de Martin, le côté bonne élève sérieuse de Sophie, ses rondeurs nouvelles dues à l’adolescence, et le côté androgyne de Sixtine, en dehors des cases de la société »

(propos d’Aude Soleilhac)

Créer un personnage, l’investir à tour de rôle, ne jamais cesser de l’enrichir et surtout, confronter des regards sur un univers et ses personnages… voilà autant d’atouts qui vont permettre aux auteurs de s’appuyer sur une réelle interaction, un échange régulier entre scénariste et dessinateur qui permet de construite progressivement un univers dans lequel le lecteur trouvera sa place. Une place qu’il aura envie de retrouver plus tard lors de la sortie des albums à venir.

Lorsque le scénario a commencé à prendre forme, Sixtine était avant tout définie par des traits de caractère : déterminée, franche, futée, casse-cou, cancre et sportive. Un personnage qui est entier, qui s’appuie sur de rares amitiés mais des amitiés réelles, fortes. Lorsque Aude s’en saisit et commence à explorer cet univers, premiers croquis, la silhouette de Sixtine apparaît, son look vestimentaire se précise, sa gestuelle s’affirme progressivement. Sixtine ressemble un peu à Vincent (« Histoire de poireaux, de vélos, d’amour et autres phénomènes… ») sur certains traits de caractères. Aude poursuit : élancée, l’adolescente sera aussi androgyne, « passe-partout » avec son look vestimentaire en dehors des canons de la mode.

Sixtine – Maupomé – Soleilhac © La Gouttière – 2017

Sixtine a donc été investie à deux reprises par deux auteurs qui tous l’ont perçue de manière aussi différente que complémentaire. C’est un univers qui leur échappe donc en partie puisque tout au long de ce travail de création, les échanges ont permis de préciser un point de vue ou l’importance d’un détail (tic d’expression, attitude corporelle, sens de la répartie…). Le résultat les surprend tous les deux, comme un univers où ils ont injecté une part d’eux-mêmes mais qui est indépendant. Il y a aussi cette envie commune aux deux auteurs de partager des valeurs communes (un certain regard sur la société). Le sujet de la tolérance et celui du respect de la différence seront présents en toile de fond dans cet univers.

Une complémentarité réelle dans le travail dont sort des personnages avec une âme, un charisme.

Le prochain article sera l’occasion de vous montrer les différentes étapes du processus de création de cet album à paraître (septembre 2017).

Pour aller plus loin :