La Revue Dessinée, numéro 2 (Collectif)

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Second numéro de La Revue dessinée, une initiative que l’on doit à cinq auteurs et un journaliste (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Kris, Virginie Ollagnier et David Servenay). Grâce à leur impulsion, d’autres artistes se sont mobilisés sous ce leitmotiv :

« Parce qu’ils constatent la paupérisation des auteurs de bande dessinée, ils décident que La Revue Dessinée permettra aux auteurs de prépublier leurs travaux, avant de les proposer aux éditeurs classiques. Il faut le dire, les cofondateurs sont d’abord des créateurs qui veulent redonner de la valeur à leur métier ».

J’avais déjà partagé avec vous mon engouement pour le premier numéro de LRD. Mécontente de la manière que j’avais employée pour vous transmettre la richesse de ce magazine, je récidive et vous présente aujourd’hui le second numéro que vous pouvez trouver dans toutes les bonnes librairies depuis le mois de décembre (ou sur tablette puisque LRD sort simultanément en version papier et en version numérique). Chaque trimestre, le lecteur a ainsi l’opportunité d’accéder à une douzaine de reportages et de documentaires qui s’intéressent aux différents sujets d’actualité. Ils sont réalisés par des duos d’auteurs improbables composés de journalistes et d’auteurs BD ; pour exemple, dans ce numéro ont collaboré David Servenay & Alain Kokor, Jean-Marc Manach & Nicoby ou encore Sylvain Lapoix & Daniel Blancou. Tous se sont rassemblés pour enrichir davantage encore les travaux déjà édités dans le domaine de la BD reportage. Certains reportages s’étalent sur plusieurs numéros, à l’instar du travail réalisé par Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes ou celui de Sylvain Lapoix sur les gaz de schiste.

Les reportages et les documentaires

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
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Un VRP en guerre (David Servenay & Alain Kokor) revient sur le parcours atypique de Jacques Monsieur aujourd’hui âgé de 59 ans. David Servenay s’intéresse à ce célèbre trafiquant d’armes belge depuis plus de dix ans et avait eu l’occasion de l’interviewer en 2004. A l’occasion de la publication de ce reportage, le scénariste explique : « j’ai donc remis de nombreux éléments à Alain Kokor, qui a donné une interprétation aussi libre qu’imaginative du parcours du trafiquant d’armes, tout en respectant à la lettre le ʽʽfactuelʼʼ de ce destin hors norme ». En plus de l’intérêt que l’on accorde aux dires des auteurs durant la lecture, le résultat est plaisant à voir. Baignant dans les ambiances de Kokor, on navigue dans un récit intemporel où la réalité fait bon ménage avec les métaphores visuelles. Les propos sont cinglants du fait que le cynisme du personnage envahit le moindre recoin de page. Un homme sans scrupule qui joue avec des vies humaines comme il jouerait aux billes. Un reportage sur un homme amoral dont le business impacte fortement les marchés pétroliers… et fait donc la pluie et le beau temps sur les forces politiques internationales.

« Achat. Vente. De loin, cela ressemble à n’importe quel deal. Comme la guerre sur le terrain ressemble à n’importe quelle autre guerre ».

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
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Dans les pas des soigneurs, la suite et fin du reportage de Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes. L’auteure s’intéresse cette fois au personnel du zoo. J’avais apprécié le ton décalé que Marion Montaigne utilise dans le premier volet de son reportage. Pourtant ici, j’ai survolé la lecture d’un œil distrait, lui trouvant des longueurs malgré la brièveté du documentaire (une quinzaine de pages). C’est de loin la contribution que j’ai le moins apprécié dans ce deuxième numéro.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
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Les écoutes made in France – Amesys en Libye (Jean-Marc Manach & Nicoby). En 2010, Jean-Marc Manach reçoit un message anonyme d’une « gorge profonde » (nom utilisé par les journalistes pour désigner leur informateur. D’abord sceptique, Manach décide cependant de vérifier cette information qui « indique que Bull ne fait pas que protéger la vie privée, mais qu’elle aurait aussi vendu un système de surveillance de l’Internet à Kadhafi ». Ses recherches l’amènent à enquêter sur AMESYS, une P.M.E. rachetée par Bull en 2010 ; Amesys aurait créé un système de surveillance massive d’internet (appelé « Eagle ») à la demande du gouvernement libyen. C’est finalement grâce au Printemps arabe (voir également l’ouvrage de Pierre Filiu et Cyrille Pomès sur ce mouvement) qui va impacter la Libye en février 2011, qu’il va pouvoir accéder aux éléments qui lui manquaient et faire aboutir son investigation.

« Eagle, c’est un peu comme Google. Tu entres le nom de celui que tu veux surveiller et il te ressort la liste de tout ce qu’il a fait sur le Net, des gens avec qui il était en contact avec la liste des mails et fichiers qu’ils ont échangés. Tu peux aussi entrer un mot-clé et avoir la liste de tous ceux qui l’ont recherché dans Google ou écrit dans leur mail ».

Un reportage consistant parfaitement illustré par Nicoby. Une dérive numérique effarante tant la facilité avec laquelle s’utilise l’application de surveillance est enfantine. Des sous-entendus sont également présents, comme le fait que la Libye aurait été « un laboratoire d’expérimentation » pour les équipes d’Amesys soucieuse de tester leur produit… sous-entendant de fait que d’autres états ont également payé pour se procurer ce produit…

Pour aller plus loin, le site de Jean-Marc Manach et son blog, ainsi que la présentation du reportage sur le site de La Revue dessinée.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
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Opération lobbying, seconde partie du reportage sur les gaz de schiste (Sylvain Lapoix & Daniel Blancou). Les méandres de l’Administration (Ministère, Préfectures, Mairies… tous les échelons organisationnels sont concernés) mais aussi compagnies pétrolières. Le journaliste prend le temps de revenir sur chaque terme : fracturation hydraulique, pollution des nappes phréatiques, énergies extrêmes…

Gros gros travail d’investigation qui nous est livré ici. Extrêmement documenté, extrêmement argumenté. Le travail de Daniel Blancou m’a légèrement fait pensé à celui de Philippe Squarzoni sur l’utilisation de visuels issus de l’imagerie collective, un choix qui appuie parfaitement le propos de Sylvain Lapoix. La dernière partie de ce reportage se penchera sur « la dimension géopolitique de cette nouvelle industrie », propos extraits du dossier thématique figurant à la fin du reportage. Ce dossier thématique nous apprend aussi que les trois volets de ce reportage consacré aux gaz de schiste feront prochainement l’objet d’un album à paraître aux Editions Futuropolis. Un régal… pour ceux qui n’ont pas encore lu les deux premiers numéros de la Revue dessinée, je vous recommande vivement l’achat de cet album à venir 😉

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Les plaies de Fukushima, un reportage sur le nucléaire réalisé par Emmanuel Lepage. Il fait le point trois ans après la catastrophe. Trois ans ! 11 mars 2011 ! Déjà !!

« Le dessinateur Emmanuel Lepage s’est rendu sur place en novembre 2012. Il a obtenu le droit de pénétrer dans la zone d’exclusion et raconte dans ce reportage la désolation et la détresse de cette terre sinistrée pour une durée impossible à estimer » (extrait du texte de présentation du reportage).

Frappé par les images d’une réalité difficile à accepter, happé par les souvenirs de Tchernobyl, fort du recul et de la connaissance qu’il a de sa première expérience… le regard de l’auteur est juste, rempli d’émotions, il mesure parfaitement la gravité des constats qu’il fait et nous permet d’en prendre pleinement la mesure…

« Mon dosimètre indique un chiffre supérieur à celui observé au pied de la Centrale de Tchernobyl »

Il accueille le témoignage de locaux, à l’instar de celui de Monsieur Shigihara, propriétaire d’une maison située à deux pas de la centrale. Ce qu’il livre est édifiant : il parle du tremblement de terre, plus long qu’à l’accoutumée, il parle de ses petites filles qui étaient chez lui au moment de la catastrophe, il parle des démarches qu’il a faites pour se renseigner après avoir appris qu’il y avait eu un incident à la Centrale et « Je suis allé demandé des informations aux autorités. On m’a garanti qu’il n’y avait rien à craindre. Je suis allé interroger ces hommes en combinaison blanche. Ils nous confirment que les taux n’étaient pas dangereux pour notre santé. J’ai gardé mes petites-filles à la maison. Je faisais confiance aux hommes en blanc, au professeur Takamura qui était venu nous voir au Gouvernement, à Tepco. Ma peau a pelé. Le 22 juin, on nous a dit de partir. Trois mois plus tard. (…) On nous a menti ». Il s’arrête aussi sur l’incertitude dans laquelle on le maintient : conséquence sur sa santé et celle de ses petites-filles, possibilité de revenir un jour habiter dans sa maison…

Des morts forts, des mots honteux… comment ne pas être indignés par l’irrespect flagrant dont témoigne le gouvernement japonais dans la gestion de cette crise. Une gestion médiocre… jugez-en

« Tout semble neuf ici. Neuf et abandonné. Ce ne sont pas encore des ruines. Ca n’en est que plus troublant. Seule la maison de retraite est restée ouverte. Les autorités ont estimé que la contamination aurait peu d’effets chez les personnes déjà âgées… et qu’il n’était donc pas nécessaire de les déplacer ».

La couleur ici n’apparait pas ou timidement. Elle n’a pas sa place comme elle pouvait l’avoir, à juste titre, dans Un Printemps à Tchernobyl. « Paysage de désastre où tout n’est plus que camaïeu de bruns, d’ocres et de sépias »…

Les rubriques

Le Binôme propose de courtes chroniques économiques et met en scène Mister Eco, un personnage qui vulgarise les grands concepts économiques ; Le binôme se penche cette fois sur l’américain Robert Barro, un économiste libéral,

James et sa leçon de sémantique,

Hervé Bourhis & Adrien Ménielle s’associent pour alimenter la rubrique Informatique ; il s’agit cette fois de visiter l’histoire des jeux vidéo,

Olivier Jouvray & Maëlle Schaller alimentent quant à eux le registre anticipatif sur la place que pourraient prendre, dans un avenir plus ou moins proche, nos petits gadgets modernes en apparence anodins ; une rubrique cynique, hilarante… et un peu flippante tout de même,

Arnaud Le Gouëfflec & Marion Mousse nous embarquent dans une nouvelle chronique musicale qui présente cette fois le jamaïcain Lee Perry,

David Vandermeulen & Daniel Casanave ferment ce second numéro de LRD sur une chronique de culture générale qui brosse le portrait de Thalès de Milet

Et toujours des bonus

Outre les publications exclusives publiées sur le site, chaque reportage donne la possibilité de scanner un code QR pour accéder à des contenus complémentaires. Enfin, les documentaires et témoignages s’achèvent sur un mini-dossier thématique regroupant les informations importantes de manière concise, renvoient vers une bibliographie qui explore la thématique et qui est toujours très riche en informations.

Pour les derniers sceptiques qui hésitent encore (je me rappelle les commentaires déposés suite à mon article de présentation du numéro 1 de LRD) :

  • 15 euros certes MAIS :
  • Des reportages / documentaires / chroniques de qualité
  • 226 pages
  • Des auteurs talentueux qui maitrisent leur sujet
  • Pas un gramme de publicité

PictoOKPictoOKJe vous recommande cette revue. Faites l’essai, achetez un numéro. Jugez sur pied et abonnez-vous 😀

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2014 / Objet : revue

La Revue dessinée

Revue trimestrielle réalisée par un Collectif d’auteurs

Numéro 2 : hiver 2013-2014

Dépôt légal : décembre 2013

ISBN : 978-2-7548-1072-2

226 pages – 15 euros

Site de La Revue dessinée

Bulles bulles bulles…

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La Revue dessinée, numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Les contrebandiers de Moonfleet (Mousse & Szalewa)

Les Contrebandiers de Moonfleet
Szalewa – Mousse © Glénat – 2009

John Trenchard est un adolescent orphelin de père et de mère. Il vit à Moonfleet, chez une tante au caractère acariâtre. Son univers : l’école, la jeune Grâce dont il est amoureux, sa tante, la taverne « Why Not » et les jeux qu’il imagine dans le cimetière.

On est en pleine Angleterre du 18ème, nombreux sont ceux qui s’en remettent encore à la religion et à des croyances façonnées par l’imaginaire collectif.

Libre adaptation BD d’un roman de FALKNER écrit en 1898 et déjà adapté au cinéma en 1955 par Fritz LANG.

La première mouture des Contrebandiers de Moonfleet s’appelait… Moonfleet : première sortie du tome 1 parue en janvier 2004, ouvrage de 40 planches colorisées (à ne pas confondre avec Moonfleet, scénarisé par RODOLPHE et dessiné par HE).

L’album que je présente en est une réédition, même équipe dessinateur – scénariste aux commandes. Cette nouvelle mouture comporte 190 planches en noir & blanc, ce qui assoit le décor.

On oscille entre traditions religieuses et mythes fantasmés. Un petit monde en huis-clos où les superstitions et les « qu’en dira-t-on » influencent les actes de chacun. La présence de pirates donne du rocambolesque à l’intrigue et les dialogues en vieux français apportent un côté exotique à la lecture. Le tout est servit par un graphisme qui campe de réelles « gueules ».

Malgré ces ingrédients bien piquants qui mettent l’eau à la bouche, le scénario reste peu fouillé et assez plat. Je le trouve saccadé, on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages. Les protagonistes sont trop rapidement brossés et ne sortent pas des stéréotypes classiques : le gros bras au gros coeur, le passeur croquemitaine, le curé, la tante de l’orphelin… rien de très original dans cette adaptation. Cela me donne l’impression d’avoir le principal, mais pas l’essentiel… les personnages restent enfermés à jamais dans ce monde imaginaire sans aucune perspective d’évolution.

A l’inverse, le personnage principal nous ouvre la porte de son imagination galopante. Cela galope tellement que la frontière est fine entre la réalité et l’illusion. On s’y perd parfois.

pictobofpictobofC’est très sympa de voyager le temps d’un album dans le monde des pirates, flibustiers et autres énergumènes du genre… mais je n’ai jamais quitté ma place de lecteur. Trop classique.

Les contrebandiers de Moonfleet

One Shot

Éditeur : Glénat

Collection : Treize étrange

Dessinateur : Mario MOUSSE

Scénaristes : Marion MOUSSE & Igor SZALEWA

Dépôt légal : avril 2009

ISBN : 9782723469319

Bulles bulles bulles…

J’en retiens des scènes de cimetières et d’auberges…

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Les Contrebandiers de Moonfleet – Szalewa – Mousse © Glénat – 2009