Le Meilleur ami de l’homme (Tronchet & Nicoby)

Tronchet – Nicoby © Dupuis – 2017

A première vue, Vincent a réussi sa vie. Marié, deux enfants, un métier plutôt bien payé (il est proctologue), une maîtresse aussi chaude que la nounou polonaise de sa fille est glaçante… et une passion depuis l’enfance pour le foot. A première vue.
Si on y regarde d’un peu plus près, on se rend vite compte que le couple de Vincent prend l’eau, que son collègue l’excède et que les soirées entre amis sont un vrai calvaire parce qu’il y en a toujours un pour sortir une boutade sur son métier. Heureusement qu’il y a le foot et les matchs qu’il va voir avec sa fille. C’est d’ailleurs lors d’un de ces matchs qu’il tombe nez-à-nez sur un de ses anciens co-équipiers : Kevin Delafosse. Kevin était son meilleur ami jusqu’à ce que leurs routes se séparent après leurs études supérieures. Et si aujourd’hui Vincent a réussi sa vie, celle de Kevin n’a rien d’enviable. Après avoir lamentablement raté ses études de médecine, après avoir été un piètre joueur que l’entraîneur de foot faisait lanterner sur le banc de touche, Kevin a fini bon an mal an à vivre dans un bouge et tentant tant bien que mal de joindre les deux bouts en fin de mois. Kevin est tatoueur. Et Kevin va prendre la désagréable habitude d’envahir la vie de Vincent…

C’est tout d’abord le duo d’auteurs qui a attiré mon attention. Didier Tronchet (qu’on ne présente plus et auteur de Jean-Claude Tergal, Raymond Calbuth, Le peuple des endormis… entre autres) et Nicoby (qu’on ne présente plus non plus et que j’avais a-do-ré sur Les ensembles contraires et 20 ans ferme !). Puis, le résumé de l’album a fini de me convaincre (il faut reconnaître que même écrit avec trois pieds gauches, j’étais déjà partante).

Alors oui, malgré le côté agaçant du personnage secondaire (Kevin), cet album est agréable. Malgré les coups bas et le fait qu’à partir du moment où Vincent croise son vieil ami, sa vie ne va plus si droit et les choses s’accélèrent. Ça pourrait sembler trop cette succession de tuiles qui lui tombent dessus mais non, parce que l’humour de Tronchet déride et le trait de Nicoby arrondi les angles.

C’est loufoque et tendre à la fois, c’est la vie de tout les jours avec le bon et le mauvais côté des choses, c’est exagéré et non dénué d’intérêt. Cyniquement drôle, c’est cruel aussi mais l’album se lit d’une traite !

Je ne suis pas certaine que l’histoire me marque au point que cet album se fasse une place dans ma mémoire mais ce qui est certain, c’est qu’il permet de passer un excellent moment de lecture.

Le Meilleur ami de l’Homme

One Shot
Editeur : Dupuis
Collection : Aire Libre
Dessinateur : NICOBY
Scénariste : Didier TRONCHET
Dépôt légal : septembre 2017
144 pages, 19 euros, ISBN :978-2-8001-7162-3

Bulles bulles bulles…

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Le meilleur ami de l’homme – Tronchet – Nicoby © Dupuis – 2017

La Revue Dessinée, numéro 2 (Collectif)

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Second numéro de La Revue dessinée, une initiative que l’on doit à cinq auteurs et un journaliste (Franck Bourgeron, Sylvain Ricard, Olivier Jouvray, Kris, Virginie Ollagnier et David Servenay). Grâce à leur impulsion, d’autres artistes se sont mobilisés sous ce leitmotiv :

« Parce qu’ils constatent la paupérisation des auteurs de bande dessinée, ils décident que La Revue Dessinée permettra aux auteurs de prépublier leurs travaux, avant de les proposer aux éditeurs classiques. Il faut le dire, les cofondateurs sont d’abord des créateurs qui veulent redonner de la valeur à leur métier ».

J’avais déjà partagé avec vous mon engouement pour le premier numéro de LRD. Mécontente de la manière que j’avais employée pour vous transmettre la richesse de ce magazine, je récidive et vous présente aujourd’hui le second numéro que vous pouvez trouver dans toutes les bonnes librairies depuis le mois de décembre (ou sur tablette puisque LRD sort simultanément en version papier et en version numérique). Chaque trimestre, le lecteur a ainsi l’opportunité d’accéder à une douzaine de reportages et de documentaires qui s’intéressent aux différents sujets d’actualité. Ils sont réalisés par des duos d’auteurs improbables composés de journalistes et d’auteurs BD ; pour exemple, dans ce numéro ont collaboré David Servenay & Alain Kokor, Jean-Marc Manach & Nicoby ou encore Sylvain Lapoix & Daniel Blancou. Tous se sont rassemblés pour enrichir davantage encore les travaux déjà édités dans le domaine de la BD reportage. Certains reportages s’étalent sur plusieurs numéros, à l’instar du travail réalisé par Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes ou celui de Sylvain Lapoix sur les gaz de schiste.

Les reportages et les documentaires

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Un VRP en guerre (David Servenay & Alain Kokor) revient sur le parcours atypique de Jacques Monsieur aujourd’hui âgé de 59 ans. David Servenay s’intéresse à ce célèbre trafiquant d’armes belge depuis plus de dix ans et avait eu l’occasion de l’interviewer en 2004. A l’occasion de la publication de ce reportage, le scénariste explique : « j’ai donc remis de nombreux éléments à Alain Kokor, qui a donné une interprétation aussi libre qu’imaginative du parcours du trafiquant d’armes, tout en respectant à la lettre le ʽʽfactuelʼʼ de ce destin hors norme ». En plus de l’intérêt que l’on accorde aux dires des auteurs durant la lecture, le résultat est plaisant à voir. Baignant dans les ambiances de Kokor, on navigue dans un récit intemporel où la réalité fait bon ménage avec les métaphores visuelles. Les propos sont cinglants du fait que le cynisme du personnage envahit le moindre recoin de page. Un homme sans scrupule qui joue avec des vies humaines comme il jouerait aux billes. Un reportage sur un homme amoral dont le business impacte fortement les marchés pétroliers… et fait donc la pluie et le beau temps sur les forces politiques internationales.

« Achat. Vente. De loin, cela ressemble à n’importe quel deal. Comme la guerre sur le terrain ressemble à n’importe quelle autre guerre ».

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Dans les pas des soigneurs, la suite et fin du reportage de Marion Montaigne au Zoo du Jardin des Plantes. L’auteure s’intéresse cette fois au personnel du zoo. J’avais apprécié le ton décalé que Marion Montaigne utilise dans le premier volet de son reportage. Pourtant ici, j’ai survolé la lecture d’un œil distrait, lui trouvant des longueurs malgré la brièveté du documentaire (une quinzaine de pages). C’est de loin la contribution que j’ai le moins apprécié dans ce deuxième numéro.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Les écoutes made in France – Amesys en Libye (Jean-Marc Manach & Nicoby). En 2010, Jean-Marc Manach reçoit un message anonyme d’une « gorge profonde » (nom utilisé par les journalistes pour désigner leur informateur. D’abord sceptique, Manach décide cependant de vérifier cette information qui « indique que Bull ne fait pas que protéger la vie privée, mais qu’elle aurait aussi vendu un système de surveillance de l’Internet à Kadhafi ». Ses recherches l’amènent à enquêter sur AMESYS, une P.M.E. rachetée par Bull en 2010 ; Amesys aurait créé un système de surveillance massive d’internet (appelé « Eagle ») à la demande du gouvernement libyen. C’est finalement grâce au Printemps arabe (voir également l’ouvrage de Pierre Filiu et Cyrille Pomès sur ce mouvement) qui va impacter la Libye en février 2011, qu’il va pouvoir accéder aux éléments qui lui manquaient et faire aboutir son investigation.

« Eagle, c’est un peu comme Google. Tu entres le nom de celui que tu veux surveiller et il te ressort la liste de tout ce qu’il a fait sur le Net, des gens avec qui il était en contact avec la liste des mails et fichiers qu’ils ont échangés. Tu peux aussi entrer un mot-clé et avoir la liste de tous ceux qui l’ont recherché dans Google ou écrit dans leur mail ».

Un reportage consistant parfaitement illustré par Nicoby. Une dérive numérique effarante tant la facilité avec laquelle s’utilise l’application de surveillance est enfantine. Des sous-entendus sont également présents, comme le fait que la Libye aurait été « un laboratoire d’expérimentation » pour les équipes d’Amesys soucieuse de tester leur produit… sous-entendant de fait que d’autres états ont également payé pour se procurer ce produit…

Pour aller plus loin, le site de Jean-Marc Manach et son blog, ainsi que la présentation du reportage sur le site de La Revue dessinée.

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Opération lobbying, seconde partie du reportage sur les gaz de schiste (Sylvain Lapoix & Daniel Blancou). Les méandres de l’Administration (Ministère, Préfectures, Mairies… tous les échelons organisationnels sont concernés) mais aussi compagnies pétrolières. Le journaliste prend le temps de revenir sur chaque terme : fracturation hydraulique, pollution des nappes phréatiques, énergies extrêmes…

Gros gros travail d’investigation qui nous est livré ici. Extrêmement documenté, extrêmement argumenté. Le travail de Daniel Blancou m’a légèrement fait pensé à celui de Philippe Squarzoni sur l’utilisation de visuels issus de l’imagerie collective, un choix qui appuie parfaitement le propos de Sylvain Lapoix. La dernière partie de ce reportage se penchera sur « la dimension géopolitique de cette nouvelle industrie », propos extraits du dossier thématique figurant à la fin du reportage. Ce dossier thématique nous apprend aussi que les trois volets de ce reportage consacré aux gaz de schiste feront prochainement l’objet d’un album à paraître aux Editions Futuropolis. Un régal… pour ceux qui n’ont pas encore lu les deux premiers numéros de la Revue dessinée, je vous recommande vivement l’achat de cet album à venir 😉

numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014
numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

Les plaies de Fukushima, un reportage sur le nucléaire réalisé par Emmanuel Lepage. Il fait le point trois ans après la catastrophe. Trois ans ! 11 mars 2011 ! Déjà !!

« Le dessinateur Emmanuel Lepage s’est rendu sur place en novembre 2012. Il a obtenu le droit de pénétrer dans la zone d’exclusion et raconte dans ce reportage la désolation et la détresse de cette terre sinistrée pour une durée impossible à estimer » (extrait du texte de présentation du reportage).

Frappé par les images d’une réalité difficile à accepter, happé par les souvenirs de Tchernobyl, fort du recul et de la connaissance qu’il a de sa première expérience… le regard de l’auteur est juste, rempli d’émotions, il mesure parfaitement la gravité des constats qu’il fait et nous permet d’en prendre pleinement la mesure…

« Mon dosimètre indique un chiffre supérieur à celui observé au pied de la Centrale de Tchernobyl »

Il accueille le témoignage de locaux, à l’instar de celui de Monsieur Shigihara, propriétaire d’une maison située à deux pas de la centrale. Ce qu’il livre est édifiant : il parle du tremblement de terre, plus long qu’à l’accoutumée, il parle de ses petites filles qui étaient chez lui au moment de la catastrophe, il parle des démarches qu’il a faites pour se renseigner après avoir appris qu’il y avait eu un incident à la Centrale et « Je suis allé demandé des informations aux autorités. On m’a garanti qu’il n’y avait rien à craindre. Je suis allé interroger ces hommes en combinaison blanche. Ils nous confirment que les taux n’étaient pas dangereux pour notre santé. J’ai gardé mes petites-filles à la maison. Je faisais confiance aux hommes en blanc, au professeur Takamura qui était venu nous voir au Gouvernement, à Tepco. Ma peau a pelé. Le 22 juin, on nous a dit de partir. Trois mois plus tard. (…) On nous a menti ». Il s’arrête aussi sur l’incertitude dans laquelle on le maintient : conséquence sur sa santé et celle de ses petites-filles, possibilité de revenir un jour habiter dans sa maison…

Des morts forts, des mots honteux… comment ne pas être indignés par l’irrespect flagrant dont témoigne le gouvernement japonais dans la gestion de cette crise. Une gestion médiocre… jugez-en

« Tout semble neuf ici. Neuf et abandonné. Ce ne sont pas encore des ruines. Ca n’en est que plus troublant. Seule la maison de retraite est restée ouverte. Les autorités ont estimé que la contamination aurait peu d’effets chez les personnes déjà âgées… et qu’il n’était donc pas nécessaire de les déplacer ».

La couleur ici n’apparait pas ou timidement. Elle n’a pas sa place comme elle pouvait l’avoir, à juste titre, dans Un Printemps à Tchernobyl. « Paysage de désastre où tout n’est plus que camaïeu de bruns, d’ocres et de sépias »…

Les rubriques

Le Binôme propose de courtes chroniques économiques et met en scène Mister Eco, un personnage qui vulgarise les grands concepts économiques ; Le binôme se penche cette fois sur l’américain Robert Barro, un économiste libéral,

James et sa leçon de sémantique,

Hervé Bourhis & Adrien Ménielle s’associent pour alimenter la rubrique Informatique ; il s’agit cette fois de visiter l’histoire des jeux vidéo,

Olivier Jouvray & Maëlle Schaller alimentent quant à eux le registre anticipatif sur la place que pourraient prendre, dans un avenir plus ou moins proche, nos petits gadgets modernes en apparence anodins ; une rubrique cynique, hilarante… et un peu flippante tout de même,

Arnaud Le Gouëfflec & Marion Mousse nous embarquent dans une nouvelle chronique musicale qui présente cette fois le jamaïcain Lee Perry,

David Vandermeulen & Daniel Casanave ferment ce second numéro de LRD sur une chronique de culture générale qui brosse le portrait de Thalès de Milet

Et toujours des bonus

Outre les publications exclusives publiées sur le site, chaque reportage donne la possibilité de scanner un code QR pour accéder à des contenus complémentaires. Enfin, les documentaires et témoignages s’achèvent sur un mini-dossier thématique regroupant les informations importantes de manière concise, renvoient vers une bibliographie qui explore la thématique et qui est toujours très riche en informations.

Pour les derniers sceptiques qui hésitent encore (je me rappelle les commentaires déposés suite à mon article de présentation du numéro 1 de LRD) :

  • 15 euros certes MAIS :
  • Des reportages / documentaires / chroniques de qualité
  • 226 pages
  • Des auteurs talentueux qui maitrisent leur sujet
  • Pas un gramme de publicité

PictoOKPictoOKJe vous recommande cette revue. Faites l’essai, achetez un numéro. Jugez sur pied et abonnez-vous 😀

Du côté des Challenges :

Petit Bac 2014 / Objet : revue

La Revue dessinée

Revue trimestrielle réalisée par un Collectif d’auteurs

Numéro 2 : hiver 2013-2014

Dépôt légal : décembre 2013

ISBN : 978-2-7548-1072-2

226 pages – 15 euros

Site de La Revue dessinée

Bulles bulles bulles…

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La Revue dessinée, numéro 2 – Collectif – Hiver 2013-2014

20 ans ferme (Ricard & Nicoby)

20 ans ferme
Ricrad – Nicoby © Futuropolis – 2012

Ce matin-là, Milan se lève, s’habille, embrasse sa femme, enfile son holster, y place son arme et sort de chez lui. Il part retrouver une connaissance avec qui il a rendez-vous dans une rue peu passante de la ville. Nous sommes en 1985, quelque part dans les Alpes-Maritimes.

L’échange débute, « c’est bon ? ». « Tout est prêt » lui répond son interlocuteur. Ils n’auront pas le temps de poursuivre, les flics sortent de partout, les plaquent au sol, le jeu du chat et de la souris est terminé. Milan doit passer par la case prison, il ne percevra pas les 20.000 euros en passant par la case départ, c’est le moment de payer pour ses méfaits : des braquages de banques. Il plaide coupable à son procès, la décision du Juge tombe : 20 ans ferme… Milan a 20 ans et ses perspectives d’avenir qui n’étaient déjà pas radieuses s’amenuisent à vue d’œil.

Surprenante scène introductive qui nous fait vite réajuster le tir. J’avais fait le choix de ne pas lire le pitch de l’album avant lecture. Je pensais donc partager les presque 100 pages du récit en compagnie d’un flic… changement rapide de programme, ce n’est donc pas un flic véreux que nous accompagnerons mais un petit truand. Truand certes, mais cela ne le prive aucunement d’avoir son mot à dire sur la situation carcérale en France. Certes, ses méthodes pour faire entendre son point de vue ne sont pas celles que l’Administration pénitentiaire entend cotiser (émeute, grève…). Pourtant, le personnage de Sylvain Ricard soulève-là des questions de fond que l’Etat refuse de voir. Mettons de côté le discours hypocrite de dire que si ce protagoniste avait opté pour un mode de communication plus conventionnel (courrier au Juge d’applications des peines, au Procureur…), il aurait plus facilement gain de cause. Non. Ces démarches seraient très certainement restées aussi infructueuses, la seule différence c’est que cela ne lui aurait pas valu plusieurs séjours au mitard et lui aurait peut-être évité bon nombre de bastonnades de la part des matons soucieux de rapatrier les brebis égarées dans le troupeau des moutons de Panurge.

La plume du scénariste est acerbe, dépitée et malheureusement très réaliste sur la situation des détenus. Surpopulation carcérale, irrespect de la dignité humaine, droits bafoués, conditions de vie dégradantes… La liste est longue mais parmi les constats abordés dans l’album, on peut retenir l’engorgement des services sociaux du milieu carcéral qui ne permet pas un suivi satisfaisant (et suffisant) de l’ensemble des détenus qui en font la demande, payes variables pour les détenus qui travaillent en Prison (blanchisserie, mécanique…), fouilles au corps, violences psychologiques… « On veut plus d’humanité » dira Milan lors d’une manifestation pacifique qui se terminera dans un déferlement de violence comme en témoigne le visuel associé à ce paragraphe.

Le discours est peut-être un peu trop caricatural par moment pourtant les conditions de détention sont si variables d’un établissement carcéral à l’autre, les anecdotes sont parfois si proches des témoignages que j’ai déjà eu l’occasion d’entendre lors des entretiens de suivi qu’il me serait difficile d’aller à l’encontre du positionnement de l’auteur. Le ton est posé, le message a une réelle portée comme vous pourrez en juger par les extraits insérés en bas d’article.

J’ai un peu plus de mal avec les choix de Nicoby que j’avais suivi sans sourciller sur Les ensembles contraires. Ici, je pourrais vulgairement résumer en disant que l’ambiance se crée principalement autour des jeux de couleurs : couleurs toniques et chaudes pour l’extérieur, couleurs monotones de marrons/gris/verts pour la vie en milieu carcéral. Je fais la moue sur ce choix trop classique.

PictoOKJe vous conseille cette lecture tout simplement parce que j’ai envie de vous voir taper du poing sur la table et savoir que d’autres dénoncent les conditions de vie dans les établissements pénitentiaires. N’est-ce pas une raison satisfaisante ?

La chronique de PaKa, celle d’Yvan et le dossier de presse de Ban public.

Extraits :

« Franchement dans la merde tu veux dire. Soit il plaide coupable et il est sûr de rester à l’ombre… mais s’il plaide non coupable et que les jurés ne le croient pas, il prend une peine deux fois plus lourde. Quand tu es innocent en prison, tu as plus intérêt à dire que tu es coupable, c’est moins risqué. Etre innocent en prison, c’est avoir le choix entre la peste et le choléra. Dingue non ? Moi, je suis coupable. Alors tu penses que j’en ai rien à foutre ! » (20 ans ferme).

« C’est un monde hermétique ici. Une lente glissade vers le fond. Pour la majorité des gars. Moi, j’apprivoise et je dresse des souris. C’est ma façon de retrouver une certaine humanité et d’éviter de me perdre totalement. La plupart entrent ici pour un simple vol ou une escroquerie et ressortent avec un diplôme de grand banditisme. La prison ne peut pas les aider. Ne compte pas sur eux pour t’en sortir mon gars. Ne compte sur personne, tu seras pas déçu » (20 ans ferme).

« De quelle prison parle-t-on ? Des murs inutiles qui nous entourent ou de l’enfermement de notre esprit duquel vous ne souhaitez pas que l’on sorte ? (…) Vous savez bien que derrière chaque personne qui entre ici il y a une douleur, il y a un besoin, il y a un manque. Rien de tout cela n’est trivial. Nous y arrivons inachevés, en souffrance. Nous en ressortons détruits, déshumanisés. Pensez-vous que ces murs n’y sont pour rien ? Pensez-vous que vous n’avez aucune responsabilité à endosser ? Le régime carcéral est barbare et inutile. Il ne construit rien d’autre que des sentiments de haine et de révolte quand il devrait être un lieu de reconstruction, de soins et d’épanouissement. Au lieu de ça, chacun vit dans son infrontière : un temps suspendu, l’illusion d’une vie qui s’écoule, l’incertitude d’exister » (20 ans ferme).

20 ans ferme

Un récit pour témoigner de l’indignité d’un système –

One Shot

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : NICOBY

Scénariste : Sylvain RICARD

Dépôt légal : Mars 2012

ISBN : 978-2-7548-0586-5

Bulles bulles bulles…

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20 ans ferme – Ricard – Nicoby © Futuropolis – 2012

Les ensembles contraires, tome 2 (Kris & Eric T & Nicoby)

Les Ensembles contraires, tome 2
Kris – Eric T – Nicoby © Futuropolis – 2009

A la fin du premier tome, Éric avait pris la décision de s’installer à Brest. La mère d’Éric sombre lentement dans l’alcool depuis le décès de son époux, Éric a donc pris la décision de prendre son indépendance et de se rapprocher géographiquement de Christophe. Il trouve un hébergement en FJT, s’inscrit dans une nouvelle formation professionnelle pendant que Christophe fait ses premiers pas à la FAC.

C’est la période des fêtes, les derniers moments d’insouciance avant l’entrée dans « l’âge adulte ». Pendant que Christophe profite pleinement de sa vie estudiantine, Éric se mure dans un mutisme et une rancœur à l’égard des autres.

L’alchimie (récit/ambiances graphiques) du premier tome se prolonge et on savoure pleinement l’harmonie qui se dégage de l’ensemble.

Graphiquement, on retrouve la même trame bien que les couleurs soient un peu plus ternes, en écho au fait que les personnages principaux mûrissent, perdent lentement leurs insouciances et leurs idéaux d’adolescents. Un contraste de teintes assez marqué entre les « espaces planches » de Kris (Fac, plaisir, tissu relationnel important, fort investissement associatif) et ceux d’Eric (dépression, précarité, isolement, FJT).

On continue donc le petit voyage entamé dans le premier tome, la découverte du récit d’une amitié, avec ses hauts et ses bas, de confidences en rigolades, déceptions, ambitions… Un album plus chantant que le premier volet ou en tout cas, la présence de refrains que je reconnais mieux : Tri Yann, Gainsbourg (Le poinçonneur des lilas)… Un univers dans lequel le lecteur bénéficie à 100% de la chaleur de leurs nombreuses retrouvailles… un regard poignant sur les difficultés d’Éric sans que jamais le pathos ne vienne émailler le récit.

PictoOKPictoOKJe n’en étais pas loin au premier tome et je l’annonce donc officiellement : Coup de cœur BD ^^ Ce qui explique la difficulté que j’ai de vous parler  avec justesse de l’album (comme à chaque fois… toujours la même rengaine de Fée… désolée ^^). Je vous conseille donc de vous lancer dans la série… je pourrais ainsi vous lire sur l’accueil que vous lui avez réservé et j’en suis sure, vous en parlerez mieux que moi ^^

Je vous guide également vers la chronique rédigée par Lo sur ce second album et vers la page Facebook de Kris.

Une lecture que je partage avec les BD du mercredi de Mango.

Extraits :

« La liberté ne s’use pas quand on s’en sert » (Les Ensembles contraires, tome 2).

« La tendresse des solitaires, des nuits sans fin et des matins vagues. quand la vie nous laisse à poil, on se fringue des moindres riens » (Les Ensembles contraires, tome 2).

Les Ensembles Contraires

Deuxième Partie

Série en cours (?)

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : NICOBY

Scénaristes : KRIS & Éric T

Dépôt légal : septembre 2009

ISBN : 9782754802994

Bulles bulles bulles…

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Les ensembles contraires, tome 2 – Kris – Eric T – Nicoby © Futuropolis – 2009

Les Ensembles contraires, tome 1 (Kris & Eric T & Nicoby)

Les ensembles contraires, tome 1
Kris – Eric T – Nicoby © Futuropolis – mai 2008

Nous sommes à Brest, en automne 1989.

A 17 ans, Christophe est un jeune homme réservé. Il poursuit sa scolarité dans le cursus général après avoir redoublé sa 3ème. Il joue au ping-pong en club depuis 2 ans et se débrouille plutôt bien. Un ami lui présente alors Éric, au cours d’un match auquel il est venu assister. Ils ont pratiquement le même âge et peu de points en commun si ce n’est le ping-pong. Ils se quittent d’ailleurs sans se laisser leurs coordonnées respectives ni la possibilité de se revoir.

Quelques mois plus tard, nouvelle rencontre entre les deux adolescents. Christophe est maintenant en 1ère B et Éric a du opter pour « une voie de garage » le concernant : un CAP couture. Étonnement, fous rires de Christophe qui imagine mal Éric derrière une machine à coudre… encore moins avec un fer-à-repasser à la main…

C’est le début d’une longue amitié.

Avant de vous parler de l’album, je voudrais vous parler de l’objet. A première vue rien d’original : un format 20/27, une couverture rigide et cartonnée et 186 planches d’une lecture attendue et sans cesse repoussée. Un bel objet qui, quand on le feuillette, promet d’être très accueillant. C’est Lo qui m’a donné envie de me plonger dans cette série… j’étais donc assez confiante quant à cette lecture.

En préface, une invitation à la lecture avec ce texte signé par les deux scénaristes dont voici un extrait :

« C’est une histoire «vraie». Autant que peut l’être un récit raconté de façon totalement subjective, à quinze ans de distance, par les deux bouts de la lorgnette. (…) Certains nous ont laissé de belles traces, d’autres des salissures indélébiles. Quelques-une ont cumulé les deux. Certains n’ont fait qu’un passage éclair dans notre vie, d’autres nous supportent encore au quotidien. Quelques-uns sont partis, revenus puis repartis de nouveau et peut-être reviendront-ils encore. Pardon à tous ceux que nous exposons ici mais il s’agit de notre histoire et ils l’ont traversée d’une manière ou d’une autre. Il était donc indispensable que le lecteur en soit prévenu : ce n’est pas une fiction. Pas une histoire extraordinaire non plus. Juste le quotidien de deux types qui ne se sont pas cherchés, mais se sont néanmoins trouvés. Pour le meilleur et pour le meilleur encore à venir ».

Ce n’est pas le récit qui m’a charmée en premier, mais bel et bien les dessins de NICOBY. Il a créé différentes ambiances permettant tour à tour à KRIS et ERIC T. de prendre la parole sans que la trame générale du récit ne perde en fluidité. Le premier à s’exprimer sera Christophe, il nous invite doucement à entrer dans leur monde et à partager leurs souvenirs. Sa voix-off est matérialisée par des fonds de case d’un agréable violet pastel et, rapidement, nous découvrirons ceux d’Éric sur fond jaune. On voyage également entre des ambiances chaleureuses teintes de jaunes-ocres pour la période la plus ancienne correspondant au début de leur amitié (1989 – 1992) et des ambiances teintes de vert/noir pour la période la plus actuelle (1994) où seul Éric a les rennes de la voix-off. Le travail de Nicoby est impressionnant car il nous guide réellement… graphiquement : c’est très réussi ! Et pourtant, ce ne devait pas être chose simple de parvenir à matérialiser visuellement voix-off d’Eric/voix-off de Kris, passé/présent…

Quant au récit, la sincérité et la spontanéité avec lesquelles Kris et Éric témoignent de leur expérience sont assez troublantes. Troublant au point que j’ai ressenti une petite gêne, à certains moments, de savoir que deux « inconnus » se dévoilent à cœur ouvert, le genre de ressenti que j’avais eu à la lecture de Pourquoi j’ai tué Pierre ou encore à la lecture de Pilules Bleues. On se laisse rapidement porter par cet album, entre amitiés, vacances, premiers flirts, examens, maladie du père de Kris… Les 186 planches sont passées sous mes yeux sans réellement que je m’en aperçoive, si ce n’est à la fin, au moment de refermer ce livre et de me rendre compte que Chris et Éric me manquaient déjà…

PictoOKUn récit autobiographique touchant, l’histoire d’une amitié sincère. Je ne suis pas très loin du « coup de cœur », il me manque juste un petit « je ne sais quoi ».

La série est en cours, le tome 2 est sorti en septembre 2009… je vous en parlerais certainement. A suivre…

Une lecture que je partage dans les BD du mercredi de Mango.

Les ensembles contraires

Première partie

Série en cours

Éditeur : Futuropolis

Dessinateur : NICOBY

Scénaristes : KRIS & Eric T

Dépôt légal : mai 2008

ISBN : 9782754801430

Bulles bulles bulles…

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Les ensembles contraires, tome 1 – Kris – Éric T – Nicoby © Futuropolis – 2008