Etunwan – Celui qui regarde (Murat)

Murat © Futuropolis – 2016
Murat © Futuropolis – 2016

« 1867. Pittsburgh, États-Unis d’Amérique. Dans la ville industrielle grouillante et riche, Joseph Wallace, 33 ans, est photographe et tire le portrait des nombreux notables, ce qui lui assure une vie confortable mais sans possible fantaisie artistique. Il s’engage à suivre l’expédition dans les Montagnes Rocheuses. Le programme dirigé par le Docteur Walter est financé par le Gouvernement américain afin d’explorer de nouvelles zones à cartographier et découvrir si de nouveaux gisements d’or ou de charbon sont exploitables, s’il existe, toujours plus loin, d’autres terres à coloniser. Parmi les plus éminents scientifiques de la côte Est, Joseph Wallace a pour mission de photographier les régions traversées, le relief, la végétation, et aider à cartographier le territoire. Mais l’expédition se révèle être un voyage intime sans retour. Suivant le dédale géographique, Wallace entame un cheminement artistique. Le tranquille époux et père de famille rencontre les Indiens Sioux Oglalas et sa vie va s’en trouver changée. Il est désormais Etunwan, Celui-qui-regarde. » (extrait synopsis éditeur).

« Désormais, cette histoire est vraie, puisque je l’ai inventée »… c’est avec ces mots que Thierry Murat termine ses remerciements. Comme si ces mots nous rassuraient, nous raccrochaient à quelque chose de concret… comme pour nous dire qu’on ne l’a pas rêvée. Ce sont ces derniers mots qui nous permettent de quitter un album durant lequel nous nous sommes imprégnés des mots d’un homme en quête de sa propre identité. De façon indécente, nous avons parcouru son journal intime… le carnet de bord qui l’a accompagné durant ses longs voyages au-delà des frontières de son monde. Il a osé pénétrer dans un territoire qui n’est pas celui qui a été façonné par ses pairs. Il est allé à la rencontre d’un peuple aux mœurs et aux coutumes différentes des siennes. Il a regardé au-delà des apparences et a fait fi des rumeurs colportées par les gens de son « espèce » pour comprendre ces hommes et ces femmes d’une autre culture que la sienne, a dépassé sa peur de l’inconnu.

En imaginant ce récit, Thierry Murat revient sur le destin des amérindiens. La petite histoire d’un homme s’imbrique dans la grande histoire de l’humanité. On retrouve la même ambiance que celle des « Larmes de l’assassin » ; elle s’appuie en grande partie sur une voix-off qui décrit le cheminement et la réflexion du personnages. Le témoignage apparaît tantôt en dessous des illustrations, tantôt il se glisse dans les dessins, marquant chaque page d’une certaine nostalgie… celle d’un ailleurs rêvé, fantasmé… l’endroit-même où la véritable personnalité de quelqu’un a la possibilité de s’épanouir. Les mots semblent être tapés à la machine à écrire et grâce aux teintes chaudes de l’album, le lecteur a bien peu d’effort à faire pour s’imprégner de cette atmosphère et emboîter le pas du personnage. Malgré les risques qu’il prend, on ne sent jamais en danger. Bien au contraire, on a cette soif de liberté, on a cette envie démesurée qu’il aille toujours de l’avant, à la rencontre d’un peuple aujourd’hui éteint, fondu dans la masse et complètement absorbé par cette folie occidentale qui ravage tout sur son passage.

Dans ce voyage vers l’inconnu, le héros se met à nu et livre ses réflexions les plus intimes.

Pourquoi ai-je décidé, au lendemain de mon trente-troisième anniversaire, de m’éloigner, pour plusieurs mois, de ma chère Marjorie, de nos deux beaux enfants et du confort sucré de mon studio de photographie de Pittsburg ? Pourquoi ? La routine de mon quotidien de portraitiste est-elle à ce point épuisante ? Non, je ne le crois pas. Contrairement à la peinture, la photographie offre cet avantage incommensurable de ne pas fatiguer la bonne volonté de ses modèles trop longtemps. Et, de surcroît, celle du portraitiste non plus…

Pour ne rien gâcher, l’auteur nous fait profiter d’illustrations sublimes où le regard embrasse chaque détail qui passe sous son regard. On contemple ces plaines qui s’étalent à perte de vue, des territoires immaculés sur lesquels la main de l’homme blanc n’a pas encore posé son empreinte. Les teintes sépia du début de l’album (début du voyage) imposent une émotion inhabituelle à l’égard des paysages traversés et cette impression va grandissant à mesure que l’on s’enfonce dans l’album.

PictoOKTrès bel album qui relate la démarche d’un homme en quête de sens.

Une lecture que j’ai le plaisir dLABEL LectureCommunee partager avec Noukette et Jérôme.

Extraits :

« Oui… Je crois que, depuis le début de ce siècle, ces missions de reconnaissance de terres inconnues et de découverte de lieux inviolés sont vécues, pour la plupart, comme un fantasme. Le fantasme d’un Ouest lointain, d’un territoire encore vierge et primitif… » (Etunwan).

« J’ai entendu un jour, de la bouche d’un vieil Indien Chippewa, que la vie n’est qu’une petite ombre invisible qui court dans l’herbe pour aller se perdre dans la lumière du soleil couchant » (Etunwan).

« Je me perds dans la contemplation, un plaisir simple qui apaise toutes les questions et qui tend à annuler le vertige, mais ne cesse également de l’attiser. Alors j’essaye d’accompagner cette contradiction et d’en faire le récit avec mes yeux » (Etunwan).

« Peut-être est-il vain de vouloir à tout prix saisir les choses et d’en arrêter, même l’espace d’un instant, le mouvement – ou même de donner l’illusion de cet arrêt – parce qu’au bout du compte tout continue sans nous, inévitablement » (Etunwan).

Etunwan

– Celui qui regarde –

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Thierry MURAT

Dépôt légal : juin 2016

160 pages, 23 euros, ISBN : 978-2-7548-1197-2

Bulles bulles bulles…

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Etunwan – Murat © Futuropolis – 2016

Les Larmes de l’Assassin (Murat)

Murat © Futuropolis – 2011
Murat © Futuropolis – 2011

« Ici, personne n’arrivait par hasard. Car ici, c’était le bout du monde, le sud extrême du Chili où la côte fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique ».

Une maison dressée au beau milieu de nulle part s’impose timidement à la frontière entre un désert aride et une montagne inhospitalière. C’est là que Paolo vit avec ses parents. Un jour, un homme fait son apparition. C’est un assassin. Il tue les parents et après une courte hésitation, laisse la vie sauve à l’enfant. Il prend place. Il est désormais chez lui. La vie reprend son cours avec comme toutes richesses trois poules, des chèvres et un potager. Les mois passent. C’est au tour de Luis, un voyageur, de se présenter à la porte. Fourbu suite à un long voyage, il demande le gîte et le couvert. Cela devait être temporaire mais un beau jour, il propose de racheter un petit lopin de terre de la propriété et s’installe non loin de la maison de Paolo. Luis fait désormais partie de leur quotidien… et la vie reprend son cours…

Très belle adaptation du roman éponyme d’Anne-Laure Bondoux.

C’est l’histoire de rencontres improbables. C’est l’histoire d’individus qui acceptent le risque de s’engager dans une nouvelle vie. C’est l’histoire de déconvenues mais il est aussi question d’amitié. Le genre d’amitiés farouches, de celles que l’on n’accorde pas au premier regard, de celles qui ne sont pas une évidence… de celles qui changent une vie.

C’est l’histoire d’un enfant qui grandit au beau milieu d’un désert de sentiments. C’est l’histoire d’un enfant qui, avec son regard d’enfant, parvient à entrer dans le cœur asséché d’un homme pour lui faire percevoir la vie autrement. C’est l’histoire d’un enfant, de ce genre d’enfants que l’on rencontre parfois et qui nous font toucher du doigt le fait qu’on se surprend à être attentif à ce qui nous entoure, à protéger le peu de choses que l’on possède.

Certes, je ne savais rien du bien et du mal. Mais pour la première fois de ma vie, j’attendais quelque chose de l’avenir.

Je n’ai pas lu le roman originel d’Anne-Laure Bondoux. Mais à en croire les propos qu’elle livre en préface, Thierry Murat (Au Vent mauvais, La Carotte aux étoiles, Elle ne pleure pas elle chante…) est parvenu à conserver l’ambiance qu’elle avait créé tout en s’appropriant cette fiction. En voix-off, des extraits du roman sont repris par le scénariste. Cette voix, c’est celle du narrateur qui n’est autre que l’enfant. Douce, empathique et profonde, cette voix est apaisée et appartient à un personnage qui accepte de déposer sa vie dans les mains d’un inconnu. Après tout, si l’homme avait voulu le tuer, il l’aurait fait dès leur première rencontre. Le récit intimiste happe le lecteur. Les phrases sont concises, les mots sont justes pour décrire la fragilité de cette rencontre et de cette incroyable cohabitation. Fragiles également cette timide complicité qui s’installe et cette confiance que les protagonistes se vouent instinctivement. Toute l’ambiance de l’album repose sur ces éléments dont il ne sera jamais question ouvertement. « Carpe diem » pourrait-on les entendre dire car on imagine finalement que ces personnages sont les premiers à s’étonner de l’harmonie quotidienne qu’ils sont parvenus à trouver. Il y a ici un agréable équilibre entre de longues plages silencieuses et des moments de brefs échanges entre les personnages.

Les Larmes de l’assassin – Murat © Futuropolis – 2011
Les Larmes de l’assassin – Murat © Futuropolis – 2011

Les couleurs de Thierry Murat véhiculent aussi cette retenue et cette pudeur, comme si elles étaient conscientes que la vulnérabilité de la situation. Un équilibre qui peut être bouleversé au moindre coup de vent, au moindre mot. Les teintes colorent se monde avec égards et veillent à ne pas troubler l’harmonie insufflée par le récit. Des sépias, des jaunes paille, des gris souris, quelques orange pour rehausser certaines scènes… de la douceur et aucune brusquerie de la part de Thierry Murat qui passe ici presque sur la pointe des pieds avec cette ferme volonté de ne pas déformer le propos.

« L’équilibre m’a paru sonner : j’entendais ma voix mais elle était devenue sienne, et l’histoire s’en trouvait augmentée, enrichie » témoigne Anne-Laure Bondoux.

PictoOKPictoOKOn se perd avec délice dans les paysages désertiques qui s’étalent sous nos yeux. On s’immisce dans le quotidien de l’homme et de l’enfant. On se réchauffe au contact du lien qui les relie. Superbe ouvrage qui a obtenu le Prix du Jury Œcuménique de la Bande Dessinée en 2012… il aurait certainement mérité plus que cela… mais c’est déjà beaucoup. Lisez-le !

Les chroniques de Noukette, L’Encreuse, Theoma, Choco, Enna.

Une lecture que je partage avec Mango :

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Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Prix du Jury Œcuménique de la BD (2012)

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Extrait :

« C’est pour tenter de renaître que je me suis mis à écrire » (Les Larmes de l’Assassin).

Les Larmes de l’Assassin

One shot

Adapté du roman d’Anne-Laure BONDOUX

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Thierry MURAT

Dépôt légal : février 2011

ISBN : 978-2-7548-0360-1

Bulles bulles bulles…

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Les Larmes de l’assassin – Murat © Futuropolis – 2011

Au vent mauvais (Rascal & Murat)

Rascal – Murat © Futuropolis – 2013
Rascal – Murat © Futuropolis – 2013

Abel sort de taule après sept années passées derrière les barreaux. Personne ne l’attend et il n’a aucun point de chute…

« Je suis sorti comme j’étais entré. Mêmes fringues pourries sur le dos et sac Tati à la main. Juste plus léger, côté des illusions ».

Il n’a que de maigres économies en poche mais Abel ne s’inquiète pas. Son magot l’attend, bien planqué entre les quatre murs d’une usine désaffectée. Mais arrivé à destination, il découvre qu’un musée d’art contemporain flambant neuf a remplacé la vieille usine. Aigri, Abel a comme seule consolation le fait de pouvoir profiter de la visite, il s’arrête pour contempler un Magritte. La sonnerie d’un portable le ramène à la réalité. Abel décroche. A l’autre bout du fil, la propriétaire du mobile. Elle lui demande de lui envoyer son téléphone en recommandé, Abel accepte…

« Elle habitait en Italie. Elle aimait Bach. Et moi, j’aimais déjà sa voix ».

Finalement, faute d’avoir eu la patience de faire la queue au bureau de Poste, Abel se retrouve au volant d’une voiture volée en direction de l’Italie avec la ferme intention de remettre le portable en main propre à la belle italienne…

Que de nostalgie et d’amertume dans ce récit ! Ces deux ingrédients créent une atmosphère agréable, elle est propice à l’introspection que cet homme réalise sous nos yeux. On le découvre désabusé, usé par la vie mais contre toute attente, il se laisse porter par l’espoir d’une vie meilleure. Une vie qui lui sourirait enfin après des années de galères. Le contraste est assez surprenant, cet homme m’a intriguée.

L’histoire se construit à l’aide d’une voix-off, donnant initialement au lecteur l’impression que le récit va être un long monologue que le héros prononcerait d’une voix monocorde. Rascal fait évoluer un personnage qui n’a pas de perspectives d’avenir, la prison s’est chargée de les anéantir. De fait, le narrateur puise essentiellement dans ses souvenirs, du moins dans ceux où il se sentait encore vivant ; ainsi l’enfance, la famille, les refrains de musique semblent être ses seuls repères. La voix intérieure du personnage nous aide à comprendre son état d’esprit, son parcours et les raisons qui le conduisent à prendre la route. On voit cet homme s’extraire lentement de son mutisme. Il cherche à retrouver le goût de la liberté.

Les dessins de Thierry Murat sont sobres. Les teintes sépia dominent et renforcent les sentiments de solitude et d’isolement d’autant plus forts que cette tranche de vie se déroule presque entièrement dans l’huis-clos d’une voiture. Les personnages secondaires se comptent sur les doigts d’une seule main…

Au vent mauvais fait moins réfléchir à la question de l’enfermement qu’à celle sur les séquelles d’une longue détention. Finalement, quoi de plus logique pour un ancien détenu que de ressentir le besoin (presque vital) de profiter de grands espaces ? Et quoi de plus pertinent qu’un road-movie pour matérialiser cette idée ? Comment expliquer son besoin inconscient de vivre libre dans l’espace étriqué d’une voiture ? Pourquoi aller chercher l’amour auprès d’une inconnue ? Pourquoi les couleurs des paysages traversés ont-ils invariablement la même couleur ? Pourquoi ??

Rascal – Murat © Futuropolis – 2013
Rascal – Murat © Futuropolis – 2013

PictoOKUne sorte de douce mélancolie nous accompagne durant la lecture. Comme le personnage principal, on a du mal à imaginer un dénouement heureux à cette quête… mais comme lui, on a envie d’y croire. Durant la lecture, je n’ai pas investit cet homme. En revanche, après avoir refermé l’album, je me rends compte que certaines réflexions cheminent…

Au cours de l’année passée, d’autres albums ont abordé la question de l’enfermement. Si cela vous intéresse, je vous conseille également de lire En chienneté et 20 ans ferme

Les chroniques de Moka et Yvan.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.
(Paul Verlaine, Chanson d’automne)

Une lecture que je partage avec Mango

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Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Meteo : vent

Tour du monde en 8 ans : Belgique

Challenge TourDuMonde PetitBac

Au vent mauvais

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Thierry MURAT

Scénariste : RASCAL

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-7548-0728-9

Bulles bulles bulles…

La preview sur Digibidi.

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Au vent mauvais – Rascal – Murat © Futuropolis – 2013

La Carotte aux étoiles (Lejonc & Murat & Riff Reb’s)

La Carotte aux étoiles
Lejonc – Murat – Riff Reb’s © La Gouttière – 2010

Dans son laboratoire, un lapin savant travaille d’arrache-pied. Il voudrait offrir du rêve aux gens, émerveiller petits et grands mais son invention sera-t-elle à la hauteur de ses attentes ? Rien n’est certain jusqu’au Jour J, jusqu’à l’Heure H. Et quand tout est enfin prêt, il s’affaire encore sur les derniers réglages de sa carotte-fusée pour que ses innombrables heures de travail soient enfin récompensées. Et ça marche !! La carotte aux étoiles rempli le ciel étoilé de mille feux, les gens ouvrent leurs fenêtres et sortent dans la rue pour assister au spectacle impromptu. Le lapin devient célèbre, tout le monde parle de lui, un riche industriel le contacte même pour lui faire part de projets ambitieux pour la carotte aux étoiles. Des contrats sont signés, le brevet est vendu et une nouvelle fois, le lapin s’affaire à ce nouvel objectif : régler les machines, trouver le juste dosage pour une production à grande échelle… tout le monde va profiter du spectacle de sa carotte aux étoiles !!

Oui mais voilà, le riche industriel n’est intéressé que par le profit. Le lapin est instrumentalisé et rapidement, son invention lui échappe. Il se demande s’il est bon « qu’un rêve se transforme en argent »…

Cet album est un conte philosophique qui s’adresse aux jeunes lecteurs. C’est l’occasion de parler avec eux de mondialisation, d’industrialisation, de productivisme, de stratégies… Autant de termes qu’on évite soigneusement d’aborder avec un enfant – par flemme certainement – mais force est de constater que La Carotte aux étoiles offre aux parents un très bon support intermédiaire pour aborder ces sujets ou du moins, amorcer avec eux une réflexion non dénuée d’intérêt.

Côté narratif, l’histoire se base entièrement sur une voix-off qui contient à la fois les réflexions du héros et le regard plus décalé d’un narrateur invisible. Les textes de Régis Lejonc sont concis. Les courtes phrases donnent à la fois un rythme agréable à l’ensemble tout en permettant au jeune lecteur de ne pas être abasourdi par une foule de détails abrutissants. Des notions apparaissent çà et là dans la narration : « marketing », « brevet », « production de masse »… mais le scénariste a donné le juste équilibre à ses propos, permettant de sensibiliser l’enfant à des concepts en apparence compliqués tout en lui faisant vivre une aventure qui le capte. L’enfant se saisit pleinement de cette fable. Une lecture interactive puisqu’elle l’invite également à interpeller son parent-lecteur qui devra lui fournir les informations complémentaires dont il a besoin. La réflexion impulsée par cet album se prolonge au-delà du temps de lecture.

Les illustrations de Riff Reb’s donnent une touche de poésie à cet univers. La trame graphique offre un rythme de lecture très agréable : une découpe de planche originale et de nombreux visuels qui s’étalent en pleine page, permettant ainsi de faire des pauses dans la lecture et de discuter. Depuis la sortie de cet album en mars 2010, j’avais eu l’occasion de feuilleter cet ouvrage à plusieurs reprises mais je restais très hésitante à l’idée de le faire découvrir à mon fils. En effet, les ambiances graphiques sont très sombres : des bleus soutenus, des violets, des verts et beaucoup de noirs qui me semblaient écraser les quelques ocres présents dans les visuels. Un échange avec l’éditrice (lors d’un Festival BD l’année dernière) avait balayé certaines appréhensions mais je n’étais pas parvenue à concrétiser ma démarche d’achat. Récemment, le partenariat proposé par Lire pour le Plaisir est venu me rappeler à l’ordre… Depuis, mon fils et moi avons eu l’occasion de lire cet album à plusieurs reprises et d’une lecture à l’autre, je ne peux que faire le constat que la colorisation retenue sert à merveille cette histoire. Et je ne suis pas la seule à apprécier cette lecture. Voici ce qu’en dit Monsieur Lutin (petit lecteur qui aura 6 ans en février prochain) :

J’aime bien mon livre. Il y a un petit lapin sympathique parce qu’en fait lui, il voulait faire des feux d’artifices. J’aime le lapin parce qu’il voulait faire rêver les gens. Mais il y a des hommes qui lui ont menti. Ils lui ont tous menti. Le Requin, il est méchant. Il a fait signer le lapin juste pour faire des carottes. Le Requin ne voulait pas faire rêver les gens, il voulait juste avoir plein d’argent. Et le Roi aussi. Lui, c’est moche ce qu’il voulait. Avec la carotte, il a fait exploser la Lune parce qu’il ne l’aimait pas. Mais il ne l’a pas dit au lapin et ça, ça l’a rendu triste le lapin. L’histoire elle dit que lapin ou pas, il faut faire attention aux autres car il y a des menteurs. Les dessins sont très beaux, ils m’ont fait rêver avec toutes les couleurs des feux d’artifice et puis les dessins m’ont bien expliqué ce que voulait dire l’histoire.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoJe remercie Lire pour le Plaisir et Les Éditions de La Gouttière pour cette découverte !

PictoOKUn album qui a fait mouche et que l’on relit sans lassitude. Petit à petit, mon jeune lecteur affine ses questions et élargit son regard et l’aide un peu plus à comprendre le monde qui l’entoure. Pour moi, en tant que parent, c’est très agréable de constater qu’un ouvrage sait aussi bien allier le côté ludique et le coté instructif. Les éditions de La Gouttière sont d’ailleurs soucieuses d’allier ces deux registres. Chaque parution est, pour cet éditeur, l’occasion de réfléchir à la manière dont l’ouvrage peut servir de support pédagogique. Ainsi, l’éditeur propose souvent des fiches techniques. Un espace de leur site est d’ailleurs dédié à ce partage d’outils pédagogiques. Pour accompagner La Carotte aux étoiles, différentes fiches sont mises à la disposition des enseignants (je vous invite à suivre ce lien).

D’autres avis sur cet album : Lire pour le plaisir, On a marché sur la bulle.

La Carotte aux étoiles

One Shot

Éditeur : Éditions de La Gouttière

Dessinateur : Riff Reb’s

Scénariste : Régis LEJONC

D’après une histoire de Thierry MURAT

Dépôt légal : mars 2010

ISBN : 978-2-9524075-4-0

Bulles bulles bulles…

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La carotte aux étoiles – Lejonc – Murat – Riff Reb’s © La Gouttière – 2010

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Elle ne pleure pas elle chante (Corbeyran & Murat)

Elle ne pleure pas elle chante
Corbeyran – Murat © Guy Delcourt Productions – 2004

Laura apprend un matin que son père est dans le coma. Sans surprise, elle constate que cette nouvelle la rend heureuse et la soulage.

Éberluée, elle se rend chez sa mère pour la soutenir… être soutenue. Un sentiment confus de joie et d’incrédulité animent Laura. Elle profite de la venue du médecin de famille pour accompagner ce dernier à l’hôpital et se rendre compte d’elle même de la situation. Elle saisit cette occasion qui ne se présente qu’une fois dans une vie, de pouvoir déverser tout ce qu’elle a sur le cœur et poser enfin cartes sur table avec son père.

Chasser ses vieux démons, mettre en mots sa haine et sa rancœur pour pouvoir enfin vivre.

Un récit essentiellement narratif dont on en devine rapidement le contenu. Le dessin rend les personnages très humains, fragiles.

Voici l’adaptation d’un roman d’Amélie SARN qui introduit elle-même le One-Shot par ces mots : »il est de ces textes que l’on n’écrit pas mais que l’on crie. De ces textes que l’on a portés si longtemps qu’ils sont indissociables d’une partie de votre âme. C’est le cas d’Elle ne pleure pas elle chante. Un texte intérieur et intime.

Pourtant, ce texte, Éric et Thierry vous avez su, je ne sais comment, le porter avec moi et mieux encore, le faire vivre autrement. J’ai écrit les mots, vous avez éprouvé des sensations que vous avez retransmises avec votre propre langage, votre grammaire, votre vision. Peut-être vos peurs. Mon cri est devenu le vôtre.

Je dois bien avouer que j’avais la trouille. Avais-je vraiment envie de partager cette histoire ? Les images ne risquaient-elles pas d’être crues ou trop violentes pour moi ? Non. Tes mots et ton découpage, Éric, tes dessins, Thierry, sont la pudeur même. Et pourtant, tout est dit. A présent, je ne suis plus seule ».

J’en ais lu des récits sur ce thème. Qu’ils soient écrits par des victimes ou des professionnels ayant été amené à les accompagner… la plupart ont le défaut de vouloir trop toucher la corde sensible et créer une empathie déraisonnable chez le lecteur, en lui imposant de s’investir dans un combat ou hurler sa haine quant aux horreurs dont l’homme peut être capable. Mais Elle ne pleure pas elle chante ne s’impose pas. Certes ce récit ne laisse pas indifférent, mais il ne brusque pas, il ne dévoile pas des corps de manière impudique, il ne prononce pas des mots de manière brutale. Il dit les choses simplement, honnêtement : il est question de pédophilie.

PictoOKPictoOKTrès sympa, j’ai été prise au dépourvu par le thème de cette lecture mais la manière d’aborder le sujet est délicate et nous permet d’accéder à un témoignage qui ne vire pas au pathétique excessif.

Un récit optimiste du combat d’une jeune femme.

Ils en ont parlé ailleurs : Bdencre et .

Extrait :

« Cette petite fille aux longues tresses, cette petite fille qui a si peu protesté, cette petite fille… qui t’aimait, je l’ai jetée. Je l’ai balancée comme on se débarrasse d’une poupée cassée. Une poupée toute moche. Toute fêlée. Rien d’autre qu’une petite fille violée. Je n’ai pas le droit de vivre normalement parce que je porte en moi cette petite fille déchirée. Tellement laide. Tellement laide » (Elle ne pleure pas elle chante).

Elle ne pleure pas, elle chante

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur : Thierry MURAT

Scénariste : Éric CORBEYRAN

Dépôt légal : novembre 2004

ISBN : 978-2-84789-176-8

Bulles bulles bulles…

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Elle ne pleure pas elle chante – Corbeyran – Murat © Guy Delcourt productions – 2004