Mâle occidental contemporain (Bégaudeau & Oubrerie)

Bégaudeau – Oubrerie © Guy Delcourt Productions – 2013
Bégaudeau – Oubrerie © Guy Delcourt Productions – 2013

« Thomas dépense beaucoup d’énergie pour établir la communication avec l’autre sexe. Mais tout cela se traduit souvent par des échecs, autrement nommés des râteaux. Il n’a pas réalisé que le féminisme avait fait son œuvre. Les filles sont devenues exigeantes, directes, malicieuses. Thomas va devoir hausser le niveau et se remettre en question jusqu’à trembler sur ses bases viriles » (synopsis Quatrième de couverture).

Le petit battage médiatique autour de cet album m’a intriguée. Cela à commencé avec la prépublication dans Libération cet été puis, à la rentrée, le dossier spécial consacré à ce Mâle occidental contemporain sur le site de Delcourt. Ajoutez-y quelques passages radio dont celui du 14 novembre dernier au Grand Bazar (France Inter), le fait qu’un collègue décide d’acheter l’ouvrage et la présence de Clément Oubrerie au dessin (que l’on connaît déjà sur des séries comme Aya de Yopougon ou Pablo).

Le postulat de départ est simple : les femmes détiennent désormais les cartes maîtresses en ce qui concerne la drague. La femme assume ouvertement de ses fantasmes ; parler de sexe à un collègue de travail ou mettre un porno dès le premier rencard sont pour elle des choses tout à fait naturelles.

« En ce temps-là, pas si lointain, les femmes représentaient à peine plus de la moitié du million qui habitait la ville. Pourtant, tout se passait comme si les rues leur appartenaient. A un homme qui vivait là, il ne restait qu’à se tenir en bord de scène… »

François Bégaudeau aborde avec un léger décalage temporel, et de manière amusée, les rapports hommes-femmes. L’art de la drague tel que nous le connaissons est désormais une affaire de femme et les hommes sont légèrement instrumentalisés dans ce contexte. C’est grâce à Thomas, le personnage principal, que l’on découvre les nouvelles interactions sociales. Malheureusement pour lui, ces rapports ne sont pas toujours évidents à vivre, il faut dire que cet homme est le cliché du looser qui rate immanquablement tout ce qu’il engage. Il est pataud, inhibé, gauche, la caricature du gentil gars qui pourrait être touchant s’il n’était pas aussi pathétique.

Ses cuisants échecs donnent lieu à des scènes amusantes, du moins dans les premiers gags. Et bien que le scénariste utilise parfaitement avec le comique de situation et innove en inventant différentes situations qui mettent à mal son personnage, on perçoit malheureusement trop vite sa personnalité de cet homme. Le fait qu’il soit aussi empoté vis-à-vis des femmes nous fait rapidement tourner en rond et on se lasse finalement très vite de cet individu un peu potache. De gag en gag, on en revient toujours au même point : soit le personnage s’y prend mal (approche balourde, répartie quasi inexistante, manque de confiance en soi…) et c’est le râteau assuré, soit il fuit quand sa potentielle partenaire prend les devants. Il semble prédestiné à finir vieux garçon, ce qui n’est finalement pas plus mal pour lui. Pire encore, à force de l’observer, j’ai fini par le prendre en pitié en espérant plusieurs fois qu’il finirait par se noyer définitivement dans cet océan de femmes… histoire qu’on n’en parle plus.

L’ambiance graphique est agréable grâce à un choix de couleurs chatoyants et ludique. Pourtant, je trouve que Clément Oubrerie impose un univers aussi lisse que le personnage principal. Le dessin est conventionnel, l’auteur ne prend pas de risques et a sagement organisé la composition de ses pages. Il s’échappe de temps en temps vers des illustrations en pleine page qui nous permettent de prendre une bouffée d’air mais cela ne suffit pas. L’ambiance est pathétique, plombante et étouffée sous un tas de banalités.

pictobofLa présentation de l’éditeur mettait en appétit, présentant un album à la fois drôle et sérieux. L’idée de pouvoir rire des échecs amoureux d’un trentenaire me plaisait autant que de le voir se remettre en question. Malheureusement, il y a un réel décalage entre la présentation commerciale et le contenu de l’album qui ne répond pas aux attentes. L’album est bourré de stéréotypes et de caricature ; bien sûr, tout l’intérêt de cet ouvrage était justement de s’en amuser mais le résultat est plutôt décevant. J’imagine que certains hommes pourront s’identifier au personnage le temps d’un gag ou deux mais je doute que cela n’aille plus loin. Quoiqu’il en soit, cette pauvre petite chose masculine ne me marquera pas.

Le dossier Delcourt consacré à cet album.

Les chroniques : Libé, Planète BD, Laura, Nicolas Masztaler.

Mâle occidental contemporain

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur : Clément OUBRERIE

Scénariste : François BEGAUDEAU

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-7560-4009-7

Bulles bulles bulles…

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Mâle occidental contemporain – Bégaudeau – Oubrerie © Guy Delcourt Productions – 2013

Aya de Yopougon, tome 1 (Abouet & Oubrerie)

Aya de Yopougon, tome 1
Abouet – Oubrerie © Gallimard – 2005

Aya est une jeune fille qui vit en Côte d’Ivoire, dans un quartier pauvre de Yopougon. Elle a 19 ans… on est en 1978.

Son petit monde ? Sa famille et ses amies : Adjoua et Bintou. Mais au sortir de l’adolescence, elles ne partagent plus les mêmes préoccupations. Aya est soucieuse de faire de longues études alors que ses amies sont sujettes à faire la fête, plaire… trouver un mari.

Cette série a attisé ma curiosité puisqu’elle s’est retrouvée en tête du Top BD des blogueurs d’octobre (je crois). Devant Maus donc (!!!), ma réaction première était de râler un bon coup (plus pertinent que Maus ??? J’avais de gros doutes !!).

En passant à la Médiathèque la dernière fois, je vois le tome 1 de Aya qui me nargue… soit. Embarqué !

Et bien vous savez quoi ? Je ne suis pas convaincue. Peut être aussi parce que j’ai lu récemment Le Magasin Général et que Aya m’y fait drôlement penser (à l’exception que l’on quitte le Canada pour aller faire un tour du côté de la Côte d’Ivoire). Pourtant, si je resitue leur parutions respectives, le tome 1 d’Aya est sorti en octobre 2005, le tome 1 du Magasin Général lui date de mars 2006. Mais le fait de m’être plongée en premier dans le quotidien de Marie, Serge, Noël et les autres annihile totalement l’effet « découverte » que j’aurais pu avoir avec Aya : un quotidien différent, un franc-parler… deux séries qui font évoluer une femme en tant que personnage principal. Je trouve les héroïnes de ces deux séries assez semblables malgré leurs différences d’âge, de culture et d’époque. Elles rêvent toutes deux d’accéder à une condition meilleure et de sortir de leurs routines respectives. Aya dispose, de plus, de la jeunesse, elle est ambitieuse. Une personnalité plus marquée que celle de Marie, un objectif (devenir médecin)… mais toutes deux se battent contre des idées reçues, des habitudes, toutes deux plient sous le poids de l’importance du paraître…  et se refusent à cette fatalité. Toutes deux peuvent se reposer sur des amitiés solides et compter sur le soutien des personnes qui les entourent.

Qu’ensuite le graphisme… moui, les couleurs sont chaleureuses. J’ai beaucoup plus de mal avec le trait employé (trop naïf voire enfantin pour moi). Il dessert les émotions des personnages ainsi que leur spontanéité.

Qu’enfin l’humour joue les grands timides et qu’il met un temps trop conséquent avant de se montrer clairement. On remarque, par le biais des dialogues, que les amis d’Aya manquent d’éducation à défaut d’avoir été scolarisés. Leurs vies étriquées leurs offrent bien peu d’alternatives. Seule Aya semble avoir la motivation pour faire bouger des montagnes et se sortir du triste avenir qui lui est réservé.

Cette série a l’énorme avantage d’éviter complètement tous les stéréotypes occidentaux que l’on peut croiser habituellement sur le monde africain, pourtant j’ai l’impression de les avoir déjà parcourus auparavant. Voilà une série agréable mais qui ne me séduit pas. J’espérais réellement être surprise par cet album pour m’engouffrer ensuite dans la lecture des 4 tomes qui sont venus compléter la série… mais non… enfin, cela se fera sans urgence si cela se fait un jour ! Même la lecture, en fin d’album, des biographies des auteurs et de leurs parcours ne me fait pas changer d’avis !

pictobofUne ambiance chaleureuse mais un premier album qui met un moment avant de démarrer et au final, rien de bien original dans l’histoire qui nous est ici racontée. Je ne suis pas fan.

Primé à Angoulême en 2006 (Meilleur premier album). J’ai longuement hésité à chroniquer cet album…

Aya de Yopougon

Roaarrr ChallengeTome 1

Série en cours, 5 tomes parus

Éditeur : Gallimard

Collection : Bayou

Dessinateur : Clément OUBRERIE

Scénariste : Marguerite ABOUET

Dépôt légal : octobre 2005

ISBN : 9782070573110

Bulles bulles bulles…

Gallimard m’autorise à parler d’Aya… mais pas de montrer les visuels intérieurs, eu égard au droit d’auteur. Et vous, si vous en avez parlé, avez-vous le droit d’insérer des visuels à votre article ?